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Marcel Proust

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yugcib
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yugcib

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Marcel Proust Vide
MessageSujet: Marcel Proust : Contre Sainte Beuve, Folio Essais...    Marcel Proust Icon_minitimeLun 8 Oct - 9:19

Ayant découvert Marcel Proust, seulement dans les premières années du 21 ème siècle, en lisant "Contre Sainte Beuve", je cite ces lignes, page 70 dans le chapitre « journées » :

« J’aperçois un de ces êtres qui nous dit par son visage particulier la possibilité d’un bonheur nouveau. La beauté, en étant particulière, multiplie les possibilités de bonheur. Chaque être est comme un idéal encore inconnu qui s’ouvre à nous. Et de voir passer un visage désirable que nous ne connaissions pas nous ouvre de nouvelles vies que nous désirons vivre. Ils disparaissent au coin de la rue, mais nous espérons les revoir, nous restons avec l’idée qu’il y a bien plus de vies que nous ne pensions à vivre, et cela donne plus de valeur à notre personne. Un nouveau visage qui a passé, c’est comme le charme d’un nouveau pays qui s’est révélé à nous par un livre. »
... Sublime, n'est-ce pas ?
Et j'ai poursuivi dans ma découverte de cet auteur, par "À la recherche du temps perdu"...
Une lecture "au long cours"... Comme sur un paquebot transatlantique du temps de Georges Simenon entre Le Havre et le canal de Panama...
Pas d'intrigues compliquées mais un "kaléidoscope" de petites scènes de vie quotidienne avec chacune son atmosphère... Et comme sur l'océan, à l'infini, de petites crêtes blanches qui se meuvent et se balancent en une cadence toute tranquille ; et tous ces sentiments, tous ces changements de point de vue exprimés...
Certes, tout cela se passe "dans le beau monde" mais les sentiments, les émotions, les pensées de "ces gens là", après tout... Sont-ils si différents que cela des sentiments, des émotions et des pensées, des gens que l'on dit être "du pauvre monde" ?
N'y-a-t-il pas en chacun de nous, autant de vanité, autant de fureur ou même de gesticulation, à essayer de "s'exister" à tout prix ? Autant de souffrance aussi, autant de solitude au fond de soi ? Autant de "non dit" et autant de ces rêves qui partent dans le "grand inconnu" ou "dans les étoiles" quand on est mort ?
Vers la fin de son existence, Marcel Proust fut contraint à l'immobilité, du fait de sa santé déficiente...
Est-il "si nécessaire que cela", à un grand écrivain, de bouger beaucoup, de sans cesse parcourir le monde... et tous les mondes possibles ?
La culture, l'observation, l'intuition, l'imagination, la réflexion... Ce sont bien là comme des "bouées" non pas de "naufragé qui veut se sauver à tout prix et rejoindre quelque rivage", mais "d'enfant trop vite grandi au milieu des baïnes qui veut partir à l'assaut des vagues pour y danser, y voler dessus"...
Dans " À la recherche du temps perdu", le narrateur est souvent ravi par "le visage de l'inconnue"...
Ainsi, Albertine en vélo au bord de la mer ; la laitière aperçue sur un quai de gare au moment de l'arrêt du train au lever du jour... Deviendront l'image récurrente.
D'où vient cette idée -absurde- qu'il y aurait du "snobisme" à lire Proust ?
Ou qu'il y aurait "un trop grand décalage" dans la forme, dans le style d'écriture, entre cet auteur du début du siècle dernier et nos auteurs du début du siècle présent ? ( un décalage dans la forme et dans le style qui d'ailleurs est largement entretenu par les modes, par les médias, par de "soit-disantes nouvelles valeurs" )...
"L'on n'écrit plus comme cela"... C'est vrai... (mais est-ce que c'est "tragiquement vrai"?... ce n'est pas si sûr ni si désespérant à vrai dire et si l'on réfléchit tant soit peu...)
Ces longues phrases forment comme des tableaux impressionnistes aux très belles images...
Et je les trouve "très actuelles"... Ou, plus précisément encore... " intemporelles"...
... Ce qui est "nouveau"... ou nous semble nouveau, ne tire-t-il pas sa "nouveauté" en réalité, de ce qui demeure à jamais, intemporel ? Ou, comme l'on le croit, comme l'on se l'illusionne, de ce qui surgit et s'impose dans le temps immédiat, le temps présent, ce temps aussi fugace que l'éclair d'un orage ou que l'onde sur l'eau ?

