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Roberto Bolaño (Chili)

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Masques de Venise
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MessageSujet: Roberto Bolaño (Chili)   Mar 25 Sep - 17:53

28 avril 1953, Santiago (Chili) : naissance de Roberto Bolaño Ávalos, dit Roberto Bolaño, poète, nouvelliste & romancier.

Fils d'un routier qui participait aussi à des matchs de boxe et d'une enseignante, le futur écrivain passe ses premières années, en compagnie de sa soeur, sur la côte sud du Chili. Selon ses propres dires, il est un enfant maigrichon, myope et peu prometteur bien qu'il ait toujours le nez dans les livres. Ajoutons à cela qu'il souffre de dyslexie et qu'il subit pas mal de brimades à l'école, cette école où, malgré son potentiel, il se sent comme un étranger.

A quinze ans, il part avec sa famille pour le Mexique où tout le monde s'installe à la capitale. Là, il laisse tomber l'école et se trouve un boulot de journaliste avant de s'engager activement dans le mouvement d'extrême-gauche.

C'est en 1973 - il a alors vingt ans - qu'a lieu l'un des évènements-clefs de l'existence du poète, évènement qu'il rapporte d'ailleurs de différentes manières dans plusieurs de ses textes. Le jeune homme quitte le Mexique pour rejoindre le Chili où il veut aider Salvador Allende et son parti, au pouvoir depuis novembre 1970, à "construire la révolution." Il n'en aura pas le temps car, le 11 septembre 1973, Augusto Pinochet réussit un coup d'Etat qui établit pour longtemps dans le pays une dictature militaire. Suspecté d'être un agent terroriste, Bolaño est arrêté. Heureusement pour lui, il ne passe que huit jours en garde à vue et, surtout, deux de ses anciens camarades de classe, qui font partie des gardiens de la prison où il est incarcéré, réussissent à le sauver.

Selon la version qu'il donne des évènements dans l'une de ses nouvelles, "Carnet de Bal", le jeune homme échappe à la torture - alors que, semble-t-il, il avait espéré partager le sort de ses camarades - mais, "aux petites heures du matin, je pouvais les entendre torturer [mes amis] ; il me fut impossible de dormir et, à l'exception d'un magazine en anglais que quelqu'un avait abandonné derrière lui, il n'y avait rien à lire. Le seul article intéressant concernait une maison qui avait un jour appartenu à Dylan Thomas ... Je suis sorti de ce trou grâce à deux policiers qui avaient étudié avec moi à Los Angeles."L'histoire sera à nouveau racontée dans la nouvelle "Policiers", mais cette fois-ci en adoptant le point de vue des deux anciens condisciples du poète. Néanmoins, en 2009, certains amis mexicains de Bolaño, qui l'avaient connu dans ces années-là, ont émis des doutes quant à la réalité de sa présence au Chili en 1973.

Durant l'essentiel de sa vie d'adulte, Bolaño adopte le statut d'un vagabond errant çà et là du Chili au Mexique, du Mexique au Salvador, du Salvador jusqu'en France, puis en Espagne.

Dans les années soixante-dix, il se fait trotskyste et fonde l'"infra-réalisme", mouvement poétique mineur qu'il parodiera avec tendresse dans "Los Detectives Salvajes / Les Détectives Sauvages."

Après un interlude au Salvador, en la compagnie du poète et journaliste salvadorien Roque Dalton et des guerrilleros du Front National de Libération Farabundo Marti, Bolaño regagne Mexico, où il mène une vie de bohème et devient l'enfant terrible de la littérature latino-américaine, "un provocateur professionnel, redouté de toutes les maisons d'édition même s'il était pour elles un individu insignifiant, faisant irruption dans les conférences littéraires et les séances de lecture", ainsi que rappelle son éditeur, Jorge Herralde. Ce comportement imprévisible tient autant à son idéologique gauchiste qu'à son mode de vie chaotique.
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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Mar 25 Sep - 18:33

En 1977, Bolaño part pour l'Europe. Il s'installe en définitive en Espagne. Il s'y marie même et s'établit sur la côte, près de Barcelone, travaillant tour à tour comme plongeur, gardien de camping, porteur et éboueur. Il travaille le jour et écrit la nuit. A partir du début des années quatre-vingt, il s'installe dans la petite ville côtière de Blanes, toujours en Catalogne.

Il écrit surtout des poèmes avant de se mettre à la prose lorsqu'il atteint la quarantaine. Dans un entretien, il explique qu'il s'est mis au romanesque parce qu'il se sent responsable de l'avenir financier et du bien-être de sa famille, toutes choses qu'il ne peut assurer avec ses seules ressources de poète. Jorge Herralde le confirme et déclare que Bolaño "renonça à son existence de beatnik impécunieux" parce que la naissance de son fils, en 1990, lui avait fait réaliser "que c'était lui qui tenait en mains l'avenir de sa famille et aussi qu'il serait plus facile de gagner sa vie en écrivant de la fiction."Ce qui n'empêcha jamais Bolaño de se considérer avant tout comme un poète. En 2000, trois ans avant son décès, il publia d'ailleurs un recueil de poèmes recouvrant vingt années de travail.

