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Margaret Atwood.

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Masques de Venise
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MessageSujet: Margaret Atwood.   Dim 8 Mai - 14:04



The Blind Assassin
Traduction : Michèle Albaret-Maatsch.


« Le Tueur Aveugle », de la Canadienne Margaret Atwood, est une forme de récit à trois voix racontant bien entendu la même histoire mais selon des angles différents et aboutissant à un livre plutôt épais – plus de 650 pages chez 10/18.

Vous me direz que ce n'est pas là un procédé très original. Le thème du roman, qui pourrait être grandeur et décadence de la famille Chase, n'est pas non plus réellement nouveau. Mais le traitement qui en est fait et la magie avec laquelle l'auteur accroche son lecteur, eux, valent le détour. thumleft

Au point de départ, à la fin du XIXème siècle, les Chase constituaient l’une des familles les plus en vue de Toronto. Mais la Grande guerre va faucher trois des fils et renvoyer au logis un cadet fracassé. Celui-ci n’aura à son tour que deux filles, Iris et Laura. La mère des petites mourra des suites d'une fausse couche et les deux enfants grandiront dans un monde un peu à part, la résidence d'Avalon - nom choisi par leur grand-mère paternelle - entre un père neurasthénique et une servante-gouvernante dévouée : Reenie.

Si Iris garde toujours les pieds sur terre, Laura est plus évanescente, plus lunaire. C'est l'originale, l'excentrique, la fragile de la famille, pour laquelle son père ne cessera de s'inquiéter. Comme la fortune familiale n'est plus qu'un souvenir et qu'il redoute de voir ses filles - et surtout la cadette - affronter un monde peu charitable aux déclassés, Norval Chase demande à Iris d'épouser Richard Prior, un nouveau riche pesant et sûr de lui. En se dévouant, Iris assure non seulement sa propre sécurité mais aussi celle de sa soeur. En outre, Richard a fait la promesse de ressusciter les usines Chase. Il ne la tiendra évidemment pas ... Encore un lâche : le monde en est plein ... Evil or Very Mad

Voilà pour les bases de l'intrigue. Voyons maintenant la façon dont tout cela est traité.

Le récit principal est le fait d’Iris, désormais octogénaire et qui entreprend de rédiger d’officieux mémoires dans l’espoir que sa petite-fille, Sabrina, les lise un jour et apprenne ainsi toute la vérité et rien que la vérité sur sa famille. La vieille dame prend son temps : sa mémoire est intacte et, en attendant la mort, elle goûte une certaine satisfaction à mettre par écrit toute cette histoire.

Le deuxième récit nous relate les rencontres amoureuses de deux amants dont on ne connaîtra l’identité qu’à la fin. Lors de la première rencontre qui nous est rapportée, l’amant entreprend de conter à sa maîtresse une étrange histoire de science-fiction qui prendra un jour, faute de mieux, le titre de « Le Tueur Aveugle. » De rencontre en rencontre, l’histoire et ses personnages gagnent en épaisseur et en sensibilité. Mais, par l’imbrication des deux fils, on finit par conclure que l’histoire en question a été éditée sous le nom de Laura Chase, après le suicide de celle-ci à 25 ans. Et l'amant, dant tout ça, alors ? ... Qu'est-il devenu ? ... :shock:

Enfin, le troisième fil intercale entre les deux autres des articles de presse, très souvent issus de la chronique mondaine des quotidiens locaux et qui présentent, eux aussi, une certaine vision de la famille Chase et de ses malheurs.

Avec « Captive », Margaret Atwood réussissait le tour de force de dévoiler son coup de théâtre final sans que le lecteur, si averti qu’il pût être, ne soupçonnât où elle voulait l’emmener. Avec « Le Tueur Aveugle », on flaire la vérité un peu plus tôt mais ce roman n’en présente pas moins quelque chose d’envoûtant et d’impitoyable. Le destin fait à Iris au nom du devoir familial est en effet épouvantable – je vous rassure, il n’a rien de misérabiliste : c’est l’absence d’amour dont elle pâtit que je trouve intolérable. Le style est alerte et, peu à peu, on finit par devenir prisonnier de l’intrigue et par vouloir, comme dans un bon roman policier, savoir comment elle se dénoue. Pour ma part, je n’ai pas été déçue. Cool


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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Mer 13 Juil - 14:02

Moi non plus ! C'était un de mes "pavés" du mois d'août 2004. J'ai été tout simplement passionnée par ce roman...
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Morgane la fée
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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Mer 2 Aoû - 14:58

Je viens de lire ce livre et je peux vous dire qu'à présent je le considère comme un de mes livres favoris.