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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeLun 8 Oct - 9:39

Oui, c'est vrai que Proust a une façon d'écrire qui ne peut laisser indifférent. Et pourtant, j'ai beaucoup de mal à le lire.
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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeLun 8 Oct - 9:57

... Pour lire Proust et parvenir à le lire "sans ressentir au bout de dix phrases ou au bout d'un paragraphe de dix lignes, une sorte de fatigue"... Il faut imaginer ou rêver avec une sorte d'émerveillement et de motivation, de se trouver à bord d'un de ces paquebots des années 1930, au long cours, entre Le Havre et le canal de Panama, accoudé de longues heures au bastingage et observant les petites crêtes blanches à l'infini sur l'océan... Alors même que, vivant à notre époque, on aurait la possibilité de faire le même voyage en avion en six heures seulement... (ce qui est tellement plus facile, moins long, moins fatiguant) !
... Ou alors, autre "suggestion" si je puis dire :
Rêver de se trouver à bord de Paris Orly- Cayenne Rochambeau, l'A 340 d'Air France, à côté du hublot, et de suivre de longues heures durant (le voyage dure 9 heures) les mouvements des nuages au dessus de l'Atlantique... au lieu de regarder des films vidéo "pour passer le temps" sur l'écran au dessus des premières rangées de sièges dans l'avion...

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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeLun 8 Oct - 10:03

Je préfère le bateau, ayant une phobie de l'avion !
Ceci dit, je crois que ma difficulté à lire Proust vient de mes études où j'y avais droit chaque année. Depuis, je fais un "blocage". Mais je n'ai pas dit mon dernier mot !
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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeLun 8 Oct - 18:46

... Ah oui, c'est vrai : Proust à l'école... Je ne sais pas comment aujourd'hui en Première Littéraire les profs le présentent à leurs élèves... Mais "de mon temps" (excusez cette expression idiote et archi usée) c'était "pas fameux"! On s'endormait ou on chahutait ou on pensait à la compo de maths juste après la classe de Français...
Et en plus, là où j'étais (lycée Victor Duruy Mont de Marsan en 1965/1966) j'avais des profs de Français "assez crème et assez fumistes sur les bords"...

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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeMar 9 Oct - 12:28

C'est étrange, moi par contre on ne m'a pas gavé de Proust, ni au lycée, ni à la fac de lettres ; j'ai analysé quelques passages, bien sûr, mais vraiment à doses homéopathiques. Je pense que j'aurais du mal à le relire aujourd'hui, mais j'en garde un bon souvenir d'adolescence, en particulier la fin, "Le temps retrouvé", qui est une superbe mise en abyme de l'écriture si je me souviens bien. Mais Proust est assez indigeste dès qu'on commence à analyser son oeuvre dans le détail, c'est clair ; il faut le lire (en se laissant porter, je suis tout-à-fait d'accord avec vous) mais pas trop s'y arrêter.

Le passage que tu cites, Guy, est très beau en effet, avec un bel effet de miroir par rapport à ce que tu fais toi, non ? Proust aurait dû terminer en disant : "L'oeuvre de Guy Sembic est une perpétuelle quête de ces visages, il les cherche, il les explore, il les rêve, et cette quête peu à peu dessine ce qu'il conviendrait d'appeler une certaine philosophie de la vie".
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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeMar 9 Oct - 14:05

... Je ne me sens pas "assez Célinien" pour dire quelque chose dans le genre : " tous ces crétins qui ont gambergé sur les oeuvres de Rimbaud et de Proust... "
C'est vrai qu'il en a été écrit "des kilomètres" sur Rimbaud et sur Proust... Mais je crois que personne au monde, et sans doute personne jamais ni aujourd'hui ni demain... "n'aura été dans la peau" d'un Rimbaud, d'un Proust... Et que "des gens comme ça", il faut tout simplement les lire sans chercher à analyser quoi que soit, à "bêcher dans tous les sens possibles" quoi que ce soit, d'eux... Car à force l'on s'y perd, l'on s'y méprend, et surtout, l'on y invente des modes...
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MessageSujet: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeLun 4 Nov - 10:35

