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Fedor Mikhaïlovitch Dostoievski

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Masques de Venise
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MessageSujet: Fedor Mikhaïlovitch Dostoievski   Dim 22 Mai - 16:50




Преступление и наказание
Traduction : George Philippenko, Nicolas Berdiaeff et Elisabeth Guertik


Si vous n’avez pas encore lu « Crime et Châtiment » et que vous vous en inquiétez, conservez votre sang-froid et demeurez optimiste : je ne l'ai moi-même achevé que quelques jours après mon entrée officielle dans ma quarante-sixième année.  

Il faut dire que, avec son image à la fois mystique et sensuelle, dans la droite ligne de la tradition slave, Fédor Dostoievski a de quoi faire peur. Qui pis est, le malheureux avait, tout comme notre Victor Hugo national, une faiblesse accentuée pour les développements et digressions philosopho-religieuses qui atteignent leur summum dans « Les Frères Karamazov. » Ca et les patronymes russes si pittoresques mais dotés de rallonges multiples ont fait fuir plus d’un lecteur pourtant bien résolu à « aller jusqu’au bout » de Dostoievski. La voie du succès littéraire est jalonnée d'injustices ineptes. Sniffsniff

Je parle d'injustice car, si l’on observe « Crime et Châtiment » d’un point de vue purement technique, on ne peut que s’incliner devant l’impeccable rigueur de la construction. Aucun détail n’y est superflu, un personnage qui nous apparaît « de trop » dans la première partie s’avère en fait essentiel au bon fonctionnement de la troisième, le discours à la fois philosophique et social de Raskolnikov est tout, sauf fumeux, en un mot, si disparates qu’elles se présentent parfois, toutes les pièces du puzzle s’imbriquent au millimètre près.

Certes, on peut tiquer devant le goût mélodramatique de l’époque dont Dostoievski, qui publiait en feuilleton, était évidemment tributaire. Mais la nécessité de pousser le lecteur à acheter « la suite au prochain numéro » est aussi l’une des forces du roman : sans ce besoin, le romancier n’aurait sans doute pas organisé ses scènes de façon à laisser presque toujours le lecteur sur sa faim.

L’épilogue et la « rédemption » du héros laissent aussi à désirer – enfin, c’est mon avis. Mais l’idéologie religieuse de Dostoievski s’inspirant bien entendu du principe chrétien : « Souffrez et il vous sera pardonné » me rend sur ce plan fort peu objective, voire facilement exaspérée, je tenais à le préciser.  :dchs:

L’intrigue est à la fois très simple et très complexe. Raskolnikov, jeune étudiant d’une intelligence certaine et même brillante mais de complexion indéniablement caractérielle, se détache de ses études et, au lieu de chercher à les payer en travaillant en parallèle en tant que précepteur ou traducteur occasionnel, comme son ami Razoumikhine, s’enferme peu à peu dans son monde et se pose la question suivante : le meurtre d’un être mauvais, pervers, fourbe, parasite et inutile peut-il se justifier par les bienfaits éventuels que la disparition de cette personne apporterait à plus malheureux qu’elle ? Et, par extension, tout est-il permis en ce bas monde si l'intention est bonne ?

Pendant ce temps, Raskolnikov apprend que sa sœur, Dounia, se décide à épouser un homme qu’elle n’aime pas, Piotr Petrovitch Loujine, afin d’échapper à une situation de gouvernante chez autrui et de garantir du même coup l’avenir de sa mère et aussi les études de son frère.

Dans la fièvre de ses idées et dans la rage de son orgueil, il se rend chez une vieille usurière chez qui il avait déjà déposé un « gage » afin de reconnaître les lieux et l’assassine à coups de hache. Le hasard – encore lui – le force à tuer également la sœur de sa victime, Elisabeth, qu’il prétendait pourtant délivrer la première de la tyrannie de la vieille femme.

De fil en aiguille et même si Raskolnikov, par une chance inouïe (on serait tenté d’écrire la chance du débutant), échappe aux recherches de la Police, la mécanique s’emballe. Bien loin de se sentir délivré et heureux, bien loin de se sentir l’un des ces hommes « extraordinaires » qui, selon lui, ont le droit de tuer pour le bien de l’Humanité, Raskolnikov s’enfonce de plus en plus dans la détresse morale et l’insatisfaction.

En arrière-plan apparaissent une foule de personnages : l’ivrogne et père indigne, l'ancien fonctionnaire Marmeladov, qui a laissé sa fille, Sonia, se prostituer et se mettre « en carte » pour que mange toute sa famille ; Catherine Ivanovna, seconde épouse, puis veuve de Marmeladov (lequel se suicide en se jetant sous les pas d’un cheval de fiacre), qui finit par perdre la raison après l’enterrement mémorable de son époux ; le prétendant de Dounia, Pierre Petrovitch Loujine, l’un des « salauds » les plus terribles et les plus tartuffards de toutes la littérature ; l’exubérant et intègre Razoumikhine, ami et condisciple de Raskolnikov, qui finira pas épouser Dounia ; l'énigmatique Porphyre Petrovitch, juge d’instruction très tôt persuadé de la culpabilité de Raskolnikov et à qui Harry Baur prêta jadis sa silhouette monolithique dans le film de Pierre Chenal ; Lebeziatnikov, le socialiste utopiste, exaspérant mais foncièrement honnête et qui aime en secret Sonia Marmeladov ; et Sophie Semionovna, justement, la fille de Marmeladov, la « fille perdue » qui tombera amoureuse du héros si tourmenté de Dostoievski et le suivra au bagne. Sans oublier le personnage d’Arcady Svridigailov, ex-escroc, ex-tricheur professionnel, propriétaire terrien qui avait failli « perdre de réputation » la sœur de Raskolnikov et qui, toujours amoureux d’elle, se suicide tout à la fin du roman lorsqu’il comprend qu’elle ne l’aime pas et ne l’aimera jamais.

Oui, on se suicide beaucoup chez Dostoievski. Mais cela passe à peine pour une marque de faiblesse. C'est plutôt l'aboutissement d'une quête quasi mystique - en tous cas, je l'ai ressenti comme tel.

