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Joyce Carol Oates alias Rosamond Smith.

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Masques de Venise
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MessageSujet: Re: Joyce Carol Oates alias Rosamond Smith.   Lun 4 Mai - 19:21

Essaie "Délicieuses pourritures" : il est vraiment réussi, Ayla. Et en plus, il est assez court. Wink
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MessageSujet: Re: Joyce Carol Oates alias Rosamond Smith.   Jeu 5 Nov - 18:21

J'ai finalement pris Les chutes.

Comme Hudson river, çà se lit très bien, pourtant, malgré de meilleures critiques, j'ai moins accroché sur celui-ci. Je pense que c'est dû au personnage d'Ariah, personnage intéressant mais moins attachant que ne l'était Adam en fait.

Mais je continuerai sur cet auteur. J'ai pris dernièrement La fille tatouée...à voir ;-)
Blonde, je laisse cette oeuvre de côté, s'agissant apparemment de Maryline Monroe, çà ne m'intéresse pas trop.
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MessageSujet: Re: Joyce Carol Oates alias Rosamond Smith.   Sam 14 Nov - 21:45

"Blonde" est l'un de mes préférés. C'est un pavé mais il est surtout intéressant parce que, pour une fois, c'est une femme qui évoque la personnalité de Marilyn Monroe. C'est évidemment un bio fantasmée plus qu'autre chose mais c'est du meilleur Oates.
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MessageSujet: Zombi   Sam 14 Nov - 22:17



Zombie
Traduction : Claude Seban

Extraits

Personnages


Roman relativement court puisqu'il ne dépasse pas les cent-quatre-vingt-quatre pages en édition du Livre de Poche, "Zombi" possède le froid et l'impitoyable tranchant d'un couteau de boucher. Je ne dirai pas "scalpel" puisque Oates limite son intrigue au premier meurtre, demeuré impuni parce que non découvert, de son anti-héros, Q ... P ..., et que celui-ci, en dépit d'une préméditation que le lecteur découvre avec une horreur croissante, en est encore à tâtonner pas mal sur la voie du crime en série.

C'est donc un serial killer non pas néophyte mais encore en phase de "formation" que nous décrit la romancière. Les brouillards de son esprit et de son âme sont d'autant plus impénétrables que Q ... P ... est et restera notre seule "voix" de référence. Tient-il un journal ou ne s'agit-il que de ses pensées auxquelles Oates, par l'autorité de l'écrivain, nous donne accès sans autre forme de procès ? On ne le sait pas mais le résultat fascine autant qu'il angoisse.

Non sur l'instant - enfin, certainement pas pour celles et ceux qui s'intéressent au phénomène des tueurs en série et ont déjà lu des ouvrages, documentaires ou pas, sur le sujet - mais une fois le livre refermé et rangé. En effet, "Zombi" ne connaît pas l'espoir.

Q ... P ... n'est pas mauvais, au sens où l'entendent la plupart des religions et le commun des mortels, non, il est simplement fait comme ça : tel un enfant de six ans qui souhaite désespérément qu'on lui offre un jouet bien précis, notre anti-héros veut se procurer une sorte d'esclave lobotomisé qui lui obéirait sans états d'âme. Viscéralement incapable de songer à la douleur infligée par son délire aux uns et aux autres, il ne songe qu'au meilleur moyen d'obtenir ce qu'il désire. Non, répétons-le, il n'est pas mauvais : il n'a aucune notion du Bien, ni du Mal, c'est tout, et à peine celle de l'Interdit, un interdit qu'il ne comprend pas du tout et qu'il cherche simplement à contourner.

Pourtant, il est loin d'être idiot et sait très bien calculer et prévoir, mais toujours en fonction de ce que ces prévisions peuvent lui rapporter - ou lui éviter de fâcheux. Sinon, c'est le néant. Claquemuré dans un monde que les psys peinent à saisir, il avoue lui-même, avec une innocence étrange, ne pas avoir de rêves.

Sur son passé, Oates nous donne le minimum de détails :
un père à la carrière de chercheur et d'universitaire exemplaire, une mère attentionnée, une soeur aînée brillante et une grand-mère aimante. "Un peu trop de femmes," entonnera certainement le choeur des psys. Sans aucun doute mais cela n'explique en rien l'abîme qui dort en Q ... P ...

Raffinement suprême, Oates pousse le sadisme envers son lecteur jusqu'à lui instiller goutte à goutte la certitude que, au-delà l'apaisement de ses désirs sexuels, Q ... P ... recherche en l'acte de tuer quelque chose qui nous dépasse tous, lui y compris, et dont il nous est impossible de nous faire une idée claire.

C'est en cela que "Zombi" est terrifiant, d'autant qu'il se termine sur la vision d'un Q ... P ... pour qui le meurtre va devenir une routine. En d'autres termes, le pire est à venir et Joyce Carol Oates vous laisse l'imaginer à loisir.

Du grand art.

