Nota Bene

Nota Bene

Nota Bene : La Qualité, Non La Quantité - Forum Atypique Pour & Par la Littérature - Le Forum Que Vous N'Oublierez Pas De Sitôt - Histoire & Cinéma Sont Aussi Sur Nos Etagères - Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés - Extrémistes & Trolls S'Abstenir
 
AccueilPortailCalendrierÉvènementsGalerieFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

 

Herman Melville.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Auteur Message
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Masques de Venise

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 65658
Age : 59
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

Herman Melville. Vide
MessageSujet: Herman Melville.   Herman Melville. Icon_minitimeDim 26 Fév - 16:44

En édition de poche, le roman de Melville fait près de 700 pages. Mais vous n'y recontrerez Moby Dick, en chair en en os, qu'à la 660ème page à peu près - pour un peu, c'était la 666ème ... Wink Il faut dire que, à l'origine, le roman s'appelait : "La Baleine."

Moby Dick est une vieille et prodigieuse baleine blanche appartenant à l'espèce des cachalots. Elle est responsable de pas mal de naufrages de baleiniers battant toutes sortes de pavillons et, pis que tout, c'est elle qui a fait perdre l'une de ses jambes au capitaine Achab. Depuis lors, Achab n'a qu'un rêve : se venger de Moby Dick.

Dans ce but, à près de soixante ans et tout juste marié à une femme beaucoup plus jeune que lui, il accepte le commandement du Pequod, un navire-baleinier appartenant à ses vieux amis Peleg et Bildad.

C'est à bord du Pequod que Melville nous invite à grimper dès que son narrateur, Ishmael, un transfusge de la marine marchande curieux d'en apprendre plus sur la pêcherie baleinière, est parvenu à s'y faire engager en compagnie de Queequeg, un natif des Iles soupçonné de cannibalisme rituel mais à part cela, fort sympathique et qui, pour sa part, exerce la noble et dure profession de harponneur.


Si l'on excepte les vingt premiers chapitres de l'ouvrage - qui en compte 135 - l'intégralité de l'action se déroule sur le Pequod et sur la mer. Et quand j'écris "action", je suis vraiment très généreuse car, plus qu'un roman d'aventures, "Moby Dick" est surtout un manuel complet sur la pêche à la baleine au XIXème siècle et sur les baleines.

"Moby Dick" est, avant la lettre, un hymne écologique, vibrant et passionné à la Baleine, les différentes espèces qui la représentent, les mille et une qualités qui sont les siennes, les comportements logiques ou bizarres qui sont les siens, etc ... C'est une espèce de Bible en la matière et, de l'ouvrage originel, elle a hélas ! aussi les épuisantes longueurs et le style un peu trop redondant.

En matière de dialogues par exemple, Melville est un très mauvais artisan. Ou plutôt, il fait parler ses personnages de façon ampoulée et excessive, parsemant leur texte d'invocations terribles à Dieu, aux cieux, et à toute cette sorte de choses, comme diraient nos amis anglais. Wink Si cela passait sans doute très bien dans l'Amérique du XIXème siècle, de nos jours, c'est absolument aussi indigeste qu'un grand bol d'huile de baleine. En outre, l'écrivain a jugé utile d'insérer dans son roman des espèces de scènes, d'ailleurs rédigées au présent, et qui tiennent plus de la saynette théâtrale que d'autre chose.

Pour user d'un tel procédé, il faut être un maître ès naturel, à l'exemple d'une Sophie de Ségur (eh ! oui) ou, bien plus tard, d'un James Joyce. Or, Melville et le naturel sont visiblement fâchés.

En revanche, les descriptions de la passion de l'auteur pour la Baleine, celles aussi qu'il donne des océans et de la vie que l'on mène à bord d'un navire recèlent des images et des comparaisons d'une beauté et d'une poésie exceptionnelles.

Tel quel, ce pavé, bien que fascinant, apparaît comme curieusement inégal. Les vingt premiers chapitres, par exemple, sont pleins d'humour mais à compter de l'instant où le Pequod prend la mer, plus rien - ou alors quelques pointes de gaieté forcée et presque grossière. On y voit entre autres Melville développer une saine vision de la religion et de ses méfaits éventuels.

Mais cette vision se trouble et sombre complètement, dès qu'il se met en tête d'expliquer le "cas" Achab. L'écrivain retombe dans un manichéisme outrancier, dans cet orgueil qui tue Achab bien plus sûrement que Moby Dick. Habité par l'idée de revanche, le capitaine, dont la personnalité est pourtant certaine, devient la marionnette d'un esprit supérieur dont on ne parvient pas à dire de quelle nature il procède. Ambiguïté qui se décline dans deux personnages, le vagabond Elie et le Parsi Fédallah qui semble avoir été placés là pour souligner l'hésitation de Melville : le premier voit partout le glaive d'une espèce de Jéhovah ; le second, plus subtil, laisse à penser que, derrière les dieux, il y a le Destin.

Si Melville avait consacré plus de temps et de pages à l'analyse de ses personnages, sans doute nous aurait-il éclairés sur ses volontés exactes. Mais on se demande parfois si les personnages et l'intrigue elle-même ne sont pas là tout simplement pour permettre à l'auteur de justifier tout ce qu'il nous apprend sur les baleines.

Certains, qui ont vu le film en tous points remarquable que John Huston retira de l'ouvrage, s'entêtent à désigner le capitaine Achab comme une espèce d'anarchiste américain qui se retient à peine de hurler dans le dos de Moby Dick, alors identifiée soit à Dieu, soit aux religions, un tonitruant : "Ni Dieu, ni maître !" Mais si l'on peut croire que tel était bien le souci du cinéaste, chez l'écrivain, rien n'est moins sûr. Idem, à mon avis, pour cette théorie qui veut voir dans la quête du Pequod celle de l'Humanité embarquée sur le navire de l'existence ...