Par contre il y a une petite zone d'ombre (certes les zones d'ombre font parties du charme du livre mais...) alors si quelqu'un qui a lu le livre pouvait accepter de communiquer avec moi en privé pour qu'on en en discute ce serait très aimable.



Merci
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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Lun 30 Oct - 19:54



Alias Grace
Traduction : Michèle Albaret-Maatsch


Je viens d'achever "Captive", dont le titre anglais est en fait : "Alias Grace." Et c'est un roman ... captivant, ceci dit sans aucun jeu de mots.

On sait avec quel intérêt Atwood a souvent oeuvré sur la condition des femmes dans la société. Ici, elle se base sur un crime réellement commis au Canada le 23 juillet 1843 pour y brosser un portrait saisissant de la condition qui était faite aux femmes de condition modeste à cette époque, avec la prison et l'asile psychiatrique en filigrane.

Citation :
Les détails [du meurtre] étaient croustillants ; Grace Marks était singulièrement jolie et aussi extrêmement jeune [16 ans lorsqu'elle se fit la complice de James Mc Dermott] ; Nancy Montgomery, la gouvernante de Kinnear [et première victime des assassins] avait auparavant donné naissance à un enfant illégitime et était la maîtresse de Thomas Kinnear ; lors de son autopsie, on découvrit qu'elle était enceinte. Grace et James Mc Dermott, lui aussi employé chez Kinnear, avaient fui ensemble aux Etats-Unis et la presse les supposait amants. L'association de sexe, de violence et l'insubordination déplorable des classes inférieures se révéla très affriolante pour les journalistes de l'époque.

Voici ce que, dans sa postface, nous dit l'auteur des faits historiques qui l'inspirèrent. Comme on le voit, il y avait là-dedans de quoi ravir les amateurs actuels de "Détective" !

Mais le plus étrange, c'est que, si James Mc Dermott fut pendu parce qu'on avait pu établir sans problème qu'il avait tué Thomas Kennear sans que Grace fût présente, il s'avéra impossible de trancher aussi nettement dans le cas de la mort de Nancy et de la complicité de Grace. Cette dernière donna au moins quatre versions des faits et surtout, il semblait bien qu'elle ne se rappelait rien. Du coup, on commua sa condamnation à mort en détention à perpétuité. Mais, si l'on excepte une crise d'hystérie qui la conduisit à séjourner un temps dans un asile psychiatrique, elle se conduisit toujours en prisonnière modèle. La femme du gouverneur du pénitencier s'intéressa à elle, lui confia même des tâches ménagères (Grace cousait de façon remarquable) et même si cela fût long, on finit par obtenir sa grâce, après trente ans d'emprisonnement. On lui procura un emploi, une maison et elle finit par se marier et se faire oublier.

Je ne vous raconterai pas tout ce que le talent d'Atwood est parvenu à tirer de tout cela. Sachez pourtant que, aux deux tiers de ce livre qui tient en haleine son lecteur, celui-ci, tout heureux, finit par penser : "Mais oui ! mais c'est bien sûr !" ... Malheureusement, quelques chapitres plus loin, la conviction qu'il croyait désormais la sienne est à nouveau remise en question, de façon très subtile. Et si l'auteur a l'air de se jouer de nous, n'est-ce pas, finalement, parce que son personnage n'a cessé de se jouer des autres ?

Comme toujours chez la romancière canadienne, la description qu'elle donne de bourgeoisie - ici, la bonne bourgeoisie canadienne, toute pétrie de ce victorianisme venu de la mère-patrie - est saisissante ... et consternante. Depuis celles de Zola, contant dans son "Pot-Bouille" les mille et une misères d'Adèle, la petite bonne des Josserand, je n'avais lu rien de plus authentique.

Les classes plus modestes sont aussi montrées sur le vif : le père ivrogne de la petite Grace est une horreur ; Dora et James Mc Dermott sont, chacun à sa manière, les représentants d'une domesticité au plus bas, moralement parlant ; Mary Whitney a tout d'une rebelle mais elle est née trop tôt, la malheureuse, tandis que Nancy, plus conservatrice, ne rêve que d'une chose : s'embourgeoiser à son tour. On soulignera d'ailleurs le fait que Grace, en femme avisée, devenue maîtresse chez elle, refusera toujours d'avoir une domestique à demeure ...

Cependant, chez toutes ces femmes, riches ou pauvres, une constante est présente : la soumission (par nécessité ou par lassitude) à l'ordre masculin.

Et pourtant, franchement, les hommes en cette affaire sont dépeints comme faibles, profiteurs, lâches ... sauf peut-être Jeremiah, le colporteur.