La microbiographie de cet incontournable parmi les plus géniaux de la Littérature vous attend ici. Marcel Proust Chapeau2
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Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

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MessageSujet: A La Recherche du Temps Perdu - Tome Premier : Du Côté de Chez Swann   Marcel Proust Icon_minitimeLun 4 Nov - 12:03

Marcel Proust Ducata10


ISBN : 978253059097

Extraits
Personnages



"Je ne lirai jamais Proust," me disait un jour quelqu'un, "c'est bien trop long : jamais je n'en verrai la fin." Avec cette ampleur emblématique, les imparfaits du subjonctif qui s'égrènent avec une aristocratique distinction tout au long des pages de la "Recherche ..." constituent, en général, le second épouvantail qui, dans Proust, fait peur au lecteur honnête mais moyen et, en tant que tel, fort peu curieux de tout ce qui n'est pas son train-train. Certains, qui ont tout de même tenté d'aller un peu plus loin, vous avancent, avec une naïveté effarouchée, que, assurément, ils ne sauraient se risquer à lire un écrivain qui, à l'instar d'un autre monument de la littérature, le duc de Saint-Simon - ce mémorialiste de génie que Proust vénérait d'ailleurs comme se doit de le faire tout amoureux de la langue française - est capable d'étaler une phrase sur une seule page minimum - quand ce n'est pas deux. La chose leur apparaît marquée au coin d'un tempérament résolument insane et aussi, même s'ils ne se risquent pas à le préciser, sournoisement et redoutablement malveillant. Car enfin, qui s'y retrouverait dans une phrase de ce type à moins de n'avoir pour autre but que de faire sombrer le candide lecteur dans une incompréhension qui, s'il s'y entête, finira, c'est immanquable, par déboucher sur les sombres méandres de la folie ? Autre reproche souvent fait - et bien à tort là aussi - à Marcel Proust : son snobisme. "Les gens dont ils parlent", me disait un autre quelqu'un, "qui s'y intéresserait ? Ce ne sont que des mondains, nobles peut-être, grands bourgeois certainement, mais tous oubliés depuis belle lurette et qui, au contraire, je vous l'accorde, de certains de leurs ancêtres, n'ont pas marqué l'Histoire. Des inutiles, des coquilles vides, et c'est tout."

Enfin, vous avez ceux - j'en ai tout de même rencontré un ou deux spécimens - qui se refusent à lire Proust parce qu'il était 1) homosexuel et 2) d'origine juive, et par sa mère, détail encore plus accablant. Ceux-là, mieux vaut vous enfuir tout de suite dès qu'ils vous exposent leurs raisons de vouloir continuer à ignorer l'un des plus grands représentants de la littérature française. Inutile de chercher à les convaincre : leur cerveau a la taille d'un pois-chiche et leur coeur est en plus piteux état encore.

Maintenant, reprenons les arguments des détracteurs de l'oeuvre proustienne - à l'exception des deux derniers exemples parce que c'est lundi et que, de toutes façons, les chacals ont beau aboyer dans le désert de leur sottise, rien n'empêchera la caravane de poursuivre son chemin.

1) La longueur du texte, tout d'abord. C'est un argument qui s'effondre de lui-même. Des oeuvres bien plus longues, il en existe bien d'autres, à commencer par celle d'un certain Honoré de Balzac - peut-être le champion toutes catégories en la matière. Certes, les personnes qui ont lu "tout" Balzac sont elles-mêmes assez rares mais cela ne tiendrait-il pas avant tout au fait que beaucoup de romans de ce géant, notamment parmi ses premières oeuvres, si étroitement liées à la politique commerciale du roman-feuilleton, avec les horreurs stylistiques et les monstruosités techniques qu'entraîne cette gênante parenté, se révèlent absolument imbuvables, et ceci quoi que nous puissions penser par ailleurs du "Père Goriot", de "La Rabouilleuse" ou d'"Eugénie Grandet" ?

