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Les Quatre Coins De La Nuit - Craig Holden

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Masques de Venise
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MessageSujet: Les Quatre Coins De La Nuit - Craig Holden   Jeu 26 Juil - 17:35



Four Corners of the Night
Traduction : Stéphane Carn & Catherine Cheval


ISBN : 9782743610135

Notre Opinion
Extraits
Personnages





Je me demandais où diable j'avais bien pu me tromper. Alors, j'ai relu "Les Quatre Coins de la Nuit." En effet, j'avais tenté depuis lors - et par deux fois - la lecture de "Route Pour l'Enfer", du même auteur : les deux fois, j'ai laissé tomber au beau milieu de l'intrigue - comportement chez moi rarissime, ce forum en atteste. Pas découragée et aussi têtue que peut l'être une Bretonne en parfaite santé, j'ai tenté "La Rivière du Chagrin" du même Craig Holden. Là encore, au beau milieu du parcours : lassitude absolue, défaut aussi brutal qu'inattendu de concentration et renvoi poli mais ferme du malheureux livre sur ses étagères. (Enfin, c'est une figure de style : je n'ai pas encore fini de tout ranger ... :oops: )

"Les Quatre Coins de la Nuit", je l'avais lu d'une seule traite. Mieux : je l'ai relu de la même façon, et cela bien que me rappelant parfaitement l'histoire. Conclusion : je ne me suis pas trompée et, si problème il y a, il n'affecte pas "Les Quatre Coins de la Nuit."

Je persiste - et persisterai longtemps - à affirmer que ce roman noir est une vraie petite merveille. La relecture souligne l'habileté maîtresse avec laquelle l'auteur fait alterner les deux pans de l'intrigue : l'époque contemporaine et la disparition de Tamara Shipley d'une part et, d'autre part, la décennie précédente avec la disparition de la petite Jamie. A la progression logique des deux intrigues, s'ajoute l'évolution des deux personnages principaux - Mack et Bank - et surtout de ce que nous savons d'eux.

On ne peut pas imaginer manière plus subtile de mener une intrigue aux ramifications complexes : on se croirait devant une toile pointilliste. Il faut un certain temps au lecteur pour comprendre que Mack aurait pu remplir certains blancs bien plus tôt mais que son confort moral le lui interdisait. (Ce qui explique d'ailleurs pourquoi il finit par exprimer un sentiment de culpabilité, tant envers l'affaire Jamie qu'envers la mort de Bank.) Lors d'une première lecture, il n'est d'ailleurs pas sûr qu'il se rende compte du phénomène.

Quant à la fin, elle démontre le sérieux, la lucidité avec lesquels l'auteur a étudié le genre de situations dont il s'est inspiré. Malgré tout, la culpabilité de Bank reste indémontrable - et indémontrée. Le personnage étant, par ailleurs, des plus sympathiques, la tentation est forte de vouloir que Sarah, la mère de Jamie, ait été dans l'erreur dès le début. Tout le reste - l'enfance chaotique de Bank et sa démarche auprès d'un psychiatre - ne serait que coïncidences et hasards.

A moins que la décision de suivre une psychothérapie ne soit que la conséquence des soupçons injustes de Sarah : sur les traumatismes subis dans l'enfance, se seraient greffés le doute, la culpabilité insufflés par la disparition de Jaimie et le comportement de sa mère.

Bien sûr, on a toujours le loisir de choisir la situation la plus simple : A + B = C et pourquoi se compliquer la vie ? Mais l'histoire est bien trop complexe pour que - à mon avis - on se satisfasse en conscience d'une issue classique et dépourvue de toutes nuances.

Avec sa double intrigue, l'adresse infernale avec laquelle l'auteur en entremêle les fils, la crédibilité souvent touchante des personnages, l'ambiguïté qui ne cesse de planer sur la révélation finale, avec son style soigné, précis et une technique de récit qui chapitre tout au millimètre près, "Les Quatre Coins de la Nuit" ressemble à l'une de ces boîtes à compartiments secrets si sophistiquées qu'on se demande comment leur concepteur est parvenu à les imaginer et, mieux encore, à leur donner vie.

