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John Milton

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Masques de Venise
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MessageSujet: John Milton   Jeu 6 Déc - 17:10

9 décembre 1608, Londres (Grande-Bretagne) : naissance de John Milton, poète & polémiste.

Son père, qui s'appelait également John, était arrivé à Londres aux alentours de 1583, après avoir été déshérité par son propre géniteur, fervent catholique qui ne lui pardonnait pas sa conversion au protestantisme. Il y avait épousé Sarah Jeffrey et rencontré un succès durable en tant qu'écrivain public. Le couple s'était installé à Cheapside, à Bread Street où se trouvait aussi la fameuse "Mermaid Tavern." Milton Sr était bien connu pour son habileté à composer des morceaux musicaux et cette particularité allait permettre à son fils, tout au long de sa vie, d'apprécier la musique et de se lier d'amitié avec des musiciens comme Henry Lawes.

La situation financière aisée de son père permit au jeune John de bénéficier des cours d'un précepteur du nom de Thomas Young. Avec quelques années de plus, on le fit entrer à la St Paul's School de Londres et c'est là qu'il commença à étudier le latin et le grec. Les langues classiques allaient marquer de leur empreinte sa poésie future, qu'il l'écrivît en anglais, en italien ou en latin. Ses deux premières compositions connues datent de ses quinze ans : il s'agit de deux psaumes composés à Long Bennington. Dans ses "Brief Lives", un contemporain de Milton, l'écrivain et philosophe John Aubrey, nous dit, citant l'un des jeunes frères du poète : "Dans sa jeunesse, il étudiait très dur et veillait très tard, le plus souvent jusqu'à minuit ou une heure du matin."

A dix-sept ans, Milton entre au Christ's College de Cambridge. Il y passe quatre ans et termine quatrième de la promotion de l'Université, avec son B. A. Il a pour projet de devenir prêtre de l'Eglise d'Angleterre mais reste à Cambridge suffisamment de temps pour y obtenir son M. A., le 3 juillet 1632.

On pense que, lors de sa première année, Milton fut temporairement expulsé pour s'être querellé avec l'un de ses professeurs, William Chappell. Il était certainement dans sa famille pour le Carême de 1626 et ce fut là qu'il écrivit son "Elegia Prima", une élégie en vers latins, dédiée à Charles Diodati, l'un de ses amis de St-Paul's. Si l'on se base sur les dires de John Aubrey, Chappell "cravacha" Milton mais de nos jours, cette histoire est contestée bien qu'il demeure établi que Milton détestait Chappell. Christopher Hill avance avec précaution que, "apparemment", Milton fut temporairement expulsé et que les différends existant entre Chappell et le jeune poète étaient soit d'ordre religieux, soit d'ordre personnel. Autre possibilité : Milton revint chez lui en raison de la peste qui affecta méchamment Cambridge en 1625. Quoi qu'il en soit, lorsqu'il revint en 1626, on lui donna un nouveau tutor : Nathaneil Tovey.

A part cela, à Cambridge, Milton était en bons termes avec Edward King, fils d'un gentilhomme du Yorkshire qui avait émigré en Irlande, pour qui il devait écrire "Lycidas." Il était aussi très lié avec le théologien dissident anglo-américain Roger Williams. Il lui donna d'ailleurs des leçons d'hébreu en échange de leçons de néerlandais. Sinon, il acquit à Cambridge une réputation de grande habileté poétique et de profonde érudition générale. Mais dans l'ensemble, ses pairs le tenaient à l'écart. Observant ses camarades qui se pressaient pour se rendre à une pièce de théâtre montée par l'Université, il écrivait : "Ils pensent être à la mode mais je les prends, moi, pour des imbéciles." Fût-ce en raison de ses longs cheveux ou bien de la délicatesse de ses manières, Milton était aussi, dit-on, surnommé par certains "la Lady de Christ's College."

