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Marius - Marcel Pagnol

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MessageSujet: Marius - Marcel Pagnol   Mer 17 Aoû - 16:31




Citation :
CÉSAR
..Tu ne sais même pas doser un mandarin-citron-curaçao.
Tu n'en fais pas deux pareils !

MARIUS
Comme les clients n'en boivent qu'un à la fois,
ils ne peuvent pas comparer.

CÉSAR
Ah ! Tu crois ça ! Tiens le père Cougourde, un homme admirable qui buvait douze mandarins par jour, sais-tu pourquoi il ne vient plus ?
Il me l'a dit. Parce que tes mélanges fantaisistes risquaient de lui gâter la bouche.

MARIUS
Lui gâter la bouche ! Un vieux pochard qui a le bec en zinc.

CÉSAR
C'est ça ! Insulte la clientèle au lieu de te perfectionner dans ton métier ! Eh bien, pour la dixième fois, je vais te l'expliquer, le picon-citron-curaçao. (Il s'installe derrière le comptoir.) Approche-toi !
(Marius s'avance et va suivre de près l'opération. César prend un grand verre, une carafe et trois bouteilles. Tout en parlant, il compose le breuvage.) Tu mets d'abord un tiers de curaçao. Fais attention : un tout petit tiers. Bon. Maintenant, un tiers de citron. Un peu plus gros. Bon. Ensuite, un BON tiers de Picon. Regarde la couleur. Regarde comme c'est joli. Et à la fin, un GRAND tiers d'eau. Voilà.

MARIUS
Et ça fait quatre tiers.

CÉSAR
Exactement. J'espère que cette fois, tu as compris.
(Il boit une gorgée du mélange).

MARIUS
Dans un verre, il n'y a que trois tiers.

CÉSAR
Mais, imbécile, ça dépend de la grosseur des tiers !

MARIUS
Eh non, ça ne dépend pas.
Même dans un arrosoir, on ne peut mettre que trois tiers.

CÉSAR (triomphal)
Alors, explique moi comment j'en ai mis quatre dans ce verre.

MARIUS
Ça, c'est de l'arithmétique.

CÉSAR
Oui, quand on ne sait plus quoi dire, on cherche à détourner la conversation. Et la dernière goutte, c'est de l'arithmétique aussi ?

MARIUS
La dernière goutte de quoi ?

CÉSAR
Toutes les dernières gouttes ! Il y en a toujours une qui reste pendue au goulot de la bouteille ! Et toi, tu n'as pas encore saisi le coup de la capturer. Ce n'est pourtant pas sorcier ! (Il saisit une bouteille sur le comptoir, et tient le bouchon dans l'autre main. Il verse le liquide en faisant tourner la bouteille.)

MARIUS
Tu verses en faisant un quart de tour, puis, avec le bouchon, tu remets la goutte dans le goulot. Tandis que toi, tu fais ça en amateur. et naturellement, tu laisses couler la goutte sur l'étiquette... Et voilà pourquoi ces bouteilles sont plus faciles à prendre qu'à lâcher !

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MessageSujet: Re: Marius - Marcel Pagnol   Mer 17 Aoû - 16:54

La fameuse partie de cartes

Citation :
Il est 9 heures du soir. Dans le petit café, Escartefigue, Panisse, César et M. Brun sont assis autour d'une table. Ils jouent à la manille. Autour d'eux, sur le parquet, deux rangs de bouteilles vides. Au comptoir, le chauffeur du ferry-boat, déguisé en garçon de café, mais aussi sale que jamais.

Quand le rideau se lève, Escartefigue regarde son jeu intensément et perplexe, se gratte la tête. Tous attendent sa décision.

Panisse, impatient :
Eh bien, quoi ? C'est à toi !

Escartefigue :
Je le sais bien. Mais J'hésite...

Il se gratte la tête. Un client de la terrasse frappe sur la table de marbre.

César, au chauffeur :
Hé, l'extra ! On frappe !

Le chauffeur qui faisait tourner la roue du comptoir tressaille et crie.

Le Chauffeur :
Voilà! Voilà!

Il saisit un plateau vide, jette une serviette sur son épaule et s'élance vers la terrasse.