Chez Proust, cette disparité excessive n'existe pas. Tout est fluide, continu et le fleuve ainsi créé coule majestueusement, dans la certitude d'atteindre tôt ou tard et avec la même sérénité au vaste océan de la Littérature universelle.

2) Les imparfaits du subjonctif. C'est vrai, ils sont là, pratiquement tous au grand complet. C'est-à-dire que Proust ne se contente pas de la troisième et somme toute bien placide personne du singulier : les autres aussi se manifestent, çà et là, nous adressant ce salut légèrement hautain mais non teinté de bienveillance qui vient rappeler aux plus anciens d'entre nous et révéler aux plus jeunes que la langue de Rabelais, la langue de Voltaire, la langue de Zola - notre si belle et si délicate langue française - non seulement descend en droite ligne du Latin et de ses conjugaisons si complexes mais que, de surcroît, elle a tout lieu (et j'ajouterai surtout en notre époque sinistre et vulgaire) d'en être fière. Marcel Proust Drapeauf 

De là à s'imaginer que "La Recherche ..." ne s'exprime qu'à l'imparfait du subjonctif, il y a un abîme d'ignorance grammaticale  :rigoltourne: : Proust l'eût-il voulu que la chose eût été impossible, n'importe qui ayant un minimum de connaissances en grammaire française vous le dira. Pour Proust, ce mode et ce temps sont des outils précis, qu'il utilise ainsi que nous devrions continuer à les utiliser de nos jours au lieu de, comme par exemple les Editions Hachette, troquer le passé simple au bénéfice du passé composé afin que les chères têtes blondes ne soient pas "traumatisées" ... et fassent par la suite de bons, de doux et de stupides moutons de Panurge - en d'autres termes, d'excellents chômeurs qui, ne sachant ni lire, ni écrire correctement, ne songeront jamais à la révolte.

Mais ceci est un autre débat. Marcel Proust Cafeion2 

3) Une page pour une seule phrase. Bon, d'accord, c'est vrai : comme Saint-Simon, Proust en est capable. Mais il n'abuse pas du procédé. Et puis, après tout, c'est très bon pour la mémoire. Vous retrouver dans les phrases labyrinthiques de ce type et vous réciter des listes et des listes de vocabulaire (français, anglais, tout ce que vous voudrez ...), faites-le le plus longtemps possible, jusque sur votre lit de mort si vous le pouvez, et vous verrez que la maladie d'Alzheimer vous oubliera. Marcel Proust 312182 

Et puis d'abord, une phrase entière sur toute une page - ou une page et demie - c'est beau, c'est sublime. Je suis de parti pris, peut-être, mais je suis une littéraire pur-sang et je me dois, sur cette question, d'être de parti pris.Marcel Proust 668741 

4) Le snobisme. Peut-on accuser de snobisme un homme qui, en dépeignant les membres d'une certaine société, les montre tels qu'ils sont, et surtout avec leurs propres petitesses ? Les hasards de la naissance et de la Fortune ont permis à Proust de fréquenter certains milieux à la beauté superficielle desquels il a certainement été sensible - ne l'aurions-nous pas été, nous aussi, à sa place, en tous cas un temps ? - mais dont il n'a pas manqué de repérer les laideurs. Puisque, en écrivain et en créateur-né, il n'a pas tu celles-ci, on ne saurait lui reprocher un quelconque snobisme.

Au demeurant - mais il faut l'avoir lu et bien lu pour le savoir - il a aussi décrit les plus humbles, en usant du même oeil impartial et vif. Et c'est toujours le même régal.

Ajoutons deux qualités qu'on évoque rarement quand on parle de "La Recherche ..." : le naturel inouï des dialogues - et croyez-moi, c'est loin d'être à la portée de tout le monde, fût-ce les plus grands - et ... l'humour. Marcel Proust, qu'on représente trop souvent soit comme un dandy intégral, soit comme un asthmatique éternellement enfoui sous ses couvertures dans sa chambre tapissée de liège, Marcel Proust avait un sens de l'humour qui ne dédaignait ni la férocité, ni l'humour carrément noir.