Les sentiments qu'il nourrissait envers sa patrie étaient conflictuels. On soulignera qu'il ne revint au Chili qu'une seule fois au cours de son exil volontaire en Espagne. Au Chili, il était célèbre pour les attaques féroces qu'il lançait contre Isabel Allende et d'autres membres de l'establishment littéraire. "Il ne s'intégrait pas au paysage, et le rejet qu'il vivait le laissait libre de dire absolument tout ce qu'il voulait, ce qui peut se révéler une bonne chose pour un écrivain", commente à ce sujet le romancier et dramaturge chilien Ariel Dorfman.

La santé de Bolaño déclinait à vue d'oeil. Le 14 juillet 2003, il s'éteignait à Barcelone, en Espagne.

Les medias anglais devaient suggérer que, à une certaine époque de sa vie, le poète avait été héroïnomane et que sa mort était due à une maladie du foie provoquée par une ancienne hépatite C. Elles précisaient aussi que Bolaño s'était infecté en partageant les aiguilles dont il usait pour ses fix. Son épouse, et son ami Enrique Vila-Matas, ont évidemment formellement démenti toute addiction passée de l'écrivain à l'héroïne. Ce qui reste toutefois incontestable, c'est que Bolaño souffrait d'une grave défaillance du foie et que, pour cette raison, à l'époque de son décès, il se trouvait tout au haut de la liste des demandeurs pour les transplantations hépatiques.
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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Mar 25 Sep - 18:59

Six mois avant sa mort, au cours d'une conférence internationale réunie à Séville et à laquelle il participe, la communauté littéraire latino-américaine le salue comme la figure la plus importante de sa génération. Parmi ses amis les plus proches, se distinguent les romanciers Rodrigo Fresán et Enrique Vila-Matas. Pour le premier, "Roberto est apparu en un temps où l'Amérique latine ne croyait plus aux utopies, alors que le paradis s'était mué en enfer et ce sont cette perception de la monstruosité et des cauchemars éveillés, cette fuite continue à l'approche de quelque chose d'horrible et d'informe qui imprègnent "2666" et l'ensemble de son oeuvre." "Ses livres sont politiques", ajoute Fresán, "mais d'une façon plus personnelle que militante ou démagogique. On est plus proche de la mystique des beatniks. (...)"

Fresán souligne encore : " (...) [c']est un écrivain qui travaillait sans filet, qui fonçait au maximum, sans freins et qui, ce faisant, s'est frayé une nouvelle voie pour devenir un grand écrivain latino-américain." Dans The New York Times, Larry Rohter déclare de son côté : "Bolaño se moquait de son avenir "posthume" (...) et il ne fait aucun doute qu'il rirait bien aujourd'hui, en voyant tous ses écrits portés aux nues maintenant qu'il est mort."

Bolaño laissait derrière lui son épouse et leurs deux enfants, ceux qu'il avait baptisés "ma seule mère-patrie." (Dans son dernier entretien, publié dans la version mexicaine de Playboy, l'écrivain affirme qu'il se considère comme latino-américain mais tient à préciser : "Mon seul pays, ce sont mes deux enfants et ma femme et peut-être, quoique venant en seconde place, certains moments, certaines rues, certains visages ou certains livres qui sont en moi ...") Il avait appelé son fils "Lautaro", du nom du chef Mapuche qui organisa la résistance chilienne à la conquête espagnole. Sa fille se prénomme Alexandra.
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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Mer 26 Sep - 8:13

Bien qu'il se sentît viscéralement poète, dans la veine de son compatriote, le mathématicien et poète Nicanor Parra, envers qui il professait une admiration sans bornes, c'est sur ses recueils de nouvelles, ses novellas et bien sûr ses grands romans que Bolaño assit sa réputation personnelle. En raison du style de vie bohème qu'il adopta durant une grande partie de son existence, en raison aussi de ses foucades d'enfant terrible de la littérature latino-américaine, il ne commença vraiment à produire une oeuvre substantielle de fiction qu'à partir des années quatre-vingt-dix. Il devint alors, presque aussitôt, l'une des figures les plus largement considérées des lettres espagnoles et latino-américaines.

En une succession rapide, il publia une série de textes unanimement salués par la critique, les plus importants d'entre eux étant sans doute "Los Detectives Salvajes / Les Détectives Sauvages", la novella "Nocturno de Chile / Nocturne du Chili" et, à titre posthume, le roman "2666." Ses deux recueils de nouvelles, "Llamadas telefónicas / Appels Téléphoniques" et "Putas Asesinas / Des Putains Meurtrières", se virent décerner plusieurs prix littéraires. Signalons d'autre part que, en 2009, un certain nombre de textes inédits ont été découverts.

