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Le festival international de Géographie...

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yugcib
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MessageSujet: Le festival international de Géographie...    Lun 30 Sep - 20:23

... Du jeudi 3 au dimanche 6 octobre inclus, je serais "en principe" (mais peut-être pas tout à fait) absent du forum... Je me rends comme chaque année avec ma femme, à Saint Dié dans les Vosges, pour assister au festival international de géographie (qui réunit tous les grands géographes et scientifiques du monde entier)...
Donc, du matin de bonne heure jusqu'au soir assez tard, je vais suivre diverses conférences et voir un certain nombre de films documentaires...
Je suis depuis mon enfance à l'école, un passionné de géographie (et d'histoire aussi d'ailleurs) tant la géographie physique, que la géographie sociale, politique et économique...
J'ai vu avec un immense plaisir que cette année au programme, mon cher, très cher Elysée Reclus (le grand, le plus grand géographe de tous les temps) est "à l'honneur" dans une "table ronde"... Elysée Reclus, l'anarchiste (mais dans le sens, dans l'esprit, dans les "valeurs" de ce que j'entends par "anarchie") est un géographe souvent (et depuis son vivant) oublié, laissé de côté par bon nombre de géographes (mais pas par mon fils qui a une formation universitaire de géographe)... Il n'est donc pas, hélas, "très connu" ni surtout enseigné à l'école ni dans les facultés...
D'ailleurs, cela fait un bon bout de temps que j'y pense, je vais préparer un "topo" sur l'oeuvre d' Elysée Reclus ici, dans le forum...
C'est pour moi "un frère spirituel" : nous avons ensemble, le même "parcours initiatique" si je puis dire... Lui est le fils d'un père pasteur protestant, un homme d'une grande exigence morale et d'une dimension humaine hors du commun ; et pour ma part, j'ai eu durant quelques années entre 22 et 26 ans (et ensuite jusqu'en 2006) un ami, un ami très cher, qui est mort en 2006, et qui était de confession Chrétienne Mormone... Indépendamment du côté foi en dieu, religion pure, créationnisme (que je ne partage pas du tout) j'ai été pour ainsi dire comme "moralement et spirituellement formé" à "l'école des Mormons" (une philosophie de la relation humaine très proche de la "morale pure et universelle") dont j'ai conservé disons, "des racines profondes"... Mais le résultat c'est que Elysée Reclus tout comme moi, on est devenus des anarchistes, des penseurs libres, des hommes de réflexion et d'observation et des témoins de leur temps... Avec bien sûr les convictions assorties, l'engagement intellectuel et moral, et sentant la nécessité de communiquer, de témoigner, de dire, de transmettre, et de réaliser une oeuvre littéraire et poétique avec pour fond de tableau, le monde, la nature, la géographie, l'histoire, les gens...
"on ne s'invente pas, on devient selon ce qui nous a été apporté et qui nous a fait"
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Lun 30 Sep - 20:36

Au moins, à cette période de l'année, tu n'auras pas grand monde sur la route. Il doit te tarder, surtout s'il y a des conférences sur cette personne que tu admires tant.
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yugcib
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Mar 1 Oct - 8:33

... D'autant plus, Lydia, que, étant actuellement dans les Vosges depuis le 15 septembre jusqu'au 6 novembre, et habitant à 24 km de Saint Dié, je n'aurais donc que peu de route à faire...

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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Mar 1 Oct - 14:51

Je te croyais dans les Landes !  
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Jeu 3 Oct - 10:43

... L'ouverture officielle du FIG étant à 18h ce jeudi 3 octobre, il n'y avait pas encore, à part 2 ou 3 expos dans la ville de St Dié, ce matin, de conférences... En revanche hier mercredi 2, il y avait, dans le cadre du forum des professionnels, des séances de films documentaires et le public pouvait y assister, dans une salle de cinéma du musée Pierre Noël... Et j'ai donc vu hier après midi, 3 de ces films:
-Sur les chercheurs d'orchidées aux confins de la Chine, avec un aperçu historique et géographique, ainsi qu'une explication des origines de l'orchidée (une prouesse de la nature)...
-Sur l'histoire de la Chine depuis le début du 20 ème siècle, avec notamment ce qui s'est passé en 1911 (fin de l'empire), puis la période 1911/1949, et enfin depuis 1949...
-Sur une région désertique et de hauts plateaux entourés de chaînes de montagnes de plus de 5000 m d'altitude,le parcours de rivières, la vie des gens dans cette région "la plus éloignée au monde de tout océan"...
Ce soir après la cérémonie d'ouverture (un "grand moment") avec la présentation du programme, et des diverses personnalités du monde scientifique et géographique, un spectacle musical avec une troupe artistique de la ville de Changzhi...




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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Jeu 3 Oct - 11:41

... J'avais oublié de préciser que le thème cette année, du FIG, c'est "La Chine une puissance mondiale", et que le pays invité c'est la Chine...
Président : François Jullien, philosophe et sinologue ; Grand Témoin : Ivan Levaï ; invitée d'honneur : Noëlle Lenoir...
Président du Salon du Livre : Jean Christophe Rufin.

L'an passé, le "Grand Témoin" c'était... Régine Desforges (ce qui avait suscité de ma part une certaine critique du fait que je pense qu'un écrivain "de roman de littérature de gare mélo dramatique grand public" n'a "rien à foutre dans un festival de géographie en tant que grand témoin")...
Cette année, au moins avec Ivan Levaï, on est davantage "dans la dimension qui convient" dis -je...

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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Jeu 3 Oct - 14:22

Oui, enfin, en même temps, c'est un journaliste. Je ne suis pas persuadée qu'il s'y connaisse en géographie, si ?
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Jeu 3 Oct - 15:08

... Certains journalistes sont de "vrais journalistes" (avec la culture qui va avec dans bon nombre de domaines)... Mais ils sont rares... pour ne pas dire "très rares"... Je serai tenté d'en citer un (parce que je le connais et l'ai lu et écouté tant soit peu) : Jean Claude Guillebaud... Dans le temps, il y eut Albert Londres...