Avec tout cela, comment encore vous recommander de lire "A La Recherche du Temps Perdu" ?

1) Déjà, ne le prenez pas pour un pensum ou "parce qu'il faut l'avoir lu" : abordez-le sans a priori ridicule mais aussi sans nécessité absolue, soit par curiosité, soit par plaisir.

2) Ne baissez pas les bras à la première phrase un peu plus longue, au premier verbe un peu choisi, au premier imparfait du subjonctif qui passe. Proust est mort l'année même (soit en 1922) où paraissait pour la première fois dans son intégralité - et d'ailleurs à Paris - l'"Ulysse" de Joyce. "La Chambre de Jacob" et la célébrissime "Mrs Dalloway", de Virginia Woolf, datent respectivement de 1922 et de 1925. D'autre part, bien qu'il ait commencé à publier dès 1919, William Faulkner, qui fera lui aussi tellement pour la "déconstruction" du roman et une nouvelle façon de le vivre et de l'écrire, ne publiera son premier roman qu'en 1926 et "Sartoris" en 1929. Remettez donc Proust dans le contexte de son époque, en n'oubliant pas qu'il naquit ... l'année de la Commune, c'est-à-dire en 1871.

3) Et si, contre toute attente, eh ! bien, vous n'accrochez pas : tant pis, ne soyez pas déçu. Rangez soigneusement votre exemplaire - surtout si vous êtes jeune. Et patientez. Recommencez de temps à autre, quand vous vous sentez en phase. Qu'importe que vous ne parveniez à lire "A La Recherche ..." que le jour de vos soixante-dix ans ! Seuls les snobs véritables - les cousins des Verdurin proustiens - affirment d'un ton docte que, si vous n'avez pas lu Proust pour vos vingt ans, vous ne méritez pas le titre de lecteur. Il faut de tout pour faire un monde et chaque livre, chaque oeuvre attend son heure.

Non, ne baissez pas les bras, ne vous découragez pas, attendez votre heure vous aussi : et n'oubliez jamais que, si Proust est digne de vous, vous êtes digne de lui. Marcel Proust Chapeau2
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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeLun 4 Nov - 14:24

Eh bien !!! Pour être de parti pris, tu es de parti pris ! Enfin, tu sais ce que je pense de Proust, je ne m'étalerai pas dessus ! Peut-être alors qu'à 70 ans...
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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeLun 4 Nov - 17:41

Ma foi, j'avoue que, à certains moments, Proust me paraît un peu trop couper les cheveux en quatre mais nul n'est parfait. Et il se rachète par de si beaux moments : l'évocation de la chambre où, enfant, il attendait que sa mère montât lui dire bonsoir, le "côté de Méséglise" - c'est-à-dire le côté de Swann - et le "côté de Guermantes", l'archi-connu mais toujours aussi impressionnant passage de la madeleine en tant qu'objet de mémoire, toute la seconde partie sur "Un Amour de Swann", cette impeccable analyse psychologique toute en finesse, avec l'obsession de Swann pour la demi-mondaine Odette de Crécy et le cercle mesquin des Verdurin et de leurs commensaux ...

Tout cela rien que dans "Du Côté de Chez Swann", ça rachète les longueurs sur tel ou tel vitrail, tel ou tel paysage ... Lesquelles me parlent peu alors que, j'en suis persuadée, elles doivent en ravir plus d'un.

Evidemment, Proust ne se lit pas comme un roman classique et on ne saurait trop conseiller de le lire à haute voix afin de ne pas s'y perdre trop vite, de goûter la splendeur de la phrase et, pour certains, de ne pas s'endormir ... Marcel Proust Crazy

Enfin, c'est une expérience à faire. Et qui sait ? selon la théorie de Freud sur la littérature, peut-être Proust et moi-même, à tant d'années-lumière l'un de l'autre, partageons-nous un certain nombre de rêves, ce qui me rend fatalement de parti pris ... Marcel Proust Amouracc 

Mais si j'ai fait ce post ce matin, c'était surtout afin de tenter de "décoincer" ceux qui voudraient bien lire Proust mais qui ont peur de lui. Ne pas lire une oeuvre, ne pas même tenter de le faire parce qu'on est persuadé qu'on n'y arrivera pas, qu'elle est trop "haute" pour vous, ça me navre toujours ...