"Nocturne du Chili" se lit comme les dernières rodomontades, décousues et jamais recueillies, prononcées sur son lit d'agonie, par le Jésuite chilien et poète Sebastian Urruba Lacroix. A un tournant important de sa carrière, le père Urrutia a été contacté par deux agents de l'Opus Dei, lesquels lui apprirent qu'il avait été choisi pour visiter l'Europe et y étudier les vieilles églises à préserver - l'emploi idéal pour un prêtre qui, comme lui, avait une sensibilité d'artiste.

A son arrivée, on lui explique que la menace essentielle qui plane sur les cathédrales européennes, ce sont les déjections des pigeons, mais que ses homologues du Vieux Continent ont trouvé une solution intelligente à ce problème : la fauconnerie. Ville après ville, le Jésuite peut observer comment les faucons cléricaux s'abattent, avec sournoiserie et cruauté, sur des troupeaux d'oiseaux inoffensifs. Or, par un amalgame qui donne le frisson, l'incapacité du Jésuite à élever la moindre protestation contre ce moyen de préservation architecturale pour le moins sanguinaire, fait comprendre à ses supérieurs qu'il se montrera le complice passif - le complice parfait - des méthodes brutales et meurtrières du régime de Pinochet. Bolaño commence ici la mise en accusation de "l'homme intellectuel", celui qui se retire dans son amour de l'Art et utilise son sens du beau comme d'un voile et d'un bouclier tandis que, autour de lui, le monde continue à tourner, statique jusqu'à la nausée, éternellement plongé dans l'injustice et la cruauté.
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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Mer 26 Sep - 10:28

"Amuleto / Amulette" se concentre sur la poète uruguayenne Auxilio Lacouture, qui avait déjà fait une apparition dans "Les Détectives Sauvages" dans le rôle mineur d'un personnage pris au piège pendant deux semaines dans les toilettes de l'Université Nationale Autonome de México - l'UNAM - alors que l'armée investissait la faculté. Dans la nouvelle "Amulette", elle tombe sur une foule d'artistes et d'écrivains latino-américains parmi lesquels se trouve Arturo Belano, l'alter ego de Bolaño. A la différence des "Détectives Sauvages", la nouvelle prend Auxilio comme personnage principal - le récit est d'ailleurs à la première personne - tout en tenant compte néanmoins du trépidant éparpillement des autres personnages, si typique de l'auteur.

"Estrella Distante / Etoile Distante" est une novella dont le thème essentiel est la politique menée par le régime de Pinochet. Elle évoque le meurtre, la photographie et même la poésie que la fumée des avions militaires embrase à travers le ciel. Sur un mode morbide et parfois humoristique, cette sombre satire traite en fait de l'histoire de la politique chilienne.

"Literatura Nazi en América / La Littérature Nazie en Amérique" se présente comme une encyclopédie ironique et entièrement fictive des écrivains et critiques fascistes en Amérique du Nord et du Sud, tous aveuglés par leur propre médiocrité tandis que leurs rares lecteurs le sont par une auto-mythification passionnée. (...)
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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Mer 26 Sep - 11:04

"Los Detectives Salvajes / Les Détectives Sauvages" a été comparé par Jorge Edwards au "Rayuela" de Cortázar et au "Paradiso" du poète et romancier cubain José Lezama Lima.

Dans un billet d'El País, le critique espagnole Ignacio Echevarría affirme qu'il s'agit là d'"un roman que Borges aimerait avoir écrit." (Lecteur vorace, Bolaño a souvent exprimé son amour pour l'oeuvre de Borges comme pour celle de Cortázar et conclu un panorama de la littérature contemporaine argentine par ces mots : "On devrait lire plus Borges.")

Echevarría
ajoute : "Le génie de Bolaño ne réside pas seulement dans l'extraordinaire qualité de son écriture mais aussi dans le fait qu'il ne se conforme pas au paradigme de l'écrivain latino-américain. Son écriture ne s'apparente ni au réalisme magique, ni au baroque, ni au localisme. Elle est comme le miroir extraterritorial et imaginaire de l'Amérique latine, à vrai dire plus une sorte d'état d'esprit qu'un lieu spécifique."

La partie centrale des "Détectives ..." est formée par une suite longue et fragmentée de compte-rendus sur les voyages et les aventures d'Arturo Belano - alter ego évident de l'auteur, qui apparaît dans d'autres textes - et d'Ulises Lima, entre 1976 et 1996. Racontées par cinquante-deux personnages, ces pérégrinations les emmènent du District fédéral de México jusqu'au Libéria en guerre des années quatre-vingt-dix en passant entre autres par Israël, Paris, Barcelone, Los Angeles, Sans Francisco et Vienne. Ces récits sont "coincés", au début et à la fin du roman, dans l'histoire de leur quête de Cesárea Tinajero, fondatrice du mouvement réal-viscéraliste, mouvement littéraire avant-gardiste mexicain des années vingt.

