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Higashino Keigo (Japon)

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Masques de Venise
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MessageSujet: Higashino Keigo (Japon)   Lun 4 Juin - 14:40

4 février 1958, Osaka (Japon) : naissance de Higashino Keigo, essayiste et romancier.

Ingénieur de formation, Higashino commence à écrire des romans alors qu'il occupe toujours un poste à la "Nippon Denso Co."

En 1985, il remporte le Prix Edogawa Rampo pour son roman "Hôkago / Après l'Ecole". Il peut alors abandonner son emploi d'ingénieur et entamer une carrière d'écrivain à plein temps à Tôkyô.

En 1999, il se voit décerner le Prix des Ecrivains de romans policiers japonais pour son roman "Himitsu / Le Secret". En 2006, il rafle le cent-trente-quatrième prix Naoki pour "Yôgisha X no Kenshin / Le Dévouement du Suspect X", axé sur un crime orchestré comme un problème mathématique par un enseignant éperdument amoureux de celle qui l'a commis.

Higashino écrit également des essais et des livres pour enfants.

En France, ses romans ont commencé à paraître chez Actes Sud, dans la collection Actes Noir. "La Maison Où Je Suis Mort Autrefois" vient juste de sortir enfin en format poche.
_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé


La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron



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MessageSujet: Re: Higashino Keigo (Japon)   Lun 4 Juin - 14:42


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MessageSujet: La Maison Où Je Suis Mort Autrefois   Lun 4 Juin - 15:29



Mukashi bokuga shinda ie
Traduction : Makino Yutaka

Extraits
Personnages

C'est un roman dont je n'ai pas pu m'arracher avant d'en connaître la fin. Il faut dire que, lorsque les Japonais font du roman noir, c'est un peu comme lorsque leurs cinéastes s'attaquent au film d'épouvante : on assiste à la naissance de quelque chose qui respecte les principaux codes du genre mais qui, en même temps, parvient à se forger une identité très personnelle.

Du roman noir, "La Maison Où Je Suis Mort Autrefois" possède les personnages meurtris, en quête d'un avenir qu'ils espèrent meilleur ou d'un passé qu'ils ont oublié mais qu'ils veulent retrouver car cela seul leur donnera la force de reprendre la route. Et ça s'arrête là : ni détective privé, ni femme fatale, pas même le moindre petit revolver. La pluie est omniprésente, une pluie lourde qui trempe absolument tout ce qui s'offre à elle. Mais elle cadre si bien avec le reste que le lecteur fait la grimace lorsque l'auteur lui annonce la percée incongrue d'un rayon de soleil. L'atmosphère est oppressante, énigmatique et la maison où se déroule l'action est aussi sombre, aussi vieille, aussi mystérieuse que possible.

Premier détail très original : la porte d'entrée ne s'ouvre pas,
elle est reliée au chambranle par quatre gros boulons insérés sur des plaques. Pour entrer dans la maison, il faut tout d'abord en faire le tour et faire coulisser une sorte de plaquette qui recouvre le véritable sésame des lieux : une serrure qu'ouvre la fameuse clef à tête de lion que le père de l'héroïne lui a léguée en mourant.

Ensuite, c'est par le sous-sol qu'on pénètre dans la maison, une maison où l'électricité ne semble avoir jamais été installée et où il n'y a pas d'arrivée d'eau. Pourtant, il y a bien un réfrigérateur dans la cuisine, un modèle vieux de plus de vingt ans certes mais un réfrigérateur tout de même. Il n'est pas branché : il ne contient d'ailleurs que des boîtes de conserves périmées.

A l'étage, même silence, même poussière uniformément répartie, même vide qui semble attendre on ne sait qui, on ne sait quoi. Dans la plus grande chambre, un costume masculin accroché à un cintre comme un fantôme assoupi, une robe de femme dans l'armoire, une pelote de laine sur une chaise. Dans la chambre voisine, un lit pour enfant ou adolescent, des livres bien rangés et tous achetés d'occasion, à commencer par les livres de classe, et datant tous de plus de vingt ans.

Tout cela baignant dans la lumière étouffée de la lampe-torche que nos deux héros, Sayaka Kurahashi et son ex-petit ami, qu'elle a prié de l'accompagner dans cet étrange pèlerinage en terre inconnue, promène autour d'eux avec un effarement bien compréhensible.