Vous me direz que je n'ai fait que survoler Christine Angot et Marc Lévy mais bien sûr, ce n'est pas la même chose. Wink
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Marcel Proust Vide
MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeMar 5 Nov - 5:19

J'ai mis des années à "entrer" dans l'oeuvre de Proust que je tenais pour un fabriquant pervers de dictées du brevet;
Et puis, je ne l'ai plus lâché;
Lorsque je suis en panne de livres ou pleine de misère, j'attrape au vol un des tomes de la recherche, et je l'ouvre au hasard, sûre de prendre un grand bol d'air pur qui me remet sur pattes; Proust me fait office d'antibiotiques en cas d'angine, de cortisone en cas de grippe, d'antidépresseur en cas de grosse tuile et de tracassin sévère, d'anti angoisse en cas de stress.....J'ai lu Proust avec 40° de fièvre, la veille des oraux de concours et des inspections, je le lis au retour des enterrements, et après les visites chez le notaire et l'inspecteur des impôts....
Mais il faut régler leur compte aux phrases complexes de 10 lignes avec 8 subordonnées et ponctuation intégrée, aux descriptions avec toute la panoplie des figures d'analogie ( métaphore, métonymie, synecdoque) des figures de proximité ( hypallage, zeugma) ) des images lexicalisées ( catachrèse) et quelques comparaisons et relatives comparatives échevelées.....Il faut admettre que le "je" récurrent et obsessionnel pourrait bien quelque part receler un "moi" qui serait "nous", ceci voulant dire que nous sommes souvent bien proches de lui, Proust, en dépit de son écriture chantournée ! et que, quelque part nous devons y voir un autre nous-même, moins doué pour l'écriture, mais aussi rêveur, assoiffé d'affection, incertain de nous et de notre avenir, nostalgique d'un passé que nous ne revivrons plus, et rempli de rire et d'incrédulité devant la comédie humaine;
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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeMar 5 Nov - 9:02

Je te rejoins parfaitement, Elisabeth : on pourrait taxer Proust de narcissisme si sa façon de s'étudier et d'étudier les sentiments et émotions éprouvées ne nous ramenait pas à nous-même. En fait, quand on le lit, on devient Proust : c'est une sorte de fusion dans l'universalité.
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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeMar 5 Nov - 13:25

Oui, tout à fait.....
Je suis "entrée" dans Proust après le début d'une année "noire", en attrapant, le tome II " Du côté de Guermantes" , la maladie et la mort de la grand-mère; les phrases si compliquées se sont organisées, lissées, défroissées, pour ne laisser à comprendre que la maladie, son tragique, ses progrès incurables; quelqu'un mettait sur mes sentiments - l'un de mes proches étant malade- comme la formulation de ce que je ne parvenais pas à exprimer et ainsi le disait au monde, alors que je n'y parvenais pas;
Ayant échappé à la mort, la personne proche s'étant rétablie, j'ai passé tout l'été à lire "la Recherche"....Depuis les rêveries du demi sommeil qui font hésiter entre plusieurs lieux où l'on se serait endormi, en passant par le lourd chagrin du petit garçon qui attend désespérément le baiser du soir; puis les sortilèges de la "famille" tantes maniaques, oncles taquins et irrévérencieux, vieux meubles, promenades insipides du soir....puis ..lorsque j'ai eu fini, j'ai recommencé la lecture, au hasard; il y a eu plusieurs moments dans ma vie dont on peut dire que je connaissais Proust par coeur, presque; car ces phrases si difficiles à lire et à comprendre, s'insinuent dans l'esprit, sous le coup de la révélation que nous aussi éprouvons ces sentiments, ces émotions, telles un venin, et nous font penser qu'aucune autre façon de dire les choses n'est envisageable = seul, Proust a su dire, a trouvé les mots justes;
Bien après, il y a eu les moments où je l'ai étudié et fait étudier, et où j'ai cherché à convaincre; mais, comme la petite phrase de Vinteuil, le charme n'opère que sous certaines conditions......
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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeJeu 27 Mar - 16:18