Quand on sait que Dostoievski travaillait sans plan pré-établi, conservant les grandes lignes de son intrigue uniquement dans sa tête et avançant à coups de petits dialogues griffonnés sur ses carnets, on ne peut que rester ébloui par le résultat ainsi obtenu. Par sa concision, par l’ampleur des questions qu’il soulève cependant et par la puissance des personnages, « Crime et Châtiment » est un grand livre. Et si vous ne deviez lire qu’un seul roman de Dostoievski, ce serait lui qu’il faudrait choisir. Sans hésitation.  
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André B.
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MessageSujet: Re: Fedor Mikhaïlovitch Dostoievski   Lun 23 Mai - 2:10

Et ce d'autant plus qu'il y a chez Raskolnikov un peu de chacun des frères Karamazov par exemple.

Raskolnikov est à la croisée de deux mondes, l'ancien c'est à dire celui où l'idéal de vie selon le Christ s'imposait de lui-même et le nouveau, celui sans Dieu.

C'est un peu comme si Raskolnikov allait sonder sa conscience dans l'espoir d'entendre résonner ... difficile à dire que ce qu'il espère entendre résonner, le vide ou l'écho de Dieu ?

On dirait que Dostoievski nous refait le coup du Cogito de Descartes mais d'un point de vue moral.

Et Dostoievski, oui je l'avoue ... ( attention !!! ) et bien j'ai toujours eu l'impression qu'il ne voulait de Dieu que par amour de la morale, si si, histoire de pouvoir fonder la morale en Dieu.

Dieu mène à tout à condition de tourner indéfiniment autour ! :sailor:
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MessageSujet: Re: Fedor Mikhaïlovitch Dostoievski   Mar 25 Oct - 21:38

Il était hanté par l'idée de Dieu. Son "sauvetage" devant le peloton d'exécution y est sans doute pour beaucoup. Les Grecs y auraient vu l'oeuvre des Destins mais les Grecs étaient cyniques et les Russes, de leur côté, sont si mystiques ...

Tout ça me donne envie de relire Karamazov.

Au calme, si possible.
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André B.
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MessageSujet: Re: Fedor Mikhaïlovitch Dostoievski   Mer 26 Oct - 1:34

Les Grecs y auraient vu l'oeuvre des Destins en effet et en auraient sûrement fait une tragédie mais chez eux je pense que Raskolnikov n'aurait pas survécu.

La tragédie grecque est le lieu d'une déchirure entre le domaine de l'humain et celui du " daimon ".

Dans la tragédie russe " Crime et chatiment " que fait Raskolnikov ? Il se demande si Dieu existe et pour en avoir le coeur net il tue deux petites vieilles en se disant qu'il verra bien ce qui se passera ensuite. En gros si Dieu n'existe pas il ne se passera rien puisque alors tout serait permis et si Dieu existe, attention bonjour les chambardements intérieurs !

C'est dans ce meurtre qui s'apparente à une quête que réside la déchirure du héros tragique de Dostoievski.

Je ne peux m'empêcher de penser à la phrase d'Ajax dans la tragédie du même nom de Sophocle qui reprenant ses esprit, Ajax hein pas Sophocle, après avoir tué ses compagnons lors d'une nuit de folie où il les prenait pour des Troyens se réveille et dit " Malheureux, j'ai de mon propre bras déchaîné les génies vengeurs ".

Mais chez les Grecs il n'y a pas de rédemption possible parce qu'en gros il y a d'abord un ordre du monde et un seul contre lequel Ajax a eu le tort de s'élever.
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Fabien
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MessageSujet: Re: Fedor Mikhaïlovitch Dostoievski   Dim 9 Avr - 19:12

Mon dieu vous en avez vu des choses sur la philosophie religieuse dans ce livre? Je suis en train de livre en plein second tome et l'histoire est passionante, comme la dit masque de venise, nous sommes tenues en haleine comme dans un bon polar. le coté psychologique des personages est vraiment très aboutis à tel point que tout les raisonements semblent parfaitement implacable tout semble limpide, évident.

Tout a été dit par MDV, ce livre me fait une excellente impression.
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MessageSujet: Re: Fedor Mikhaïlovitch Dostoievski   Lun 10 Avr - 0:12

Fabien a écrit:
Mon dieu vous en avez vu des choses sur la philosophie religieuse dans ce livre?

Chez Dostoïevski elle constitue généralement la toile de fond. Lorsque tu lis ses oeuvres principales, tu constates qu'il y a presque toujours un personnage - Aliocha dans les Karamazov et le prince Mychkine dans l'Idiot en sont des archétypes - dont on peut dire " il voulait le royaume de Dieu sur terre. "

Ici Raskolnikov est un personnage dont à la fin du bouquin on peut dire " il voulait le royaume de Dieu sur terre. "

Il ne faut pas négliger cette lecture de type " roman d'apprentissage " ; à mon avis elle constitue l'approche que privilégiait Dostoïevski.
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MessageSujet: Re: Fedor Mikhaïlovitch Dostoievski   Lun 10 Avr - 18:46

Tu as tout a fait raison ! Mais soit je ne l'ai pas vu parceque je ne l'ai pas fini, soit l'analyse est trop fine pour moi.
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MessageSujet: Re: Fedor Mikhaïlovitch Dostoievski   Mar 11 Avr - 1:24

La première fois que j'ai lu Crime et Chatiment, cela m'avait totalement mais vraiment totalement échappé.

Je pense qu'il y a une spécificité de la grande littérature russe, notamment sa religiosité. Là, on est chez les orthodoxes, plus chez nos catholiques. Je ne suis pas spécialiste des doctrines mais en gros on peut dire que chez nous la religion dit " hors de l'église point de salut, pour accéder au paradis, écoutez et obéissez à vos curés, le royaume de Dieu, ce sera pour plus tard, pour vous récompenser d'avoir été gentil. " Chez les orthodoxes, l'ambiance est plutôt, " eh attention, le royaume de Dieu, c'est ici sur terre qu'il faut le réaliser. " Les religieux, Zossima par exemple dans les Karamazov, sont perçus non comme des obstacles entre l'homme et " le royaume de Dieu " mais comme des sortes de modèles " vivant " ce " royaume de Dieu ".

Dans l'Idiot, le prince Mychkine vit et même fait vivre autour de lui ce " royaume de Dieu " : il va droit à " l'âme souffrante " sans s'arrêter à la convenance. Quand on a lu l'Idiot - qui est assez limpide - on relit Crime et Chatiment avec une nouvelle familiarité dostoïevskienne.

Si tu as le temps, tu peux lire un ou deux évangiles, ça se lit rapidement, même pas une heure par évangile, et continuer Dostoïevski, tu apprécieras davantage car l'ambiance de religiosité s'imposera à toi avec une sacrée évidence !