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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Jeu 3 Oct - 15:13

oui, nous sommes d'accord. Mais ils ne sont pas légions !
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Elisabeth
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Jeu 3 Oct - 15:27

Yugcib a écrit:
... J'avais oublié de préciser que le thème cette année, du FIG, c'est "La Chine une puissance mondiale", et que le pays invité c'est la Chine...
En raison d'un grand grand nombre de préjugés sur la Chine, Yugcib, nous attendons des révélations.....
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yugcib
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Lun 7 Oct - 16:33

... "Un grand nombre de préjugés sur la Chine" ? Oui, c'est certain.
Mais il me paraît nécessaire dans le monde où l'on vit, en dépit de tous les paradoxes, de toutes les différences, de toutes les difficultés de relation, et surtout de la complexité du monde associée à la diversité des cultures, des modes de vie et de développement économique... Il me paraît nécessaire oui, de surmonter l'obstacle majeur à mon avis, que constitue l'existence de tous ces préjugés, de ces idées reçues et de ce qu'implique dans nos mentalités tant "occidentales" que "non occidentales", ces préjugés, ces idées reçues...
... Il faudrait déjà, dans un premier temps, ne pas perdre de vue ce qu'il est essentiel de comprendre d'un pays tel que la Chine :
-La densité et la diversité de la population sur un territoire géographique de plus de 4000 km dans ses deux plus grandes longueurs, et d'environ 3000 km dans deux de ses largeurs nord sud... Une population qui, officiellement, avoisine 1 milliard 350 millions d'habitants, mais une population cependant concentrée pour plus de 50% dans des villes gigantesques et des régions surpeuplées autour de ces grandes mégalopoles... Ce qui veut dire que sur la moitié du territoire, soit de très vastes espaces géographiques, la population est disséminée, parfois même quasi inexistante (par exemple toute la partie nord du pays, avec les déserts du Taklamakan, d'Alashan et de la Mongolie intérieure)...
-La géographie de ce pays : au nord d'immenses déserts et de hauts plateaux entourés de chaînes de montagne ; à l'ouest et dans la moitié du centre le plateau du Tibet et la chaîne de l'Himalaya ; au Sud Est toute la Chine du Sud soumise à la mousson et aux tempêtes de l'océan pacifique ; à l'Est sur 1500 km de profondeur jusqu'aux côtes, les régions les plus peuplées, là où se trouvent les grandes mégalopoles, les terres d'agriculture, l'industrie...
-L'histoire de ce pays : elle est comme d'un seul bloc, le bloc des dynasties successives entre 220 Av JC et 1911, et constituant l'Empire du Milieu (vu aussi comme "toutes les terres sous le ciel") avec pour bases durant toute cette période, un système bureaucratique et centralisé élaboré, les rites ancestraux et chamaniques, le confucianisme, le taoïsme, le Bouddhisme, une langue écrite...
Alors que les Amériques, que l'Afrique, l'Inde et l'Indonésie subirent dès le 16 ème siècle l'influence (et la domination) de l'Europe des Blancs et des Chrétiens... La Chine (l'Empire du Milieu) ne fut en relation avec l'Occident (l'Europe) avant le 19 ème siècle, que et uniquement par la route de la soie (terrestre depuis le milieu du 1 er siècle Av JC jusqu'au 15 ème siècle, puis maritime après par la navigation autour de l'Afrique)... Cette route de la soie était un réseau de routes commerciales, en fait de pistes multiples par lesquelles circulaient les marchandises entre l'orient et l'occident... Soit dit en passant, dans le sens Orient Occident, des découvertes chinoises majeures telles que la boussole, la poudre à canon, le papier monnaie et l'imprimerie furent diffusées en Europe.
Les deux périodes les plus marquantes, on va dire, de l'histoire de la route de la soie, se situent la première à l'époque d'Alexandre le Grand lors de son expédition et de ses conquêtes jusqu'aux confins de l'Afghanistan actuel, et la deuxième à l'époque de l'expédition de Marco Polo vers la fin du 13 ème siècle...
On le voit bien : la communication entre la Chine (Empire du Milieu) et l'Europe fut essentiellement marchande, technologique et culturelle, et ce, des temps anciens jusqu'au début du 19 ème siècle...
Passé le début du 19 ème, ce sont les empires coloniaux occidentaux (entre autres et surtout l'Angleterre) qui "débarquent" en Chine et "foutent la merde" (excusez moi l'expression) dans les dernières dynasties et dans l'Empire du Milieu, avec notamment les "guerres de l'opium"... De telle sorte que pour finir, en 1911 le dernier empereur est déposé, et qu'une république s'installe avec toute une série de guerres civiles jusqu'en 1949. (Mais bon, je rentre pas dans les détails, il y aurait tant à dire...)
Donc, pour conclure (du moins pour le moment) :
Une population de 1 milliard 350 millions d'hab d'une part (qui n'est pas homogène et qui est inégalement répartie, avec la nécessité d'un gouvernement fort pour gérer cette immensité, mais un gouvernement décentralisé puisque les gouvernements locaux sont puissants et agissant) ; une géographie difficile... Et une histoire dans laquelle le contact réel autre que commercial ou culturel, ne s'est réalisé avec l'Occident, qu'à partir du 19 ème siècle... Ce sont donc ces trois données qu'il ne faut pas perdre de vue pour commencer à comprendre...
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Lun 7 Oct - 16:59

Mon opinion en peu de mots, la Chine ( et la race asiatique) sont mystérieuses, ceci dû justement à la "résistance" de la Chine en dehors du commerce; peu de voyageurs, des colonies trés tardives, et pour la fin XIXème et le XXème des guerres mal connues, mal comprises de l'occident;
Aujourd'hui encore, la Chine est mal connue, et, quelque part, s'en sert avec habileté = dans l'opinion internationale, personne ne se risque à la contrarier, à émettre des jugements, des critiques, elle fait peur;
Elle a un potentiel écrasant, le sait et se sait à l'abri des pressions;
La Chine est une "fatalité" économique du monde contemporain; elle "ronge" et grignote ses concurrents, et, depuis un certain temps de façon trés dangereuse et totalement occulte; même ses émigrés font peur; à Paris, ce n'est pas tout le monde qui se hasarde à "Chinatown" étroitement sous la domination de ses résidents eux-mêmes; les flics, l'administration, les services sociaux reculent; là aussi, elle fait peur; les Chinois ont réponse à tout, et lorsque ce n'est pas le cas, ils sourient en vous signifiant clairement, que cela ne vous regarde pas et qu'ils n'ont rien à faire avec vous; les mafias chinoises sont parmi les plus secrètes et les plus redoutables;
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Lun 7 Oct - 18:33

... Je vais dire ceci... Pour "simplifier" (à ma façon) :