" À la fin de l'automne 1908, Proust rentre de Cabourg épuisé. Depuis longtemps, il a renoncé à son œuvre. Profitant d'un répit que lui laisse sa maladie, il commence un article pour Le Figaro : «Contre Sainte-Beuve». Six mois plus tard, l'article est devenu un essai de trois cents pages. Conversant librement avec sa mère, l'auteur entrelace, autour d'une réflexion sur Sainte-Beuve les souvenirs personnels, les portraits d'amis, les impressions de lecture. Voici le château de Guermantes : voici M. de Quercy et Mme de Cardaillac, grands lecteurs de Balzac, mais qui ressemblent à s'y méprendre à Charlus et à Gilberte. Sans le savoir, Proust venait de libérer son génie.
Proust ne voulait pas qu'on mît des idées dans un roman. Toutes les analyses qu'il a écartées d'À la recherche du temps perdu, on les trouvera ici. Elles confirment que Proust, le plus grand romancier de son siècle, pourrait en être aussi le plus grand critique."




On ne se rend pas suffisamment compte ( à mon avis) de la progression, du chemin parcouru par Proust, l'écrivain, pour en arriver à la rédaction ( qui l'a d'ailleurs "tué" au premier sens du terme) de "La recherche";

Proust de santé fragile, a assez tôt voulu se consacrer à la littérature, avec l'intime conviction qu'il portait en lui une oeuvre;
Or, cette oeuvre ne se représentait pas à lui de façon conceptuelle.
il la "sentait" diffuse, il savait ce qu'il voulait obtenir = une oeuvre d'Art, semblable à ce qu'il admirait en Art = une phrase mélodique dans une symphonie ou un concerto ou opéra, "le petit pan de mur jaune" de Vermeer;
C'est à dire une oeuvre majeure;
Mais qu'écrire pour parvenir à cela ?  
En attendant, il "vivait", et se constituait une solide réputation de mondain, de snob, désespérant les gens qui croyaient en lui;
Le sujet de son oeuvre se refusait toujours à lui;

C'est en fait la superposition de deux êtres = le "narrateur" de la Recherche, celui qui dit "je", et Proust l'écrivain;
Car "A la recherche du Temps perdu" est à la fois la quête de l'écriture d'une oeuvre majeure et cette écriture même;
C'est là la révélation géniale qui s'impose à Proust peu à peu =
Quel doit être le sujet d'une oeuvre littéraire majeure ?
Si ce n'est l'écriture elle-même de cette oeuvre;
Quel doit être le sujet de cette oeuvre, en outre, sur quelle racine s'appuyer ?
Le Temps, le temps qui passe et qui seul influe sur toutes choses, est maître de tout, de notre vie, de notre caractère, de la mort, de la lente métamorphose de toute existence; deux paramètres s'opposent dans l'oeuvre de Proust, l'Espace ( les lieux) et le Temps; ces deux paramètres se renvoient tout le sens de l'oeuvre;

Mais ce serait enlever à cette longue quête de l'oeuvre qui gît en lui tout son sens, si on n'énumérait pas ce que Proust a écrit avant = Des articles dans des journaux, un recueil de pastiches "Les plaisirs et les jours" , un roman "Jean Santeuil" et, surtout, préfiguration de "A la recherche du temps perdu" " Contre Sainte Beuve"

Le "Contre Sainte Beuve" est un livre qui annonce en filigrane la Recherche;
Jusque dans la genèse de l'incipit, avec sa lente rêverie sur le sommeil, les diverses chambres, les souvenirs qu'elles font lever, nous avons déjà, comme une ébauche mélodique égrenée note après note sur un seul piano pour un opéra ou une symphonie, tous les thèmes majeurs et presque tous les personnages-clé de La Recherche;
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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeSam 29 Mar - 16:20

Je l'avais lu lorsque j'étais à la fac. Il faudra que je le relise, tiens !
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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeSam 29 Mar - 16:27

C'est moins "fastidieux" que La recherche; et ça en donne une préfiguration;
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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeSam 29 Mar - 16:40

Oui, je me souviens que ça ne m'avait pas déplu...
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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeMar 8 Avr - 17:51