Si quelqu'un d'autre lit ou a lu "Captive", il serait intéressant de confronter nos points de vue sur la culpabilité de Grace. Je réserve donc le mien en attendant. Wink
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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Mar 5 Déc - 13:57

J'ai mis à profit cet andouille de virus pour dévorer Le tueur aveugle. Sans virus il n'aurait pas fait long feu de toute façon parce qu'il est vraiment très prenant, ce roman. Je vais faire une métaphore un peu osée (mettez-la sur le compte de mon cerveau embrumé), mais ce livre témoigne d'un art consommé de l'effeuillage littéraire : les révélations et les indices, il y en a de bout en bout, et Atwood prend un malin plaisir à semer le doute dans l'esprit de son lecteur tout juste quand il croit avoir dénoué les mystères : un jeu digne d'un chat.

L'atmosphère est très particulière, en partie à cause de l'étrange personnalité de Laura. En fait, il y a des atmosphères. Entre l'enfance isolée d'Iris et Laura dans une grande maison privée de présence maternelle (hormis la géniale servante Reenie, mais elle ne suffit pas), leur relation complexe de soeur à soeur, la figure paternelle qui suscite effroi et pitié, la présence fantasmatique et fugitive, mais marquante, d'Alex, un jeune homme mystérieux et très attirant, la vie, bien des années plus tard, d'Iris devenue une vieille femme qui raconte sa chronique familiale et sa vie antérieure, au sein d'un mariage totalement effrayant dans lequel la soeur du mari ne cesse de rentrer par effraction (elle est terrifiante, cette Winifred, avec ses oeuvres de charité, ses mondanités et ses remarques acides à l'encontre de la toute jeune Iris qui ne connaît rien aux usages du "monde", mais son frère est tout aussi effrayant, lui que ne voit quasiment jamais son épouse, sauf la nuit pour des étreintes sans tendresse et qui s'immisce dans sa vie personnelle, lui cachant lettres et coups de fil, jusqu'à lui faire apprendre par accident la mort de son père bien après que ses funérailles ont eu lieu sans eux), ainsi que ses souvenirs de Laura, nimbés de chagrin, sans oublier Le tueur aveugle, bon récit de science-fiction ou d'heroic-fantasy, les spécialistes me corrigeront : que de récits imbriqués qui se font écho et qui se déroulent tranche par tranche, ménageant un suspense solide dans les autres récits qui se mettent en pause pendant ce temps-là !

Atwood a un sens du poignant, de l'ironie et de l'humour, de la sensualité aussi, de l'étrange, du regret et de la nostalgie, du jeu et du suspense, ainsi que de l'évocation historique (mais oui, tout ça !) qui font de ce roman un livre plein d'émotions différentes pour son lecteur. On réinterprète de nombreux passages, notamment les coupures de presse, à la lumière de la totalité du roman. La description des sentiments d'enfance est très juste, celle des impressions générées par sa propre vieillesse fait très vrai et parle à des lecteurs de tous âges, celle de la vie dans une petite ville rurale est très réussie. Moi qui ne lis pas de science-fiction, j'ai été aussi happée par les passages qui en relèvent, avec ce petit côté "magazine pulp des années 50", que par le roman traditionnel que constitue l'histoire d'Iris, et j'ai été complètement prise par cette atmosphère générale que je n'avais rencontré dans aucun autre roman jusque-là.

En bref, j'ai découvert grâce à ce roman haletant un écrivain que je ne suis pas près de lâcher... Merci MDV pour cette présentation qui a généré le déclic ! :loveheart:
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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Jeu 14 Déc - 14:08

J'ai terminé ce bouquin depuis quelques jours déjà mais je n'arrive pas vraiment à passer à autre chose. Je lis autre chose et j'accroche bien (Westlake est un très bon auteur), mais je continue à penser au Tueur aveugle. Par exemple, l'effroi que j'ai ressenti à voir ce qu'était le mariage d'Iris, cette absence totale de communication doublée d'une prise de pouvoir du mari sur la vie de sa femme, est toujours là. De même que les sentiments mélangés que suscite Laura par sa personnalité bizarre. De même que la manière jubilatoire qu'a Atwood de balader son lecteur jusqu'à la fin. Et le suspense dans le récit de science-fiction qui se contruit et se reconstruit sous nos yeux. Et le personnage très prenant d'Alex. Je pourrais continuer comme ça longtemps ! Et vous, ce roman vous a-t-il fait une impression durable ? Une chose est sûre : je vais bientôt lire d'autres romans de cet auteur !

(Le site officiel d'Atwood - en anglais, mais très original : www.owtoad.com)
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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Jeu 14 Déc - 14:24

Comme toi, la façon dont Atwood décrit le mariage d'Iris m'a glacée : un truc pareil, on a du mal à s'imaginer que ça puisse arriver et pourtant, même si nous sommes ici devant une fiction, il est certain que cela a dû se produire dans nombre de mariages "bourgeois."