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MessageSujet: Re: Joyce Carol Oates alias Rosamond Smith.   Dim 6 Fév - 12:18



My Sister My Love
Traduction : Claude Seban

Extraits

Personnages


Peu connue en France, l'affaire JonBenét Ramsey, qui fit les gros titres de la presse américaine à la fin des années quatre-vingt-dix, demeure encore à ce jour non résolue, et ce en dépit des aveux du pédophile John Mark Karr, en 2006, aveux qu'il fut très facile aux enquêteurs de démonter en raison, notamment, des imprécisions et des contradictions qu'ils recelaient. Rappelons brièvement les faits :

Le 25 décembre 1996, la petite JonBenét Ramsey, âgée de six ans et quatre mois, est battue à mort, étranglée et violée. On ne retrouvera son corps, dans la chaufferie de la demeure familiale, que huit heures après la déclaration de sa disparition, faite par ses parents, John et Patricia Ramsey, le lendemain, 26 décembre. Les Ramsey avaient fait état d'une très étrange demande de rançon rédigée par écrit et retrouvée par la mère sur un meuble dans le hall. Aucune trace d'effraction n'est relevée et, à l'extérieur, dans la neige fraîche, il n'y a pas de traces de pas. Dans la cave cependant, la vitre d'un soupirail est brisée : la chose avait été constatée depuis longtemps et les Ramsey songeaient à faire venir un réparateur.

Dès le début, les parents vont être suspectés ainsi que leur jeune fils de neuf ans, le frère aîné de JonBenét. Tous appartiennent à la haute bourgeoisie de Boulder, dans l'Etat du Colorado. Le père est cadre supérieur dans une grosse boîte industrielle et possède son jet privé. Il était toujours (ou presque) en voyages d'affaires et menait, semble-t-il, joyeuse vie avec des maîtresses occasionnelles. Le couple Ramsey se lézardait, la chose est indubitable. Et les enfants étaient pris dans le maelström. Pour compenser (??) l'échec de sa vie d'épouse, Patricia - Patsy pour les intimes - avait fait de sa toute petite fille une "mini-Miss" qui, maquillée et habillée en conséquence, écumait les podiums de la région et y remportait de nombreux titres : car la petite JonBenét était très jolie. Ce qui n'empêchait pas l'enfant qu'elle était encore et avant tout d'être toujours incontinente la nuit, ce qui avait le don de révulser sa mère ...

Ici, quelques photographies de l'enfant-miss - dont on peut penser que certaines ont tout pour réjouir les pédophiles.Quelques sites - anglophones - exposant l'affaire : ici et ici. (Attention : sur le dernier site, certaines photographies peuvent choquer les âmes sensibles.)
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MessageSujet: Re: Joyce Carol Oates alias Rosamond Smith.   Dim 6 Fév - 12:53

Les années ont passé mais les soupçons sont toujours là. Décédée en juin 2006, officiellement d'un cancer des ovaires, Patsy Ramsey a emporté ce qu'elle savait dans la tombe. La fortune et les relations de son mari avaient permis, dès le début, d'empêcher toute implication officielle du couple dans le meurtre de l'enfant. Désir de conserver la face, bien légitime de la part d'innocents ? ou bien volonté de se préserver, en dépit de l'acte accompli ? Au-delà des interrogations de la police et des pressions qu'elle semble avoir subie, ne chose est certaine : si les Ramsey n'ont pas assassiné leur fille, ils ont cherché en tous cas à dissimuler des faits, indices ou autres, et à retarder la découverte du petit cadavre. Pour quelles raisons ?

Aux USA, l'Affaire JonBenét Ramsey est considérée par une bonne part de l'opinion publique et par certains intellectuels comme similaire à l'Affaire O. J. Simpson, de triste mémoire.
Ce qui revient à dire que, aux USA, la justice est à deux vitesses : une justice pour le commun des mortels, en général privé d'argent et de relations, une autre pour ceux qui possèdent argent et entregent. Joyce Carol Oates ne l'envoie pas dire dans nombre de ses interviews sur son nouveau livre, "Petite Soeur Mon Amour", dans lequel, avec le prodigieux talent qu'on lui connaît et qu'on a déjà vu si souvent à l'oeuvre, elle reprend l'Affaire JonBenét Ramsey en tentant d'en donner une explication vraisemblable.

Avec Oates, la critique sociale et culturelle n'est jamais loin.
La romancière déchire ici à belles dents la manie américaine du "paraître à tous prix" et cette volonté de compétition et de réussite à tous crins qui, plus encore à notre époque, est devenue le leitmotiv de nos amis d'Outre-Atlantique. Qu'elle ait transposé le drame de la petite JonBenét (Bliss dans le roman) de l'univers des Mini-miss à celui du patinage artistique, ne change rien à son côté sordide et glauque. Parents fortunés et avides de réussite, Bix et Betsey Rampike cherchent en fait à revivre, par l'intermédiaire de Skyler (leur fils aîné) et de sa petite soeur, Edna-Louise, rebaptisée Bliss par sa mère dès qu'elle commence à se faire remarquer sur la glace, ce qu'eux-mêmes n'ont pu, voulu ou su accomplir : l'un rêve d'une carrière de champion olympique pour son fils, puis, quand celui-ci se blesse - uniquement par la faute de son géniteur d'ailleurs - se détourne de l'enfant et le laisse tomber, comme on le ferait d'une chaussette trouée ; pendant ce temps, l'autre s'aperçoit qu'Edna-Louise ne patine pas trop mal et, du coup, déploie son propre rêve de gloire ...