La seule chose dont je demeure persuadée, après avoir lu "Moby Dick" de A à Z, c'est que Melville aurait pu, là encore s'il avait sauté le pas, comme Walt Whitman, se faire le chantre de l'homosexualité.

A part cela, "Moby Dick" m'aura apporté des descriptions marines absolument fabuleuses et toute une foule de renseignements sur les baleines, "petites" et grandes. Je le tiendrai désormais pour une oeuvre inaccomplie et maladroite, non dépourvue de charme (à condition qu'on s'intéresse à la mer, sinon, c'est cuit Herman Melville. J_aipast) et dotée de proportions aussi formidables et aussi intriguantes que celles de la baleine.

Finalement, la clef de l'ouvrage pourrait se résumer à l'idée que nous assène Melville lorsqu'il entreprend ses chapitres sur le squelette de la baleine : il y a une différence inconcevable entre ce que l'on voit de la baleine vivante et ce que donne sa carcasse récupérée sur une plage et soigneusement recomposée, côte par côte.

De même, il y a une différence pharamineuse entre ce que l'on croit savoir de "Moby Dick" d'Herman Melville sans l'avoir lu et ce que l'on apprend en s'y immergeant.

Herman Melville. Mobydick8nq

Moby-Dick or The Whale
Traduction (pour le Livre de Poche) : Lucien Jacques, Joan Smith & Jean Giono

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges


Dernière édition par le Ven 31 Aoû - 0:04, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Julie
Grande Prêtresse du Livre
Grande Prêtresse du Livre
Julie

Féminin
Verseau Coq
Nombre de messages : 3712
Age : 38
Localisation : Paris/Bretagne
Emploi : En chasse
Loisirs : Lecture, cinéma, musique et découvertes en général
Date d'inscription : 31/03/2006

Herman Melville. Vide
MessageSujet: Re: Herman Melville.   Herman Melville. Icon_minitimeVen 7 Juil - 12:24

Une de mes profs à la fac nous avait parlé de Moby Dick en des termes très intéressants, comme une espèce de métaphore de la conquête de nouveaux territoires faite par les colons puritains qui sont arrivés en terre américaine aux XVIIIè et XIXè siècles. Ca m'avait rendue bien songeuse... mais ne m'avait pas donné le courage de me lancer dans ce pavé...
_________________
En-dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En-dedans, il fait trop noir pour y lire. (Groucho Marx)

Le travail est la malédiction des classes buveuses. (Oscar Wilde)

http://www.peripheries.net/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Thomas
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...
Thomas

Masculin
Taureau Dragon
Nombre de messages : 9040
Age : 43
Localisation : Paris
Emploi : Passionnant mais indescriptible...
Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
Date d'inscription : 04/04/2006

Herman Melville. Vide
MessageSujet: Re: Herman Melville.   Herman Melville. Icon_minitimeVen 7 Juil - 12:50

Moby Dick, ce sont plus de sept cent pages de poésie.

L'écriture de Melville m'a enchanté, l'histoire est terriblement prenante et parfois terrifiante, les personnages sont à la fois réalistes et phantasmagoriques. Un pur plaisir de lecture !

Je n'ai retrouvé une telle force entraînante que dans le prologue de l'Outremonde de Don DeLillo.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.google.fr
Julie
Grande Prêtresse du Livre
Grande Prêtresse du Livre
Julie

Féminin
Verseau Coq
Nombre de messages : 3712
Age : 38
Localisation : Paris/Bretagne
Emploi : En chasse
Loisirs : Lecture, cinéma, musique et découvertes en général
Date d'inscription : 31/03/2006

Herman Melville. Vide
MessageSujet: Re: Herman Melville.   Herman Melville. Icon_minitimeVen 7 Juil - 13:06

MDV, c'est peut-être le traducteur qui a massacré le roman... Les vieilles traductions notamment ne résistent pas du tout au passage du temps. Je trouve absurde par exemple qu'on ait traduit Dostoïevski dans la première moitié du XXe siècle en un français à la Balzac ou à la Zola sous prétexte qu'ils étaient ses contemporains. Du coup, selon les russophones, le côté brut et très oral de ses romans a été complètement éliminé.

Peut-être devrais-tu retenter le coup avec une autre traduction...
_________________
En-dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En-dedans, il fait trop noir pour y lire. (Groucho Marx)

Le travail est la malédiction des classes buveuses. (Oscar Wilde)

http://www.peripheries.net/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Masques de Venise

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 65658
Age : 59
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

Herman Melville. Vide
MessageSujet: Re: Herman Melville.   Herman Melville. Icon_minitimeVen 31 Aoû - 0:04

Giono a participé à cette traduction-là. Je viens de vérifier. Mais il paraît que la meilleure serait celle d'Armel Guerne.
_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Thomas
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...
Thomas

Masculin
Taureau Dragon
Nombre de messages : 9040
Age : 43
Localisation : Paris
Emploi : Passionnant mais indescriptible...
Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
Date d'inscription : 04/04/2006

Herman Melville. Vide
MessageSujet: Re: Herman Melville.   Herman Melville. Icon_minitimeVen 31 Aoû - 8:31

Ah oui, Giono, s'il y a mis sa patte, ça peut rebuter...
_________________
"Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres." Jean-Paul Sartre, Les mouches
"La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel." Pierre Louÿs, Aphrodite
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.google.fr
Contenu sponsorisé




Herman Melville. Vide
MessageSujet: Re: Herman Melville.   Herman Melville. Icon_minitime

Revenir en haut Aller en bas

Herman Melville.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum: Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Nota Bene :: MODESTE PANORAMA DE LA LITTERATURE :: Littérature made in USA -