Les Chinois, ce sont comme des extraterrestres, mais des extraterrestres humains, très intelligents et qui vivent en même temps que nous les autres humains, sur la même planète, mais qui ont eu une histoire différente de la nôtre, en fait une histoire géographiquement séparée de la nôtre. Aujourd'hui ils sont devenus très nombreux, encore bien plus nombreux qu'ils ne l'étaient autrefois, et surtout, ils vivent maintenant partout sur toute la Terre, du moins ils ont formé des communautés ayant toutes les mêmes caractéristiques, partout sur toute la Terre... Cependant à l'origine, ils ont avec nous le même ancêtre "actuel" Homo Erectus, et le même ancêtre "plus ancien" cousin aîné de Homo Erectus...
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MessageSujet: La dimension du festival de géographie   Lun 7 Oct - 19:13

... Depuis son origine, sa création en 1990, à Saint Dié dans les Vosges, le Festival International de Géographie draine depuis déjà quelques années, bon an mal an, environ 50 000 personnes venues de toute la région Lorraine, ainsi que d'autres régions de France et d'autres pays, et cela durant quatre jours chaque année du premier jeudi jusqu'au premier dimanche du mois d'octobre (à moins que le jeudi précédant le dimanche ne tombe un 29 ou 30 septembre)...
Il y a 600 intervenants (scientifiques, géographes, maîtres de conférence, presse, audiovisuel, organisateurs, invités et autres) sur 24 sites ou lieux de réunions, conférences, spectacles, expositions... 300 temps de rencontre avec le public dont 20 tables rondes (5, 6, 7 spécialistes dans un débat en face du public, lequel public peut intervenir en fin de conférence), 80 conférences ; un salon du livre avec 150 auteurs présents et plusieurs dizaines d'éditeurs nationaux ; 18 cafés géographiques, 50 heures de cinéma (films et documentaires) sur 5 jours (à partir du mercredi qui est le jour du forum des professionnels où le public est invité) avec un total de 4000 spectateurs sur les 5 journées...
A noter également (une innovation assez récente) : une ancienne usine textile désaffectée dont le destin n'a pas été celui de devenir une friche industrielle, mais un vaste centre permanent (toute l'année) de création artistique... Bien sûr cette année 2013, investi par le FIG...
A noter aussi (mais là c'est "moins glorieux" de la part du ministère de la Culture), que depuis 2013 (donc pour ce FIG ci) la subvention habituelle allouée a été totalement supprimée... (Par contre dans des villes de plus de cent mille habitants on subventionne plus que de raison des manifestations ayant un impact culturel et social et "planétaire" dirais-je, bien moins essentiel, que le Festival International de Géographie)... Saint Dié des Vosges n'est qu'une commune de 23 000 habitants mais à fort dynamisme culturel et artistique innovant - ce qui ne semble pas intéresser "commercialement" (ou en termes de "retombées économiques") les "Hautes Autorités Gouvernementales et Affairistes et Grands Marchés de type consommation de masse)...
A noter enfin, car c'est encore cela qui marche le mieux purement commercialement parlant, et qui draine d'ailleurs pas mal de monde (pas tout à fait les mêmes gens que ceux qui vont aux conférences)... L'espace gastronomique et des saveurs (une véritable foire dans un grand bâtiment et ses alentours) ... Là je vais pas trop m'étendre car je n'ai que "visité assez rapidement" (rire)... N'étant guère un fana de gastronomie et de cuisines régionales ou exotiques...
(un simple blanc de poulet ou de dinde, ou une saucisse avec un cornet de frites, ça me suffit largement, accompagné d'un demi pression)...
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Lun 7 Oct - 20:18

... Un mot au sujet du "Grand Témoin" de ce festival 2013, qui fut Ivan Levaï :

Ce journaliste né en 1937 aujourd'hui âgé de 76 ans, est "de la vieille école" pourrait-on dire, mais... de même envergure, de même dimension qu'un Albert Londres... "Il en a dans les tripes", vraiment, avec le langage qu'il tient, ce qu'il ose dire -à fort juste titre- et tout cela dans un discours de grand style, d'une grande profondeur de pensée, de réalisme, d'humour par moments, et d'un certain optimisme "non angélique"... Une "vision du monde", un sens de "certaines valeurs", une "philosophie" de la vie, de la relation, une manière de témoigner de ce qu'il observe, que je ne puis que partager et qui d'ailleurs recueille mon adhésion...

... Pour vous donner une idée générale dans un premier temps, de ce festival ayant eu pour thème "La Chine une puissance mondiale" c'est ICI
... Mais "tout n'y est pas" loin s'en faut : les conférences et tables rondes les plus "significatives" seront intégralement reproduites, écoutables, d'ici quelque temps, tout comme celles d'ailleurs, des années précédentes...
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Mar 8 Oct - 6:24

... Une réflexion encore, que je me suis faite lors d'un entretien devant un public nombreux et compact, entre Jean Christophe Rufin l'auteur de Rouge Brésil, et Alain Spire, un journaliste :
Jean Christophe Rufin évoquait son voyage de pèlerin de St Jacques de Compostelle et disait, entre autre (je ne reproduis pas les termes exacts mais seulement en gros, le sens, le contenu) :
Ce n'est pas tout à fait ce que la plupart des gens croient, les chemins parcourus ne sont pas toujours des sentiers dans la montagne, en pleine nature, ni des chemins de grande randonnée du genre GR 5 ; parfois on marche durant des kilomètres sur des routes bitumées, ce n'est pas non plus cette convivialité, ces échanges, cette spiritualité auxquels les gens aspirent avant leur départ ; il y a cette réalité brute au quotidien, toutes ces petites surprises désagréables, ces aléas auxquels on ne pense pas... Et tout cela, il faut le savoir, et je le dis dans mon livre...
Ayant donc entendu cela, je me dis que parfois, nous nous faisons "tout un cinéma" dans la perspective d'une aventure, d'un voyage, d'une rencontre que nous allons bientôt faire, et le rêve nous vient alors d'un "monde différent" à vivre, avec des gens "pas comme les autres" c'est à dire plus ouverts, plus culturels, plus ceci plus cela etc. ... Et nous nous faisons ce cinéma dans notre tête, bien sûr, en fonction de nos aspirations profondes, de notre imaginaire, de notre sensibilité, de notre culture personnelle, et le "film" se met en place, puis nous entrons dans le film tant et si bien qu'au départ nous y croyons... Mais très vite, la réalité brute nous rattrape, nous fouette, nous cingle... Ainsi en est-il de tous ces univers, de tous ces mondes "différents", de relation, de gens même avec lesquels nous allons vivre un temps et avons rêvé de rencontrer...
Ce qu'il m'en ressort de cette réflexion, c'est que c'est toujours et nécessairement "en connaissance de cause" qu'il faut partir, s'aventurer, "tenter le coup", aller de l'avant, choisir... Et que finalement le "film" ne pourra être que ce qui s'accomplira avec les acteurs, les figurants, les paysages, les scènes, qui y seront dedans... Et qu'il pourrait-être même, ce film, plus "surréalistement vrai" que le "vrai" auquel on a cru...
D'ailleurs, la réalité "vraie" souvent, est "plus surréaliste" que le surréalisme...
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Mar 8 Oct - 13:31