Le jeune poète était plein de mépris pour le programme universitaire, lequel consistait en débats formels et guindés sur des sujets abscons, débats menés en latin. Ses productions personnelles n'étaient pas dénuées d'humour : on citera sa sixième préface et ses épitaphes sur la mort de Thomas Hobson. Pendant son séjour à Cambridge, il écrivit en anglais un grand nombre de courts poèmes parmi les plus connus de sa production, tels "On the Morning of Christ's nativity", "Epitaph on the admirable Dramatick Poet W. Shakespeare" - son premier poème à se voir publié - "L'Allegro" et "Il Penseroso."
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MessageSujet: Re: John Milton   Jeu 6 Déc - 18:24

Après son M. A., Milton se retira dans la nouvelle maison familiale, à Hammersmith. A partir de 1635, il émigre à Horton, dans le Berkshire, où il va passer six années à approfondir ses connaissances, en étudiant libre. Christopher Hill - toujours lui Wink - nous assure qu'il ne s'agit pas d'une retraite dans un lieu idyllique : Hammersmith est, à cette époque, un "village de banlieue" qui sera bientôt aspiré dans l'orbite londonienne. Quant à Horton, la déforestation y fait des ravages et la ville doit aussi subir la peste.

Milton lit des oeuvres anciennes et modernes traitant de théologie, de philosophie, d'Histoire, de politique, de littérature et de science, le tout en prévision de sa future carrière de poète. Le cheminement intellectuel de Milton peut se lire comme un graphique si l'on observe les annotations de l'espèce de "Journal" qu'il tenait et qui se trouve maintenant à la British Library. Sans doute en raison de ses études intensives, John Milton est considéré comme le plus lettré, le plus instruit de tous les poètes anglais. Outre ses années d'études "privées", il jouissait de tout ce qu'il avait appris avec ses professeurs, que ce soit en latin, en hébreu, en français, en espagnol et en italien. Dans les années 1650, alors qu'il se renseignait sur l'Histoire de son pays, il a ajouté le Vieil anglais à son répertoire linguistique et l'on pense, nous l'avons vu, qu'il avait aussi des connaissances en néerlandais.

Pendant toute cette période, Milton continue à écrire. "Arcades" et "Comus" sont tous deux destinés à des divertissements masqués composés pour des mécènes aristocrates en relation avec la famille Egerton, et qui seront représentés respectivement en 1632 et 1634. "Comus" se présente comme une sorte de débat sur la vertu de la Tempérance et sur celle de la Chasteté.

L'élégie pastorale "Lycidas" est, nous l'avons vu, composée pour un recueil commémoratif en l'honneur de l'un de ses condisciples de Cambridge. Les brouillons et versions préliminaires de ces textes sont conservés dans des carnets connus sous le nom de "Trinity Manuscript" parce qu'ils sont déposés au Trinity College de Cambridge.

En mai 1638, Milton embarque pour un voyage qui le fait visiter la France et l'Italie. Cela lui donne une expérience directe et nouvelle des traditions artistiques et religieuses, en particulier du Catholicisme romain. Il rencontre les théoriciens et les intellectuels du temps et lui-même peut mettre en avant ses dons poétiques. En ce qui concerne le "grand tour" de Milton, on dispose surtout, comme source principale, de sa "Defensio Secunda", sorte de tract certes politique en faveur d'un régime parlementaire mais dans lequel il reprend certains éléments biographiques. Bien que nous disposions d'autres sources comme des lettres et quelques allusions dans des tracts polémiques en prose, l'essentiel de nos informations sur ce "grand tour" nous vient d'un texte qui, selon Barbara Lewaslki, "n'est pas autobiographique mais relève de la rhétorique, une rhétorique ayant pour but de souligner son excellente réputation auprès de l'Europe cultivée."
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MessageSujet: Re: John Milton   Jeu 6 Déc - 19:12

Milton débarque à Calais, puis se rend à Paris à cheval, porteur d'une lettre du diplomate Henry Wotton à John Scudamore, Ambassadeur d'Angleterre. Grâce à celui-ci, Milton rencontre Hugo Grotius, homme de loi, philosophe et poète hollandais. Peu après, il part pour Gênes avant de visiter Livourne et Pise. Il atteint Florence en juillet 1638. Là, il laisse éclater son enthousiasme pour de nombreux sites et monuments de la ville. Ses manières naïves et sa poésie néo-latine si érudite lui attirent beaucoup d'amis dans les cercles intellectuels florentins. Il peut même rencontrer Galilée, alors en résidence surveillée à Arcetri. Il est probable que Milton visite aussi l'Académie florentine et l'Academia della Crusca ainsi qu'un certain nombre d'autres petits cercles.