Du coup, j'hésite à lire "La Servante Ecarlate" qui conte l'histoire d'une femme ramenée au seul état d'esclave-génitrice dans une société futuriste. Car le talent de la romancière canadienne nous empoigne vraiment. Dans "Captive", quand elle évoque la prison et les gardiens de Grace, ainsi que certains médecins qui tentent d'abuser d'elle, c'est pareil.
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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Jeu 14 Déc - 14:42

Essaie peut-être La voleuse d'hommes, dont je recopie ici la quatrième de couverture telle qu'elle est donnée sur Amazon :

"Trois amies déjeunent ensemble dans un restaurant à la mode. Elles se sont rencontrées étudiantes, se sont croisées, consolées et retrouvées à travers les années. Bien que très différentes, elles ont en commun de haïr Zenia - créature éphémère et mystérieuse, au passé obscur, qui leur a volé à chacune leur homme, trahissant l'amitié et la confiance qu'elles lui avaient offerte. Depuis qu'elles ont appris sa mort par les journaux, les trois femmes respirent. Mais voilà que la porte du restaurant s'ouvre et que Zenia entre, en personne. " Basé sur une extrapolation d'un conte de Grimm, le roman de Margaret Atwood n'est pas un pamphlet sur la guerre des sexes, mais une analyse extrêmement drôle des rapports humains en cette fin de XXe siècle. Que vous ayez une femme, un mari, un amant, les pieds plats, les oreilles décollées ou tout cela à la fois, vous pouvez être sûr de trouver votre portrait dans La Voleuse d'hommes. "
Gérard Meudal, Libération. "


Mais en tout cas je crois qu'à un titre ou un autre tous ses livres ou presque remuent le lecteur...
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MessageSujet: Mais quand vont-ils traduire Negotiating with the Dead ?   Ven 2 Fév - 21:07

J’utilise le titre de Negotiating with the Dead pas par snobisme ou par purisme, mais bien, malheureusement et comme l'indique le titre de ce post, parce que cet essai de Margaret Atwood consacré à l’écrivain et à l’écriture n’existe pas en français. Non plus que son anthologie de la littérature canadienne, qui est semble-t-il une référence inusable depuis sa parution dans les années soixante-dix, ni, il faut bien le dire, la majorité de ses essais, qui sont certes peu nombreux (Je n'ai trouvé qu'un recueil disponible en français, Cibles mouvantes, qui couvre quand même une longue période, de 1971 à 2004), mais ça n’est pas une raison quand il s’agit d’un écrivain de cette trempe.

Negotiating with the Dead, malgré sa table des matières bien ordonnée et on ne peut plus logique, est un essai à l’anglo-saxonne. C’est-à-dire qu’il peut nous sembler parfois, à nous Français cartésiens, parfois un peu primesautier, passant du coq à l’âne sans beaucoup de sérieux. Mais si nous voulons lire les essais que les auteurs anglo-saxons ont consacré à leur art et à sa pratique, il faut s’y faire, ou renoncer. Et Atwood vaut le coup de ne pas renoncer. On retrouve ici le même humour parfois dévastateur et souvent à l’emporte-pièce qui rend son style reconnaissable entre tous (Je ne résiste pas à l’envie de vous livrer une blague qu’elle cite ; certes elle ne l’a pas inventée, mais ça n’est pas tous les jours qu’on voit le monument principal d’une littérature nationale placer dans un essai littéraire : « Ce qui est bien avec la maladie d’Alzheimer, c’est qu’au moins, on rencontre sans cesse de nouvelles personnes. »). Il faut ajouter que le livre est une retranscription, retravaillée certes, mais tout de même, d’une série de conférences qu’elle a prononcées à l’université de Cambridge, devant un public très varié (étudiants et profs bien sûr, mais aussi passionnés de littérature non-spécialistes de quoi que ce soit... des comme nous, quoi Wink ).

Atwood ne révolutionne pas la théorie du roman, puisqu’elle dit elle-même qu’elle n’est pas théoricienne, elle ne révolutionne pas non plus la vision de ces choses qu’on peut en avoir quand on les regarde de près, soit parce qu’on lit, soit parce qu’on écrit. Mais elle examine les questions qu’elle pose, après bien d’autres qui l’ont précédée, avec sa manière à elle de regarder les choses, à la fois érudite (elle a entre autres des connaissances immenses en ce qui concerne les civilisations antiques, et d’après ce que j’ai lu à leur propos ça se sent bien dans ses romans de science-fiction) et ironique, et ça, en revanche, c’est unique. Pour vous donner une idée de ce qu’elle aborde, je vais vous dire ce dont elle traite dans chaque partie (Ce qui suit utilise les titres de certains chapitres).