C'est sûr, mais j'ai eu d'autres échos du pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle, ayant vu un reportage trés soigneux, sur la route, justement;
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Mar 8 Oct - 14:41

Eustrabirbéonne l'a fait l'an passé, elle peut nous renseigner.
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Mar 8 Oct - 15:19

Oui, je l'avais compris en lisant ses posts; moi, le reportage que j'ai vu ne parle pas de route bitumée ? mais, bon.....
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Mar 8 Oct - 15:55

Ceux que j'ai vus n'en parle pas non plus mais cela ne m'étonnerait pas non plus que l'on ne nous montre pas tout...
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Elisabeth
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Mar 8 Oct - 16:06

C'est sûr ! si on doit suivre à pied Very Happy une portion de rocade pour aller à Compostelle, il vaut mieux garder l'info, ça peut en décourager....
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Mar 8 Oct - 16:13

 
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Mar 8 Oct - 19:48

... Personnellement, j'ai vu à plusieurs reprises des groupes de pèlerins (on les reconnait facilement) marcher les uns derrière les autres le long de routes "secondaires" (des "départementales") en Lot et Garonne, dans le Gers, et aussi dans les Pyrénées Atlantiques... Mais rien n'indiquait s'ils marchaient le long de ces routes (bordure, talus) depuis plusieurs heures (dix, quinze km cela me semble possible, avant de rejoindre un ou des chemins par la suite dans l'étape)... En règle générale, la moitié ou plus des pèlerins font entre 18 et 25 km dans la journée en partant assez tôt le matin pour arriver vers 16/17 h ; D'autres moins nombreux, plus endurants, bons randonneurs assez "chevronnés", font jusqu'à 30, 35 km par étape journalière...
De Saint Jean Pied de Port (entrée en Espagne col de Ronceveaux) jusqu'à la pointe Finisterre il faut compter environ 940/950 km par le chemin le plus "classique", ou 700 environ depuis San Sebastian...
Et 1800 depuis Grenoble...
L'époque de l'année où les pèlerins sont les plus nombreux se situe entre début avril et début juillet.
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Mer 9 Oct - 17:17

Voici pour nuancer un peu mes propos sur "Chinatown à Paris"
Cela reste - même sans xénophobie, puisque l'article est cultivé et intelligent, trés hiérarchisé, trés replié sur des valeurs asiatiques et qui ne se soucient pas d'intégration ou trés peu ! il faut parler Français juste pour le commerce.....

L'arrivée récente sur la scène interculturelle parisienne de populations de langue chinoise incite à se poser des questions quant à leur identité collective.

Tenter d'appréhender l'identité d'une population transplantée oblige, dans un premier temps, l'observateur à se pencher sur le passé et les caractéristiques linguistiques de cette population. Cet a priori méthodologique est illustré ici par une description-classement qui permet de reconstituer des trajectoires individuelles et collectives ; celles-ci aident à mieux comprendre les diverses manifestations identitaires observées dans le contexte parisien parmi lesquelles les réseaux ethniques — multiples et étroitement imbriqués — occupent une place centrale et dont un des exemples les plus significatifs, la tontine, sera analysé dans la deuxième partie de cet article.

Topographie

Les quatre enclaves où se sont rassemblés les Chinois de Paris sont des points de concentration à la fois humaine et économique. Hormis cela, les quatre chinatown ont peu de ressemblance entre elles. La densité démographique varie et le site dans lequel se sont intégrés les habitants et les commerces est différent, ce qui donne en fin de compte un paysage spécifique à chacune des villes chinoises.

Le xiiie arrondissement abrite le quartier chinois le plus peuplé de Paris. Aucune délimitation réelle ne le sépare de son voisinage. Malgré tout, on peut situer le cœur de la ville dans un périmètre délimité par quatre voies de passage : l'avenue d'Italie, la rue de Tolbiac, le boulevard Masséna et la rue Nationale. Les gens sont logés en majorité dans des tours imposantes construites au milieu des années 70 et composées d'une trentaine d'étages. A leur pied, les commerces s'alignent le long des rues et remplissent les centres commerciaux. Le « kiosque de Choisy », qui se trouve au sortir du métro, est presque entièrement occupé par des restaurants et des épiceries chinois. Dans les galeries des Olympiades se nichent des ateliers de couture, des bijouteries et des magasins de produits surgelés. De nouveaux restaurants se sont ouverts récemment sur l'esplanade même et dans le centre commercial de Masséna. C'est autour de 1975 que le premier noyau des Chinois originaires du Cambodge (ou Sino-Khmers) s'est établi dans le quartier. Mais l'implantation ne prit de l'ampleur qu'à partir de 1978-1979 avec l'arrivée massive des réfugiés de l'Asie du Sud-Est. Aujourd'hui le xiiie détient le record de concentration de Chinois, bien qu'il soit difficile d'avancer un chiffre exact. Cette densité humaine s'accompagne d'une infrastructure économique plus importante et plus variée qu'ailleurs. Le réseau des entreprises est large et se diversifie de jour en jour. Hormis les commerces traditionnels qui restent les plus nombreux, restaurants et bazars — mais ici ils ont la taille de vrais supermarchés —, on trouve également des salons de coiffure, pressing, salles de jeux, club-vidéo, cinéma, ateliers de confection, magasins d'appareils électriques, cabinets d'assurances... Par sa densité et l'importance de ses services, le XIIIe est devenu naturellement le cœur de la communauté chinoise. Point de chute pour les nouveaux arrivants, il constitue aussi un pôle d'attraction pour les réfugiés qui habitent en province et même à l'étranger. Les gens y viennent pour se ravitailler ou pour voir de la famille. Le lieu est visité quotidiennement, mais l'animation est particulièrement intense en fin de semaine, le samedi et le dimanche. La physionomie du quartier est marquée par une opposition architecturale. Les tours massives et grises, serrées les unes contre les autres, se dressent de chaque côté de la rue, un peu en retrait, écrasant les vieux immeubles bas aux façades lépreuses et aux boutiques délabrées, jouxtant eux-mêmes de nouveaux ensembles aux toits d'argile.