Après Florence, Rome. En usant au mieux des relations qu'il s'est faites à Florence, Milton établit très facilement des contacts avec les intellectuels romains. Ses talents poétiques impressionnent notamment Giovanni Salzilli. Au mois d'octobre 1638, malgré ses réserves envers la Société de Jésus, le poète anglais assiste à un dîner offert par l'English College de Rome. Il y rencontre des compatriotes catholiques tels que le théologien Henry Holden et le poète Patrick Cary. Il assiste également à des spectacles, à des concerts - oratorios, operas - et à des mélodrames.

Fin novembre, Milton quitte Naples où il résidait depuis un mois, fuyant un contrôle espagnol - à cette époque, les Espagnols avaient la haute main sur la cité. Il a eu le temps de rencontrer Giovanni Battista Manso, qui fut le protecteur du Tasse et de Giovanni Battista Marino.

Initialement, Milton avait pour projet, après Naples, de visiter la Sicile, puis la Grèce. Mais dès l'été 1639, il est de retour dans son pays en raison, affirme-t-il dans sa "Defensio Secunda", "des sinistres rumeurs de guerre civile qui lui étaient parvenues."En fait, les choses commencèrent à se compliquer lorsque, toujours à Naples, il apprit la mort de son ami d'enfance, Diodati : il allait encore passer à peu près sept mois sur le continent et un peu de temps à Genève, aux côtés de l'oncle de Diodati. Après quoi, il envisagea de regagner Rome. Or, toujours dans "Defensio Secunda", il déclare avoir été mis en garde contre un retour dans cette ville où l'on n'appréciait pas son franc-parler en matière de religion. Il se risqua cependant pour deux mois dans la Ville éternelle, y passa le Carnaval et y rencontra Lukas Holste qui, en sa qualité de bibliothécaire auprès du Saint-Siège, lui montra les collections amassées par la Bibliothèque vaticane. Milton fit aussi la connaissance du célèbre cardinal Francesco Barberini, avec qui il assista à un opéra. Aux environs du mois de mars, il repartit une fois de plus pour Florence, où il séjourna deux mois, rencontrant de plus en plus de membres de diverses académies et passant du temps auprès de ses amis. Puis il se rendit à Lucca, à Bologne et à Ferrare avant d'entrer à Venise. C'est dans la Cité des Doges qu'il put observer un modèle républicain qui deviendra l'un des thèmes principaux de ses écrits pamphlétaires. Puis il repassa par Genève, autre république, avant de gagner Paris et, de là, rejoindre Calais où il s'embarqua pour l'Angleterre soit en juillet, soit en août 1639.
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MessageSujet: Re: John Milton   Ven 7 Déc - 9:28

De retour sur le sol natal, où la Guerre des Evêques opposant Charles Ier aux covenantaires écossais laisse présager un conflit armé qui ira bien plus loin, Milton s'attaque à la rédaction de tracts en prose contre l'épiscopat passé au service des Puritains et de la cause parlementaire. Son premier texte s'intitule "Of Reformation touching Church Discipline in England / De la Réforme de la Discipline ecclésiastique en Angleterre" et sort en 1641. Il est suivi par "Of Prelatical Episcopary / De L'Episcopat & des Prélats" et par "The Reason of Church-Government Urged against Prelaty." Les deux premiers sont en faveur des Smectymnuus, groupe d'ecclésiastiques presbytériens auquel appartient l'ancien précepteur de Milton, Thomas Young. Une éloquence brillante vient y éclairer le style ampoulé de l'époque et l'auteur y déploie une connaissance réelle de l'histoire de l'Eglise. Ce qui lui permet d'attaquer les tenants du Haut-Clegé de l'Eglise anglicane en la personne de leur chef, William Laud, archevêque de Canterbury.

En dépit du soutien financier de son père, Milton donne à l'époque des cours particuliers, à ses neveux et à d'autres enfants issus de familles aisées. Cette expérience et les discussions qu'il aura par la suite avec le pédagogue germano-anglais Samuel Hartlib, lui donneront l'occasion de faire publier, en 1644, son opuscule "Of Education", qui préconise une réforme des universités du pays.

