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Bruno Dumont

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MessageSujet: Bruno Dumont   Jeu 29 Mai - 13:59

Bonjour à toutes et tous,

Il est de ces films dont l'envie de le voir se mêle de désir et d'appréhension.
Camille Claudel 1915 de Bruno Dumont en est.

A première vue, ce film – sorti en 2013 - n'avait rien pour m'attirer : Camille Claudel et Juliette Binoche.
En effet, je ne garde pas un souvenir impérissable du Camille Claudel de Nuytten avec Adjani et je n'ai ensuite jamais vraiment apprécié le jeu de Mademoiselle Binoche.
Toutefois, cette pellicule avait tout de même un argument de poids à mes yeux : son réalisateur, Bruno Dumont.

Il est à mes yeux un des plus intéressants réalisateurs du cinéma français actuel. Ses films sont très travaillés au niveau de la mise en scène et de la photographie. Et même si certaines scènes de ses premières œuvres sont difficiles de prime abord, ses œuvres ne laissent jamais indifférentes.

Une des particularités de son cinéma vient du fait qu'il n’emploie quasiment jamais d'acteurs professionnels. C'est pourquoi, lire Juliette Binoche sur l'affiche de ce Camille Claudel 1915, agissait comme un repoussoir sur moi.

Dumont se serait-il mis à faire du cinéma mainstream ?
Sans vous faire attendre plus longtemps, la réponse est non. Ouf !!!



Pendant l'hiver 1915, Camille Claudel, internée à la demande des ses parents depuis 1913, se retrouve, suite aux difficultés de la Grande Guerre, dans un asile d'aliénés près d'Avignon. Elle attend avec impatience la visite de son frère Paul Claudel en espérant que celui-ci fera quelque-chose pour la sortir de cet internement forcé.

Pour tout dire, ce film est austère, froid mais si beau et émouvant en même temps.
Dumont arrive à dresser un portrait complexe de Camille Claudel alors que l'action se situe sur 3 jours. Les règles du théâtre classique sont pratiquement respectées.

La paranoïa, l'isolement et l'enfermement de Camille Claudel ainsi que sa relation avec son frère empli de dédain et en pleine crise de mysticisme sont très bien retranscrits.

Certains plans sont d'une beauté à couper le souffle.
La photo naturaliste, très froide pour les scènes à l'intérieur de l'institution religieuse contraste avec celle plus chaude pour les scènes à l’extérieur.
Bruno Dumont, homme du Nord – il est né à Bailleul - arrive à filmer l'hiver provençal avec une très grande justesse, comme peu de réalisateurs l'ont fait. On en arrive à ressentir le mistral parcourir notre échine lors de certaines scènes.


L'alternance de plans larges et de plans serrés pour les scènes plus intimistes de monologues participe à la grande qualité de la mise en scène.
Ces monologues sont d'ailleurs des éléments-clés du film. Il y transparaît la complexité de Camille et de son frère Paul, la difficulté de leur relation, leur opposition mais aussi leur similarité.

Juliette Binoche est métamorphosée dans ce rôle, on ne la reconnaît pratiquement pas physiquement. Elle évolue dans cet asile au milieu de malades interprétés par de véritables personnes handicapées mentales. Sa prestation est remarquable.
C'est elle-même qui aurait approché le réalisateur pour jouer avec lui.
Dans un entretien avec Olivier Père, Bruno Dumont explique qu'il « [a] toujours fait d’un paysan un paysan et d’une artiste une artiste. L’artiste Juliette Binoche m’aide à cerner l’artiste Camille Claudel.»


Le personnage de Paul Claudel, incarné par Jean-Louis Vincent, comédien dont c'est la première apparition à l'écran, est habité par son côté obscur et sa folie extatique.


Si vous aimez le cinéma de Robert Bresson, vous aimerez celui de Bruno Dumont et notamment son Camille Claudel 1915.
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MessageSujet: Re: Bruno Dumont   Mar 3 Juin - 9:39


Je ne suis pas, habituellement, une fervente admiratrice de Juliette Binoche. Mais je l'ai trouvée magistrale dans ce film ! Elle incarne à la perfection cette pauvre Camille Claudel, enfermée dans un asile, à la demande des siens, près d'Avignon. Elle évolue donc au milieu d'aliénés, elle qui garde toute sa lucidité et dont la seule marotte est de se faire son propre repas car elle a peur qu'on l'empoisonne. Au bout de deux ans, elle n'a qu'un espoir : sortir de ce lieu infâme et reprendre contact avec sa mère qui a coupé tous liens. Et cette petite lueur est alimentée par la venue de Paul, son frère, qu'elle attend comme le messie...

Ce film m'a époustouflée ! Il retrace le parcours psychologique de l'artiste avec un tel réalisme qu'on a l'impression d'être à ses côtés. La réalisation en huis-clos donne une atmosphère étouffée, prégnante. On est en 1915. Camille est enfermée depuis deux ans. On peut facilement imaginer qu'elle puisse alors basculer peu à peu dans la folie. Quant à Paul, que je détestais déjà en tant qu'écrivain, je ne peux que le considérer comme un être vil, pleutre et paradoxal. En effet, il est enfermé dans un catholicisme proche de l'intégrisme. Comment peut-il laisser ainsi sa propre sœur ? Il préfère payer les médecins plutôt que de l'aider. Mais quel c** ! (Oui, tant pis, je le dis). L'atmosphère est également rendue par les couleurs : les personnages évoluent dans un décor sombre. Lorsque les images montrent l'extérieur, elles semblent délavées, symboliques de cette vie qui se retire peu à peu. Les seules touches de couleur sont celles de la nature. Et je ne peux m'empêcher, d'ailleurs, de faire un parallèle avec Van Gogh qui, enfermé à l'asile de Saint-Paul-de-Mausole (lieu de tournage du film alors que Camille Claudel avait été réellement internée à l'asile d'aliénés de Montdevergues, à Montfavet), a peint des tableaux plus colorés que d'habitude, voulant représenter le Midi par un contraste coloré.