Le deuxième quartier chinois est né dans le XIXe arrondissement et présente une configuration toute différente. La population s'est disséminée en différents points, formant un demi-cercle sur la bordure ouest, allant de Belleville jusqu'à la station Crimée. Ici, la ville chinoise a pris racine dans une zone traditionnellement investie par des vagues successives de migrants dont chaque groupe n'a pas manqué à chaque fois de marquer l'espace à sa manière. Les Chinois se sont fondus dans un décor déjà modelé par d'autres populations minoritaires. Ainsi remarque-t-on des boutiques chinoises faisant face à des pâtisseries tunisiennes, des boucheries cacher à proximité de hammams. On relève là le même contraste architectural que dans le xiiie, bien qu'il soit moins heurté. Les ensembles modernes d'une taille plus modeste et dotés de lignes plus heureuses, s'harmonisent davantage avec les structures anciennes pourtant en pleine décrépitude. Les Chinois ont pris d'assaut les habitations modernes tout en investissant les locaux commerciaux très vétustes. Ce paysage multi-ethnique, avec ses échoppes bourdonnantes qui se succèdent dans les rues étroites et accidentées, dégage une atmosphère dont le caractère insolite s'accentue une fois la nuit venue.

Si l'on pousse un peu plus au nord, en obliquant vers l'ouest, on découvrira presque aux portes de Paris la troisième agglomération chinoise — la plus modeste et la moins peuplée. Elle est située entre le boulevard de la Chapelle et le boulevard Ney, à la jonction de quatre rues : Ordener, la Chapelle, Marx-Dormoy et Riquet. Ce quartier n'est pas compact, il se déploie de tous côtés, semblable à une gigantesque toile d'araignée, à partir de la petite place de Torcy jusqu'aux différentes gares et autres entrepôts qui l'enserrent et l'isolent ainsi comme une frontière. La plupart des Chinois logent dans la tour de Boucry, un imposant building de 28 étages, le plus élevé du secteur. Les entreprises commerciales communautaires ont pris place aux alentours du petit marché couvert de Torcy qui, par sa présence, donne un aspect un peu villageois à cet environnement.

Enfin, c'est dans le IIIe arrondissement que se situe le quatrième point de peuplement chinois. C'est le quartier le plus ancien mais le moins visible. La présence chinoise se limite à la rue Au Maire et à la rue des Gravailliers où l'implantation, qui remonte à plusieurs décennies, s'est intégrée dans un habitat vétuste. Les Chinois du iiie ne doivent pas être confondus avec ceux qui sont mentionnés plus haut dans la mesure où ils ne font pas partie du groupe des réfugiés. Venus directement de Chine populaire, ils doivent être considérés comme des immigrés économiques. Rares sont ceux qui retournent définitivement au pays natal où cependant ils expédient une partie de leurs ressources de façon régulière. Les signes des activités économiques sont rares, à peine visibles : épiceries minuscules, restaurants destinés à la clientèle française et entreprises de maroquinerie dont aucune des devantures n'est marquée des caractères si facilement repérables.

Ces regroupements territoriaux qui enrichissent les impressions du flâneur parisien fondent-ils pour autant l'existence d'une minorité ethnique ou culturelle aux contours clairement définis ?

Langues et dialectes

Il faut au préalable prendre connaissance de certaines des particularités de la langue et de l'écriture chinoises. Comme dit V. Alleton, « tous les Chinois, qu'ils habitent la Mandchourie, Pékin, Canton ou Singapour, parlent une variété ou une autre de "chinois" (...). Néanmoins, dans bien des cas, il n'y a pas de communication possible entre ces hommes, pour autant qu'ils se limitent à leur parler quotidien, leur "dialecte" ». Mais la constatation de cet éclatement linguistique doit tout aussitôt être modulée par l'unité que représente l'écriture, les caractères étant lisibles et compréhensibles par tous. Cette caractéristique tient à la tendance monosyllabique de la langue chinoise. Chaque caractère désigne une syllabe et chaque syllabe ne représente généralement qu'un seul mot. Cette « forme graphique indépendante », l'idéogramme, n'évoque qu'un seul et même sens au lecteur quel que soit le dialecte qu'il parle. Il faut encore noter que la partie nord de la Chine, la « zone du mandarin » est beaucoup plus homogène que les provinces du sud-est qui sont marquées par une forte hétérogénéité dialectale. C'est de ces régions côtières que sont partis la majorité des « Chinois d'outre-mer » hua qiao que l'on trouve partout dans le monde. Dans certains points de ces contrées en question, « il y a autant de dialectes que de lieux » pour reprendre une définition générale de F. de Saussure. Cette hétérogénéité linguistique se retrouve dans le monde chinois immigré, délimitant naturellement des groupes et sous-groupes qui fondent des identités dialectales. Nos enquêtes ont montré que les Chinois parisiens, à l'exception des « Wenzhou », sont issus de ces groupes méridionaux.

M. Lam, un Chinois teochiu originaire du Cambodge : Portrait linguistique

M. Lam est né en 1947 à Svay Rieng (province de Svay Rieng) au Cambodge. Ses parents avaient quitté tout jeunes le sud de la Chine. Son père était parti de Puning et sa mère de Chao Yang . Le teochiu est donc sa langue maternelle.

M. Lam débute sa scolarité à l'école chinoise tenue par la congrégation teochiu. C'est là qu'il s'initie à l'écriture chinoise et au mandarin. Il poursuivra ses études jusqu'en classe de 5e (quelques heures par semaine étant consacrées à la langue cambodgienne).

Puis il commence à travailler avec son père qui tient une épicerie. Dans ce cadre, il lui arrive de parler le khmer au contact des employés et des clients. L'entreprise paternelle ravitaillant aussi les épiceries de village, il circule régulièrement dans la campagne environnante où il doit entrer en relation avec des boutiquiers parmi lesquels des Vietnamiens. Avec le temps, il se familiarise avec la langue vietnamienne dont il garde encore aujourd'hui de solides notions.

Suite à l'arrivée des Khmers rouges au pouvoir, M. Lam se réfugie en Thaïlande dans le camp de Khao-I-Dang, puis à Bangkok chez son cousin, le fils de la sœur de son père. Il n'a jamais connu cette tante qui habite toujours à Puning, en pays teochiu, mais correspond de temps en temps avec elle en chinois. Pendant cet intermède thaïlandais, il baigne complètement dans sa « langue de famille » (jia yu).

