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Beatus Ille - Antonio Muñoz Molina

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Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
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Masques de Venise

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Nombre de messages : 65658
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Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
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MessageSujet: Beatus Ille - Antonio Muñoz Molina   Beatus Ille - Antonio Muñoz Molina Icon_minitimeMer 24 Aoû - 12:53

Beatus Ille - Antonio Muñoz Molina Beatus11

Beatus Ille
Traduction : Jean-Marie Saint-Lu

Notre Opinion
Personnages

Un personnage aux mille facettes, le poète assassiné Jacinto Solana, vu dans cet extrait par doña Elvira, la mère de don Manuel :

Citation :
[...] ... - "Solana. Ce Solana. Personne n'a prononcé son nom devant moi depuis vingt ans. Je pensais que grâce à Dieu, il était définitivement rayé du monde, et tu viens me dire que tu vas écrire un livre sur lui, comme si on pouvait écrire sur rien, sur une imposture. Mais il était tellement menteur qu'après sa mort il a continué à mentir comme il l'a fait depuis sa naissance et jusqu'au jour où on l'a tué. Alors comme ça il t'a trompé toi aussi comme il a trompé mon fils et sa propre femme, qui l'a attendu pendant dix ans sans qu'il lui écrive une seule lettre et sans lui dire qu'il s'en allait quand il l'a quittée. Mais bien des années plus tôt, c'était mon mari qu'il avait trompé. Tu ignores peut-être que c'est lui, mon mari, et lui seul, qui a permis à ce Solana de sortir du fumier et d'avoir une éducation dont ceux de sa classe n'ont jamais eu besoin. Il y avait une espèce de société de bienfaisance ou quelque chose comme ça qui faisait passer tous les ans des examens aux élèves des écoles pour enfants pauvres et qui sélectionnait les meilleurs et payait leurs études dans les écoles chrétiennes. Mon mari qui, à l'époque, était député de Magina, présidait cette société et c'est sa voix qui décida du sort de ce Solana et du malheur de mon fils. Un grand écrivain, disait-on, mais moi je n'ai jamais vu le moindre livre signé par lui, pas même celui qu'il avait l'air d'écrire quand il est sorti de prison pour vivre à nos crochets, d'abord chez nous puis à "L'Ile de Cuba." Les choses de la guerre étaient peu à peu oubliées, et Manuel, qui avait échappé à la mort en prison grâce au nom qu'il porte, semblait avoir retrouvé le jugement, ou du moins il ne montrait plus cette folie qui l'avait poussé à se faire communiste ou républicain ou ce que vous voudrez, car je crois bien qu'il n'en savait rien lui-même, et à contracter cet absurde mariage. Nous pensions tous ici que Solana était mort ou qu'il s'était réfugié à l'étranger. Mais il revint. Il revint en disant ce qu'il avait toujours dit, qu'il allait écrire un livre, mais moi il ne me trompa pas. "Ne te fais pas remarquer, Manuel,"disais-je à mon fils, "cet homme est un ex-bagnard et il va encore chercher à te perdre." Je savais qu'il arriverait quelque chose de fatal et je me mis à attendre le désastre jusqu'au jour où les gardes civils vinrent me dire, très poliment, ça oui, parce que le lieutenant-colonel était un parent à moi, qu'ils devaient fouiller la maison et interroger Manuel, parce que son ami, le dénommé Solana, avait tué deux gardes à "L'Ile de Cuba." C'était ça, le livre qu'il écrivait, et il est certain que personne n'a jamais pu le trouver après cet affaire. Il se servait de la ferme [= la ferme de la propriété nommée "L'Ile de Cuba"] pour se réunir avec ses complices, une de ces bandes de crapules rouges qui avaient pris le maquis à l'époque dans la montagne. Et une nouvelle fois Manuel fut tiré de son lit et emmené au poste menottes aux mains. Il fallut encore une fois que je me voile la face et que je m'humilie à frapper à la porte de ceux qui avaient été mes amis pour le sauver de la mort ou d'une condamnation qui n'aurait fait que le tuer un peu moins vite. Et sais-tu quelle est la première chose qu'il fit quand il se retrouva libre ? Il alla chercher à la morgue le cadavre de son ami et il lui paya un enterrement et une pierre tombale de marbre. Il est toujours là, je suppose, au cimetière, si par hasard tu as envie de lui faire une visite. Manuel ne vient jamais me voir, mais tous les ans il va fleurir la tombe de son ami de coeur et celle de cette femme qui a bouleversé sa vie. Et qui l'a déshonoré, si je dois aller au bout de ma pensée. ... [...]

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges
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MessageSujet: Re: Beatus Ille - Antonio Muñoz Molina   Beatus Ille - Antonio Muñoz Molina Icon_minitimeJeu 8 Sep - 9:31

Citation :
[...] ... "C'est vous qui avez tué Mariana," avait dit Minaya, devait-elle se rappeler, comme si le crime n'avait pas été commis trente-deux ans plus tôt, mais la veille au soir, mais le matin même, comme si c'était le corps de Mariana et non celui de Manuel qu'on était en train de veiller dans la bibliothèque, "c'est vous," lui fallait-il dire avec une voix qui n'avait jamais été la sienne, "qui avez pris le pistolet à l'aube du 21 mai 1937 et qui avez rôdé dans la galerie, caché derrière les rideaux qui, comme aujourd'hui, couvraient les baies au-dessus du patio, et Solana faillit alors vous voir mais ne vous vit pas, il n'entrevit qu'une ombre ou un tremblement des voilages, et quand Mariana commença à monter les marches qui conduisaient au pigeonnier par cet escalier labyrinthique que j'ai moi-même monté plusieurs fois, quand Jacinto Solana eut renoncé à la suivre pour s'enfermer dans sa chambre et écrire en face de la glace les vers qui, vingt ans après sa mort, m'ont appelé dans cette ville et dans cette maison, vous avez marché derrière elle, le pistolet dans votre main droite, qui devait probablement trembler, le pistolet caché dans la poche de votre veste, poussé par une haine qui n'était pas la vôtre, mais celle de cette femme qui avait fait de vous son exécuteur et son émissaire et qui avait armé votre main pour faire en sorte que Mariana ne puisse jamais emmener Manuel loin de cette maison. ... [...]

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