Raskolnikov c'est le héros de la perdition au bout de laquelle la lumière du rachat se fait, lumière qui lui révèle sa nature angélique. Le père et la belle-mère de Sonia sont aussi un peu des personnages comme ça, il faut qu'ils causent le malheur d'autrui pour éprouver ce sentiment de solidarité humaine.
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MessageSujet: Re: Fedor Mikhaïlovitch Dostoievski   Dim 23 Avr - 12:59

Voila crime et chatiment est terminé.



Il réside dans ce roman une atmosphère indescriptible; le crime abominable de raskolnikov repose sur une logique presque plausible, presque perceptible bien qu'elle soit fondé je pense sur un orgueil démesuré et sur une confiance en soi trop importante. C'est surement cela qui l'a perdu, i avait tout calculé sauf sa propre défaillance.


Après son double meurtre, tout s'ébranle, il tombe dans une sorte de folie, où razoumikhine son amie va l'aider jusqu'à la fin du roman( et se taper sa soeur Laughing ). Qu'elle ironie tout de même qu'après son meurtre il trouve des solution à son problème , comme si il s'était trop précipité, l'argent de Loujine, son article publié lui aurait permis d'avoir des portes de sortyis et encore plus l'agent de Marfa Petrovna !
Tout ca rajoute certainement à sa souffrance d'avoir tué. Mais cela lui permet indirectement de faire du bien autour de lui...
L'absence de remords jusqu'à la fin m'est incompréhsenible de sa part, surtout pour la soeur de la vieille usurière.



Ne se réfugie-t-il pas à la fin du roman dans la religion lorsqu'a part sofia il n'a plus rien à quoi se raccrocher. J'y vois la une critique de la religion, qui dirait qu'on ne s'intéresse à la religion qu'en dernier recours, que lorsque plus rien ne nous tends la main, comme un ultime secours.
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MessageSujet: Re: Fedor Mikhaïlovitch Dostoievski   Mer 6 Aoû - 16:30

Il ne représentera pas l'âme russe comme beaucoup le pensent, Tchékov est beaucoup plus représentatif du caractère russe.
Dostoïevsky est beaucoup trop excessif avec ses personnages, ils ne sont que des exceptions.
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MessageSujet: Re: Fedor Mikhaïlovitch Dostoievski   Jeu 26 Mar - 15:03

Quel livres pour découvrir l'âme russe ? Autant dans les essais, les romans que les documentaires.


Merci d'avance à :-)
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MessageSujet: Re: Fedor Mikhaïlovitch Dostoievski   Jeu 26 Mar - 15:28

Je pense que les nouvelles de Tourguenev sont très réels d'une certaine époque, ainsi que Tchékov ou Pouchkine.
Troyat connait parfaitement les Russes plus récents, il fut très psychologue.
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MessageSujet: L'Eternel Mari   Sam 29 Aoû - 20:17



Вечный муж
Traduction, notice et notes : Boris de Shloezer
Préface : Roger Grenier


ISBN : 9782070360970

Extraits

Personnages



Voici un roman qui gagne a être lu deux fois surtout si l'on garde en mémoire le film, très français, de Pierre Billon (avec Jacques de Casembroot comme assistant), réalisé en 1946, avec un Raimu magistral d'émotion et de sadisme et une petite Lucy Valnor qui en arrive à faire oublier la réplique, à notre avis plutôt faible, qu'Aimé Clarion, dans le rôle de Veltchaninov, donne à l'acteur marseillais. A la première lecture en effet, c'est le film français qui vous vient en tête et vous cherchez désespérément Lisa à chaque page Jelisavecplaisir alors que, dans le roman, la petite ne fait que de brèves, mais il est vrai très significatives apparitions. Mais quand vous vous décidez à une seconde lecture, et si vous avez réfléchi également sur l'aspect toujours très commercialement émotionnel du cinéma, alors "L'Eternel Mari" devient pour vous l'un des meilleurs romans de son auteur :poingordi: , celui qui, avec "Le Joueur" par exemple et, à la limite, "L'Idiot", demeure le plus classique, le plus facilement lisible (en tout cas sans trop de maux de tête Wink ), au contraire par exemple des mythiques, exténuants et éblouissants "Frères Karamazov."

A y regarder un peu mieux, "L'Eternel Mari "est un récit des plus complexes où se mêlent, en un sombre et grouillant noeud gordien, l'amitié, la haine, un soupçon d'homosexualité trouble, deux personnalités l'une carrément sado-masochiste (Pavel Pavlovitch Troussotzky), l'autre sado-narcissique (Alexei Ivanovitch Veltchaninov), deux femmes, toutes deux épouses du premier, l'une, Natalia Vassilievna, qui le menait par le bout du nez et l'autre, Olympiada Semionovna, qui fait de même et qui, tout comme la première, la défunte, prend des amants à droite et à gauche, au nez et à la barbe de son époux, lequel paraît avoir complètement oublié ses avatars de mari cocu et mieux encore la souffrance et le drame qui en sont sortis.

Chose d'autant plus étonnante que "L'Eternel Mari" tourne jusqu'à son dernier chapitre, ou presque, autour de l'adultère de Natalia Vassilievna avec Veltchaninov, neuf ans plus tôt, adultère qui s'est soldé par la naissance d'une petite fille, Lisa, que Troussotzky a cru sienne jusqu'au décès brutal de son épouse et la découverte d'une certaine cassette Evil or Very Mad . Du coup, il semble bien que Papa Jekyll se soit transformé en un Papa Hyde dont la plus grande jouissance n'est plus que de tourmenter la pauvre petite qui, elle, évidemment, ne sait rien du choc terrible ressenti par celui qu'elle continue à prendre pour son père biologique.

Avec un raffinement de sadisme incroyable, Troussotzky emmène Lisa à Pétersbourg où il a retrouvé la trace de Veltchaninov - et précisons d'ailleurs que Natalia Vassilievna a tout fait pour que son ancien amant ignore sa paternité. Il descend dans un hôtel de bas étage, y amène des filles que sa cruauté envers la petite épouvante et met même en colère au point que l'une d'entre elles lui crache en plein visage, met à profit le suicide de l'un des locataires, dont Lisa avait malheureusement vu le cadavre encore pendu à son noeud coulant, pour menacer la petite de faire de même si elle continue à être méchante et contrariante avec lui, son père qui l'aime tant ...