Réfugié en France en 1979 , il retrouve un frère avec qui il monte une entreprise de confection. Pour réunir le capital de départ, il emprunte à des amis teochiu venus du Cambodge, mais aussi du Laos (cf. infra à propos du hui ou tontine). A Paris, il fait connaissance avec un autre dialecte, le cantonnais, qui se diffuse à travers des films en cassettes-vidéo produits par Hong Kong. Cependant, l'entreprise familiale fait faillite et M. Lam se voit contraint de devenir ouvrier dans une usine française durant deux ans. Cette période lui permet d'améliorer son français. Il se marie alors avec une Teochiu de Thaïlande. Une petite fille est née, prénommée Hélène pour l'état civil, mais appelée Aï Len à la maison.

Tenté de nouveau par l'entreprise, M. Lam s'y lance cette fois-ci avec un Wenzhou  dont la femme était son ancienne employée. Ils communiquent entre eux en mandarin, bien que le Wenzhou le parle très mal. M. Lam reconnaît oublier de plus en plus le khmer. Il est vrai qu'il a rarement l'occasion de pratiquer cette langue. Par contre, la lecture assez régulière de la presse chinoise entretient sa connaissance des caractères. Après sept ans de séjour en France, M. Lam comprend le français mais le parle difficilement.

L'itinéraire de M. Lam envisagé ici sous l'angle linguistique est-il un cas limite chez les Chinois parisiens ? Les recherches nous ont permis de mettre en lumière qu'il n'en est rien et que ce cumul de connaissances ou bribes de connaissances est non seulement fréquent mais presque général. Toutefois, selon les positions sociales et surtout selon les trajectoires migratoires, ce phénomène présente des variantes à partir desquelles on peut établir un premier classement.

Le premier de ces « types » linguistiques repose sur un rapport central à la langue maternelle, c'est-à-dire le dialecte d'origine qui s'est perpétué à travers une, deux ou trois générations. Il est marqué aussi par une relation secondaire — plus faible mais réelle souvent — avec la langue nationale du premier pays d'émigration (Cambodge, Laos, Vietnam). Ajoutons un troisième trait concernant surtout les hommes de plus de trente ans, à savoir une connaissance minimale du mandarin et des idéogrammes pour ceux qui ont été scolarisés dans les écoles chinoises, assez répandues.

Le deuxième « type » se construit autour du premier avec l'adjonction d'un ou de deux dialectes acquis soit par fréquentation du voisinage, soit par inter-mariage, soit enfin par nécessité professionnelle. Pour cette dernière raison, on a pu se familiariser avec une autre langue, le vietnamien par exemple au Cambodge.

Le troisième profil linguistique s'est dessiné au cours de la dernière étape des histoires migratoires. Faisant suite aux deux premiers, il s'enrichit d'une autre langue : le thaïlandais pour les uns  ou le vietnamien pour les autres . Dans ce même profil, un dernier exemple : ceux, bien que rares, qui ont transité très tôt par un des pôles du monde chinois (Hong Kong ou Taïwan). Les premiers se sont initiés au cantonnais ou l'ont amélioré, les deuxièmes ont fait de même avec le mandarin.

Le quatrième « type » enfin, tout à fait distinct des autres, peut être observé chez les Chinois du Zhejiang . Outre leur extrême diversité dialectale, rappelons qu'ils ont une connaissance du mandarin, au moins pour les jeunes qui ont suivi une scolarité plus longue et plus régulière.

A partir des éléments récurrents que met en lumière ce premier classement, on peut dégager deux remarques.

D'une part, on constate que cette double spécificité des Chinois parisiens (dialecte et patchwork linguistique) est aussi l'un de leurs traits distinctifs, le plus saillant si on les compare aux autres populations arrivées dans le même temps d'Asie du Sud-Est. D'autre part, cette personnalité fondée sur un noyau dialectal stable et déterminant — auquel sont venues s'ajouter des connaissances linguistiques diverses mais rudimentaires — n'est pas le résultat d'un plan d'acquisition conscient. Cependant, la formation d'un tel type de personnalité s'explique par deux sortes de facteurs. Le premier, celui qui a trait au socle culturel d'origine, tient aux particularités du domaine linguistique chinois que nous avons déjà mentionnées. En d'autres termes, il s'agit d'un fort ancrage dialectal combiné avec l'existence d'une langue véhiculaire mais pas étrangère (le mandarin) et surtout avec une forme d'écriture (les idéogrammes) aux propriétés unifiantes. A cela, on peut encore relever la possibilité relativement aisée d'acquérir des éléments d'autres dialectes, ce qui permet parfois de limiter l'enclavement dialectal.

Ainsi à l'intérieur même du groupe chinois, les inter-relations sont-elles orientées par le double principe de « la distance et de la proximité » pour reprendre les termes proposés par G. Simmel. En effet, considérons par exemple un Teochiu (c.m. n° 3) et un Wenzhou (c.m. n° 1). La différence de leur dialecte maternel est telle que l'intercompréhension est nulle. Par ailleurs, ces deux individus s'opposent aussi par l'histoire migratoire qui a fait du premier un réfugié et du second un simple immigré économique. Enfin, leur contexte social d'origine est extrêmement dissemblable : le Teochiu avait généralement évolué dans le monde du commerce d'une société post-coloniale, alors que le Wenzhou était paysan ou ouvrier dans un pays communiste. Rappelons aussi qu'ils se distinguent par un rapport différent à la Chine que l'un n'a jamais connue, et que l'autre vient de quitter.

Tout concourt donc à marquer d'éventuelles inter-relations du sceau de la « distance ». Pourtant le sentiment d'appartenir à un même groupe est réel. Il se matérialise par l'utilisation du mandarin, ou encore d'un dialecte véhiculaire comme le cantonnais que certains « Wenzhou » ont quelque peu appris lors d'un séjour à Hong Kong, ou à Paris même. Cette possibilité de communication permet d'engager de simples relations, des associations économiques voire des inter-mariages. Ainsi la « distance » (l'exemple cité ici est sans doute le plus aigu qui soit à l'intérieur de la communauté chinoise) se combine-t-elle avec une « proximité » fondée sur des inter-reconnaissances privilégiées.