Il leur faudra l'aide que leur fournit, par le biais de son journal, le jeune Yusuke, et aussi pas mal de réflexions et beaucoup d'assemblages et de désassemblages pour reconstituer la tragédie passée et l'histoire de la maison. Et une fois qu'ils y seront parvenus, seront-ils toujours les mêmes ? En tous cas, après cela, ils ne se reverront plus jamais.

Un roman qui envoûte et obsède, un roman noir d'une originalité indéniable - un roman que vous ne regretterez pas d'avoir lu.
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MessageSujet: La Lumière de la Nuit   Mer 17 Mai - 14:03



Etoiles Notabénistes : ******

Byakuyakô
Traduction : Sophie Refle


ISBN : 9782330072636

Extraits
Personnages



Un pavé, certes (742 pages en format poche) mais un pavé qui tient la route de la première jusqu'à la dernière ligne, en dépit d'intrigues qui semblent, au premier abord, n'avoir aucun rapport l'une avec l'autre et qui, en fait, jaillissent bel et bien d'un tronc commun, la découverte, à la fin des années soixante-dix, dans un immeuble dont la construction a été abandonnée, du corps de Kirihara Yôsuke, un prêteur-sur-gages bien connu. Le cadavre, qui porte la trace de cinq coups de couteau ou, à tout le moins, d'un objet y ressemblant, était allongé sur un divan dépenaillé qui "meublait" plus ou moins une pièce inachevée. Kirihara Yôsuke avait une femme, Yaeko, ancienne serveuse de bar, qui lui avait donné un fils, le jeune Ryôji, enfant introverti et particulièrement intelligent, très doué également, l'inspecteur Sasagaki, chargé en partie de l'enquête, s'en rendra vite compte, pour les découpages précis, cet art que cultivent tant de Japonais. Pour l'aider à son magasin, Kirihara avait un employé, Mitsuura, qui, on le suspecte vite, avait une liaison avec Yaeko.

De son côté, le prêteur sur gages semblait s'intéresser de très près à une jeune femme dans le besoin, Nishimoto Fumiyo, mère d'une fille de dix ans à peu près, une très jolie petite fille, d'ailleurs, aussi jolie qu'avait pu l'être sa mère au même âge, Yukiho.

Sur les différentes pistes qui s'offrent à eux mais qui ne débouchent sur rien de concret, tout au plus des suppositions mais jamais de preuves, les policiers tournent et virent, assistent à l'enterrement du défunt, font la connaissance de Nishimoto Fumiyo et de sa fille, et apprennent un peu plus tard que Fumiyo a été victime d'un accident ménager : elle avait laissé de la soupe sur le feu et s'était endormie. La soupe avait débordé et le gaz avait fui. Nishimoto Fumiyo, qu'on avait suspectée, était morte. Sa fille avait été immédiatement adoptée par une parente, qui gagnait sa vie en enseignant la cérémonie du thé, l'ikebana et le koto, Mme Karasawa et, conformément à l'usage, en quittant Ôsaka pour suivre sa nouvelle mère à Tôkyô, elle avait pris le nom de Karasawa. C'est désormais sous le nom de Karasawa Yukiho qu'elle apparaîtra dans le roman.

Toujours non résolue, l'affaire de l'assassinat de Kirihara Yôsuke est classée, laissant plusieurs éclats bien tranchants d'insatisfaction et de mécontentement au cœur de l'inspecteur Sasagaki, que nous retrouverons par la suite, retraité de la police, mais bien décidé à faire tout l'éclairage sur cet assassinat qui, selon lui - et le lecteur, au fur et à mesure qu'il avance dans l'intrigue, sait bien qu'il a raison - se trouve à l'origine de tant de malheurs - y compris viols et meurtres.