Lentement, image fugitive, fuyante, puis vision qui s'incruste avant de se figer, il suit Veltchaninov qui finit par le remarquer assez vite. Cette tête-là, cette tête éternellement coiffée d'un chapeau rond aujourd'hui porteur d'un crêpe de deuil, étonne et inquiète vite le poursuivi. Déjà hypocondre par nature et fortement stressé, Alexei Ivanovitch se rappelle vaguement ce visage et la silhouette courtaude de ce petit homme à demi chauve mais pas plus : il est incapable de lui donner un nom scratch . Or, voilà qu'une nuit - notez que, officiellement, il est tout de même une heure du matin - Pavel Pavlovitch s'en vient chez son rival et cherche à entrer dans son appartement en tournant et retournant le bouton de porte, comme quelque goule qui, derrière, essaie mais s'amuse surtout à faire peur. Veltchaninov qui n'est lâche que dans sa vie sentimentale, ouvre carrément la porte et c'est le Face à Face. affraid

Avec reconnaissance, de part et d'autre.
Feignant une timidité, une douceur qu'il est bien loin d'éprouver et visiblement ivre, Pavel Pavlovitch apprend à son ennemi qu'il est veuf, lui demande, les larmes aux yeux, s'il se souvient encore de tout le bon temps qu'ils passèrent tout deux avec "la chère Natalia" ... et patati ... et patata ... De fil en aiguille, et comme aimanté par quelque chose dissimulé en ce paillasse étrange, qu'il sent d'ailleurs bien plus feindre le paillasse qu'en être un authentique, Veltchaninov se rend dès le lendemain chez Troussotzky.

Et là, coup de théâtre suprêmement sadique : il le trouve en train de hurler et même de brutaliser une jolie petite fille en larmes qui le supplie de ne pas boire, de "ne pas faire ça", de ne ... L'entrée de Veltchaninov met fin, provisoirement, à la scène mais Troussotzky, au comble de la jouissance, fait rebondir toute la scène en avouant tout simplement à son visiteur - que, prétend-il, il n'attendait plus - que Lisa n'est autre que la fille qu'il a eue, lui, Pavel Pavlovitch, avec son épouse défunte. Une enfin qu'il aime à un point, Monsieur ! ... Elle lui rappelle tant sa pauvre épouse ... Sniffsniff Mais que voulez-vous ! il faut bien éduquer, ne pas relâcher la discipline sous prétexte que Lisa, désormais, est orpheline de mère ... :whip:

Veltchaninov n'est pas dupe. Une confidence échappée à son ancienne amante, un rapprochement entre deux mois plus deux mois qui en font quatre, l'instinct aussi, tout lui assure que cette petite Lisa est bien sa fille, à lui, et non celle de l'odieux Pavel Pavlovitch. Il parvient à l'envoyer pour des vacances chez une famille de ses amis mais la petite tombe très vite malade et, comprenant que celui qu'elle tient - et tiendra jusqu'au bout pour son père - ne viendra pas la voir, elle se laisse mourir.

Précisons les choses tout de suite : pas une seule page de mélo dans cet ouvrage d'un écrivain qui, pourtant, savait le pratiquer comme pas un. L'écriture est nette, claire, classique, et en même temps bourrée de sous-entendus. Les deux personnages principaux s'affrontent dans une ambiguïté terrible car, jusqu'au bout, l'auteur n'est pas si sûr et si certain que cela (Veltchaninov lui-même est effleuré par le doute) que, malgré son sadisme affiché, Pavev Pavlovitch n'a jamais cessé de considérer Lisa comme sa fille et de l'aimer en tant que telle. C'est ce qu'il y a de plus beau et de plus horrible dans ce livre où Dostoievki, avec ce génie qui était le sien et qui se fait ici moins complexe, en tout cas, je le répète, en apparence, se penche une fois de plus sur la question du double que nous sommes tous - quand nous ne sommes pas triples ou quadruples.

L'étude, toute en sous-entendus dont on perd la trame sans comprendre comment elle a pu se dissoudre ainsi avant de la retrouver brusquement, se propulsant vers votre nez comme un véritable coup de poing, des rapports entre Troussotzky et Veltchaninov est un summum de profondeur, de nuances, de mystères. Dostoievski, s'il dépeint un homme que Veltchaninov, de nature plutôt extravertie, finit par appeler un "éternel mari", s'attache à démontrer les sentiments amicaux non-feints qui, à une certaine époque, ne les en ont pas moins liés l'un à l'autre. En russe d'ailleurs - et l'on sais l'importance que Dostoievski apportait aux noms de ses personnages - l'opposition entre les deux noms est frappante, révélatrice : car si "vel" est une syllabe qui évoque la force, la puissance, il y a, dans "Troussotzky", tout son opposé, une faiblesse, une mollesse qui pousse le lecteur à se demander si l'auteur n'est pas tenté ici d'évoquer le phénomène de l'homosexualité sous-jacente (et particulière) entre deux hommes amoureux de la même femme tout comme, dans "Les Démons", il dépeint, de façon il est vraie beaucoup plus crue, à tel point que le chapitre où il en parle est toujours placé en fin d'ouvrage, l'attrait de son héros pour les fillettes.

Que dire, après cela ? Si ce n'est peut-être qu'il faut lire "L'Eternel Mari" en prenant son temps, en songeant que chaque mot est pensé, choisi, à sa place (consciemment ou pas), y voir aussi une espèce de tragédie grecque revue et corrigée par l'âme slave : les deux "mortels" qui s'affrontent (Pavel Pavlovitch et Veltchaninov), tous deux avides de se venger, de rendre coup pour coup, tout cela sous l'oeil des Dieux impassibles ; Lisa, personnage-clef certes, personnage si mal-aimé par un père qui l'adule tant qu'il la croit sienne mais à qui sa mère manifeste peu d'affection, sauf lorsqu'arrive pour elle l'heure de sa propre mort, Lisa qui, sans avoir franchi l'Achéron, n'est déjà plus de ce monde ; et enfin le spectre sorti de l'Hadès, la Mère défunte, qui est là, dont on nous donne un, deux, trois portraits - lequel est le vrai ? le plus proche en tous cas de la vérité ? - et qui, aux âmes sensibles, donnera l'impression de chercher à attirer sa fille dans ses rets, peut-être, il est vrai, pour la faire enfin échapper à une douleur affective que la pauvre enfant aura connue sur le bout des doigts ?

Après cette lecture, tâchez de vous procurer Raimu dans le rôle de "L'homme au chapeau rond". Il ne laisse pratiquement rien à ses partenaires mais cette ambiguïté terrible qui semble le fond de la nature de Pavel Pavlovitch, il l'a rendue d'une manière qui, soyons-en certains, eût séduit Dostoievski.

