Nota Bene

Nota Bene

Nota Bene : La Qualité, Non La Quantité - Forum Atypique Pour & Par la Littérature - Le Forum Que Vous N'Oublierez Pas De Sitôt - Histoire & Cinéma Sont Aussi Sur Nos Etagères - Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés - Extrémistes & Trolls S'Abstenir
 
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

 

Le Régiment des Deux-Siciles - Alexander Lernet-Holenia

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Auteur Message
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 56752
Age : 57
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Le Régiment des Deux-Siciles - Alexander Lernet-Holenia   Jeu 13 Sep - 13:09



Beide Sizilien
Traduction : Bruno Weiss


ISBN : 9782742706761

Notre Opinion
Personnages


Citation :
[...] ... Tout était silencieux à l'exception d'un piano dont on jouait quelque part, dans un appartement éloigné. Les notes semblaient venir d'un autre monde, avec une infinie tristesse. Une impression de rêve, la sensation d'un état entièrement irréel, s'empara de Fonseca. Il dut, en tout, attendre quelques vingt minutes dans cette pièce, mais il lui apparut que, si ce laps de temps, et le temps en général, pouvait se diviser, il était en revanche impossible de le mesurer réellement. On pouvait bien le diviser en fractions rigoureusement égales : en heures, par exemple, ou en minutes. Mais qui dira ce qu'est en réalité une heure ou une minute ?

On mesure le temps au mouvement d'un objet, en définitive par rapport à la rotation de la Terre, puis on divise ce laps de temps en fractions égales : en heures et en minutes. Mais combien de temps la Terre met-elle vraiment pour accomplir une révolution ? Nous sentons le souffle de l'alternance entre le jour et la nuit, tel le lent battement des ailes noir et blanc d'un immense oiseau, mais la durée de ces battements, il nous faut bien la mesurer aux mouvements des astres. Et ces astres, en combien de temps accomplissent-ils leur révolution ?

Bref, le temps en soi n'existe pas - mais il peut exister. Il s'agit seulement de ne pas se rendre compte qu'il existe. Car il est grave d'en prendre conscience. Le mieux, c'est encore de l'oublier. Ou bien il faut le remplir d'évènements, qui en s'écoulant, constituent la durée. Alors, celle-ci devient perceptible : sinon, sa brièveté ou sa longueur sont insaisissables. Il est tout aussi terrifiant de sentir le temps glisser d'entre nos mains que d'éprouver une durée sans fin.
... [...]

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle



https://www.notabeneculturelitteraire.com/
http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 56752
Age : 57
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Re: Le Régiment des Deux-Siciles - Alexander Lernet-Holenia   Jeu 13 Sep - 13:10

Citation :
[...] ... Donc, Fonseca n'aurait pas su dire, lui non plus, s'il avait attendu un court moment ou pendant un temps prolongé. Il lui semblait pourtant que son attente avait été plutôt longue. Mais il finit par perdre aussi le sentiment de cette durée ; le temps s'emplissait des choses dont il se composait ; or, il se composait de pensées, et l'essence de ces pensées , comme des pensées en général, était aussi indéfinissable que le temps lui-même. C'est peut-être cela qui fait les véritables pensées. Un prisonnier dans sa cellule ou un saint dans sa grotte ne considère plus son bonheur ou son malheur ; il finit par ne plus observer que les oscillations de la grâce : la grâce, versée d'en haut, lui fait supporter l'existence ou, se retirant de lui, le laisse dépouillé de tout. De même, il ne pouvait plus que penser, ou sentir les pensées lui échapper.

Mais qu'étaient ces pensées ? Il l'ignorait. Il eut un sursaut mais fut incapable de se rappeler ce qu'il venait de penser. Il retomba dans une sorte de demi-inconscience ; d'autres idées, plus palpables, lui venaient à l'esprit. Il revoyait sa journée, cette curieuse journée qu'il venait de vivre et la série de hasards heureux qu'il avait connus dès le matin. Il se demanda un moment si c'était bien par l'effet d'un pareil coup de la fortune qu'il était venu là et s'il n'avait pas eu toute cette chance que pour se laisser entraîner plus facilement jusqu'ici. Il ne comprenait plus du tout pourquoi il était entré dans cette maison ; car, en somme, comment cet homme rencontré dans l'ancien appartement de Mme von Malowetz avait-il pu lui indiquer sa nouvelle adresse ? Comment pouvait-il même savoir que c'était elle qui avait habité les pièces que l'on était en train d'aménager pour quelqu'un d'autre ? Après tout, cela ne regardait nullement l'ouvrier, comment aurait-il donc pu le savoir ? Il tenta de se représenter l'individu : un homme plutôt râblé, un peu plus petit que Fonseca lui-même, il ne se souvenait de rien d'autre ; il éprouva d'ailleurs soudain une incroyable difficulté à concentrer ses pensées sur un objet précis. Etait-ce le son du piano qui se faisait toujours entendre et qui l'emplissait de torpeur ? Ce son gagnait en intensité, s'enflait, et, d'un coup, atteignit une telle puissance qu'il lui semblait que c'était à côté de lui qu'on jouait et qu'il en fut anéanti ...



Cela se passait un mercredi, entre six heures et demie et sept heures du soir. Le vendredi, le frère de Fonseca se rendit chez le colonel Rochonville et l'informa que Fonseca avait disparu. ... [...]

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle



https://www.notabeneculturelitteraire.com/
http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/

Le Régiment des Deux-Siciles - Alexander Lernet-Holenia

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum: Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Nota Bene :: AUTOUR DES LIVRES & DE LA LITTERATURE :: Incitation A La Lecture & Morceaux Choisis -