César, à Escartefigue :
Tu ne vas pas hésiter jusqu'à demain !

M. Brun :
Allons, capitaine, nous vous attendons !

Escartefigue se décide soudain. Il prend une carte, lève le bras pour la jeter sur le tapis, puis, brusquement, il la remet dans son jeu.

Escartefigue :
C'est que la chose est importante ! ( À César. ) Ils ont trente-deux et nous, combien nous avons ?

César jette un coup d'œil sur les jetons en os qui sont près de lui, sur le tapis.

César :
Trente.

M. Brun, sarcastique :
Nous allons en trente-quatre.

Panisse :
C'est ce coup-ci que la partie se gagne ou se perd.

Escartefigue :
C'est pour ça que je me demande si Panisse coupe à cœur.

César :
Si tu avais surveillé le jeu, tu le saurais.

Panisse, outré :
Eh bien, dis donc, ne vous gênez plus ! Montre-lui ton jeu puisque tu y es !

César :
Je ne lui montre pas mon jeu. Je ne lui ai donné aucun renseignement.

M. Brun :
En tout cas, nous jouons à la muette, il est défendu de parler.

Panisse :
Et si c'était une partie de championnat, tu serais déjà disqualifié.

César, froid :
J'en ai vu souvent des championnats. J'en ai vu plus de dix. Je n'y ai jamais vu une figure comme la tienne.

Panisse :
Toi, tu es perdu. Les injures de ton agonie, ne peuvent pas toucher ton vainqueur.

César :
Tu es beau. Tu ressembles à la statue de Victor Gelu.

Escartefigue, pensif :
Oui, et je me demande toujours s'il coupe à cœur.

A la dérobée. César fait un signe qu'Escartefigue ne voit pas, mais Panisse l'a surpris.

Panisse, furieux :
Et je te prie de ne pas lui faire de signes.

César :
Moi je lui fais des signes ? Je bats la mesure.

Panisse :
Tu ne dois regarder qu'une seule chose : ton Jeu. ( À Escartefigue ) Et toi aussi.

César :

Bon.

II baisse les yeux vers ses cartes.

Panisse, à Escartefigue :
Si tu continues à faire des grimaces, Je fous les cartes en l'air et je rentre chez moi.

M. Brun :
Ne vous fâchez pas, Panisse. Ils sont cuits.

Escartefigue :
Moi, Je connais très bien le jeu de la manille et je n'hésiterais pas une seconde si j'avais la certitude que Panisse coupe à cœur.

Panisse :
Je t'ai déjà dit qu'on ne doit pas parler, même pour dire bonjour à un ami.

Escartefigue :

Je ne dis bonjour à personne. Je réfléchis.

Panisse :
Eh bien ! réfléchis en silence... Et ils se font encore des signes ! Monsieur Brun, surveillez Escartefigue. Moi, je surveille César.

César, à Panisse :
Tu te rends compte comme c'est humiliant ce que tu fais là ? Tu me surveilles comme un tricheur. Réellement, ce n'est pas bien de ta part. Non, ce n'est pas bien.

Panisse, presque ému :

Allons, César, je t'ai fait de la peine ?

César :
Quand tu me parles sur ce ton, quand tu m'espinches comme si j'étais un scélérat, eh bien, tu me fends le cœur.

Panisse :
Allons, César...

César :
Oui, tu me fends le cœur. Pas vrai, Escartefigue ? Il nous fend le cœur.

Escartefigue, ravi :

Très bien !

Il jette une carte sur le tapis. Panisse la regarde, regarde César, puis se lève brusquement, plein de fureur.

Panisse :
Est-ce que tu me prends pour un imbécile ? Tu as dit : " II nous fend le cœur " pour lui faire comprendre que je coupe à cœur. Et alors il joue cœur, parbleu !

César :
...

Panisse, il lui jette les cartes au visage :
Tiens, les voilà tes cartes, tricheur, hypocrite ! Je ne joue pas avec un Grec; siou pas plus fade qué tu, sas ! Foou pas mi prendre per un aoutré ! ( Il se frappe la poitrine. ) Siou rnestré Panisse, et siès pas pron fin per m'aganta !

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MessageSujet: Re: Marius - Marcel Pagnol   Mer 17 Aoû - 16:57

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