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MessageSujet: Re: Fedor Mikhaïlovitch Dostoievski   Dim 30 Aoû - 16:54

La microbiographie de Fedor Mikhaïlovitch Dostoievski vous attend ici.
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MessageSujet: Les Pauvres Gens   Mer 30 Déc - 19:49



Бедные люди
Traduction : Sylvie Luneau
Préface : Richard Millet


ISBN : 9782070428816

Extraits
Personnages


Premier roman de Dostoievski, "Les Pauvres Gens", dont il rédigea et re-rédigea (en fait, il existe deux exemplaires qui précèdent le texte que nous connaissons) l'intrigue en 1843 tout en traduisant l'"Eugénie Grandet" de Balzac, présente la particularité d'être (en tous cas pour la connaissance que j'ai personnellement de l'oeuvre de Dostoievski), son seul roman épistolaire. L'échange de lettres s'effectue entre un vieux fonctionnaire qui ne tardera pas à se retrouver à la retraite, Macaire Alexéievitch Diévouchkine, et une jeune fille qui habite quelques rues plus loin et envers laquelle il a conçu une tendresse mi-paternelle, mi-amoureuse mais jamais malsaine, Varvara Alexéïevna Dobrossiélova. Tous deux sont parents à titre assez éloigné et tous deux, en dépit de leur différence d'âge et de situation, doivent se battre tous les jours pour pouvoir se nourrir - et encore de manière assez modeste.

Si Alexandre Herzen, le "père du socialisme russe", considère, non sans raison, "Les Pauvres Gens" comme le "premier vrai roman socialiste de notre littérature", le livre, en dépit de son statut de premier roman et de son allure un peu chaotique, tient également du mélodrame (Dostoievski n'y renoncera jamais vraiment), de l'étude de moeurs et de la chronique, simple et franche, de ce qu'était la vie à St Pétersbourg (et dans la Russie impériale) pour ce que je suis tentée d'appeler non pas "la classe moyenne" mais "la classe moyenne de la classe moyenne."

La Sainte-Mère-Russie a toujours été terre à part - et elle l'est restée, heureusement pour notre Occident actuel. Les horreurs d'Ivan IV, horreurs qu'on pourrait, non sans raison, qualifier de "révolutionnaires" dans leur action contre les boyards, y côtoient sans problème le "despotisme éclairé" de la Grande Catherine (allemande de naissance mais plus russe que bien des tsarines nées sur place), l'énorme problème du servage et de la meilleure façon d'y mettre fin tout en respectant la rationalité, les chantres complètement déjantés et strictement laïcs du nihilisme de la fin du XIXème, la confiscation du pouvoir, en octobre 1917, par une minorité politique communiste qui allait régner, puis regarder l'immense empire se désagréger jusqu'en 1989, le "nuage nucléaire" qui respectait les frontières ( ) de Tchernobyl en 1986, la corruption d'un Ieltsine et enfin la naissance du seul vrai homme d'Etat - pour l'instant - du XXIème siècle, un certain Vladimir Poutine, corrompu certes lui aussi et ancien du KGB, mais qui partage avec les tsars antiques l'amour de son pays et la volonté farouche de le défendre contre tous ses ennemis.

Côté littérature (sans oublier la musique, bien sûr), la Russie ne fut jamais en reste. Elle a donné à notre Patrie Universelle à Nous, les Lecteurs, quelques uns de ses plus grands auteurs, certains méconnus ou peu connus (Ivan Bounine ou encore le fabuleux Gontcharov - nous reparlerons de celui-ci et de son génial et désespérant "Oblomov"), d'autres, disons, classiquement célèbres comme Tourgueniev (dont nous reparlerons aussi  Wink ) sans oublier les Incontournables que sont le comte Léon Tolstoï et l'immense et quasi hugolien, s'il n'était aussi mystique, Fedor Mikhaïlovitch Dostoievski. Je m'arrêterai là mais le XXème siècle, en dépit de la dictature communiste, n'a pu endiguer le flot impérieux de cet Oural littéraire et vous connaissez bien, vous, mon amour profond pour, par exemple, Mikhaïl Boulgakov.

Pour en revenir au quotidien, si les fonctionnaires (tsaristes ou communistes) avaient la sécurité de l'emploi, tous ne roulaient pas sur l'or. Macaire Diévouchkine, s'il envoie parfois quelques kopecks à Varinka, en reçoit aussi de sa part. Perdus dans la tourmente pétersbourgeoise des gagne-petits - Varvara travaille en qualité de couturière et retoucheuse - ils s'accrochent l'un à l'autre, se réconfortent, sombrent chacun à son tour dans des crises de désespoir et se dirigent, lentement et inexorablement, le premier vers la Mort qui l'attend et la seconde vers un mariage avec un homme (Bykov) qu'elle n'aime pas du tout et dont on peut parfois se demander s'il n'a pas, avec la complicité de sa logeuse, abusé d'elle. A moins que la logeuse (qui est aussi une vague parente, il me semble), ne s'en soit allée raconter des horreurs sur l'amour, en principe platonique, que vouait Varvara à un co-locataire étudiant qui donnait des cours à Sacha et, du même coup, à sa cousine Varinka [= diminutif de Varvara]. Nous sommes dans les années 1840 et, que ce soit en Russie ou ailleurs, la réputation d'une jeune fille est chose qui se perd vite, que cela se fonde ou non sur la vérité.

Il ne semble pas toujours au lecteur que nous ayons toute la correspondance échangée entre Diévouchkine et sa parente et protégée. Enfin, c'est du moins l'impression que j'ai eue - contrairement à ce qu'il se passe par exemple dans "Les Liaisons Dangereuses", qui date du siècle précédent et que l'on doit à cet Orléaniste acharné - hélas ! nul n'est parfait  - mais écrivain remarquable que fut Choderlos de Laclos. D'où, parfois, l'impression de s'embrouiller et d'aller un peu du coq à l'âne. Mais ce qui demeure, pratiquement intangible, c'est l'étude de moeurs, la description sociale d'une classe qui vivote (et parfois végète) tout en se devant de garder les apparences, ce qui est loin d'être facile. La peinture est fascinante et, pour un coup d'essai, c'est un coup de maître. "Les Pauvres Gens" connaîtra d'ailleurs un succès qui mettra ensuite longtemps à s'attacher à l'écrivain avec, en 1861, "Humiliés & Offensés", puis les inoubliables "Souvenirs de la Maison des Morts", dans lesquels Dostoievski évoque ses années de bagne. A partir de là, tout est acquis : à jamais et pour toujours, Dostoievski prend sa place parmi les grands écrivains russes.

