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Monster - Patty Jenkins

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Masques de Venise
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MessageSujet: Monster - Patty Jenkins   Dim 28 Déc - 18:53




Titre original : Monster

Titre français : Monster

Réalisateur : Patty Jenkins

Scénario : Patty Jenkins

Photographie : Steven Bernstein

Montage : Arthur Coburn & Jane Kurson

Musique : Brian Transeau

Genre : Thriller

Studios : Metropolitan Video

Pays d'Origine : USA - 24 décembre 2003

Date de sortie en France : 14 avril 2004

Durée : 109 mn

Audio : anglais, français

Sous-titres : français

Sous-titres pour malentendants : sans


Rôles Principaux : Charlize Theron (Aileen Wuornos, dite "Lee") - Christian Ricci (Shelby Bell) - Thomas (Bruce Dern) - Pruitt Taylor Vince (Gene) - Scott Wilson (Horton Rohrbach) - Lee Tergesen (Vincent Corey, première "victime" d'Aileen)


Le film "Monster" est basé, ainsi que vous l'indiquent la jaquette et le générique sur une histoire vraie mais Hollywood n'a pu s'empêcher de revoir un peu l'original parce que, à l'exception notable du personnage principal, exécuté par injection létale en Floride, le 9 octobre 2002, tous ceux qui, à un titre ou un autre, apparaissent dans le film (y compris les morts comme le personnage jouée par l'admirable Lee Tergesen, pratiquement méconnaissable), ou en tous cas leurs familles, s'étaient opposés à l'utilisation des noms véritables.

Ainsi, jusque dans la mort, Aileen Wuornos, qui aurait eu tant besoin d'être protégée et choyée, était laissée à elle-même. Il faut dire que l'interprétation qu'en donne une Charlize Theron littéralement métamorphosée par les quatorze kilos qu'elle accepta de prendre pour le rôle, peut se comparer à un hommage rendu à celle qui reste à ce jour la plus célèbre, la plus atypique des tueuses en série américaine - et j'irai jusqu'à dire, sans honte aucune, la plus émouvante.

Déjà, premier malentendu de taille - que les groupes féministes ont largement contribué à glorifier : Aileen n'était pas homosexuelle. Ses préférences allèrent pendant très longtemps aux hommes - elle se maria même avec un homme de plusieurs années sont aîné - puis, sa vie devenant de plus en plus chaotique, il semble que la bisexualité propre à l'adolescence soit réapparue avant de se transformer, avec son coup de foudre pour Tyria Moore (interprétée par une Christina Ricci qui, elle aussi, a grossi pour la circonstance de cinq kilos et porte dans le film le patronyme de Shelby Wall), en une lesbienne pure et dure.

Le film, au demeurant construit sur un scénario habile et qui n'hésite pas à souligner le cynisme amer de la vie de l'héroïne, se concentre sur la rencontre entre Lee (diminutif choisi par Aileen qui, d'ailleurs, de son vrai prénom, s'appelait Suzanne) et Shelby, la passion et la tendresse qui les unissent et l'impossibilité pour Aileen, à partir d'une passe particulièrement traumatisante pour elle (immense Lee Tergesen , en conducteur-violeur plus vrai que nature et absolument méconnaissable, fût-ce pour les aficionados d'"Oz", auxquels j'ai le grand honneur d'appertenir lol! ) de contituer à se prostituer sans tuer. La colère, énorme, bouleversante, inhumaine, qui taraude Aileen depuis sa toute petite enfance, sur lequel le film ne s'attarde pas, explose ici avec toute la puissance de caractère du personnage. "Une prostituée ?" me direz-vous. "Une prostituée alcoolique, ça peut avoir du caractère ?" Je vous vois sourire, non sans mépris : mais oui, une prostituée, alcoolique ou non, ça peut avoir énormément de caractère. Car il en faut, du caractère et du cran, pour faire tous les jours ce métier, surtout quand on le fait uniquement pour vivre et sans "mac" dans le coin. (Il paraît que certains "macs" essayèrent de s'attacher Aileen Wuornos mais aucun ne "dura" très longtemps : Aileen ne travaillait que pour elle et, depuis son père qu'elle ne connut jamais - c'était un schizophrène violent qui finit en prison pour s'être attaqué à un enfant de huit ans et y mourut égorgé - vouait aux hommes, ou plutôt au Mâle, un amour-haine farouche. Tout en les méprisant, tous en se méfiant d'eux, elle essayait pourtant, par tous les moyens, de se faire aimer par les hommes. Aimer. Le drame d'Aileen Wuormos, qui n'excuse pas les meurtres qu'elle commit mais qui explique bien des choses, est qu'elle ne fut jamais aimée pour elle-même.