1) Qu’est-ce qu’un écrivain, et comment j’en suis devenue un
2) Le côté Jekyll et le côté Hyde : pourquoi un écrivain est toujours double
3) Apollon contre Mammon : à quel autel l’écrivain doit-il prier ?
4) L’écrivain comme magicien (elle parle des figures de Prospero dans La tempête de Shakespeare, du magicien d’Oz et de Méphisto dans Faust)
5) L’éternel triangle : l’écrivain, le lecteur et le livre comme intermédiaire
6) Négocier avec les morts : l’écriture comme descente au royaume des morts et fascination par rapport à la mort (Orphée et Eurydice, etc.)

Elle se penche aussi bien sur la manière dont on écrit un livre et les métaphores diverses et variées que les écrivains utilisent pour décrire cette activité (« Je suis dans un tunnel et je ne vois rien », « C’est comme si j’étais enfermé dans une caverne et que je voyais la lumière mais que j’étais moi-même dans l’obscurité », « C’est comme de marcher dans un labyrinthe sans savoir quel monstre s’y trouve ». Et il est même question de Woolf qui disait qu’écrire un roman est comme de marcher dans une pièce sombre avec une lanterne qui éclaire ce qui s’y trouve déjà.), que sur les manières fort diverses dont la société et les écrivains ont perçu cette activité au cours des siècles (du poète misérable et illuminé des Romantiques aux vendeurs de best-sellers d’aujourd’hui), la différence entre l’artiste et l’homme, et ce qu’elle pense être à l'origine de sa vocation, elle qui est née en 1939 dans un Canada aux valeurs conservatrices, et a passé son enfance à manier des marteaux et des scies, marcher dans la neige et inventer des histoires avec son frère alors que les autres petites filles jouaient à la poupée (Oh ! la remarque d’une amie de sa famille ! « C’est bien cette envie d’écrire, au moins, tu pourras le faire à la maison. » No comment !). Eh oui, mais les autres petites filles ne sont pas devenues Margaret Atwood…

J’ai relevé des citations, et je les traduirai quand j'en aurai le temps. J’espère en tout cas qu’on pourra bientôt lire ce petit livre fort intéressant en français… A bon entendeur ?
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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Lun 26 Fév - 14:59



The Robber Bride
Traduction : Anne Rabinovitch.


"La Voleuse d'Hommes" est un roman toujours aussi épais mais d'une optique un peu plus humoristique que celle observée dans "Le Tueur ..." et dans "Captive." C'est aussi une réflexion sur la nature de la Vérité (car en fait, on ne saura jamais qui était la vraie Zenia qui recrée sans cesse la Vérité, souvent dans son propre intérêt, parfois gratuitement, pour le seul plaisir de faire le mal) et sur les conséquences qu'implique sa révélation. Voilà pourquoi c'est un détail de la lithographie "La Vérité" de Verlinde qui a été utilisé par le Livre de Poche pour la jaquette de ce roman.

Ainsi que le mentionne la quatrième de couverture citée par Julie, tout commence par un déjeuner pris au "Toxique" - c'est un restaurant qui, la nuit, voit se réunir pas mal de toxicomanes - par trois quinquagénaires dont l'amitié remonte au temps de l'université.

La première à entrer en scène, c'est Tony (diminutif d'Antonia) Freemont, une femme si menue qu'elle peut encore s'habiller en 36 et qui donne des cours d'histoire militaire à l'université. Son intérêt, que dis-je, sa passion pour les grands stratèges et toutes les sortes de batailles possibles et imaginables a constitué très tôt pour elle une façon de se replier sur elle-même, de s'isoler, de se protéger. Tony n'a pas eu d'enfants de son mariage avec Stewart que cette gauchère contrariée devenue ambidextre et adepte de l'écritutre-miroir, appelle "West" (= presque Stew, mais inversé et avec un petit jeu entre le "t" et le "s") depuis des lustres.

Pour la seconde de nos héroïnes, l'isolement a d'abord revêtu l'abandon de son premier prénom, Karen, pour devenir Charis. Somnambule et victime dès l'enfance, possédant sans doute un sixième sens très aigu qui, en dépit des apparences, l'a bel et bien sauvée de la folie ou du suicide, Charis ne parle et n'agit qu'en fonction de méditations, de zen, d'auras, d'ondes, etc ... En dépit de sa fragilité, en dépit de la terreur-panique du rejet et du manque d'amour qui la minent, Charis, à sa propre stupeur, trouvera cependant en elle la force d'affronter la "renaissance" de Zenia. D'un objecteur de conscience américain désireux d'échapper à la guerre du Viêt-nam et réfugié au Canada, elle a eu une fille, qu'elle a choisi de prénommer August mais qui, avec l'âge, a décidé de se réapproprier son prénom en lui ajoutant un "a."