En tant que premier roman d'une carrière littéraire quasi emblématique, "Les Pauvres Gens" est à lire même si l'on y tombe çà et là sur des maladresses bien compréhensibles et si l'on se demande comment tout cela aboutira aux "Démons" ou aux "Frères Karamazov." On y perçoit déjà l'humour de l'auteur (oui, ce désespéré exaspérant avait aussi de l'humour quand il s'y mettait) qui, très impressionné par "Le Manteau", de Gogol, lequel faisait un tabac à l'époque, donne à ses "Pauvres Gens" plusieurs niveaux de lecture dont, justement, celui d'un pastiche de la nouvelle de Gogol. Un pastiche cependant assez pathétique et qui souligne l'absurdité de la situation dans lequel se retrouve le héros (fonctionnaire lui aussi) de l'auteur des "Âmes Mortes" en exaspérant la mise presque de gueux avec laquelle le pauvre Diévouchkine, qui n'a pas assez d'argent pour se vêtir comme il faut, se rend consciencieusement à son bureau. Son supérieur hiérarchique ira même jusqu'à - mais très discrètement, très humainement - lui avancer cent roubles pour l'aider au moins à s'acheter des bottes dignes de ce nom ...

Mêlant le mysticisme le plus slave au matérialisme le plus réaliste, Dostoievski a montré très tôt les dents contre un système sociétal qui lui semblait - et qui était - à la fois injuste et absurde. Un peu bancal encore (en dépit de l'excellence des critiques, sauf celle de Tourgueniev dont la mésentente avec Dostoievski est passée à la légende), "Les Pauvres Gens", malgré ses imperfections, annonce déjà ce que deviendra l'univers de Dostoievski, cet univers sombre, tourmenté, loufoque, baroque, mélodramatique, d'un modernisme parfois paradoxal car l'auteur n'aimait guère le principe. Et c'est pourtant avec ce roman que Fedor Dostoievski ouvre une nouvelle porte dans la littérature russe. Il ne le sait pas, certains autour de lui s'en doutent mais pour nous, lecteurs d'aujourd'hui, cela reste un plaisir et un honneur de l'emprunter à sa suite.

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MessageSujet: Le Double   Ven 15 Jan - 21:32



Двойник
Traduction & notes : Gustave Aucouturier
Préface : André Green


ISBN : 9782070372270

Extraits
Personnages



Second roman de Dostoievski qui, tout heureux du succès insigne remporté par ses "Pauvres Gens", s'attendait là encore, étant donné l'ambition du thème traité, à un accueil des plus favorables, "Le Double", l'un de ses ouvrages pourtant les plus modernes, fit un "flop" lamentable. Le lecteur le bouda et, pire, les critiques n'y comprirent rien - ou pas grand chose. A la décharge de tout ce monde, il faut dire que, avec une prescience authentiquement visionnaire, Dostoievski nous offre, en 1846, date de parution du livre, une pré-définition de la théorie du "Moi", du "Ca" et du "Surmoi" que Freud sera le premier à faire admettre. Or, Sigmund Freud ne devait naître que dix ans après la parution du "Double", roman qu'il lut d'ailleurs dit-on avec intérêt - ce qui se comprend.

Tout cela, pour nous, lecteurs des siècles suivants, est aussi évident que le nez au milieu du visage. Mais pour ceux des années 1840, en Russie comme ailleurs, "Le Double" ne pouvait que dérouter, déstabiliser, voire causer un profond malaise. Pas seulement parce que la psychanalyse n'était même pas encore dans ses langes mais parce que, dans l'idéal littéraire romantique (et pré-romantique, d'ailleurs) international, en particulier dans celui des pays du Nord de l'Europe, l'idée du double est dominée, à l'époque, par l'empreinte fantastique, celle du doppelgänger allemand, de l'ombre, bien décidée à vivre "sa" vie, qui se fait la belle chez le Danois Andersen et de diverses entités de la même trempe dans telle ou telle nouvelle de divers auteurs. Quand il s'engagea dans la rédaction de son "Double" personnel, Dostoievski pensait certes au "Manteau" et au "Portrait" de Gogol mais il n'en reste pas moins vrai que, pour tenter une approche nouvelle et quasi inédite du thème, il n'entendait pas vraiment se limiter au fantastique pur. Avant de se mettre au travail, il avait d'ailleurs, signalons-le, rencontré un aliéniste et pris une foule de notes, ce qui donne à son texte une logique et une modernité plus proches de nous qu'elles ne pouvaient l'être des hommes du début du XIXème siècle.

Voilà pourquoi, à nos yeux en tout cas, "Le Double" reste l'un des romans les plus importants, sinon les meilleurs du jeune auteur moscovite. Et voilà aussi pourquoi vous retrouvez sa "fiche" dans notre rubrique "Littérature russe" et non pas "Littérature fantastique." Un détail de poids, si j'ose dire,  nous révèle qu'il n'est pas question ici d'épouvante : non seulement le narrateur (qui pourrait, selon la préface, correspondre à un "Moi" assez neutre d'autant qu'il s'exprime à la troisième personne) mais encore les personnages qui entourent le malheureux M. Goliadkine n'ont aucune difficulté à voir Goliadkine et son double tous les deux ensemble, jusque dans le même bureau de fonctionnaires d'où, peu à peu, le double ("Goliadkine cadet" comme l'appelle le plus souvent l'auteur) finit par l'évincer comme il l'évince au final de toute vie sociale, allant jusqu'à le remplacer dans sa vie personnelle. Les deux hommes sont donc physiquement, matériellement, sur le même plan, pour tout le monde, y compris pour le lecteur qui est bien obligé de s'en tenir à ce que lui raconte le narrateur.

Or, dans la filière fantastique proprement dite, pareil phénomène demeure impensable (sauf peut-être dans une "chute" de nouvelle) : jamais vous ne verrez l'un près de l'autre le Dr Jekyll et son "double" infernal, l'horrible Mr Hyde (autre version, superbe mais plus tardive et dans un tout autre registre, de la théorie du Moi-etc ... Lisez les nouvelles de Montagu R. James et, là non plus, s'il y est question de double, vous ne verrez celui-ci se manifester à côté de son "original" Dans celles de Walter Scott, non plus. C'est l'usage : nous sommes dans le fantastique, l'épouvante, l'horreur et l'irréalité, ce qui fait souvent passer le héros du texte ... pour fou, alors qu'il ne l'est pas, paradoxe qui crée la tragédie qui le frappe.