En juin 1643, Milton rend visite à des amis, à Forest Hill, dans l'Oxfordshire. Il en revient marié à une jeune fille de seize ans, Mary Powell. Un mois après, ayant compris les difficultés qu'il y a à vivre, pour une fille de son âge, auprès d'un professeur et d'un pamphlétaire de trente-cinq ans, Mary préfère retourner dans sa famille. Mais la Guerre civile, qui vient d'éclater, l'en empêche et elle reste auprès de son époux jusqu'en 1645.

Par voie de conséquence, cet échec marital incite Milton à publier, durant les trois années qui suivent, une série de pamphlets plaidant pour la légalité et la moralité du divorce. En 1643, leur auteur a d'ailleurs maille à partir à ce propos avec les autorités. Il est également attaqué par Hezekiah Woodward, homme d'église et éducateur. Du coup, Milton écrit "Areopagitia", son attaque fameuse contre la censure s'exerçant sur les textes non encore imprimés.
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MessageSujet: Re: John Milton   Ven 7 Déc - 9:48

Avec la victoire du Parlement à l'issue de la Guerre civile, Milton prend sa plume pour défendre les principes républicains représenté par le Commonwealth de l'époque. "The Tenure of Kings & Magistrates / De la Fonction des Rois & des Magistrats", qui sort en 1649, défend le principe du gouvernement populaire et autorise implicitement le recours au régicide. Bientôt, les idées politiques dont Milton ne fait pas mystère le font nommer, par le Conseil d'Etat, en mars 1649, Secrétaire aux Langues étrangères.

L'essentiel de sa tâche y est d'écrire en latin la correspondance adressée par la République anglaise aux autorités étrangères. A cela s'ajoute un véritable travail de propagande pour le régime - et aussi un travail de censeur. En octobre 1649, Milton publie donc "Eikonoklastes / Iconoclaste", défense cette fois-ci on ne peut plus claire du régicide. Le texte se veut une réponse à "Eikon Basilike", véritable et phénoménal succès de librairie du temps dont la rédaction était attribuée à Charles Ier et qui donnait de ce monarque l'image d'un martyr chrétien exempt de toute tache.

Un mois après la parution du pamphlet de Milton, Charles II en exil et ses partisans publient de leur côté "Defensio Regia Pro Carolo Primo / Défense du Règne de Charles Ier", que l'on doit à la plume de l'humaniste Claudius Salmasius. En janvier de l'année suivante, Milton reçoit l'ordre du Conseil d'Etat de rédiger une défense du peuple anglais. Cette fois-ci, prêtant l'oreille aux rumeurs européennes sur la mort de Charles Ier et tenant compte du désir de la République anglaise d'établir sa légitimité diplomatique et culturelle, Milton travaille plus lentement qu'à son habitude. Enfin, le 24 février 1652, il publie en latin cette fameuse "Defensio Pro Populo Anglicano / Défense du Peuple Anglais", aussi connue comme "The First Defense / La Première Défense." Il y acquiert une renommée européenne et le texte connaît plusieurs éditions.

En 1654, pour répondre à un pamphlet anonyme royaliste intitulé "Regii Sanguinis Clamor" qui contient nombre d'attaques à son encontre, Milton produit une seconde défense du Peuple anglais, à laquelle il donne le simple titre de "Defensio Secunda". S'il se montre des plus élogieux envers Oliver Cromwell, alors Lord Protector, il n'en adjure pas moins ce dernier de respecter les principes authentiques de la Révolution. Sur ses entrefaites, Alexander Morus, soupçonné à tort d'avoir écrit le fameux "Regii ..." - en fait, l'auteur en est Peter du Moulin - publie une nouvelle attaque contre Milton et celui-ci répond du tac au tac par la très autobiographique "Defensio pro se", qui sort en 1655.