Quant à la troisième, Roz, je l'ai trouvée tout simplement épatante. Un personnage jovial et teigneux, une "femme forte" - dans tous les sens du mot - et dotée d'un optimisme salvateur. Son point faible à elle - son jardin secret où elle s'isole volontiers et dont Zenia jouera sans scrupules, c'est l'image du Père. Elle a épousé un avocat arriviste, Mitch, qui a multiplié les aventures avant de tomber dans les bras de Zenia et de ...

Or donc, comme elles le font depuis une éternité une fois par semaine, ces dames déjeunent ensemble. Et qui voient-elles passer devant elles dans la salle du "Toxique" ? Zenia ! Zenia à l'enterrement de laquelle elles ont pourtant assisté il y a quelque temps. Zenia qui avait été victime d'un attentat à Beyrouth. Zenia qui, à chacune de ces trois femmes qui furent, chacune à son tour ou simultanément, ses amies, a volé l'homme qu'elles aimaient - ou croyaient aimer - pour mieux le rejeter ou l'abandonner par la suite.

Zenia, fille d'une Russe blanche qui prostituait sa fille dès ses cinq ans. Ou alors Zenia, fille d'une tzigane lapidée en Roumanie. Zenia, fille de Grecs orthodoxes particulièrement pieux qui, en raison de la piété de ses parents, ne put jamais dénoncer le prêtre qui l'avait violée. Zenia, miraculée d'un cancer - dont elle n'a en fait jamais souffert sauf ...

Zenia, dont on ne saura en fait jamais la vraie nature : ni Tony, prête pourtant à la tuer avec le Luger de son père ; ni Charis, qui parvient à lui pardonner avant de l'abandonner à son tour ; ni Roz, qui était prête à céder à son dernier chantage ... ni le lecteur.

Un bon roman, à ne réserver cependant qu'aux inconditionnels de la romancière canadienne car - à mon sens en tous cas - il n'a pas ni la perfection glacée du "Tueur ..." ni la maîtrise absolue de "Captive."
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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Lun 26 Fév - 15:03

Masques de Venise a écrit:
Un bon roman, à ne réserver cependant qu'aux inconditionnels de la romancière canadienne car - à mon sens en tous cas - il n'a pas ni la perfection glacée du "Tueur ..." ni la maîtrise absolue de "Captive."

Je m'abstiendrai, alors. Déjà que je suis très très loin d'être tombé raide devant Le tueur aveugle...
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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Lun 26 Fév - 15:45

Essaie "Captive." Là, c'est basé sur des faits réels et le tour de passe-passe final, auquel on ne s'attend évidemment pas, remet tout en question.
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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Lun 26 Fév - 15:54

Je vais attendre un peu, alors. Parce que j'avoue que je suis déçu de ma lecture du Tueur aveugle...

Je ne suis jamais vraiment rentré dans le récit, pas au point, en tout cas, d'être ému par ce qui arrivait aux personnages (surtout Iris et Laura, bien sûr), et l'amant mystérieux m'a énervé très longtemps par son attitude froide, ses réparties face à sa maîtresse... Mes enthousiasmes (il y en a eu tout de même) ont à chaque fois été de courte durée, le soufflé retombait très vite.

Le pire, c'est que je ne saurais pas bien expliquer ce qui a fait que je suis passé à côté. Moi qui aime pourtant qu'on me détaille les personnages, j'aurais dû être servi. Eh bien Atwood n'est pas parvenue à m'intéresser réellement aux siens. Alors qu'on la dit très sensible, j'ai perçu de la froideur. La seule chose qui m'ait un tant soit peu ému, c'est Iris âgée.
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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Lun 26 Fév - 19:01

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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Mar 27 Fév - 10:34

C'est peut-être aussi que tu en avais entendu de tels éloges - entre Julie et moi, entre autres Wink - que tu ne pouvais être que déçu.

Parfois, ça arrive.

Si tu le reprends dans dix ans, peut-être y trouveras-tu des beautés qui t'avaient échappé. scratch
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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Lun 26 Mar - 19:41

Dans les années soixante-dix, une jeune femme dont on ne connaît pas le nom (comme Mrs de Winter n°2 dans Rebecca Wink ) quitte la ville canadienne où elle vit pour les paysages sauvages du Québec, plus exactement pour une île. Elle part en voiture avec son petit ami et un couple d’amis. Le but de son voyage est de retrouver son père, dont elle n’a plus de nouvelles depuis un bon moment. Elle retrouve la maison – plutôt une cabane en bois – où elle a grandi avec ses parents et son frère, seulement, problème, son père n’y est pas. Elle s’installe avec ses amis et est envahie par les souvenirs et les interrogations. Les jours passent, son père ne revient pas. Ils vivent coupés de tout, mangent les légumes du potager, vont pêcher et voient s’exacerber leurs problèmes de couple, sont tentés les uns par les autres et laissent éclater des conflits.