C'est là qu'intervient l'aspirant-poète Juan García Madero. Il nous met au fait de la scène sociale et poétique sur laquelle évoluent les "nouveaux réal-viscéralistes" et clôt le livre sur sa fuite, avec une jeune prostituée, Lupe, hors de la ville de México afin de gagner l'Etat de Sonora. Bolaño appelait ce roman "une lettre d'amour pour ma génération."
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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Mer 26 Sep - 12:00

Autre roman capital, "2666" paraît en 2004. Réputé pour être un premier brouillon soumis à son éditeur un peu avant sa mort, le texte de "2666" constitua le souci majeur de Bolaño pendant les cinq dernières années de son existence.

Comportant plus de 1 100 pages dans son édition originelle en espagnol, le roman est divisé en cinq parties. Quatre d'entre elles et la moitié de la cinquième étaient pour ainsi dire achevées quand la maladie s'installa au chevet de l'écrivain pour n'en plus repartir qu'avec lui.

A la base, la série de meurtres de femmes non résolus - et qui continuent toujours - de la trop célèbre Ciudad Juárez, au Mexique. Par l'intermédiaire de ce spectre, Bolaño dépeint les horreurs du XXème siècle à travers une impressionnante distribution de personnages parmi lesquels le très secret Thomas R. Pynchon - ici sous les traits de l'écrivain allemand Arcimboldi - et quatre critiques littéraires bien résolus à retrouver sa trace.

En 2008, le livre remporte le National Book Critics Circle Award for Fiction, qui est remis à sa traductrice, Natasha Wimmer. Quelques mois plus tard, en mars 2009, The Guardian affirme qu'il existerait une sixième partie, découverte parmi les papiers de Bolaño, dans sa propriété catalane.
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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Mer 26 Sep - 12:20

"Derniers Soirs sur la Terre" est un recueil de quatorze nouvelles contées par une foule de voix très différentes, mais toutes à la première personne. Certaines sont racontées par un auteur appelé "B.", autre alter ego de Bolaño. (...)

Situé dans la ville côtière de Z, sur la Costa Brava, au nord de Barcelone, "La Patinoire" a trois narrateurs, tous de sexe masculin, évoluant autour d'une belle championne de patinage, Nuria Martí. Quand celle-ci est brusquement renvoyée de l'équipe olympique, un fonctionnaire pontifiant mais follement épris d'elle détourne les fonds publics pour lui construire une patinoire sur les ruines d'une maison du coin. Hélas ! Nuria, avec ses nombreuses liaisons, provoque la jalousie du fonctionnaire et la patinoire devient le lieu d'un crime ...

Considéré par son exécuteur littéraire, Ignacio Echevarría, comme le "big-bang" qui présida à l'apparition de l'univers bolanien, "Amberes / Anvers", roman mi en vers, mi en prose, date de 1980.
Son auteur avait alors vingt-sept ans. Publié seulement en 2002, "Anvers" tisse sa toile narrative moins autour d'une intrigue que sur des motifs secondaires, faisant apparaître et réapparaître personnages et anecdotes. On y trouve déjà nombre des matériaux dont l'écrivain chilien se servira par la suite : crimes et campings, vagabonds et poésie, sexe et amour, flics corrompus et marginaux. De ce livre, Bolaño aurait un jour déclaré : "Anvers" est le seul roman qui ne me plonge pas dans l'embarras."
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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Mer 26 Sep - 12:49

C'est durant les dix dernières années de sa vie, nous l'avons vu, que Bolaño produisit son oeuvre la plus significative, essentiellement des nouvelles et des romans. Ses personnages sont souvent romanciers ou poètes, certains y aspirent, d'autres sont déjà célèbres et tous se répartissent entre les quatre grandes catégories que sont celles des héros, des "méchants", des policiers et des iconoclastes.

La quête est un thème essentiel de ses textes, avec "le mythe de la poésie", "la relation entre la poésie et le crime", l'indéniable violence de la vie moderne en Amérique latine et ces affaires primordiales que sont pour l'être humain la jeunesse, l'amour et la mort. (...)

Dans une discussion sur la littérature - y compris son oeuvre personnelle - Bolaño met l'accent sur ses qualités politiques. Il écrit : "En un sens, toute littérature est politique. Je veux dire que, tout d'abord, c'est une réflexion sur la politique. Ensuite, l'écriture est aussi un programme politique. La première définition se réfère à la réalité - à ce cauchemar ou à ce rêve bienveillant que nous nommons la réalité - mais qui se termine, dans les deux cas, par la mort et l'effacement non seulement de la littérature mais aussi du temps. La seconde se réfère aux petits morceaux qui survivent, qui persistent - et à la raison." (...)