Dans son réquisitoire, Oates réserve également une place de choix aux laboratoires pharmaceutiques, aux psychologues et aux psychiatres qui, aux USA, se spécialisent dans le traitement des angoisses enfantines. Elle en dresse un portrait tout bonnement hallucinant. Pas une seule fatigue, pas un seul désir enfantin qui ne soit immédiatement taxé de névrose, de TOC, de TED, etc, etc ... et traité à grand renfort d'anti-dépresseurs et d'anxyolitiques. Quand on sait que l'Europe - pourquoi ? on se le demande - a tendance à imiter les Etats-Unis en matière d'éducation, on ne peut que frémir et cauchemarder devant cette avalanche de drogues imposées, dans la plus stricte légalité, à des êtres si jeunes. Si les parents américains obéissent vraiment les yeux fermés au premier psy venu qui leur assure que leur enfant souffre de névrose, il ne faut plus s'étonner de voir le pays parcouru de tragédies comme la tuerie de Columbine ...

La ferveur religieuse très particulière des Américains - Betsey Rampike est présentée comme une fanatique qui assaisonne Jésus à toutes les sauces - et le comportement des medias sont tout aussi implacablement mis sur la sellette dans ce qui restera, selon nous, l'un des meilleurs livres de son auteur.

Oui, "Petite Soeur Mon Amour" est un roman à lire absolument, une réussite d'une rare maîtrise, aussi puissant et détonant que "Blonde" - et c'est de plus une très belle chanson funèbre, dédiée aux mânes perdus d'une petite fille à qui le désir des adultes déroba sa courte vie avant de la détruire définitivement. Délibérément, froidement - avec autant d'indifférence que si l'on écrasait une mouche.

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MessageSujet: Les Mystères de Winterthurn   Ven 9 Nov - 18:22




Mysteries of Winterthurn
Traduction : Anne Rabinovitch


ISBN : 9782234071131

Extrait
Personnages


Divisé en trois parties débouchant toutes sur un épilogue, "Les Mystères de Winterthurn" peut se lire comme un hommage parodique au genre gothique, qui apparut à la fin du XVIIIème siècle en Grande-Bretagne et connut son heure de gloire avec des auteurs comme Horace Walpole, Ann Radcliffe et Matthew G. Lewis. On ne s'étonnera pas de voir Joyce Carol Oates, cette touche-à-tout littéraire, relever ce défi en le doublant, par habitude, d'une critique de la société américaine à la fin du XIXème siècle et au tout début du XXème.

Néanmoins, en tant que lecteur, nous avons été déçu et nous restons pour le moins sceptique quant au résultat obtenu.

C'est que la romancière nous avait habitués à tant de subtilité, tant de cruauté aussi - pour ne rien dire de la profondeur de textes aussi divers que "Délicieuses Pourritures", "Nous Etions Les Mulvaney" ou "Blonde." Dans ces "Mystères ..." , c'est la parodie qui l'emporte. Ou qui, plutôt, noie tout. L'humour est là, bien sûr, mais il n'est pas vraiment grinçant et, pour un récit voué au genre gothique, il n'a rien de cette noirceur extasiée dont on se repaît dans "Délicieuses Pourritures" ou dans "Zombi" - pour ne citer que ces deux-là. Bon, montrons-nous juste : si, cela grince, parfois, de trop rares fois mais ce n'est pas cela. Quelque chose fait défaut et cette chose, c'est la subtilité.

L'ironie est ici trop visible, on la reçoit comme une pluie de gifles qui vous étourdit avant de vous laisser hébété : pourquoi une telle volonté de s'afficher ? Le lecteur sait que la romancière se complaît depuis des lustres à dénoncer les ridicules et les injustices de la société dans laquelle elle est née. En ouvrant l'un de ses livres, nouvelles ou roman, il s'y attend. Alors oui, pourquoi ? Pourquoi cette ironie si lourde qui se répand de page en page au point d'incommoder celui qui les lit ?

Le plus déstabilisant, c'est que les ombres et les demi-teintes qu'auraient réclamées le style viennent opacifier à plaisir les personnages et les mille-et-un fils de l'intrigue. Trop de personnages (il est vrai appartenant pour la plupart à la bonne société de Winterthurn, au langage châtié et retenu) papotent à demi-mot de choses finalement sans importance et ignorent carrément celles qui en ont. Beaucoup d'entre eux sont à la limite de la caricature. S'il ne s'agissait encore que de personnages secondaires ! Mais l'une des héroïnes, Georgina Kilgarvan, la "Nonne bleue", qui domine toute la première partie, est elle aussi une caricature. Parodier le genre gothique, pourquoi pas ? Mais le destin de la pauvre Georgina est une tragédie tellement cruelle que, si marquée au coin du gothique qu'elle puisse paraître, elle aurait dû la placer d'emblée à l'abri de la caricature.

