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Lumière d'Août - William Faulkner

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Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
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Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
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Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Lumière d'Août - William Faulkner   Dim 9 Sep - 18:34



Light in August
Traduction et préface : Maurice-Edgar Coindreau


ISBN : 9782070366217


Notre Opinion
Personnages


Citation :
[...] ... Et ce fut la dernière fois qu'on vit [Brown] à la scierie. Mais Byron connaît, et se rappelle maintenant, l'automobile neuve (dont un pare-chocs ou deux furent tout de suite faussés.) On la voyait sans cesse errer par la ville, oisive, sans but, avec Brown qui se prélassait au volant, sans trop bien savoir comment jouer son rôle d'homme oisif, dissolu, enviable. Il arrivait parfois que Christmas fût avec lui ; mais c'était rare. Et maintenant, leur occupation n'avait plus rien de secret. Tous les jeunes gens savent (et même les enfants) qu'on peut acheter du whiskey à Brown à n'importe quel moment ; et la ville s'attend chaque jour à sa capture, à le voir en sortir une bouteille de dessous son imperméable et l'offrir à un agent en civil. On n'est pas encore très sûr que Christmas soit de mèche avec lui, bien que personne ne croit Brown assez intelligent pour pouvoir faire à lui seul des bénéfices avec l'alcool de contrebande ; et il y en a qui savent que Christmas et Brown habitent ensemble dans une cabane, dans la propriété Burden. Mais, même ces gens-là ne savent pas si Miss Burden le sait ou non. Du reste, ils ne le lui diraient pas. C'est une femme entre deux âges qui habite seule dans la grande maison. Elle habite dans la maison depuis sa naissance, et cependant, on la considère toujours comme une étrangère dont les parents sont arrivés du Nord, pendant la Reconstruction. Une Yankee, une négrophile, sur laquelle la ville fait encore courir des bruits d'étranges relations avec des noirs de la ville et d'ailleurs. Cependant, il y a bientôt soixante ans que son père et son frère furent tués, sur la grande place, par un ex-propriétaire d'esclaves pour une question de vote des Noirs aux élections d'Etat. Mais quelque chose d'étrange, de sombre, d'inquiétant, plane encore sur elle et sur sa maison, bien qu'elle ne soit qu'une femme, et la descendante de ces gens que les ancêtres de la ville avait de bonnes raisons (ou le croyaient, du moins), de haïr et de craindre. Mais le fait est là : les descendants des deux partis face à face avec leurs fantômes réciproques, et toujours séparés par le spectre du même sang versé, la vieille horreur, la colère et la peur. ... [...]

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle



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MessageSujet: Re: Lumière d'Août - William Faulkner   Dim 9 Sep - 19:00

L'étrange et inquiétante réaction de Christmas lorsque des jeunes de son âge cherchent à l'initier au sexe :

Citation :
[...] ... Ils étaient réunis, tous les cinq, tranquillement, dans le demi-jour, près de l'entrée croulante d'une scierie abandonnée. Cachés à cent mètres de là, ils avaient vu la jeune négresse entrer et disparaître après un coup d'oeil à l'entour. Un des aînés avait combiné l'affaire, et il était entré le premier. Les autres tirèrent à la courte paille. Ils étaient tous vêtus de blouses semblables. Ils habitaient dans un rayon de trois milles et, comme celui qu'ils connaissaient sous le nom de Joe McEachern [= Joe Christmas], ils pouvaient tous, à quatorze ou quinze ans, labourer, traire, couper du bois comme des hommes faits. Peut-être ne s'était-il pas rendu compte que c'était un péché avant l'instant où il s'était représenté l'homme qui l'attendait à la maison car, à quatorze ans, le péché suprême serait plutôt d'être ouvertement accusé de virginité.

Son tour arriva. Il entra dans le hangar. Il faisait noir. Tout de suite, il se sentit en proie à une hâte terrible. Il y avait en lui quelque chose qui voulait sortir comme lorsqu'il lui arrivait de songer à la pâte dentifrice [référence à un épisode qui s'est déroulé durant sa petite enfance, à l'orphelinat]. Mais, tout d'abord, il ne put songer. Il restait là, debout, sentant l'odeur de la femme en même temps que l'odeur de négresse, prisonnier de la femme-négresse et de sa hâte, attiré, forcé d'attendre qu'elle parlât : bruit conducteur qui n'était pas vraiment un mot et qui le prit à l'improviste. Alors, il lui sembla qu'il pouvait la distinguer. Quelque chose d'étalé, d'abject ; ses yeux peut-être. En se penchant, il crut regarder dans un puits noir, et, tout au fond, il vit deux lueurs, comme le reflet d'étoiles mortes. Il avançait car il la heurta du pied. Puis il la toucha de nouveau, lui donna un coup de pied. Il la frappa violemment, frappant dans et à travers un gémissement étouffé de surprise et de peur. Elle se mit à hurler tandis qu'il la faisait relever, la secouant par le bras, lui lançant de grands coups sauvages, frappant la voix peut-être, mais, en tous cas, sentant la chair, prisonnier de la femme-négresse et de sa hâte.

Puis elle s'enfuit devant son poing, et lui-même recula en courant quand les autres tombèrent sur lui, en tas, s'agrippant, luttant, tandis qu'il ripostait, l'haleine sifflante de rage et de désespoir. Ce fut alors l'odeur du mâle qu'il sentit, qu'ils sentaient tous, et, quelque part derrière, la Femelle qui s'enfuyait, hurlante. ... [...]

On remarquera bien sûr la minuscule accordée au mâle tandis que la Femelle pourtant si haïe, si abjecte, a droit à la Majuscule ...
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