"Le Double" de Dostoievski, lui, adopte la démarche inverse : d'un homme - Jacob Goliadkine - que l'on voit, dès le début de l'histoire, consulter un aliéniste, lequel (le détail a son importance par rapport aux dernières lignes du texte) est russe et n'adopte un terrible accent germanique qu'à la fin de la visite ; d'un homme que l'on suspecte déjà de souffrir de paranoïa (et une manie de la persécution vraiment aiguë), donc ; d'un homme que les autorités psychiatriques de notre époque classeraient parmi les schizophrènes mais parviendraient sans doute à soigner à condition que le patient suivît régulièrement un traitement particulièrement lourd, il fait le héros d'un texte étrange, renversant où, malgré l'astuce de la narration à la troisième personne, nous nous trouvons exclusivement toujours "dans" l'esprit, on ne peut plus torturé, d'un homme que nous voyons - non sans horreur, c'est vrai    - dégringoler dans la maladie mentale pure et dure.

Ce qu'il y a d'hallucinant dans ce texte, ce n'est pas tant les très belles évocations d'un  Pétersbourg le plus souvent nocturne et enneigé, tout replié sous un froid et un gel implacables, ou les regards en coin qu'échangent entre eux les autres témoins de la déchéance de Goliadkine, mais la rigueur impitoyable et, n'hésitons pas à le répéter, visionnaire avec laquelle Dostoievski nous dépeint la descente bien réelle, dans les abîmes d'une folie tout aussi réelle, d'un personnage estimable et même estimé chez qui, pourtant, si on prend la peine de relire les premières pages, tout commence à débloquer - pour utiliser une formule certes un tantinet triviale mais admirablement parlante.

Des indices de la marche résolue de Goliadkine vers la démence, Dostoievski nous en donne énormément. Encore nous reste-t-il à les interpréter et la difficulté réside dans les face-à-face, devant témoins, des deux Goliadkine, le "vrai" et le "faux." Viennent alors des moments où nous nous égarons nous-mêmes sur la voie du fantastique et force est de reconnaître que l'histoire imaginée par l'auteur pour expliquer la co-habitation bien visible de ses Goliadkine - une lointaine parenté, expliquant entre autres leur exceptionnelle ressemblance physique (parenté dans laquelle l'entourage suspecte surtout le résultat d'une quelconque fredaine du père de M. Goliadkine) - nous semble toujours un peu faible. Disons plutôt qu'elle est mal présentée par un auteur ambitieux et qui, non seulement se cherche mais cherche une nouvelle littérature russe, et nous serons plus proches de la vérité. Elle demeure cependant possible et, même si elle les gêne, c'est à elle que se raccrochent tous ceux qui, dans le livre, approchent Goliadkine.

Evidemment, le lecteur peut imaginer que Goliadkine voit et comprend mal, que son entourage est peut-être aussi gravement choqué par la façon dont l'insupportable Goliadkine cadet manifeste parfois en public à son "aîné" une ironique et brutale affection (cf. ces baisers sur la bouche qui, bien qu'inscrits dans les usages russes, éveillent souvent ici la question du thème de l'homosexualité, latente ou affichée, dans l'oeuvre dostoievskienne). A moins que les effarants changements d'humeur d'un Goliadkine déjà bien engagé sur la voie de la schizophrénie ne désorientent tellement la société qu'il fréquente qu'elle préfère détourner la tête et ne pas en parler jusqu'à ce que le phénomène ne devienne dangereux pour ses membres les plus représentatifs.

Dans de telles conditions, "Le Double" n'est pas, on s'en doute, le roman de Dostoievski que l'on conseillerait à un néophyte de lire en premier. Mais pour ceux qui connaissent la suite de l'éclatante carrière de l'écrivain, il ne saurait, à notre humble avis, poser problème. Fable ou conte ou encore nouvelle des plus réalistes dans laquelle l'auteur s'amuse à semer un doute permanent dans l'imagination de son lecteur ; étude quasi clinique, genre alors peu pratiqué à l'époque sauf dans les milieux scientifiques ; hommage indiscutable à Gogol mais hommage qui cherche en même temps à surpasser le créateur des "Âmes Mortes" ; description enfin, très classiquement et très finement rapportée, d'une vision que ne saisit pas lui-même parfaitement son auteur tout en sentant instinctivement que s'y love une parcelle de vérité, celle-ci fût-elle encore incroyable à son époque, "Le Double", bien loin d'être négligeable dans l'oeuvre du grand écrivain russe, est à placer au premier rang sur l'étagère qui lui est consacrée dans votre bibliothèque.

D'autant que, ne l'oublions pas, c'est Dostoievski qui a déclaré : "Nous sortons tous du "Manteau" de Gogol."

A lire absolument.

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MessageSujet: Nétotchka Nezvanova   Jeu 11 Fév - 20:01



Titre original : Nétotchka Nezvanova
Traduction : André Marcowicz


ISBN : 9782742725298

Extraits
Personnages



Ce roman connut une publication partielle avant que Dostoievski, arrêté pour complot contre le régime tsariste, ne fût condamné à mort, cette condamnation se retrouvant à son tour commuée en quatre ans de bagne. Onze ans vont se passer avant que l'écrivain ne se penche à nouveau sur cet ouvrage qu'il avait entrepris avec passion et dans lequel on retrouve, outre son désir de peindre une société foncièrement inégale, l'intérêt qu'il portait à des thèmes encore plus délicats comme la pédophilie - qu'on retrouvera, bien plus tard, dans un chapitre, d'ailleurs censuré probablement parce que plus explicite, lors de la parution des "Les Démons" - connus aussi sous le titre "Les Possédés." Mais Dostoievski n'est plus le même, ses intérêts non plus et sa recherche d'une littérature russe moderne s'est sensibilisée, a changé de cap. Dans de telles conditions, on estimera qu'il est bien difficile de juger en toute impartialité une oeuvre où l'on retrouve, pleine et entière, la formidable puissance de cet écrivain unique qui va tracer la voie à la littérature de son pays pour le siècle qui s'annonce.