Son cousin, Xavier Kilgarvan, révèle lui aussi, surtout dans ses jeunes années, pas mal de traits caricaturaux, qui s'expliquent en partie par son statut de héros "gothique." Comme nombre de héros du genre, il n'a d'ailleurs pas de personnalité digne de ce nom. Dans le roman noir gothique en effet, seul le Méchant jouit de ce privilège essentiel qu'est une personnalité solide, qui en impose : méchant, diabolique, oh ! que oui ! mais si attirant ... C'est pour ainsi dire la règle. Règle à laquelle Oates déroge sans vergogne en faisant paradoxalement de son méchant de la seconde partie une lavette déplorable et maniérée dont on a bien de peine à croire que certains de ses disciples - enfin, l'un d'entre eux au moins - puissent l'appeler "Maître."

Et toutes ces questions laissées sans réponses ! Ces cadavres de nourrissons découverts dans le grenier de Glen Mawr sont-ils, comme le lecteur finit par le supposer (et comme quelques réflexions du cousin Xavier, dans la troisième partie, le laissent à penser), les rejetons de l'inceste répété imposé par son terrible père à la malheureuse Georgina ? Qui ou quoi se dissimule dans la fameuse "chambre des Jeunes Mariés" (dite aussi "chambre du Général"), où trône une superbe et inquiétante peinture murale en trompe-l'oeil et où le nourrisson d'Abigail Whimbrel, une cousine de Georgina, hébergée une nuit à Glen Mawr, trouve une mort aussi sanglante qu'inexpliquée ? Que signifient les mille mensonges de Perdita ? Son mari est-il bien le "corbeau" qui inonde de lettres obscènes les femmes les plus honorables de Winterthurn ?

Tel quel, "Les Mystères de Winterthurn" constitue un ouvrage curieux, résolument inégal, voire bancal - la seconde partie, avec ses meurtres en série qui trouvent une solution aussi cruelle que vraisemblable (on n'est plus dans la parodie mais dans une réalité que l'on peut croiser à n'importe quel coin de rue, y compris aujourd'hui) est sans conteste supérieure aux deux autres. Parmi les inconditionnels de Joyce Carol Oates - et nous en sommes toujours - il ne séduira que ceux qui se voilent systématiquement la face à chaque faux pas de leur auteur adoré. Car une chose est sûre, le gothique, parodié ou pas, n'est assurément pas sa tasse de thé.

... A moins que nous n'ayons rien compris et qu'elle ait voulu faire la parodie gothique d'une parodie gothique ? ..
. Dans ce cas, rien à dire : c'est un chef-d'oeuvre.
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MessageSujet: Maudits   Dim 18 Juin - 16:35



Etoiles Notabénistes : ******

The Accursed
Traduction : Claude Seban


ISBN : 9782757832271

Extraits
Personnages


Le grand Stephen King en est resté "baba" et, croyez-moi, il ne s'agit pas d'une critique de complaisance, bien loin de là. "Maudits" est peut-être d'ailleurs le livre que King rêve d'avoir écrit. On y retrouve une Joyce Carol Oates que l'on n'avait pas vue depuis longtemps aussi en forme, partant d'un thème fantastique (une mystérieuse "malédiction" qui aurait sévi, entre 1905 et 1906, dans la ville de Princeton et ses environs, Princeton dont le Directeur d'Université n'était autre alors que Woodrow Wilson, futur Président des Etats-Unis d'Amérique) pour nous dresser une fois de plus non pas le portrait des Etats-Unis mais, allant bien plus loin, avec une lucidité qu'on ne pourra que saluer avec respect, celui de la dégénérescence d'une société mondiale que le Mal et le Chaos dominent actuellement.