Ce type d'inter-relations est rendu possible par un minimum linguistique commun qui met en interaction des individus historiquement distants mais ethniquement proches. Cela ne relativise pas pour autant les relations intrafamiliales ou intradialectales qui sont privilégiées, mais offre un cercle de relations plus étendu que celui dont chacun pouvait disposer en arrivant en France.

Toutefois, il faut encore préciser que cette « proximité » n'est pas dépourvue objectivement de « distance » puisque aucune association ou référence nationale ne vient sanctionner ces rapprochements de circonstance.

Le deuxième facteur qui explique la constitution de ce patchwork linguistique est lié aux multiples situations de contacts interethniques engendrées par les épisodes d'une riche histoire migratoire (cf. portrait de M. Lam). Ces circonstances avaient souvent incité ou forcé à des ouvertures culturelles, donc linguistiques. Tout cela conduit à considérer ces additions successives et ces particularités dialectales comme une sorte de socle de l'identité de cette population. On peut en effet émettre l'hypothèse qu'en situation migratoire l'appartenance à ces groupes dialectaux — proches et distants à la fois — permet de renouer ou de tisser des liens avec plus de commodité et que, parallèlement mais dans une moindre mesure, les connaissances linguistiques diversifiées mais rudimentaires prédisposent à engager avec hardiesse plus de relations.

Ainsi cumuleraient-ils l'intimité du groupe familial, la surface relationnelle potentielle du patchwork linguistique, et surtout l'interfacilité offerte par le groupe dialectal qu'ils transportent avec eux tel un capital incorporé. Chacune de ces instances pouvant fonctionner (ou dépérir) séparément ou simultanément.

Cependant dans le contexte parisien, ces trois atouts remplissent-ils les mêmes fonctions que dans le passé ? Autrement dit, l'identité dialectale et le bagage historique servent-ils aujourd'hui à assurer une insertion dans la société française ?

S'il semble présomptueux d'apporter une réponse définitive à l'heure actuelle, on peut constater néanmoins que la communauté chinoise fonctionne d'ores et déjà sur un système de réseaux divers organisés sur la base d'une appartenance familiale, dialectale, ethnique, nationale, professionnelle, ou bien jouant à la fois sur plusieurs de ces références. Le réseau qui illustre le mieux cette figure est sans doute le hui ou la tontine. Au niveau économique, son rôle est fondamental, offrant aux individus un choix économique et une mobilité sociale en conséquence. Le hui ou la tontine est une chose concrète, il possède ses règles et son vocabulaire. Par certains côtés, le hui s'apparente à un jeu, et bien qu'il soit toujours extrêmement difficile de « raconter » un jeu, nous allons tenter d'en faire une description.

Un réseau : le hui ou la tontine

Le hui ou la tontine est un système marqué par la dualité. Mettant en présence des partenaires au rôle différent, il comprend un enjeu financier double.

A l'origine de la formation d'une tontine, il y a un emprunteur dénommé « président » ou « chef ». Ayant un besoin important d'argent, il fait appel à un certain nombre de personnes susceptibles de l'aider. Celles-ci lui prêtent chacune une part de cette somme. Les parts étant égales, le « président » fera en sorte de réunir suffisamment de prêteurs : s'il a besoin de 100 000 F par exemple, il s'efforcera de recruter vingt personnes (si le cours des parts se situe autour de 5000 F et si cela correspond aux possibilités de ses participants). Ceux-ci lui verseront donc chacun 5000 F. Il s'agit dans cette première phase d'un emprunt. Mais cet emprunt est particulier en ce sens qu'il n'apportera aucun intérêt aux créanciers. En effet, chaque mois le « président » remboursera l'un des membres sans lui donner plus que la mise de départ (dans notre exemple 5000 F). Mais cela ne s'arrête pas là car un second processus intervient dans le hui.

La deuxième phase est animée par un autre enjeu d'argent. Des réunions mensuelles (elles se répéteront autant de fois qu'il y a de participants, à savoir ici vingt fois) ont lieu au cours desquelles les prêteurs (mais pas le « président ») doivent apporter une nouvelle cotisation, toutefois inférieure à la somme initiale (600 F si l'on se base sur notre exemple). La totalité de ces cotisations reviendra au plus offrant des participants. En effet, pour l'obtenir il n'en va pas de soi. Il faut avoir proposé un intérêt qui sera au bénéfice des autres. Étant donné que tout le monde peut agir de même, il faut alors donner l'intérêt le plus élevé (mettons 160 F). Les propositions sont secrètes et transmises au « chef » qui adjugera. Il s'agit ici d'une sorte de mise aux enchères qui a donc lieu tous les mois. Poursuivons notre description. Si le chiffre gagnant était de 160 F, les autres membres du groupe verseraient chacun à l'adjudicataire 600-160 = 440 F. Ce dernier touchera (440 X 19 =)8360 F en même temps que sa mise de départ que le « président » lui aura remboursée. Donc en tout 13 360 F. Précisons que l'intérêt peut varier à chaque fois et qu'il est invisible, puisqu'il est soustrait de la cotisation mensuelle. Chaque participant qui a remporté les mises, est considéré comme « mort » par les autres (il ne se rendra plus aux réunions mensuelles) car il va de soi qu'on ne peut récolter cette somme qu'une seule fois au cours du jeu. Aussi devra-t-il rembourser mois après mois 600 F aux bénéficiaires des autres adjudications. On comprend donc que la cotisation mensuelle n'est jamais connue à l'avance, puisque son montant est déterminé chaque mois par la mise aux enchères de l'intérêt. Cette dernière règle fait des acteurs non seulement des emprunteurs ou épargnants (miser n'est pas une obligation, on peut simplement se contenter d'attendre la fin du jeu en accumulant les intérêts), mais également des joueurs.

