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Pars vite et reviens tard Fred Vargas

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Elisabeth
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MessageSujet: Pars vite et reviens tard Fred Vargas   Lun 18 Aoû - 17:53

UN EXTRAIT =

" "Joss avait compris depuis longtemps que les choses étaient douées d'une vie secrète et pernicieuse. Hormis peut-être certaines pièces d'accastillage qui ne l'avaient jamais agressé, de mémoire de marin breton, le monde des choses étaient à l'évidence chargé d'une énergie tout entière concentrée pour emmerder l'homme. La moindre faute de manipulation parce que offrant à la chose une liberté soudaine, si minime fût-elle, amorçait une série de calamités en chaîne, pouvant parcourir toute une gamme , du désagrément à la tragédie. Le bouchon qui échappe aux doigts en était, sur le mode mineur, un modèle de base. Car un bouchon lâché ne vient pas rouler aux pieds de l'homme, en aucune manière. Il se love derrière le fourneau, mauvais, pareil à l'araignée en quête d'inaccessible, déclenchant pour son prédateur, l'Homme, une succession d'épreuves variables, déplacement du fourneau, rupture du flexible de raccordement, chute d'ustensile, brûlure. Le cas de ce matin avait procédé d'un enchaînement plus complexe, amorcé par une bénigne erreur de lancer entraînant fragilisation de la poubelle, affaissement latéral et épandage du filtre à café sur le sol. C'est ainsi que les choses, animées d'un esprit de vengeance légitimement puisé à leur condition d'esclaves, parvenaient à leur tour par moments brefs mais intenses à soumettre l'homme à leur puissance larvée, à le faire se tordre et ramper comme un chien, n'épargnant ni femme ni enfant. Non, pour rien au monde Joss n'aurait accordé sa confiance aux choses, pas plus qu'aux hommes ou à la mer. Les premières vous prennent la raison, les seconds l'âme et la troisième vie."

" Ces moments où il avait eu raison contre toute raison n’étaient pas ses meilleurs. Ils l’accablaient brièvement, comme s’il sentait peser sur lui le poids d’un don pernicieux offert à sa naissance par une fée Carabosse devenue gâteuse et qui aurait, au-dessus de son berceau, prononcé ces paroles : « Puisque vous ne m’avez pas conviée à ce baptême – ce qui n’avait rien de surprenant, vu que ses parents, pauvres comme Job, avaient fêté seuls sa naissance au fond des Pyrénées en l’enroulant dans une bonne couverture – puisque vous ne m’avez pas conviée à ce baptême, je fais don à cet enfant de pressentir le merdier là où les autres ne l’ont pas encore vu. » Ou quelque chose comme ça, en mieux dit, car la fée Carabosse n’était pas la dernière des illettrées ni un grossier personnage, en aucun cas."


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MessageSujet: Re: Pars vite et reviens tard Fred Vargas   Sam 23 Mai - 16:22



Mon avis



Citation :
— Qu’est-ce que les gens vous racontent ? Joss commençait à se demander si Decambrais ne s’était pas gouré d’adresse et s’il arrivait que ce flic fasse son boulot, de temps en temps. Il n’y avait pas d’ordinateur sur sa table mais des tas de papiers éparpillés, autant sur les chaises et sur le sol, couverts de notes ou de dessins. Le commissaire était resté debout, appuyé contre le mur blanc, les bras serrés sur sa taille, et il regardait Decambrais par en dessous, la tête penchée. Joss trouva que ses yeux avaient la couleur et la consistance de ces algues brunes et glissantes qui s’enroulent aux hélices, les fucus, aussi doux mais aussi vagues, aussi luisants mais sans éclat, sans précision. Les vésicules rondes de ces algues se nommaient des flotteurs et Joss estima que cela convenait tout à fait aux yeux de ce commissaire. Ces flotteurs étaient enfoncés sous des sourcils fournis et embrouillés qui leur faisaient comme deux abris rocheux. Le nez busqué et des traits anguleux mettaient un peu de fermeté dans tout cela.
— Mais les gens viennent surtout pour des histoires d’amour, continuait Decambrais, soit qu’ils en aient trop ou bien pas assez ou bien plus du tout, ou pas comme ils veulent ou qu’ils n’arrivent plus à mettre la main dessus, à cause de toutes ces sortes de…
— Trucs, interrompit Adamsberg.
— Trucs, confirma Decambrais.
— Voyez-vous, Ducouëdic, dit Adamsberg en décollant du mur et en longeant la pièce à pas mesurés, c’est une brigade spécialisée ici, en homicides. Aussi, si votre ancienne histoire a connu des suites, si on vous inquiète d’une manière ou d’une autre, je ne…
— Non, coupa Decambrais. Il ne s’agit pas de moi. Mais il ne s’agit pas de crime non plus. Pas encore tout au moins.
— Des menaces ?
— Peut-être. Des annonces anonymes, des annonces de mort.
Joss posa ses coudes sur ses cuisses, amusé. Il n’allait pas s’en sortir aussi facilement, avec ses anxiétés fumeuses, le lettré.
— Qui visent directement une personne ? demanda Adamsberg.
— Non. Des annonces de destruction générale, de catastrophe.
— Bon, dit Adamsberg en continuant à aller et venir. Un prédicateur du troisième millénaire ? Qui annonce quoi ? L’apocalypse ?
— La peste.
— Tiens, dit Adamsberg en marquant une pause. Ça change un peu. Et comment vous l’annonce-t-il ? Par courrier ? Par téléphone ?
— Par monsieur, dit Decambrais en désignant Joss d’un geste un peu cérémonieux. Monsieur Le Guern est crieur de profession, par son arrière-arrière-grand-père. Il déclame les nouvelles du quartier au carrefour Edgar-Quinet Delambre.
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