Pour le lecteur, les deux "héros" de l'histoire, qui ne semblent pourtant absolument pas se connaître même si le destin de leurs parents respectifs se sont croisés, sont d'une part Yukiho, désormais jeune fille de bonne famille et qui ne tient absolument pas à ce qu'on évoque son enfance pauvre, vécue dans un milieu infiniment moins reluisant, et Ryôji, le fils de Kirihara, personnalité vagabonde mais brillante qui, peu à peu, dans le Japon où cette technologie explose, devient une sorte de génie de l'informatique à ses débuts. Sous sa douceur et son urbanité apparentes, la première est dévorée par une ambition sociale pour laquelle elle est prête à tout sacrifier et qui la mènera à faire au moins deux beaux mariage, dont le dernier l'unit au cousin d'un ancien camarade de Faculté, Shinozuka Kazunari. Il faut signaler d'ailleurs, c'est très important, que Shinozuka Kazunari est l'un des rares hommes à ne pas être tombé sous le charme de Yukiho, à qui il préférait son amie très proche - qui lui servait de repoussoir en fait - la jeune Eriko. Mais Eriko avait rompu, suite à une agression dont elle avait été victime et dont Shinozuka n'aura connaissance que bien plus tard. Comme pour Yukiho, il y a, chez lui, quelque chose de profondément dérangeant et de désespéré. Mais on le sent d'emblée alors que Yukhio maîtrise infiniment mieux le phénomène.

Kirihara Ryôji est peut-être moins facile à cerner. Mais l'ambition ne lui manque pas, à lui non plus, surtout celle de vivre bien et de prendre des risques. Les risques, oui, il aime ça.  Et il ira sans faillir jusqu'au bout de son curieux destin, à la fois tragique et pitoyable, pour assouvir ce besoin qu'il a de tout risquer sur un coup de poker.

Partagé en treize chapitres, eux-mêmes subdivisés en plusieurs sous-chapitres, ce livre, qui demeurera néanmoins plus directement accessible aux amateurs de culture japonaise qu'aux néophytes en la matière, est un perpétuel éblouissement. On ne s'en rend peut-être pas compte d'emblée et il y en aura pour se plaindre de longueurs qui, en principe, ralentissent le rythme mais qui ont toutes leur utilité. De surcroît, l'enchevêtrement des intrigues mineures issues du tronc central que nous évoquions plus haut, se révèle, pour le lecteur attentif et fasciné, voire hypnotisé, aussi machiavélique que tracé de main de maître. Tantôt, c'est lui, lecteur, qui regarde vivre les personnages, tantôt, à partir de la seconde moitié du livre à peu près, c'est le détective privé Imaeda, embauché par Shinozuka Kazunari, qui prend le relais avant de céder la place, pour les derniers chapitres, à l'Inspecteur Sasagaki qui, rappelons-nous, n'a jamais oublié ni le prêteur sur gage découvert assassiné dans un immeuble en construction, ni la petite, si belle et si tranquille Nishimoto Yukiho au visage de porcelaine, ni le mutique et si impressionnant, malgré son jeune âge, Kirihara Ryôji, portant le portrait de son père entre ses bras pour la cérémonie de l'enterrement. En fait, Sasagaki est le premier à avoir ressenti l'étrangeté de ces deux enfants mais il n'a jamais pu mettre sur elle un nom précis et le regrette car, selon lui - et on veut bien le croire, s'il y était parvenu à temps, bien des drames eussent pu être évités.

Tel quel, "La Lumière de la Nuit" est à déconseiller aux amateurs d'action pure mais à recommander chaudement aux amateurs de thrillers psychologiques et introvertis, qui prennent leur temps, certes, mais ne le gaspillent jamais pour découvrir une intrigue qui mêle humanité et mystère policier et s'épanouit, telle une merveilleuse fleur tout à la fois vénéneuse et mélancolique, dans la complexité et l'habileté psychologique de son créateur. Rappelons que l'auteur est l'un des maîtres du polar au Japon. Ce roman, épais, solide, passionnant et bouillonnant sous ses airs tranquilles, achèvera d'en convaincre ceux qui connaissent déjà Higashino Keigo et leur donnera certainement envie de compléter leur bibliothèque avec ses autres ouvrages. Selon votre humble servante, à ce jour, "La Lumière de la Nuit" demeure son œuvre la plus accomplie avec, dans la vision finale qu'emporte le lecteur de Yukiho sur l'escalator du magasin qu'elle vient d'ouvrir à Ôsaka, une pointe du fantastique typique de ce Japon qu'aimait tant Lafcadio Hearn.