Comment Oates atteint-elle à ce miracle en nous donnant, comme point d'appui, une préface rédigée par le narrateur du roman, lequel fut, à sa naissance mais uniquement par certains "initiés", suspecté d'être un rejeton du Démon en personne (!!), puis en s'étalant à plaisir sur la lutte sournoise qui oppose un Woodrow Wilson dévoré par l'hypocondrie à son rival, le doyen Andrew West (qu'on suspecte de pratiques satanistes) avant de, après une entrevue capitale entre Wilson et son mentor, le Révérend Winslow Slade (dont la famille tout entière va bientôt entrer dans la tourmente de la "malédiction"), déployer tout son art pour nous dépeindre une Amérique à ses débuts mais qui se voit déjà, comme son président de l'époque, le flamboyant Teddy Roosevelt, en futur "gendarme du monde civilisé" ? Oui, comment s'y prend-elle tout en utilisant dans ce roman si inclassable, avec la maestria qu'on lui a connue dans ses plus grandes œuvres (comme "Blonde" ou "Nous Etions Les Mulvaney" et j'en passe), à peu près tous les genres littéraires connus : du fantastique teinté de gore à une sorte de S. F. qui ne dit pas son nom (Cf. la fin, dont je ne veux rien vous révéler) en passant par la description fortissimo d'une Amérique où se croisent les extraits de journaux intimes et de confidences à demi-mots de femmes "malades" qui révèlent tant sur la sexualité puritaine de l'époque ; les bribes rêveuses de la vie d'un Upton Sinclair qui vient d'écrire "La Jungle" et dont le plus grand rêve est de rencontrer son idole, Jack London (la scène du restaurant, entre Sinclair, le Végétarien utopiste et London, le Carnivore opportuniste, atteint à des sommets où la réalité, le fantastique quasi lovecraftien et le désenchantement sont, pour moi en tout cas, du jamais vu en littérature sauf, peut-être, chez Boulgakov) ; les visions tantôt glauques, tantôt ensoleillées, tantôt irréelles ou franchement décalées d'un Princeton inquiétant puis d'un New-York qui commence à tordre ses tentacule avides dans tous les sens ; les réflexions, toujours présentes chez Oates, sur la Mort et son devenir ainsi que quelques meurtres inexpliqués commis par des notables sur l'un ou l'une de leurs proches ; une quadruple résurrection hallucinante et le non moins hallucinant manteau d'oubli que Princeton finit par jeter autant sur la "malédiction" et ses acteurs que sur la dissolution, dans le vent, dans l'air enfin purifié, de toute cette histoire qui, pour quiconque ne connaît ni le génie, ni l'univers de Joyce Carol Oates, risque de passer pour n'ayant ni queue, ni tête ?

Sous-jacente et précise, la réflexion politique et historique est d'une intensité, d'une amertume et d'une lucidité implacables. L'Homme n'est qu'un homme, nous dit l'auteur, oh ! doué de qualités certes mais qui écoute trop souvent ses défauts. Et c'est pour cela que les USA sont aujourd'hui ce qu'ils sont et, partant, que le monde est ce qu'il est. Pour autant, n'allez pas croire que Oates prenne parti pour une quelconque formation politique. Elle rejette seulement ce qu'elle tient pour injuste et immoral comme le Ku Klux Klan (tout en mentionnant, cependant, que, à ses débuts, le KKK n'avait pas la triste vocation devenue la sienne), l'opportunisme et l'argent qui mettent en place des politiciens qui se laissent vite corrompre et qui, de ce fait, corrompent ce qui les entoure et, ce qui est plus grave, perdent très vite le contrôle de ce qu'ils font, la sexualité et la place, toutes deux soumises, de la femme dans une société le plus souvent patriarcale, les excès que cela annonce déjà en 1905 et qui sévissent actuellement tant en la personne de ceux qui veulent à tout prix "voiler" la femme qu'en celle des "Fémens" et autres pseudo-féministes, les uns et les autres radotant à plaisir et ayant, eux aussi, perdu tout contrôle ...

Oh ! bien sûr, Oates nous jette en pâture un "Malin" (Axson Mayte) qui semble avoir vécu mille vies, possède mille identités et règne sur des Marais dignes d'Arkham, un "Malin" qui joue du sexe et de l'argent mais, très vite, on le perd de vue et l'on raccourcit son nom pour ne plus le désigner que comme le "Mal", ce mal éternel qui, Oates nous le certifie, ne remporte pas, lui non plus, tous les combats, mais qui se relève toujours, prêt à fomenter un nouvel incident, une nouvelle brouille, une nouvelle fâcherie définitive, un nouveau duel, un nouvel assassinat, une nouvelle déception, un nouvelle scission dans un parti qui promettait pourtant d'améliorer le monde, une nouvelle guerre, et une autre encore, et ...

Insaisissable, talentueuse, géniale même, n'ayons pas peur des mots, malicieuse aussi, pleine d'ironie mais tout autant de compassion, dotée d'un sens de l'Histoire particulièrement aigu et affiné, Joyce Carol Oates, qui reste l'un des plus grands écrivains engendrés par les USA (dans mon panthéon personnel, pour la seconde moitié du XXème siècle, elle se place immédiatement après le non moins fabuleux Philip Roth) représente à mes yeux une authentique "Citoyenne du Monde" en ce que ce terme présente de plus noble et de plus élevé.

Inutile donc, je crois, de vous préciser que je vous recommande très chaudement ce "Maudits" dont la chute magistrale symbolise une fois encore la méfiance de l'auteur envers la Religion mal comprise et mal appliquée. Toutefois, ce "pavé" de plus de 800 pages impressionnera peut-être les néophytes qui n'ont jamais lu cet auteur. A ceux-là, je conseillerai de commencer par "Délicieuses Pourritures" ou encore par "Hantise", merveilleux recueil de nouvelles de l'auteur, bref, par un texte plus court à moins qu'ils n'osent se risquer dans la vie de Marilyn Monroe, "Blonde, revue et corrigée par Joyce Carol Oates.