Outre tous ces pamphlets et opuscules, Milton continue à traduire le courrier officiel en latin. Malheureusement, depuis 1654, il est complètement aveugle - probablement victime d'un glaucome. Aussi doit-il désormais dicter tout ce qu'il écrit, vers ou prose, à des secrétaires dont l'un n'est autre que le poète Andrew Marvell. L'un de ses sonnets les plus appréciés, "On His Blindness / Sur Sa Cécité", date sans doute de cette époque.
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MessageSujet: Re: John Milton   Sam 8 Déc - 16:45

En 1658, la mort de Cromwell provoque l'éclatement de la République d'Angleterre en factions militaires et politiques qui ne cessent de s'opposer. Au sein de la tourmente, Milton s'accroche obstinément aux idées et aux croyances qui l'avaient poussé, dès le départ, à oeuvrer en faveur du Commonwealth. En 1659, il publie "A Treatise of Civil Power / Traité de Pouvoir Civil", dans lequel il attaque le concept d'une Eglise dominante au sein de l'Etat. Il prône donc l'Eriatanisme, théorie qui exige un Etat fort dominant l'Eglise. Dans son nouvel opus, il énonce également quelques remarques sur les meilleurs moyens d'en finir avec les mercenaires et de dénoncer la corruption parmi ceux-là mêmes qui gèrent l'Eglise d'Angleterre.

De la Restauration, datent : "A Letter to A Friend", Concerning the Ruptures of the Commonwealth", rédigé en octobre 1659 et qui est une réponse à la récente dissolution du Parlement-croupion ; "Proposals of Certain Expedients for the Preventing of A Civil War Now Feared / Quelques Propositions Afin d'Eviter La Guerre Civile Que L'on Redoute Aujourd'hui", écrit en novembre de la même année ; "The Ready & Easy War to Establishing a Free Commonwealth", qui connaîtra deux éditions et qui répond pour sa part à la Marche du Général Monck sur Londres afin d'y rétablir le "Long Parliament". Ce dernier texte, bouillonnant de passion et d'amertume, se perd en jérémiades futiles et voue les Anglais à la damnation pour être retombés dans l'erreur et avoir trahi la cause de la Liberté au profit de l'instauration d'un régime autoritaire désigné par une oligarchie ne jouissant pas de l'aval d'un parlement élu.

A compter de la Restauration, en mai 1660, Milton doit se cacher car un mandat d'arrêt vient d'être lancé à son encontre. Ses écrits sont brûlés et interdits. Il refait surface après le pardon général accordé par le nouveau gouvernement mais doit tout de même passer quelque temps en prison, jusqu'à ce que des amis influents tel Marvell, qui siège maintenant au Parlement, interviennent en sa faveur.

Le 24 février 1663, John Milton épouse en troisièmes (et dernières) noces une certaine Elizabeth Minshull, âgée de vingt-quatre ans à peine, qui le suit à Londres où il résidera pratiquement jusqu'à sa mort si l'on excepte le séjour dans un petit cottage de Chalfont St. Giles pendant la Grande Peste.

Il publie plusieurs textes en prose, tous mineurs : un livre de grammaire, un "Art of Logic" et une "History of Britain." Citons aussi, en 1672, son pamphlet "Of True Religion", qui plaide la tolérance pour tous - sauf pour les Catholiques - et une traduction d'un ouvrage polonais plaidant pour une monarchie élective. Ces deux derniers textes évoquent la "Crise de l'Exclusion", en d'autres termes la tentative de certaines factions, dans les années 1670 et 1680, pour évincer du trône, sous prétexte de sa religion (il est catholique), l'héritier présomptif du trône, James, duc d'York, fils cadet de Charles Ier et frère de Charles II, qui mourra en exil à la cour de Louis XIV après que la couronne anglaise sera passée à son gendre, Guillaume d'Orange.

John Milton, lui,
devait mourir d'un problème rénal le 8 novembre 1674, mais à Londres.
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MessageSujet: Re: John Milton   Sam 8 Déc - 17:05

Qui dit John Milton dit obligatoirement "Le Paradis Perdu." C'est en effet l'oeuvre pour laquelle le poète est universellement connu, un poème épique en vers blancs qu'il composa alors qu'il était aveugle et appauvri par les chaos de son existence, entre 1658 et 1664. Le texte parut d'ailleurs pour la première fois en 1664. Une seconde édition, comportant de petits mais significatifs remaniements, sortit dix ans plus tard.