L'oeuvre de Roberto Bolaño est disponible en langue française, chez Christian Bourgeois et même en poche, chez Gallimard, dans la collection Folio. Un écrivain prodigieux, foutraque, démentiel, démesuré et onirique, comme on les aime sur Nota Bene : n'oubliez pas de le lire même si, pour ce faire, il vous faut vous accrocher.
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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Mer 26 Sep - 12:52


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MessageSujet: Les Détectives Sauvages   Mer 26 Sep - 17:54



Los Detectives Salvajes
Traduction : Robert Amutio


ISBN : 9782070416769


Extraits

Personnages


Ah ! mes amis, quel livre ! Il ressemble à une piñata gigantesque que des adultes ivres de mots et d'écriture auraient bourré de tout et de n'importe quoi, de la gourmandise la plus délicate au bout de chiffon élimé encore poisseux d'un reste de sucre. A certains moments - c'est plus fort que soi, surtout avec l'un des deux héros prénommé "Ulises" - on songe à Joyce. La même puissance, qu'on dirait aveugle alors qu'elle est sait très bien où elle va, à l'oeuvre dans "Ulysse", est ici au rendez-vous, une puissance encore décuplée - que dis-je ? centuplée - par la chaleur des Tropiques. Le roman fleurit, s'ouvre, se déroule, s'étale avec l'exubérance tenace et l'éclat carnassier des plantes de ces pays. Certains passages - comme le monologue mettant en scène Heimito Künst, à Vienne, ou l'errance avec Hans, sa femme et leur fils, entre l'Espagne et le sud de la France, sur laquelle ne cesse de planer un danger bien difficile à identifier - flirtent avec l'incohérence ou l'inutilité. D'autres - comme la découverte du seul poème publié de Cesárea Tinajero dans la revue qu'elle édita jadis - ne peuvent se passer sans nuire à la compréhension de l'histoire et du but ultime de nos deux chercheurs du Saint-Graal littéraire. Mais tous, fût-ce le moins compréhensible, le plus gratuit en apparence, à l'exemple des diverses réflexions sur la littérature espagnole et latino-américaine à la Foire du Livre de Madrid en 1994, tous accrochent le lecteur comme autant de ronces teigneuses et déterminées qui le ramènent à ce tourbillon de folie, d'onirisme, d'imagination et, bien sûr, de poésie qu'est l'univers de Roberto Bolaño.

Lire "Les Détectives Sauvages" est une expérience de lecture authentique, comparable à celle que vous faites en découvrant l'"Ulysse" de Joyce, "Le Bruit & la Fureur" de Faulkner ou, plus proche de nous mais sans doute moins connu (et on peut le regretter), "La Maison des Feuilles" de de Mark Z. Danielewski. Tout lecteur digne de ce nom comprendra sans peine qu'il faut donc s'accrocher fermement à son siège et à ses pages tout en s'abandonnant en confiance au courant qui prend possession de soi. Il saisira tout aussi vite que "Les Détectives Sauvages" n'est pas un livre à lire n'importe où, n'importe quand. Privilégiez un lieu calme et une période calme, où vous pourrez prendre tout votre temps pour bâiller, tourner vos pages, vous dire "Ce type est fou !", revenir en arrière, relire, savourer un ou deux détails qui vous avaient échappé, réfléchir un moment à ce que tout cela suscite en vous et penser soudain : "Ce type est génial !"

Vous entrerez tout de suite dans "Les Détectives Sauvages" - ou vous resterez à sa porte. Ce sera tout l'un ou tout l'autre : le moyen terme n'existe pas en ce monde dominé par une poésie onirique et réaliste, à vingt-mille lieues de celle, gonflée, ampoulée, des "Cent Ans de Solitude" de García Márquez mais qu'on apparenterait plus aisément, dans sa démesure et son flamboiement naturels, à celle d'un Jorge Amado écrivant sa "Boutique aux Miracles." Ca brûle et ça gèle, ça éclate de partout et pourtant les silences sont terribles, ça aveugle et puis, ça rafraîchit la manière d'envisager les choses, ça assourdit pour mieux replonger dans la perplexité et le silence, ça laisse sans voix et ça gratte là où ça agace mais on ne peut pas l'abandonner avant la dernière page.

Non qu'on veuille réellement savoir si Arturo Belano - alter ego de l'auteur - et Ulises Lima finiront par retrouver Cesárea Tinajero et le reste de ses poèmes. Simplement, on a fait tout ce long voyage avec eux (même si l'on vient de s'en apercevoir), on a vibré, on a vécu, on a partagé, on s'est étonné, on a perdu ses illusions, on a vieilli avec eux, alors, il est bien normal qu'on les accompagne jusqu'au bout. Car ce voyage que nous avons fait ensemble, qui est aussi une traversée presque complète de leurs vies et de celles de tant de personnages, qui est encore, ne l'oublions pas, une traversée de l'imaginaire social, poétique, fantasmatique, de l'Amérique latine, ce voyage, nous l'avons en quelque sorte vécu par anticipation, dans cet espace temporel et littéraire que constitue la seconde partie du livre, imbriquée, par la volonté de l'auteur, entre les deux parties, infiniment plus modestes, qui couvrent la fuite des poètes et de la prostituée loin du District fédéral de México, en direction de l'Etat de Sonora - où les attendent Cesárea et leur destin.

Et cela aussi, on l'a trouvé naturel : cette anomalie chronologique ne trouble pas un seul instant, elle va de pair avec l'ensemble et en rehausse la surprenante et majestueuse beauté. Certes, on n'est pas devenu l'un des "Détectives Sauvages" mais c'est tout de même un peu comme si ... tant sont grands le génie de son auteur et la générosité avec laquelle il accueille son lecteur dès lors que celui-ci accepte de plonger sans filet.