Quoi qu'ils fassent, il leur arrivera certainement d'être déçus par tel ou tel ouvrage - Oates se double d'une graphomane, ne l'oublions pas - mais quand ils en découvriront un qui parlera à leur cœur, qu'ils sachent qu'ils ne l'oublieront jamais.

Jamais.

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Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
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Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

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MessageSujet: Bellefleur   Sam 29 Juil - 20:46





Etoiles Notabénistes : ******

Bellefleur
Traduction : Anne Rabinovitch


ISBN : 9782253183008

Extraits
Personnages


Quiconque a lu Joyce Carol Oates sait, avant d'entamer l'un de ses ouvrages qui lui est encore étranger, qu'il va, très probablement, plonger dans un monde extrêmement particulier : le plus souvent par l'univers qu'elle crée (et qui évoque toujours à mes yeux le monde d'Alice au Pays des Merveilles, bourré de dangers insoupçonnés et de non-sens qui, soigneusement examinés, ne sont pas si dépourvus de signification qu'ils voudraient le paraître) mais aussi par le style et par sa technique (nombreux retours en arrière, entremêlement de temps différents, parfois descriptions qu'on croit bien réelles de ce qui n'est en fait que fantasmes purs). Dans "Bellefleur", qu'elle appela à sa sortie son "livre-vampire" tant il lui avait pris d'énergie, elle met toute la gomme, si j'ose dire, et cela donne un autre chef-d'œuvre (oui, Oates en a créé quelques uns.)

Tout le roman, en particulier sa fin, qui intriguera, et même en frustrera plus d'un, est contenu dans cette phrase d'Héraclite citée en exergue : "Le Temps est un enfant qui fait une partie de dames ; le royaume est entre les mains de l'enfant."

Bellefleur, en France, avant la Guerre d'Indépendance des colons anglais d'Amérique du Nord, c'étaient un duché, un titre, des armoiries, un duc. Ce personnage, indésirable à la cour de Louis XV, tente l'aventure des colonies lointaines et, par des moyens qui vont du plus honnête au plus tordu, se fait au moins un nom sur le Nouveau continent. Il y fait aussi souche de trois fils : Louis, Jedediah et Harlan. Louis, à son tour, épouse une Irlandaise, Germaine O'Hara, dont il a deux fils et une fille. Mais, pour des raisons que je ne tiens pas à vous livrer, c'est aux aventures de la souche issue du mariage de Jedediah avec la veuve de Louis que Oates nous invite à assister.

Comme d'habitude, elle feint de nous demander de nous contenter de notre rôle de spectateurs. Mais, dès le début, avec l'entrée en scène, dans l'immense manoir des Bellefleur, par une monstrueuse nuit d'orage, du chat Mahalaleel, recueilli par Leah, l'épouse de Gideon, l'arrière-arrière-petit-fils de Jedediah en ligne directe, le lecteur sent bien qu'il lui faut bouger, agir. Il prend le roman - et c'est un pavé, je vous le garantis - à pleins bras et il se plonge dedans, au point d'y disparaître comme dans une piscine enchantée ou victime d'un maléfice, refaisant de temps à autre surface pour reprendre un peu d'air et se poser des questions du genre : "Mais n'avait-il pas ? ... Où ai-je donc lu que ? ... Pourquoi ai-je cru que ? ...", puis replongeant à nouveau dans le but de découvrir l'issue du labyrinthe conçu par l'auteur.

Tout ce qui peuple l'imaginaire d'Oates est présent au rendez-vous : un tambour de la Guerre de Sécession que Raphaël, l'arrière-grand-père, qui rétablit la fortune des Bellefleur et fit construire cette énorme, cette incroyable bâtisse où la famille habite et s'agite, ordonna de faire tendre de sa propre peau une fois qu'il serait mort ; une chambre somptueuse, baptisée "la Chambre Turquoise", où tout le monde a l'interdiction d'entrer car elle est hantée (on ne retrouva jamais le dernier membre de la famille qui s'y établit) ; un clavicorde, fabriqué pour l'épouse de Raphaël, la douce Violet (laquelle alla se jeter une nuit dans le lac de la propriété), et qui est également hanté ; un enfant, le petit Samuel, qui disparut lui aussi dans un lac (il y a plusieurs étangs et lacs dans la propriété, c'est bien pratique), attiré par ce qu'il y voyait ou croyait y voir ; l'oncle Hiram dont il faut surveiller les crises de somnambulisme ; une tante, Della, devenue veuve très jeune et en d'étranges circonstances, qui a préféré par la suite aller vivre dans une petite maison, un peu plus loin, avec sa sœur Matilde, célibataire enragée ; une jeune fille, Yolande, dont on ne sait trop si elle a disparu accidentellement ou si elle s'est enfuie ; un ... ; une ... ; des ... ; enfin, tout un capharnaüm d'êtres et de choses étranges sans oublier l'inquiétant Mahalaleel et ses innombrables rejetons, allant, venant, rôdant, flattant, griffant, crachant, dévorant des ratons-laveurs, etc, etc ...