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MessageSujet: Un Café Maison   Mar 18 Juil - 19:28



Seijo no Kyûsai
Traduction : Sophie Refle


ISBN : 9782330018801

Extraits
Personnages



Le meurtre parfait existe-t-il ? ... Difficile de répondre à la question puisque, vous eût expliqué, avec son flegme célèbre et son humour tout aussi inimitable, le grand Alfred Hitchcock (qui s'y connaissait Nyarknyarknyark ), s'il existe ou a jamais existé, on ignore fatalement tout, cela va de soi, de ce meurtre parfait. En tout cas, c'est un cas de meurtre qui aurait pu être d'une perfection glaçante que nous présente Higashino Keigo dans ce "Café Maison" qui appartient à la trilogie mettant en scène le physicien Yukawa, détective amateur à ses moments perdus et pourvu de l'un de ces esprits profonds mais froids qu'inaugura dans le genre le célèbre Sherlock Holmes.

Si vous cherchez une intrigue policière solide, distrayante et, on ne peut le nier, d'une logique absolument diabolique, "Un Café Maison" a tout pour vous charmer. Songez :

Un homme annonce à sa femme qu'il leur faut divorcer puisque, au bout d'un an de mariage, elle n'a pas réussi à se retrouver enceinte de ses œuvres. L'épouse, Ayané, semble se soumettre sans problème à cette décision. La nouvelle la touche si peu qu'elle n'annule en rien le petit voyage chez ses parents qu'elle avait prévu et elle s'en va en souhaitant bon week-end à son mari. En son absence, celui-ci va et vient et, un matin - le dimanche-matin, je crois - comme d'habitude et après bien d'autres cafés pris le jour précédent, il s'en fait une nouvelle tasse. Café maison certes mais aussi café fatal car on retrouve mort notre futur divorcé. Aucune trace d'intrusion, de blessure, encore moins d'empoisonnement. Son cœur s'est simplement arrêté - caractéristique fatale du cœur de tout être vivant, un jour ou l'autre .

Comme l'évier de la cuisine, où se servaient l'homme et la femme pour se faire un thé, un café ou une soupe, possède deux robinets, le lecteur, qui n'est pas bête, songe tout de suite à une astuce concernant lesdits robinets.

Eh ! bien, non, ce n'est pas ça
. Le professeur Yukawa lui-même, qui y songe en premier, est obligé de reconnaître qu'il s'est trompé.

Pourtant, cette idée d'empoisonnement ne cesse de tourner dans l'air et dans la cervelle non seulement de Yukawa mais aussi de l'inspecteur Kasunagi, son ami, et dans celle de l'adjointe de celui-ci, Hiromi. (C'est d'ailleurs elle qui a contacté le physicien, dont elle avait fait la connaissance dans "Le Dévouement du Suspect X.") Et puis, s'il y a eu assassinat, celui-ci était-il prémédité ? La jeune veuve ne cache pas la volonté qu'avait le défunt de divorcer et c'est sans aucun effort d'imagination qu'on verrait en elle la statue animée de l'Innocence : en effet, dès avant leur mariage, celui qui n'était encore que son amant lui avait expliqué son "plan de développement personnel", ce plan requérant immanquablement la naissance d'un héritier. Or, le lecteur, ayant assisté dès la première page, à une conversation du couple qui prouve que la jeune femme avait en effet accepté le divorce si elle n'avait pas d'enfant au bout d'un an de mariage, sait qu'elle ne ment pas. Le mobile du divorce non souhaité par elle s'effondre donc ...

Alors ? ...

S'il y a eu empoisonnement, pour quelle raison ? Car enfin, Ayané, la jeune veuve, n'a rien d'une tueuse en série : elle n'a même pas de casier judiciaire ! ...

Bien que la personnalité de Yukawa soit trop "holmesienne" à mon goût, ce roman, habile et implacable, se lit avec plaisir et ... curiosité. Ce que je tiens à dire surtout, c'est que, aussi sûrement qu'il sait qu'Ayané et son mari étaient d'accord pour le divorce, le lecteur sait aussi qu'elle l'a empoisonné.

Pourquoi et peut-être plus encore comment, c'est ce que je vous laisse découvrir, lecteur, surtout si vous aimez les méthodes et les personnalités à la Sherlock Holmes (mais en plus moderne tout de même Wink .) Le temps est beau et les vacances sont là où arrivent : voilà un roman à lire tranquillement, l'un de ces délassements qui vous laissent d'excellents souvenirs.

N'empêche que je préfèrerai toujours la merveilleuse, l'unique "Lumière de la Nuit", du même auteur ...

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