Aveugle comme l'était, dit-on, Homère, Milton dicta ses vers à une suite de secrétaires et dans son cabinet de travail, au Secrétariat des langues étrangères. Sous l'allégorie, le texte reflète son désespoir personnel devant l'échec de la Révolution mais s'affirme pourtant confiant dans le potentiel humain. Il contient aussi des éléments soigneusement codés par l'auteur et qui rappellent son soutien indéfectible à la "Bonne Vieille Cause."

Le 27 avril 1667, le poète vendit les droits de publication de "Paradise Lost" à l'éditeur Samuel Simmons, et ceci pour la somme de 5 livres - soit entre 7 000 à 8 000 livres actuelles. Lorsque les 1 300 ou 1 500 exemplaires de la première édition auraient été vendus, l'auteur percevrait encore 5 livres. La première édition sortit donc en août 1667 et, dix-huit mois après, il n'en restait plus un seul volume.

Milton fit suivre le "Paradise Lost" de "Paradise Regained", texte qui sortit en même temps que sa tragédie "Samson Agonistes", en 1671. Là encore, les deux textes sont liés aux sentiments politiques de l'écrivain pour qui la Restauration d'une monarchie qui lui semblait absurde et inutile n'avait pas vraiment été un évènement heureux.

Signalons encore que, juste avant son décès, Milton travaillait à une seconde édition du "Paradis Perdu", édition dans laquelle il expliquait "pourquoi les vers ne riment pas" et dont Marvell avait bien voulu faire la préface. L'année précédente, il avait également republié ses "1645 Poems" ainsi qu'un recueil de ses lettres et de ses préfaces latines du temps de Cambridge. Une édition du "Paradis Perdu" datant de 1668 et passant pour être une copie personnelle de l'auteur, est visible de nos jours aux Archives de l'Université de l'Ontario occidental.
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MessageSujet: Re: John Milton   Sam 8 Déc - 17:54

Dès que sortit "Paradise Lost", le statur de poète épique de John Milton fut enfin et immédiatement reconnu de tous. Son ombre formidable allait planer sur toute la poésie anglaise des XVIIIème et XIXème siècles et il fut souvent jugé comme égal ou supérieur à tous les autres poètes anglais, Shakespeare y compris. Très tôt, les Whigs [= ils militaient pour un Parlement fort et deviendraient, au XIXème siècle, les Libéraux] le choisirent comme champion tandis que les Tories [= proches des Stuarts, ils étaient pour une Monarchie forte face à un Parlement plus faible. Ils sont les ancêtres des Conservateurs actuels.] se pinçaient le nez devant ses vers, les huaient et les critiquaient. En fait, avec le régicide Edmund Ludlow, si impliqué dans l'exécution de Charles Ier, Milton fut tenu pour l'un des premiers Whigs tandis que quelqu'un comme le ministre anglican Luke Milbourne, d'obédience tory et qui représentait la Haute Eglise, le plaçait dans le parti des "Agents des Ténèbres", aux côtés de John Knox, l'un des leaders de la Réforme protestante écossaise dont Marie Stuart eut beaucoup à souffrir, de George Buchanan, redoutable adversaire de la monarchie absolue qui justifiait le tyrannicide, et de quelques autres comme John Locke, connu pour être le "Père du Libéralisme classique" et un précurseur des Lumières en Angleterre.

Ce fut le poète et critique John Dryden, l'un de ses premiers admirateurs enthousiastes, qui sacra Milton comme "le poète du Sublime." Son opéra "The State on Innocence and the Fall of Man", qui date de 1677, expose sans fards tout ce qu'il doit à John Milton.

En 1695, Patrick Hume fut le premier à publier une édition du "Paradise Lost" dûment annotée et commentée, soulignant en particulier chez l'auteur la fin de ses illusions.

En 1732, le professeur Richard Bentley offre une version corrigée du célèbre poème. Cette tentative très présomptueuse - Bentley affirmait en gros que Milton avait dicté à la fois à un secrétaire et à un éditeur et que ceux-ci étaient responsables d'erreurs et d'extrapolations diverses - fut critiquée, dès l'année suivante, par Zachary Pearce, évêque de Bangor et futur évêque de Rochester, lequel prit avec brio la défense de Milton.