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"Le temps retrouvé" de Marcel Proust, voit s'achever la longue quête du narrateur qui désespère = il n'écrira plus; les objets qui soulevaient en lui l'émotion si forte qui le portait vers l'écriture, il les revoit un à un sans rien ressentir;
Le début du roman le voit à Tansonville auprès de Gilberte devenue Marquise de Saint Loup, et pleurant les infidélités de son mari; un temps interrompue par un long séjour en maison de repos, puis par la guerre, l'intrigue reprend lentement, et dévoile un à un les secrets de chaque personnage, le temps qui s'écoule, qui s'est écoulé, les rend transparents au narrateur;
Celui-ci un instant revenu à Paris durant la guerre en dépeint les ravages et les bouleversements, avant de regagner sa maison de santé;
Lorsqu'il en sort, il est résigné à renoncer à l'écriture, trop d'indifférence et de fatigue le séparent de ce qui fut sa longue quête; c'est alors, que, se rendant à une matinée chez la Princesse de Guermantes, il effectue une double prise de conscience qui va le tirer de son abattement=
Trois réminiscences successives, le saisissent, et il pressent qu'il est sur le point de découvrir le secret qu'elles recèlent; puis, alors qu'il est introduit dans les salons, le spectacle saisissant de la vieillesse qui s'est abattue sur les personnages de sa vie impose la nécessité de de l'écriture, car elle détient le secret de l'éternité, le secret du temps;
Ainsi, le temps est "retrouvé", les choses, sauvent les êtres sans qu'ils le sachent, et leur confèrent l'immortalité même si ils n'en sont pas conscients;
Un roman magique, qui transmute l'écriture en éternité et érige en secret philosophal, les humbles petits détails de toute vie humaine;

UN EXTRAIT ICI
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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeJeu 1 Mai - 17:11

Je suis d'accord, il ne faut pas s'affoler devant la complexité apparente de la grammaire proustienne. Tout le monde peut le lire en y prenant du plaisir, mais cela nécessite un peu de délassement, et du temps, bien entendu. Si vous préférez lire des choses plus simples, moins prises de tête, passez votre chemin, mais sachez que vous manquerez ce sentiment si rare de ne faire qu'un avec le narrateur, de partager sa honte, son amertume, son ravissement devant la beauté des vitraux de l'église de Balbec. En fait, moi j'ai commencé à le lire en première, et malgré quelques longueurs, je suis tombé das la marmite proustienne, son écrire a quelque chose de magique, tout en tourbillonnant, elle parvient à s'approcher au plus près de la vie. Du Côté de chez Swann est accessible, surtout Un Amour de Swann, qui est passionnant. Cette année, on avait au programme de khâgne La Prisonnière, le tome V, et j'avoue avoir pris mon temps pour le lire, plusieurs mois. Mais j'ai savouré chaque moment, car en vérité chez proust, le plus impressionnant est que chaque page contient sa poésie, sa richesse, ses informations.
D'autre part, il n'est pas vrai que Proust ne décrit que les grands, qu'en est-il de Françoise, qu'il adore, ou bien d'Albertine, la petite bourgeoise qui rêve de se rouler dans des robes de Fortunies, de porter les bijoux des Guermantes ? La société décrite est celle du début du XXème, des salons aristos desquels il s'est rapidement lassé, et de la "concurrence" de la société bourgeoise, avec le salon des très fameux, très drôles et très snobs Verdurins. Enfin, ce que j'adore chez Proust, c'est les commentaires sur les expressions françaises, la façon de prononcer tel noms de famille, tel ville qui trahit une provenance sociale basse ou de la haute.
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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeMer 14 Mai - 11:42

Cela fait des années que je souhaite découvrir Proust, mais une peur me tenaille. En effet (et je ne sais pas pourquoi) cet auteur me fait une peur dingue : peur de ne pas être digne de sa plume, de ne pas être réceptive à son style...
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MessageSujet: Re: Marcel Proust   Marcel Proust Icon_minitimeLun 14 Juil - 21:05

Non non, c'est abordable, comme tout génie il faut seulement se décider à rentrer dedans et l'aborder sereinement. Il y a une image bourgeoise de Proust mais cela m'énerve
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