Et mille petites histoires sur la destinée de tous ces Bellefleur qui aboutissent à Gideon
, à son épouse, à leurs jumeaux et surtout à l'enfant qu'ils eurent en dernier, la petite Germaine, laquelle possédait à la naissance une particularité fort ennuyeuse que sa grand-tante Della, à moins que ce ne fût la grand-mère Elvira, qu'on verra plus tard se remarier à plus de cent ans, a résolue sans tambour ni trompette.

Evidemment, comme dans tout labyrinthe qui se respecte, il existe des impasses, des chemins qui ne mènent à rien ou à pas grand chose, des pas (et des pages   ) sur lesquels le lecteur doit revenir, des incertitudes qu'on déplore, des certitudes qu'on eût aimé ne pas acquérir, des points de suspension qui ressemblent aux cailloux du Petit Poucet ...

C'est du Oates, enfin, du Joyce Carol Oates dans toute sa splendeur, avec tout ce qui l'a rendue célèbre : profondeur mais accessibilité, journées radieuses mais forêts sinistres, folies joyeuses et folies meurtrières, quête sans fin de l'Etre et sa perte quand le personnage  se rend compte qu'il n'atteindra pas ce qu'il cherche ou alors quand il s'égare et part dans une mauvaise direction, minutie des détails, qu'ils soient agréables à répertorier ou, au contraire, terrifiants, réalisme saupoudré, comme toujours, de fantastique, et enfin interrogations éternelles sur le Temps et l'Etre ...

Si vous aimez Joyce Carol Oates jusque dans ses livres plus "basiques" comme "Les Chutes", vous ne pourrez qu'adorer, magnifier, glorifier "Bellefleur" avec lequel je vous laisse, le cœur tranquille, pour cet été. Bonne lecture !

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MessageSujet: La Légende de Bloodsmoor   Ven 11 Aoû - 17:57



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A Bloodsmoor Romance
Traduction : Anne Rabinovitch

ISBN : 9782253163015

Extraits
Personnages


Deuxième volet de la trilogie
qu'elle rêvait de consacrer au "roman gothique", Joyce Carol Oates resserre un peu ici la trame de l'intrigue, qui pouvait passer un tantinet relâchée à certains lecteurs ne connaissant ni son univers, ni sa façon d'écrire et tombés dans "Bellefleur" comme la petite Alice dans le terrier du Lapin Blanc . Mais le thème principal n'en demeure pas moins, ici aussi, la "fin" d'une famille (précisons toutefois que le final de "Bloodsmoor" n'a rien de la mini-apocalypse enregistrée dans "Bellefleur") et que, si le roman s'arrête, c'est que parce que sa chroniqueuse avait tout simplement décidé de le faire cesser au 31 décembre 1899, date d'ailleurs de la mort du fondateur de ladite famille, John Quincy Zinn.

Resserrement aussi autour des personnages principaux, ici les quatre sœurs issues de l'union de John Quincy avec la fille et héritière unique  du Juge Godfrey Kiddemaster, qui fut un temps Gouverneur de la Cour Suprême de l'Etat, à savoir, dans l'ordre de leur naissance : Constance Philippa, la taille fine mais les épaules trop larges pour une femme, toujours mal à l'aise dans son corps et dans tous ces falbalas (parmi lesquels l'horrible crinoline) que nécessitait la mode de l'époque ; Octavia, la plus douce, la meilleure peut-être des filles, plutôt dodue mais jolie et, sans tomber dans un bigoterie épiscopalienne déplacée, toujours soucieuse de ses responsabilités de chrétienne ; la splendide et malicieuse Malvinia, la plus belle de toutes, sans aucun doute, mais aussi la plus passionnée qui, née au XIXème siècle, est déjà une créature du XXème siècle même si, à la fin du roman, elle finit par rentrer dans le rang ; et enfin Samantha, aussi intellectuelle et douée pour les mathématiques et la physique que son père, ce génial inventeur dont de grands noms, tel Edison, viennent (trop) souvent solliciter l'avis, la seule à être dotée d'une crinière rousse que tout le monde estime un peu voyante dans l'enfance mais qui, Samantha ayant grandi, contribue à faire d'elle, avec ses yeux verts et son minois pointu sans oublier sa peau laiteuse, l'une des plus jolies du quatuor.

Pour des raisons qui s'éclairciront plus tard, Mr. et Mrs Zinn ont adopté une jeune orpheline, la petite Deirdre Bonner, fille d'un employé du juge Kiddemaster, que la fièvre typhoïde a rendue, à onze ans environ, orpheline de père comme de mère. Chose curieuse, et qui entraînera au début le lecteur sur une fausse piste, Deirdre ressemble beaucoup à Malvinia. Mais il est clair que les sœurs Zinn, en dépit de tous leurs efforts, ne parviendront jamais à intégrer ce petit phénomène de timidité (qu'elles prennent pour de la froideur) et qui restera pour eux trop étrange pour faire partie des leurs.