L'universitaire calviniste Theodore Haak, qui résidait en Angleterre, fut sans doute l'un des premiers à entreprendre une traduction en allemand, il est vrai partielle, du fameux "Paradise ...", traduction qui s'appuyait elle-même sur celle, antérieure, d'Ernest Gottlieb von Berge. On ne saurait oublier la popularité de la traduction du poète et critique suisse d'expression germanophone Johann Jakob Bodmer - mais elle est en prose. Elle influencera à son tour un certain Friedrich Gottlieb Klopstock. ("Paradise Lost" sera illustré, à la fin du XVIIIème, par un autre Suisse, l'artiste Henry Fuseli.)

On s'en doute, nombreux sont les intellectuels du XVIIIème qui ont révéré et commenté non seulement la poésie de Milton mais aussi ses textes en prose.
Parmi eux, on citera Alexander Pope, l'essayiste, poète et dramaturge Joseph Addison, Thomas Newton, évêque de Bristol et, bien sûr, Samuel Johnson. Addison a écrit sur le sujet dans The Spectator un grand nombre de billets, de notes et d'articles. Jonathan Richardson, le senior comme le junior, ont consacré un livre tout entier au "Paradis Perdu." En 1749, Newton a publié une édition complète et annotée des travaux poétiques de Milton. Quant à Samuel Johnson, outre de nombreux essais consacrés au texte majeur du poète, il a inclus sa biographie dans ses "Lives of the Most Eminent English Poets", dont la parution s'étendit de 1779 à 1781.
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MessageSujet: Re: John Milton   Sam 8 Déc - 18:17

William Blake considérait Milton comme le plus grand des poètes anglais, celui qu'on ne pouvait pas contourner. Selon lui, Edmund Spenser - l'auteur de "The Faerie Queen" - était en quelque sorte le précurseur du génie miltonien et lui-même, William Blake, une sorte de fils poétique de l'auteur de "Paradise Lost." Dans "Milton a Poem", Blake utilisera d'ailleurs Milton comme personnage.

Homme d'Etat et philosophe, auteur à ses moments perdus, Edmund Burke était un théoricien du Sublime et tenait la description de l'Enfer donnée par Milton comme l'exemple même du sublime en tant que concept esthétique. (...)

Les poètes romantiques estimaient à sa juste valeur l'exploration qu'avait faite Milton du vers blanc mais, pour la plupart d'entre eux, rejetaient avec vigueur son esprit religieux. Wordsworth commence ainsi son sonnet "London, 1802" : "Milton ! A cette heure, tu ne pourrais pas vivre ..."mais modèle son "Prelude", le seul de ses poèmes épiques en vers blancs, sur "Paradise Lost."

Le style miltonien laisse par contre John Keats plutôt froid (...) bien qu'il déclare que "Paradise Lost" constitue une belle et grandiose curiosité." Il sera en outre le premier à reconnaître que la déception qu'il retirait de sa propre tentative- d'ailleurs inachevée - dans le genre épique, "Hyperion", provenait entre autres choses "de trop nombreuses inversions miltoniennes."

Dans leur ouvrage "The Madwoman in the Attic", Sandra Gilbert et Susan Gubar signalent que le célèbre roman gothique de Mary Shelley, "Frankenstein", peut apparaître, aux yeux de nombreux critiques, comme "une clé de lecture romantique du "Paradis Perdu."

Parmi les Victoriens, George Eliot et Thomas Hardy subirent tout particulièrement l'influence de Milton. Il faut attendre le début du XXème siècle et les efforts novateurs de T. S. Eliot et d'Ezra Pound pour assister en quelque sorte à une "baisse de forme" du statut du "Poète du Sublime."
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MessageSujet: Re: John Milton   Sam 8 Déc - 19:02

L'utilisation faite par Milton du vers blanc, ses innovations sur le plan stylistique (comme les effets grandiloquents dans la voix et la vision, une diction et une phraséologie bien particulières) vont influencer durablement les poètes qui viendront après lui.