Un livre incroyable, un auteur à découvrir et à placer au tout premier rang de sa bibliothèque car, à sa manière cahotique de rebelle obstiné, Roberto Bolaño fut et demeure l'un des auteurs latino-américains les plus extraordinaires du XXème siècle.
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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Mer 26 Sep - 18:42

Ça fait DEUX ANS que je dois lire Étoile distante incessamment sous peu. Cette fois je m'y mets!
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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Jeu 27 Sep - 7:57

Si ses textes plus courts sont de la même veine, tu ne vas pas être déçue, Eustra. Personnellement, j'ai "2666" que je lirai prochainement. Je pense aussi prendre "La Littérature Nazie en Amérique" : ça a l'air pas mal.
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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Ven 5 Oct - 10:04

J'ai tout lu de Bolaño, je suis d'ailleurs surpris qu'un fil lui soit consacré ici, j'ai tout lu de Bolaño, c'est beaucoup dire, mais c'est vrai, tout ce qui existe en français en tout cas. Bolaño est un grand malade, je crois que je peux le dire avec cette voix-là, un grand malade qui marche sur la tête. Il me semble pouvoir dire qu'il est pratiquement le seul auteur que je dévore pour ses motifs, pour ses projections plus que pour son style - mais tout de même, quel style ! - et c'est rare. J'ai tout lu de Bolaño, certes, mais j'ai été traumatisé par Amuleto, en premier lieu, le plus puissant de tous selon moi, cette fin extraordinaire, ce refrain perpétuel, tout est réussi dans ce livre, un traumatisme violent et sec. 2666 comme deuxième traumatisme profond, je me demande si en l'écrivant Bolaño n'avait pas l'intention de dire : "Après ce livre il n'y a plus rien, j'ai tout pété, j'ai tout fait, vous n'avez plus rien à dire". Tout est fait avec des fabuleux éclairs de style qui se répètent, de fabuleuses projections de vies. Quand j'en avais terminé la lecture, à l'époque, j'avais accusé le coup violemment, je me demandais comment il était possible d'aimer la littérature au point de la briser, aujourd'hui, cela me traumatise encore, mais j'ai réalisé. Bolaño était l'un des génies littéraires du siècle dernier, il n'y a plus rien d'autre à dire (c'est mon point de vue, pas le vérité, hein, c'est juste que le ton élogieux m'y force).

Ça me rappelle, d'ailleurs, que j'avais été epoustoufflé par la critique du Figaro sur 2666, les critiques littéraires du figaro sont souvent merdiques, mais celle-ci m'avait semblé magistrale : http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2008/06/21/01006-20080621ARTFIG00512-le-tombeau-des-histoires.php


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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Ven 5 Oct - 11:19

Je ne vois pas très bien ce qu'il y a d'étonnant à ce qu'on parle de Bolaño sur Nota Bene. Nous aimons la qualité sur ce forum - nous la préférons à la quantité. Wink Et Bolaño, c'est de la qualité, ça se voit tout de suite.

Cela dit, nous partageons tout à fait ton point de vue, Peyre. Bouquet Quand on le lit - je n'ai lu que "Les Détectives Sauvages" pour l'instant - tu te dis à certains moments qu'il était complètement fou et en même temps qu'il était génial. Un génie au sens premier, au sens pur du terme : comme Homère, comme Cervantes, comme Balzac, comme Zola - comme Faulkner - et j'en oublie. On peut le citer comme l'un des plus grands auteurs du XXème siècle, non seulement pour l'Amérique latine mais pour la littérature mondiale.

Je n'ai qu'une connaissance fragmentaire des auteurs latino-américains mais, parmi tous ceux que j'ai lus jusqu'ici, Bolaño est le plus puissant. Et de loin.

Merci pour la critique. Wink
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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Ven 5 Oct - 14:52

Citation :
Ça me rappelle, d'ailleurs, que j'avais été
epoustoufflé par la critique du Figaro sur 2666, les critiques
littéraires du figaro sont souvent merdiques, mais celle-ci m'avait
semblé magistrale : http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2008/06/21/01006-20080621ARTFIG00512-le-tombeau-des-histoires.php

Le Figaro n'est pas, dans la presse à grand tirage, ce qui se fait de pire en termes de critique littéraire. Les chroniques de Renaud Matignon (mais c'est déjà un peu d l'histoire littéraire...) étaient excellentes. Ce que je lis çà et là est plus banal que déshonorant, et on n'y voit pas de monstruosités comparables à ça :

Citation :
Qu’un pays trouve encore le temps de noter, pour s’en réjouir ou s’en désoler, qu’une de ses plus grandes romancières est passée de la première personne du singulier à la troisième restera comme un mystère. Qualifions-le, faute de mieux, de typiquement français. Le dernier livre de Christine Angot ne ressemble à aucun des précédents, même s’il reprend et retravaille le thème fondateur de toute son œuvre : l’inceste. L’écriture, le rythme de la phrase, la nature du regard ont profondément évolué. Méconnaissables. Introuvables repères pour un lecteur qui s’attendait, impatient ou déjà agacé, à arriver en terre connue et se retrouve pris au piège d’un dispositif littéraire qui lui fait vivre, voir et éprouver l’insoutenable. Sans le secours du beau style. Sans le paravent de l’esthétique. Sans le moindre des faux-fuyants dont dispose un écrivain souhaitant ménager, ou juste laisser espérer, voire
simplement respirer, son lecteur.