Ca fait un peu "l’Ile de la tentation", comme ça. Mais c’est beaucoup plus un huis-clos qu’autre chose. Le livre est court, mais à la fin on est au bord de l’asphyxie et on est heureux qu’Atwood n’ait pas prolongé cette histoire à l’atmosphère à la fois indéfinie et pesante. La narratrice, bien entendu, a un terrible secret qui éclaire d’un jour nouveau toute l’histoire, les descriptions de paysages sont magnifiques et la fin, où la jeune femme restée seule commence à sombrer dans la folie et à s’identifier aux éléments naturels autour d’elle sont saisissants et pleins d’une poésie sombre. Mais on sent là un roman de jeunesse, et on regrette qu’Atwood n’ait pas plus développé des personnages qui restent des silhouettes à la psychologie un peu indéfinie et lassée, à la Houellebecq. Pourquoi tant de lassitude et de cynisme alors qu'ils sont jeunes ? Je n'ai pas trouvé la réponse. Son univers inquiétant et complexe, ses images étranges et justes étaient déjà là, mais elle ne maîtrisait pas encore bien toutes les ressources de ce monde bien à elle bien que ce roman ne soit pas un ratage total, ni même raté tout court, mais simplement décevant. Heureusement pour nous, elle a fait de gros progrès depuis...


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MessageSujet: La voleuse d'hommes   Lun 28 Mai - 22:16

J'ai beaucoup aimé La voleuse d'hommes. Mais comme toi, MDV, je ne le recommanderais pas comme porte d'entrée dans l'univers d'Atwood. Je l'ai trouvé bon, plein de formules qui font corner les pages, les personnages sont originaux et l'atmosphère très spéciale : Atwood a écrit un conte de fées moderne et pour adultes : . Mais au-delà de ça, je trouve qu'elle nous laisse un peu en plan après nous avoir entraînés dans toutes les fausses directions tracées par Zenia. J'aurais tant aimé savoir ce qui la poussait à faire autant de mal autour d'elle ! On se dit que la vérité est quelque part cachée au milieu de ses tombereaux de mensonges, mais comment s'y retrouver ? Maintenant, il faut reconnaître à Atwood une qualité qui est l'apanage des meilleurs : le don d'écrire un pavé en creusant de petites choses, en donnant à sentir le temps d'une journée qui passe, en offrant de vertigineuses plongées dans le passé. Mais pourquoi ne pas nous donner plus d'éléments sur Zenia ? Le lecteur du Tueur aveugle était, sur ce plan, comblé. On a l'impression d'une construction très méticuleuse, pensée, très habile, très belle... mais à laquelle manque le toit. Alors oui, je suis à moitié déçue parce que c'est très bon - ça aurait pu être encore bien meilleur. Et si, après avoir lu Captive et La servante écarlate, je ne suis pas convaincue, je pense que je laisserai Margaret Atwood de côté avec le sentiment qu'elle avait de merveilleux moyens mais pas assez de goût pour la conclusion et le fait de boucler la boucle, ce qui peut affaiblir considérablement une intrigue et ses tournants.
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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Sam 4 Aoû - 13:42

Quelques mois après ma lecture de The blind assassin/Le tueur aveugle, très vite devenu un de mes romans favoris, il me fallait lire une autre oeuvre de Margaret Atwood.

C'est chose faite et mon choix s'est porté, par le plus grand des hasard, sur Oryx and Crake/Le dernier homme.

L'action se déroule dans un 21ième siècle où les "progrès" technologiques ont donné lieu à une catastrophe telle qu'il ne semble rester qu'un seul être humain: Snowman. (On ne peux s'empêcher de penser à I am legend/Je suis une légende de Matheson). Snow man est un rêveur qui ne cesse de revivre son passé auprès d'Oryx et de Crake. Son histoire est une illustration de la folie des grandeurs dont souffre l'Homme.

Une fois de plus, à travers son cynisme hors pair et sa connaissance pointue des sentiments humains, Margaret Atwood nous livre un roman beaucoup plus réaliste qu'il n'en paraît et difficile, en ce qu'il décrit les aspects les plus noirs de notre personnalité, tout en adoptant un ton humoristique qui fait rire le lecteur presque malgré lui.