Ce qu'on ne saurait dire ni de "Route pour l'Enfer", ni de "La Rivière du Chagrin." Et, malgré cette relecture pourtant si agréable, je n'ai toujours pas compris pourquoi ...
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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

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MessageSujet: Re: Les Quatre Coins De La Nuit - Craig Holden   Ven 27 Juil - 19:04

"Les Quatre Coins de la Nuit" présente une approche mûrement réfléchie de la fameuse question : un enfant abusé sexuellement reproduira-t-il, adulte, le schéma de vie qu'il a dû subir sans broncher pendant trop d'années ?

Une réponse affirmative, impérieuse, assenée de haut, relève de la stupidité absolue : on ne compte plus les enfants abusés sexuellement et/ou victimes d'autres mauvais traitements, les garçons autant que les filles, qui deviennent des parents responsables et aimants, quand ce ne sont pas des modèles pour les autres.

Inversement, affirmer que tous prendront systématiquement - et avec succès - le contrepied des monstres de leur enfance est un voeu pieux. Le libre-arbitre, la force de caractère, cette entité insaisissable que certains nomment "esprit" et d'autres "âme", tous jouent leur rôle dans l'affaire. Si le caractère est faible, si l'esprit refuse de lutter, il y a gros à parier, malheureusement, que le libre-arbitre ne servira à rien si encore il n'incite pas paresseusement à choisir la facilité, c'est-à-dire la reproduction du schéma pervers.

Holden, lui, ne choisit ni l'étiquette "Oui", ni sa contraire. Il crée et explore une situation qui laisse l'enfant devenu adulte dans un flou que le lecteur a bien du mal à éclaircir. L'abus sexuel est une infection qui demeure latente, une cellule trafiquée à dessein et qui développera ou non la maladie dont elle est désormais atteinte. Pas plus qu'un autre, Holden ne se risque à définir les raisons qui interviennent dans un cas comme dans l'autre. Mais son héros bénéficie, c'est le moins que l'on puisse dire, d'une grande force de caractère, ce qui plaiderait a priori pour une impossibilité totale de subir, dans sa vie adulte, les effets pervers du virus.

Face à lui, l'écrivain nous montre une mère aimante et attentive - mais non pas étouffante - dont on ne sait si elle a réellement décelé quelque chose dans l'attitude de son compagnon ou si elle se l'est seulement imaginé. Rien n'est dit d'ailleurs sur la propre enfance de Sarah : en supposant qu'elle ait elle-même non pas subi mais vu un ou une camarade subir ce qu'a dû endurer Bank, en supposant seulement qu'il ne s'agisse que d'une histoire qu'elle ait entendue dans son enfance ou son adolescence et qui l'ait évidemment marquée, cela expliquerait tout autant sa vigilance et ses soupçons.

C'est bien là que le bât blesse : Sarah n'a que des soupçons. Que Bank, après la disparition de Jaimie et leur séparation, se rende chez un psychiatre ne signifie pas grand chose et ne cautionne certainement pas ses soupçons. Ou plutôt cela signifie soit qu'il est vraiment coupable, au mieux par la pensée, au pire par certains gestes, soit que le choc de cette disparition et les découvertes faites ensuite sur la machination de Sarah ont rouvert les plaies de l'enfance et ranimé cette terrible culpabilité qui, jamais, pas un seul jour de son existence, n'abandonne l'enfant abusé.

Certes, Bank entame peut-être sa thérapie pour se soigner. Mais une autre hypothèse est tout aussi vraisemblable : celle d'un Bank épouvanté et mort de honte à l'idée que, sans en avoir conscience, il a eu une parole, un regard, un geste et, pourquoi pas ? une pensée qui a révélé à Sarah qu'il était définitivement, irrémédiablement, une pomme pourrie, une cellule cancéreuse en délire, un pestiféré contagieux - un pédophile incestueux.

Le lecteur ne saura jamais et Bank emportera son secret dans la tombe. La culpabilité, alors, change d'épaules et de nature : elle se rabat sur Sarah, en dépit des certitudes affichées par celle-ci, et aussi, bien sûr, sur Mack, qui n'a jamais cherché à aider son ami alors que, dès leur enfance, il avait compris ce qu'il subissait chez ses parents adoptifs.

Voilà pourquoi, en-dehors de ses qualités purement littéraires, "Les Quatre Coins de la Nuit" est un grand roman noir, l'un de ceux qui nous rappellent combien la vie peut se montrer injuste, désolante, glauque - moche.
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