(je sais bien que Nicolas Demorand n'est pas critique littéraire de profession, mais il a fait Normale Sup, quand même...). Jeunes écrivains, ne vous fatiguez pas, le souci du style, l'esthétique d'un texte, sa construction, ce n'est pas l'essence de la littérature, ce sont des faux-fuyants. Composez un récit maigre mais surtout bien salace, rédigez-le dans un style de liste de commissions, drapez-le dans la défroque du "drame vécu", c'est ça la vraie littérature! Proust, Balzac, Kafka sont morts à la tâche pour des faux-fuyants.

Dans Le Figaro on trouve quand même parfois des niaiseries : http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2011/02/26/01006-20110226ARTFIG00583-demollir-chevillard.php. D'aucuns attribuent la prose de ce courageux anonyme à Frédéric Beigbeder, d'autres à Alexandre Jardin, qu'Eric Chevillard a malmené dans un billet mémorable.

Les rubriques littéraires qui me semblent les plus intéressantes et les plus honnêtes sont celles de L'Humanité et du Monde diplo, très ouvertes sur la littérature mondiale. Marianne est quelquefois pas mal, mais consacre beaucoup trop d'espace à ses auteurs maison (mais je me souviens d'un excellent et assez cruel papier sur Foenkinos). Jourde dit que Le Monde des livres s'est nettement amélioré depuis le départ de Savigneau (justement Chevillard y tient une chronique), mais je n'ai pas encore eu la curiosité d'aller voir. L'un des gros avantages d'Internet est de donner la parole aux lecteurs, souvent beaucoup plus intéressants que les critiques. Sauf le blog "Théâtre et Balagan" les pages littéraires de Rue89 sont lamentables, mais elles existent, et permettent ainsi aux lecteurs de jouer à casse-journaliste, et même de faire dévier le sujet vers la littérature. Voir par exemple ici le tour pris par la discussion à partir de l'intervention de L'Hermite Critique, qui relève bien plus de ce que devrait être un travail de critique littéraire que celui du ou de la journaliste payé(e) pour ça. Et devinez de qui il finit par être question? Bolaño! (oui, je sais, encore Angot, mais comme le souligne L'Hermite, l'hallucination collective dont elle fait l'objet, tout au moins dans une petite partie de la presse de gauche, est un phénomène tout à fait intéressant. Et passer d'Angot à Bolaño, Oates et Baricco, quel bonheur!).
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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Ven 5 Oct - 16:15

Bolaño a haï toute sa vie ce qu'on appelle l'establishment littéraire. De même, cet establishment parisien est répugnant : Angot et Beigbeder ... Quelle horreur !

On m'a dit par contre le plus grand bien de Joël Dicker et de sa "Vérité sur l'Affaire Harry Québert." Mais Dicker est suisse.
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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Jeu 13 Déc - 22:17

Étoile distante est paru au Chili en 1996. La traduction française a été publiée en 2002, peu avant la mort de l'auteur.

Quatrième de couverture de l'édition Bourgois :
Citation :

Roberto Bolaño a écrit un étrange roman noir qui mêle art, Histoire et horreur. Un jeune homme, séduisant et mystérieusement lointain, se présente dans un atelier d'écriture que suit le narrateur dans une ville provinciale du Chili. Le coup d'État de Pinochet donne l'occasion à cet étrange artiste de mettre en pratique sa conception radicale de l'art de la cruauté, en assassinant quelques femmes de sa connaissance dans des circonstances que le lecteur, comme le narrateur, ne peuvent qu'imaginer.

"Roman noir" dans la lignée de Matthew Lewis plutôt que de Chandler, même si l'on y rencontre quelques détectives improvisés. L'auteur mentionne d'ailleurs une œuvre "gothique", Vathek de William Beckford. A l'origine, annonce Bolaño dans la préface, Étoile distante était un chapitre de De la littérature nazie en Amérique. Le personnage central, Carlos Wieder, dit encore Bolaño, est inspiré du lieutenant Ramirez Hoffmann, dont l'histoire lui a été racontée par un autre militaire chilien, Arturo B., qui l'a aidé à remanier le chapitre consacré à Hoffmann dans De la littérature nazie en Amérique, lequel s'est développé et ramifié jusqu'à former à son tour un véritable roman. "Mon rôle s'est borné à préparer des boissons, consulter quelques livres, et discuter, avec lui ou le fantôme chaque jour plus vivant de Pierre Ménard, la validité et la répétition de nombreux paragraphes". Pierre Ménard, on le sait, est un écrivain fictif imaginé par Borges ("Pierre Ménard, auteur du Quichotte", dans Fictions) : Ramirez Hoffmann est aussi fictif que son alter ego Carlos Wieder et, probablement, Arturo B. Le personnage qui dit "je" dans la préface n'est lui-même pas vraiment Bolaño, puisqu'il ne se donne pas comme l'auteur à part entière de l'œuvre qui va suivre.