Il faut savoir que, à son époque, l'emploi du vers blanc dans les poèmes se distinguait de son emploi dans le vers théâtral. Le "Paradise Lost" est donc un phénomène unique. Comme le disait, en 1734, le théologien et compositeur Isaac Watts : "Parmi nous, on regarde Mr Milton comme le parent et l'auteur du vers blanc ..." Pour un siècle au moins, l'expression "le vers miltonien" devient synonyme de "vers blanc" en poésie, celle-ci se muant en un domaine tout à fait indépendant à la fois du drame, de l'héroïque et du théâtral.

L'absence de rime est parfois considérée comme faisant partie des innovations apportées par Milton. Lui-même voyait en cette pratique, en tous cas en ce qui concernait son "Paradis Perdu", une extension de sa liberté personnelle.

Cette recherche éperdue de la liberté est, pour l'essentiel, une réaction aux valeurs conservatrices établies et respectées pour la poésie héroïque, si rigide. Au sein d'une culture qui met l'accent sur l'élégance et le raffinement, Milton privilégie la liberté, l'ampleur, la suggestivité de l'imaginaire qui culminent au final dans une vision romantique de terreur sublime. (...)

Notons encore que Milton utilise le vers blanc selon un rythme fort peu conventionnel. Déjà, dans "Lycidas", il s'était livré à des tentatives audacieuses et réussies pour combiner le vers blanc et le vers rimé avec certains effets de paragraphe. Il avait ainsi créé des modèles et des motifs de versification pratiquement indestructibles qui se distinguaient des formes, plus étroites et plus collet-monté, de la métrique anglaise.

Avant Milton, "le sens de la régularité dans le rythme ... était si bien enfoncé dans le crâne de tout bon Anglais qu'il faisait pour ainsi dire partie de sa nature." Selon Samuel Johnson, "la "Mesure héroïque" est pure ... lorsque l'accent demeure, tout au long du vers, sur chaque seconde syllabe. La répétition de cet effet (...) constitue l'harmonie la plus absolue dont un vers simple est capable." Les pauses des césures (...) se plaçaient surtout au milieu ou à la fin du vers. Afin de soutenir cette symétrie, les vers étaient le plus souvent des octo- ou des décasyllabes (...)

Milton allait incorporer pas mal de modifications au schéma originel, parmi lesquelles les syllabes hypermétriques (le pied trisyllabique par exemple), l'inversion ou la dépréciation de l'accentuation et le déplacement continu des pauses sur tout le vers. A ses yeux, il s'agissait là du "reflet de l'union transcendantale de l'Ordre et de la Liberté." (...)

La diction néo-classique se montrait aussi contraignante que sa prosodie. Son imaginaire réduit, allié à l'uniformité de la phrase et de sa structure, débouchait sur une petite liste de huit-cents noms comportant le vocabulaire de près de quatre-vingt-dix pour cent des poèmes héroïques jamais écrits jusqu'au XVIIIème. La tradition exigeait en outre que les mêmes adjectifs demeurassent attachés aux mêmes substantifs et qu'ils fussent suivis par les mêmes verbes. Milton allait, là encore, changer beaucoup de choses.

Il va en effet introduire dans tout ça une foule de néologismes latins et ressusciter des mots parfaitement obsolètes, déjà si oubliés par la langue populaire que leur signification n'est alors plus accessible. En 1740, Francis Peck fit un peu le tour de ce qu'il nommait "la langue miltonienne", langue dont se servaient désormais les successeurs de celui qui l'avait façonnée. Pope, par exemple, utilise la diction de "Paradise Lost" dans sa traduction d'Homère tandis que les poèmes lyriques de Gray et Collins se voient fréquemment critiquée pour l'emploi qu'ils font "de mots obsolètes, sortis tout droits de Milton ou de Spenser." Enfin, la langue des plus beaux poèmes de Thomson - "The Seasons" et "Castle of Indolence" - prend volontairement pour modèle "Paradise Lost."

En fait, grâce à Milton, toute la poésie anglaise, de Pope à Keats, ne cessera de porter une profonde attention à la valeur connotative, imaginaire et poétique du mot.
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MessageSujet: Re: John Milton   Sam 8 Déc - 20:22


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