Pas même par Shelby
, personnage que le film charge à vrai dire un peu trop en la représentant comme une oisive qui se laisse entretenir tout en sachant très bien comment Lee se procure l'argent qui leur permet de vivre. (Dans la réalité, le personnage de Tyria Moore exerçait de petits jobs, entre autres femme de ménage dans des hôtels et motels divers.) Par contre, ce qui est tout à fait exact, et que le film de Patty Jenkins restitue à la lettre, c'est que, après leur séparation, Shelby ne met pas longtemps à trahir Aileen. Le vieux principe de la justice américaine qui propose : "Vous, on vous blanchit de toute complicité bien que vous ayez été au courant et que vous ayez continué à vivre avec cette tueuse mais, en contrepartie, vous la chargez à bloc." Les entretiens téléphoniques de Shelby avec Aileen, déjà arrêtée et en prison, où Ricci joue à la petite fille perdue qui parle de se suicider parce qu'elle ne veut pas, elle, "aller en taule", ont bel et bien eu lieu sous le contrôle de la police. La véritable Aileen Wuornos se rendit-elle compte de qui la piégeait ainsi ? Dans le film en tous cas, l'instant où Charlize Theron comprend est, probablement, l'un des plus émouvants et en même temps des plus contrôlés de son interprétation pour laquelle, le 29 février 2004, date-anniversaire de celle dont elle avait si bien tenu le rôle, elle reçu l'Oscar de la meilleure actrice. (Elle reçut aussi d'ailleurs le Golden Globe et l'Ours d'Argent au Festival de Berlin, plus certains autres récompenses, toujours pour cette interprétation.)

A côté de la vérité des deux actrices principales, à côté de leur jeu et surtout à côté de celui de Theron, qui tient le rôle-titre (un titre par contre mal choisi, à notre avis : un film sur l'ignoble Gerard Schaefer, lui, mériterait amplement ce titre mais Wuormos, qui ne tortura jamais ses victimes, ne jouait pas, si l'on peut dire, dans la même catégorie, et heureusement pour elle), les qualités techniques du film restent correctes aux yeux du profane, sans plus. Les spécialistes y verront sans doute plus de choses mais, pour le spectateur-lambda ou même pour celui qui en sait un tout petit plus que la moyenne mais n'est jamais allé plus loin, l'interprétation rafle tout. Surtout, à notre avis, si l'on est une femme - une femme, hein, je n'ai pas dit une féministe, encore moins une femen ! - hétérosexuelle, bisexuelle ou lesbienne.

A noter également la musique et les nombreux extraits de groupes comme INXS, Blondie, Duran Duran et bien d'autres qui parsèment la bande-son. Wuormos était très attachée à la musique. Dans le Couloir de la Mort, elle écoutait en particulier Nathalie Merchant, la chanteuse du groupe 10 000 Maniacs. Et lorsque ses cendres furent dispersées, Merchant, après avoir quelque peu hésité mais émue d'avoir touché le coeur de Wuornos à travers sa voix et sa musique, autorisa que fut jouée la chanson que préférait la disparue : "Carnival."

Pour en savoir un peu plus sur la personnalité et le destin hélas ! hors normes, dans le mauvais sens, d'Aileen Wuornos, nous vous conseillons le livre "Femmes Serial Killers" de Peter Vronsky - dont nous rendrons bientôt compte sur Nota Bene Wink - et bien sûr "Aileen : Life & Death of A Serial Killer" de Nick Broomfield et Joan Churchill, disponible sur Amazon et sous-titré en français - avec le "Carnival" de Merchant en bande-son, avec son plein accord. Vous y verrez Aileen Wuornos telle qu'elle fut, avec ses colères, ses sautes d'humeur inexplicables, sa gentillesse aussi, bref tout ce qui prouve que, eût-on pris le temps de s'occuper d'elle en temps voulu, dans l'enfance, elle aurait peut-être appris à dominer sa haine et ses souffrances. Car si le QI verbal d'Aileen Wuornos n'était que de 80 environ, d'autres aspects de ce même QI étaient largement au-dessus de la moyenne. Comme il arrive malheureusement très souvent et sans qu'on puisse l'expliquer chez les tueurs en série.

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Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
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