D'après ce que j'ai pu lire parmi les commentaires sur Librarything, Étoile distante, issu de De la littérature nazie en Amérique, annonce lui-même 2666 : les crimes de Wieder font immanquablement songer aux disparues de Ciudad Juarez tout autant qu'aux morts du Chili (l'action débute juste avant la chute d'Allende, qui semble marquer également le commencement de l'œuvre et des crimes de Wieder, connu jusque là sous le nom d'Alberto Ruiz-Tagle). Le narrateur du roman est distinct de celui de la préface : c'est un autre personnage, Bibiano O'Ryan, qui envisage d'écrire "une anthologie de la littérature nazie américaine" (mais cette anthologie n'est pas un "roman", terme qu'emploie Bolaño à propos de De la littérature nazie en Amérique). Il serait en fait assez difficile, sans le "je" et le "il", de distinguer le narrateur de Bibiano, ce que souligne le fait que chacun d'eux est amoureux d'une des jumelles Garmendia, elles-mêmes poètes comme la plupart des protagonistes qui, avant la chute d'Allende, forment un cénacle évocateur de l'intense créativité de cette période. Bolaño mentionne quelques auteurs réels (Neruda, Gabriela Mistral, Octavio Paz, Perec), mais concentre son attention et son érudition sur les poètes fictifs : l'hommage à Borges n'est pas vain. Si Carlos Wieder est au centre de tous les questionnements, on ne peut s'empêcher de songer qu'il est un poète tout à fait insignifiant. Certes il capte l'attention en écrivant des "poèmes au Messerschmidt", mais quels poèmes? Une citation de la Genèse en latin, des aphorismes qui font davantage songer au "Viva la muerte!" franquiste qu'à Cioran... la virtuosité du mode d'expression semble ici vouloir masquer le manque de substance poétique. Wieder ne s'accomplira, et ne donnera toute la mesure de son talent, que dans le meurtre. Il en est conscient : n'organise-t-il pas une exposition photographique consacrée à ses crimes? Après cette exposition il deviendra de plus en plus insaisissable, se lançant dans la pornographie hardcore avant de devenir le grand maître d'un étrange mouvement artistique barbare, antithèse de l'effervescent cénacle de jadis, qui fait songer à la fois au Front de libération symbionèse, à Tel Quel mais aussi, dix ans avant, aux "barbares" de Bagneux...La quête du narrateur et de Bibiano devient alors enquête policière, dans laquelle ils sont d'ailleurs bientôt aidés d'un flic chilien en exil à Paris.

En contrepoint, les deux chapitres centraux du roman sont consacrés à Juan Stein et Diego Soto, deux poètes qui, comme les sœurs Garmendia, s'opposent à Wieder tant sur le plan de l'exigence artistique que de l'engagement politique. Dans le cénacle de l'avant-Pinochet ils ont un rôle tutélaire, "[nous les] considérions, Bibiano et moi, comme les personnes les plus intelligentes de Concepcion". Stein se dédouble et s'efface progressivement, laissant derrière lui un souvenir aussi flou qu'héroïque. Soto meurt des mains d'individus qui semblent de nouvelles incarnations de Wieder, lui-même assassin des sœurs Garmendia... Le talent, le courage, la beauté sont ici voués à un sort atroce.

On trouve dans Étoile distante une infinité d'autres récits, d'autres figures émouvantes et brisées comme le Chili d'Allende, des prodiges d'érudition imaginaire tout à fait dignes de Borges. Deux cents petites pages d'une richesse incroyable : l'image qui me vient à l'esprit est celle des poches de Harpo Marx!



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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Ven 14 Déc - 8:51

Encore un livre à placer dans ma PAL ! Merci, Eustra !
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La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron



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Eustrabirbéonne
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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   Ven 14 Déc - 22:34

Finalement la comparaison avec les poches de Harpo me semble un peu incongrue. C'est ce soir, alors que je passais devant le rayon "peintres" de la bib' de Nanterre que

la bonne image m'est apparue : Bruegel! Bosch! Les dizaines de petits tableaux grouillants et minutieux que renferme chaque recoin du grand tableau! Les enfers miniatures dont Bosch sertit ses Enfers! C'est nettement plus proche de Bolaño que la légèreté, la grâce et les grands yeux innocents de Harpo!
_________________
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Let what will be o'er me;
Give the face of earth around,
And the road before me.
Wealth I ask not, hope, nor love,
Nor a friend to know me.
All I ask, the heaven above
And the road below me.
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MessageSujet: Re: Roberto Bolaño (Chili)   

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Roberto Bolaño (Chili)

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