La tontine comme réseau

Le hui ou la tontine se présente donc comme un cercle privé mettant en contact un nombre variable mais limité de personnes. Si ces inter-relations visent d'abord à satisfaire un but financier, elles ne se limitent pas à ce dessein pratique. Elles sont aussi fondées sur des considérations morales et sociales. En effet, le « chef » lance généralement son emprunt auprès de ses relations personnelles, « parents ou amis ». Ceux-ci lui accorderont ou non, selon leurs moyens ou leurs besoins, ce prêt. Cependant, ce cercle familial et amical est forcément restreint. Aussi le « président » compte-t-il toujours sur ces derniers pour recruter d'autres personnes intéressées afin d'élargir son réseau initial. Il les charge donc de diffuser l'information, mais surtout de persuader les éventuels participants de l'honorabilité de sa personne. Le profil du « chef » doit correspondre à certains critères jugés essentiels : il doit être un individu honnête et avoir un projet louable. Enfin, on s'assurera qu'il dispose d'arrières suffisants pour honorer ses dettes. La présentation de son image de marque, de sa « face » mian joue un rôle primordial dans la formation du hui dans la mesure où ce réseau se déroule sur un mode oral, tacite, donc complètement officieux. Aucun recours n'est possible auprès des instances officielles. La phase du recrutement s'apparente à une sorte de campagne qui est menée essentiellement par les proches du « président ». Devenant ses intermédiaires, ceux-ci recherchent activement dans leur propre réseau de relations s'ils désirent que la tontine voie le jour. En fin de compte, les tontines se créent souvent à l'intérieur de groupes restreints, ce qui leur donne généralement un caractère familial, dialectal et ethnique. Ce cloisonnement n'est pas une règle stricte, une tontine peut comprendre des gens de dialecte différent et même d'une autre ethnie (Khmers par exemple).

Du point de vue des prêteurs, chacun sait que le « président » est le grand bénéficiaire du groupe. En lui prêtant de l'argent sans exiger d'intérêts, on lui rend service et on lui accorde sa confiance. En retour, le « président » doit assumer des responsabilités dans le déroulement et la gestion du hui. Une fois par mois, il a le devoir d'organiser la mise aux enchères de l'intérêt mensuel. Selon les règles, tous les membres du groupe se réunissent afin d'assister à l'adjudication, y compris ceux qui n'ont pas l'intention de récolter l'argent. Leur participation formelle a pour but de faire monter les enchères, donc d'obtenir un intérêt plus élevé. Cependant, la tontine à Paris voit cette modalité se modifier en raison du nouvel environnement marqué par l'éloignement géographique et le manque de temps. Souvent ici, les séances n'ont pas lieu et les enchères se communiquent par téléphone. Aussi les contacts peuvent être très réduits et les gens ne jamais se rencontrer. Le « président » seul entretient des liens réels avec tout le groupe. Après les enchères, il doit s'acharner à collecter les cotisations et les remettre à l'adjudicataire. Cette gestion de la tontine exige la dépense d'un certain temps et n'est pas exempte de risques. Il est vrai que si l'un des membres tardait à payer, il devrait avancer cette somme. Ou si, par malheur, quelqu'un rompait le contrat en filant sans laisser d'adresse, le « chef » devrait rembourser de sa propre proche. D'un autre côté, si lui-même trahissait, ce serait alors tout le groupe qui en pâtirait. Dans ce jeu aux règles tacites et à l'existence officieuse, la trahison se concrétise par une véritable disparition physique. Cercle privé, le hui apparaît comme un réseau de relations financières et sociales dont le centre est le « chef ». Ce réseau a une vie éphémère et une fonction circonstanciée. Il dure généralement vingt ou trente mois et l'argent récolté est destiné à un projet précis, le plus souvent à caractère commercial. Cependant, une tontine n'est jamais vraiment finie en ce sens où les relations qui se sont créées perdurent bien après le terme du contrat tant la notion de don et de contre-don anime et imprègne ce système. Le « chef » garde toujours une dette envers ses anciens partenaires. Si par la suite, l'un d'eux désire former sa propre tontine, l'ancien « chef » devra alors répondre à l'appel. S'il se dérobait, il perdrait la « face ».

Enfin, soulignons que les commerces et entreprises de la communauté chinoise qui ont fait surgir les chinatowns parisiennes, ont été mis sur pied en grande partie grâce aux tontines. La pratique de la tontine permet outre des achats (voitures, appareils ménagers, appartements), la création de son propre commerce. En d'autres termes, en lançant une tontine, un individu employé au départ, peut devenir chef d'entreprise. Cette forme d'ascension sociale est extrêmement positivée au sein de la communauté. Le hui n'est qu'un exemple, mais son caractère essentiel et massif est une première réponse à la question que nous nous posions. Car si les Chinois ont recours à cet outil, c'est aussi parce qu'ils disposent d'identités grégaires (groupes familiaux, dialectaux, ethniques...) que nous avons évoquées. D'autre part, ils peuvent faire référence à d'autres expériences migratoires où ces comportements avaient déjà été adoptés.

Mais ces comportements peuvent-ils pour autant être considérés comme les éléments d'une stratégie sociale que les circonstances historiques marquées par la transplantation transformeraient de fait en stratégie migratoire ?

A partir de la réflexion de P. Bourdieu qui se refuse à voir « dans la stratégie le produit d'un programme conscient et rationnel (...) mais le produit du sens pratique comme sens du jeu, d'un jeu social particulier historiquement défini, qui s'acquiert dès l'enfance en participant aux activités sociales » (« De la règle aux stratégies », Terrain, n° 4, p. 94), on peut apprécier ces premières attitudes également comme « un sens pratique comme sens du jeu », mais celui-ci étant acquis, assimilé et perfectionné au cours d'une histoire migratoire commencée il y a une, deux ou trois générations et que les liens familiaux, dialectaux et ethniques propres au monde chinois ont permis de transmettre et de reproduire. Cette sorte d'« habitus ethnique » dont nous ne venons d'éclairer qu'un aspect permet de mener des formes assez sophistiquées de « jeu social » mais également de « jeu de l'étranger » en accordant à ce terme la pertinence sociologique proposée par G. Simmel. Ce dernier rapprochement veut surtout faire référence à la mobilité que l'on retrouve au cœur de nombreuses trajectoires comme fait observable mais aussi comme valeur. Une fois précisé ces éléments de stratégie et leurs conditions d'existence, il faut tout aussitôt en souligner les limites. En effet, ce type de capital n'est rentable qu'à l'intérieur de la sphère chinoise et dans une certaine mesure dans celle des réfugiés de l'Asie du Sud-Est à Paris. Parallèlement, il trace une sorte de frontière avec la société française et conduit par là même à un enclavement certain.

Ces réseaux et groupes relationnels sont hétérogènes et ne se réfèrent pas clairement à une nation ou à une culture homogène mais plutôt à des pôles du monde chinois — communautés immigrées à travers le monde, Chine populaire, Taïwan, Hong Kong etc. — ; en ce sens, ils ne constituent donc pas véritablement une minorité culturelle mais forment plutôt une constellation ethnique.
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    Mer 9 Oct - 18:49

Tudieu ! Je vais lire ça petit bout par petit bout. Sinon, c'est la migraine assurée !
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MessageSujet: Re: Le festival international de Géographie...    

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Le festival international de Géographie...

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