Seulement voilà si de nouvelles questions ne cessent d'être soulevées, le temps des réponses lui ne vient jamais véritablement. Le destin de Snowman tout aussi flou à la fin du livre, ce qui laisse le lecteur amer et altère quelque peu la bonne opinion qu'il pouvait avoir du livre.
Dommage. :bof:
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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Sam 4 Aoû - 13:53

Celui-là, je ne le connaissais pas, Morgane. Ca évoque un thème futuriste, comme "La Servante écarlate." Ce dernier, tu l'as lu, Morgane ? Moi, je n'en ai jamais eu le courage.
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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Sam 4 Aoû - 22:43

la servante écarlate, The Handmaid's Tale en Anglais. Oui j'en ai entendu parlé. C'est un des livres les plus célébrés de l'auteur. Je n'ai lu que les deux livres dont je parlais mais j 'ai hate d'avoir le temps d'en lire un autre.

Margaret Atwood semble chérir tout particulièrement les thèmes futuristes. Il est vrai que les bons auteur de science-fiction sont rares, j'ai d'ailleurs tendance à me méfier de ce genre, mais lorsqu'il est maîtrisé...AH! c'est une autre histoire! Je trouve qu'il permet de faire passer des messages d'actualités "en douce". En plus elle est très engagée et très féministe. Je ne suis pas toujours d'accord avec elle mais nul ne peut nier son intelligence. J'ai regardé une interview sur le net , elle parlait justement de ce livre. Cette femme est un puit de connaissances!!!
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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Mer 20 Juin - 11:11




Quatrième de couverture :


On l'appelle Defred. Quoique son nom, dans la machine normalisatrice qu'est devenue la société de Gilead, n'ait plus aucune importance. Ni sa personnalité. Aux yeux des fanatiques qui ont édifié le système, seul compte son ventre. Dans ce monde clos à coups d'interdictions et de diktats religieux, la maternité est réservée aux servantes, réduites à cette seule fonction. Sinon, c'est la déportation dans les colonies irradiées où croupissent les Antifemmes, bêtes noires du régime. Alors Defred se contraint à la soumission. Lutte pour oublier qu'elle était libre, autrefois, dans un pays qui s'appelait encore l'Amérique. Un réquisitoire sans appel contre tous les intégrismes ; la peinture, implacable et minutieuse, d'un monde qui pourrait être le nôtre, si...




Mon avis :


"Je veux un ventre !" s'était écrié Napoléon après son divorce d'avec Joséphine, cette dernière ne lui ayant pas donné l'héritier tant espéré. Vous allez me demander quel est le rapport avec ce roman de science-fiction. Il est bien là justement : la procréation. Margaret Atwood imagine une société américaine dans laquelle seule une certaine caste de femmes, les Servantes, auraient à donner la vie. Mères porteuses, elles sont attribuées à des couples en mal d'enfants et sont à la merci des Épouses (en bleu) et des Commandants. Nous sommes proches ici des romans d'Huxley et d'Orwell : hiérarchie, surveillance totale et constante (l'Oeil), société sous contrainte... Il s'agit du schéma type d'une contre-utopie mettant en scène l'absence d'espoir, de possibilité de changement. Atwood dénonce les dérives, notamment celles des régimes totalitaires. La déportation de celles qui faillissent à la règle n'est pas sans rappeler les heures sombres de notre histoire. S'ajoutent à ceci le rationnement, les différents codes, les tatouages sur les Servantes afin de les identifier, la propagande, les arrestations et les exécutions... Il serait bien difficile de ne pas y voir un lien. Mais le totalitarisme ne touche pas non plus que la politique. Le puritanisme en prend aussi pour son grade si j'ose dire.

Defred fait partie de ces Servantes. C'est à travers elle que nous pouvons découvrir ce monde froid, hostile, où la peur a pris la place de la communication. Les sentiments n'ont pas leur place. La narratrice insiste sur le fait que si un seul grain de sable venait s'immiscer dans les rouages bien huilés de cette vie qui lui est donnée, ce serait la fin. Il est interdit à ces "ventres" d'être malades ou infertiles.

Defred oscille entre vie présente et souvenirs de ce monde passé où, comme elle le dit elle-même, les gens ne pouvaient pas savoir qu'ils étaient heureux. La phrase est répétée à plusieurs reprises. Tout est détruit pour elle : sa vie de couple avec Luke et leur petite fille, ses études avec sa copine Moira... L'Oeil est toujours là... Sa confession est à la fois poignante et révoltante.

Je n'ai pas pu me détacher de ce roman lu en quelques heures seulement. Au-delà de cette palpitante lecture, il donne à réfléchir sur tout ce qui pourrait enfreindre la liberté.

A lire absolument !
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MessageSujet: Re: Margaret Atwood.   Mer 20 Juin - 11:13

Un extrait de La Servante écarlate ici.
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Margaret Atwood.

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