Une par une, les sœurs Zinn quitteront le foyer paternel. Trois de façon discutable : Deirdre on ne sait trop comment (je laisse au lecteur le soin de décider ce que représente ce mystérieux ballon de soie noire venue l'enlever contre son gré ) pour devenir la célèbre medium "Deirdre des Ombres" ; Malvinia en s'enfuyant avec un acteur de théâtre célèbre, de passage dans la région, et qui deviendra à son tour une comédienne très applaudie sous le pseudonyme de "Malvinia Morloch" ; et Samantha, bien plus tard, en faisant de même avec Nahum, le timide assistant de son père. Octavia sera la seule, semble-t-il, à se faire une vie relativement "normale" - là aussi, au lecteur d'en juger et je lui promets d'étonnantes découvertes, notamment en ce qui concerne les habitudes sexuelles de son très rigoriste époux - en épousant un veuf calviniste, Lucius Rumford, dont elle aura trois enfants (deux qui périront dans des circonstances sur lesquelles je vous laisse vous faire, une fois de plus, votre avis personnel Nyarknyarknyark ) et le petit dernier, Lucius Quincy, qui survivra en délaissant peu à peu son premier prénom pour ne conserver que "Quincy" (courez savoir pourquoi : vous ne le regretterez pas. ) Quant à Constance Philippa, son cas est si particulier, si délicat à traiter que j'abandonne à l'auteur le soin de vous en entretenir en vous indiquant au passage un usage assez inattendu des mannequins de couturière que chaque maison aisée possédait à cette époque, faits sur mesure pour chaque fille à marier et pour la maîtresse des lieux .

Si la folie débridée, somptueuse du magnifique "Bellefleur" paraît ici un peu plus retenue, si la splendeur et la mégalomanie des Kiddemaster n'ont pas sa flamboyance, jusqu'ici sans égale dans l'œuvre de leur auteur, il n'en reste pas moins que "La Légende de Bloodsmoor" tient dignement sa place à ses côtés, tant ce roman est parcouru, hanté, visité par un cortège d'esprits (ceux qui "protègent" ou "torturent" la pauvre Deirdre). Toujours malicieuse mais aussi soucieuse d'étayer ses chroniques, Oates y fait même intervenir en silhouettes des spiritualistes très connus de cette fin de siècle (le medium Daniel Dunglas Home ou encore Conan Doyle, le si pragmatique créateur de Sherlock Holmes) et, toute en chairs dodues et en bijoux clinquants, et même en esprit, l'irremplaçable Mme Blavatsky, créatrice de la secte des Théosophes, dont Deirdre se sépare tranquillement lorsqu'elle sent venu pour elle le jour de voler de ses propres ailes.

L'Esprit et sa puissance, deux thèmes qui ont toujours intrigué Oates et qu'elle traite ici sur un mode moins déjanté mais aussi, trouveront certains, moins royal que dans "Bellefleur" : la chute finale par contre est aussi surprenante, selon moi, que celle de "Bellefleur", et révèle une finesse qui démontre ce qu'est possible de produire l'esprit humain puisqu'il semble vraisemblable que John Quincy Zinn (parfois surnommé, sur la fin de sa vie, "J. Q. Z.", et, si vous prononcez à l'américaine, cela vous arrachera un sourire, du moins je l'espère) ait établi une théorie qui, au XXème siècle, deviendra extrêmement célèbre, pour le meilleur comme pour le pire. 

Le Mal, le Bien, tous deux se mêlent à nouveau dans ce roman : ont-ils jamais cessé de le faire d'ailleurs ?
Leur est-ce d'ailleurs possible ? L'un engendre l'autre et vice versa. Et c'est i-né-vi-ta-ble.

Tout cela, qui éclatait comme un fabuleux feu d'artifice dans l'incomparable "Bellefleur", ne retrouvera pas, en tous cas à mon humble avis, toute sa puissance dans "Wintherturn" qui, en bonne logique, est pourtant le dernier volet de la série. Par contre, "Maudits", que nous avons déjà chroniqué, parvient à restituer les fastes oniriques, faunesques, glauques, fantastiques autant que réalistes, imprévus autant que visibles comme un bouton d'acné sur le visage, ainsi que les incessantes préoccupations d'Oates : qui sommes-nous ? Et ne sommes-nous que cela ? Et le Temps ? Qu'est-il ? Pourquoi use-t-il la bonne volonté de certains alors qu'il renforce celle des autres ? Est-il un ou plusieurs ? Et, dans cette hypothèse, ces temps sont-ils parallèles ou-et perpendiculaires ? Et où se situe l'être vivant dans tout cela ? Et son esprit ou son âme - comme il vous plaira de l'appeler ?

Pour cela, je tiens personnellement "Maudits" comme appartenant à la trilogie gothique originelle, ce qui transforme celle-ci en une tétralogie qui débute et s'achève sur deux chefs-d'œuvre somptueux et quasi-impériaux. Ne boudez donc pas votre plaisir. Wink

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