Je ne peux m'empêcher de faire un parallèle entre Camille Claudel et Adèle Hugo, toutes deux sacrifiées par leur famille et internées. Camille, vivant seule après avoir quitté Rodin qu'elle trouvait opportuniste (elle pensait qu'il voulait s'accaparer tout son travail ainsi que son atelier. A cette époque, une femme, qui plus est artiste, avait peu de chances de se faire entendre) est accusée, pour ce seul motif, de paranoïa par son frère. Adèle, quant à elle, sera internée à la demande de son père suite à un mensonge (celui d'avoir fait croire qu'elle avait quitté le giron familial pour épouser un jeune homme) ; Une bien grave punition administrée parce qu'elle n'avait pas suivi ce que voulait son géniteur.

Bref, je vous conseille vraiment ce film.


Dernière édition par Lydia le Sam 12 Sep - 15:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Bruno Dumont   Mar 3 Juin - 9:42

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MessageSujet: Re: Bruno Dumont   Mar 3 Juin - 12:43

Lydia a écrit:
Je ne peux m'empêcher de faire un parallèle entre Camille Claudel et Adèle Hugo, toutes deux sacrifiées par leur famille et internées.

D'ailleurs, les 2 ont été incarnées au cinéma par Isabelle Adjani.
Lorsque l'on voit aussi sa prestation dans Possession d'Andrzej Zulawski, on peut penser qu'elle aime beaucoup les sujets touchant à la "folie".
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MessageSujet: Hadewijch   Sam 21 Juin - 18:50



Si je vous dis Hadewijch, que me répondez-vous ? A vos souhaits ? J'avoue que ce nom à coucher dehors peut ne rien évoquer. Il s'agit en fait d'Hadewijch d'Anvers, mystique et poétesse flamande du XIIIe siècle (que je ne connaissais pas, même si certains ont pu la comparer à Hildegarde de Bingen. Je ne commenterai pas ici la comparaison car ce n'est pas le propos mais elle me laisse assez dubitative).

Revenons donc à Hadewijch. Bruno Dumont transpose la vie de cette béguine et imagine une histoire contemporaine. Céline, ou plutôt Sœur Hadewijch, éprouve un tel amour pour le Christ qu'elle se mortifie. La Mère Supérieure, inquiète, préfère lui demander de partir. La jeune religieuse redevient donc Céline, étudiante en théologie, vivant dans un milieu aisé mais froid et distant. On sent qu'elle n'y a pas sa place. Elle fait la rencontre du jeune Yassine et de son frère, Nassir qui enseigne l'Islam. Elle semble attirée par ce milieu dans lequel on l'écoute et où elle va trouver des points communs, notamment sur le plan religieux. On voit le personnage de Céline torturé entre l'amour spirituel et l'amour physique auquel elle se refuse, même si Yassine tente sa chance, en vain. Cet amour spirituel, tournant à l'obsession, l'amènera à se fourvoyer, à oser des choses impensables...

Il est utile de dire que Bruno Dumont prend du recul avec les religions puisque lui-même ne les fréquente pas. Inutile donc d'y voir un quelconque message didactique (je me méfie, je préfère préciser...). On reconnaît ici son style : un décor épuré laissant place aux acteurs représentatifs du peuple. Rien ne sonne faux. Il filme les quartiers, qu'ils soient huppés ou de banlieues et les met sur un même pied d'égalité. Ce sont les personnages qui font le film et non le décor. Il symbolise le désir d'absolu allant jusqu'à l'extrême. C'est à la fois simple et puissant. Les ellipses jouent un rôle important. On nous met en scène des faits et le spectateur se retrouve dans une position où il est incapable de juger cette fille complètement perdue. Le malaise l'envahit.

Mais quel est le lien avec la mystique médiévale ? Le milieu aisé d'une part (comme souvent chez les moniales de l'époque) mais aussi cette façon d'imaginer l'amour du Christ comme presque sensuelle. On le retrouve dans ses correspondances.

Transposer ainsi une histoire dans notre société n'est guère évident, même s'il s'agit plus ici d'inspiration que de transposition. L'exercice est mené avec brio.




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MessageSujet: Re: Bruno Dumont   Sam 21 Juin - 20:14

Comme souvent dans le cinéma de Bruno Dumont, Hadewijch montre de magnifiques séquences avec des moments contemplatifs.
La spiritualité du personnage de Céline transpire à l'écran et doit beaucoup, à mon avis, à l'actrice Julie Sokolowski.
Cinématographiquement parlant, on oscille entre Bresson et Campion.

Sur le fond, le passage de la foi chrétienne à la foi islamique peut paraitre un peu tirée par les cheveux. Pourtant, quand on voit ce que propose l’Église catholique actuellement, cette transition n’est finalement pas si irréaliste.

La question que le film pose est : le monde occidental a-t-il encore des idéaux à offrir à sa jeunesse, en dehors de tout matérialisme ?
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