Ce qu'il nous reste de ce que Dostoiveski imaginait au départ comme une véritable fresque, ce sont un peu moins de trois cents pages (en tous cas chez Babel Actes-Sud Wink ) réparties en sept chapitres, où l'on distingue, bien qu'elles n'y soient pas notées noir sur blanc, trois parties essentielles.

La première est axée sur le portrait du violoniste Efimov, avec qui s'est remariée la mère de l'héroïne-narratrice dont le nom donne d'ailleurs son titre au roman. A cette époque, Nétotchka est une petite fille que fascine et répugne tour à tour son père adoptif - elle n'a jamais connu son père biologique. Il faut dire qu'Efimov, sous ses hardes de pauvre hère - car cet excellent musicien, qui pense avoir du génie, se refuse justement à travailler ce génie et s'abandonne à des engagements faciles où ses talents, qu'il rabâche mais ne cherche en rien à perfectionner, font merveille jusqu'à ce que l'alcool, le dégoût de soi-même et une volonté déterminée (quoique sincèrement inexpliquée pour le lecteur) d'auto-destruction aient raison de lui - Efimov, inéluctablement, séduit. Efimov parle, parle, parle ... Il s'enflamme, il n'est peut-être pas l'étoile qu'il croit être mais il nous fait toucher les étoiles. N'oublions pas que la Révolution française et l'Empire sont passés par là et que Dostoievski lui-même fréquentait des Décabristes reconnus, d'où son arrivée au poteau d'exécution, puis au bagne. Comme son créateur, Efimov voudrait plus de justice sociale mais, à la différence de Dostoievski, qui ira jusqu'au bout de sa quête en passant par un mysticisme de plus en plus slavophile qu'il portera au zénith en travaillant et retravaillant son art d'écrivain, Efimov, lui, ne sait qu'insulter les riches et les accuser de ses "malheurs", tout en cherchant à noyer le tout dans la sainte et divine vodka.

Efimov se déresponsabilise à plaisir - c'est si simple . Tant de gens l'ont fait et le font encore. Ne lui jetons pas la pierre : il ne sera pas le dernier, ni dans les livres, ni dans notre monde réel . Peu à peu, sous l'effet de l'alcool et du delirium tremens, il se met dans la tête par exemple que la principale responsable de sa misère, c'est sa femme, laquelle, pourtant, malgré la tuberculose qui finira par l'emporter, est le pilier de la famille et l'âme même qui fait bouillir le très maigre pot-au-feu lorsque son époux échoue à lui voler le peu d'argent qu'elle gagne en qualité de retoucheuse. Pourtant, bien qu'aimant sa mère mais parce que celle-ci ne sait pas ou ne peut pas lui témoigner l'affection qu'elle éprouve envers elle, Nétotchka préfère son père - elle l'appelle d'ailleurs "Papa" - qui, il est vrai (c'est tellement simple, quand on laisse aux autres la responsabilité de régler les problèmes familiaux et les autres ), est infiniment plus gai, plus aimable et qui, plus instruit également, doté d'une très vive imagination, sait raconter les plus belles histoires avec les mots qu'il faut. Insensiblement, sous les yeux du lecteur, un peu étonné sans doute s'il n'a pas lu "Les Démons", prend ici racine le germe d'un amour incestueux (mais qui restera platonique car, dans Efimov la Bête, se réveillent parfois d'étranges et bienvenus scrupules) entre la petite fille (qui n'en saisit pas la portée, bien sûr) et son beau-père qui, lui, en tant qu'adulte chevronné - c'est le moins que l'on puisse dire - se sert des sentiments de l'enfant pour entre autres l'inciter à voler pour lui l'argent de sa mère.

Le décès de celle-ci étant presque immédiatement suivi de la disparition d'Efimov, Nétotchka est confiée à une riche famille aristocratique, grâce aux recommandations de Karl B., un musicien qui, lui, a réussi et qui, au prix de grands efforts, resta malgré tout l'ami d'Efimov. Tous deux s'étaient rencontrés dans leur jeunesse, tous deux avaient joué ensemble et B. , d'origine allemande, savait combien Efimov était doué. Mais il avait aussi conscience de sa paresse et de ses tendances suicidaires. Se doute-t-il de l'influence négative qu'avait commencé à exercer Efimov sur sa petite pupille ? On ne le sait trop - on peut supposer que oui. Chez le prince X, pense-t-il, qui a deux enfants, Katia et Sacha, Nétotchka vivra enfin l'existence paisible et digne qui convient à son caractère doux et docile.

Chez le prince, il n'y a pas, à véritablement parler, de personnage qui puisse, dans cette partie, donner en quelque sorte la réplique au tonitruant mais talentueux Efimov.
Cette seconde partie marque donc le début d'une certaine faiblesse dans le récit (on sent le besoin de retravailler le texte) mais Dostoievski avait pour elle de grands projets, on ne peut en douter, puisque, après toute une suite de petites tensions et querelles entre Katia et Nétotchka, les deux fillettes tombent ni plus ni moins amoureuses l'une de l'autre. Si elles se "fuyaient" l'une et l'autre, c'était pour éviter de se sentir trop proches. Dostoievski et sa narratrice nous jurent encore leurs grands dieux que tout cela reste platonique mais enfin, en dépit de l'élégance du style et de ses ellipses, on comprend bien que les adolescentes se caressent et l'auteur d'ailleurs ne laisse aucun doute sur la façon dont elles "se couvrent de baisers" à en avoir les lèvres gonflées le lendemain ...

Finalement, alors que la famille repart à Moscou où le jeune Sacha est gravement malade, Katia et Nétotchka sont brutalement séparées. Sur les conseils du violoniste B., qui demeure l'ange tutélaire de celle qui est désormais une adolescente en partance pour l'âge adulte, Nétotchka est confiée à la demi-soeur de Katia, née d'un premier mariage de sa mère, ce qui explique la différence d'âge entre les deux soeurs. Alexandra Mikhaïlovna a fait, elle aussi, un beau mariage, son mari paraît l'aimer sincèrement mais il demeure froid et raide en la présence d'autrui. Alors qu'Alexandra traite très vite Nétotchka comme sa propre fille, lui reste en retrait, semblant surveiller cette orpheline inconnue. Les parents de Katia ont-ils laissé échapper un détail, un indice, sur la "relation" de leur propre fille avec la jeune Nétotchka ? Là aussi, c'est, pour le lecteur, l'inconnu absolu.

Toujours est-il que tout se finit très mal dans une sorte de quadrille assez compliqué : Nétotchka - qui, cette fois-ci, commence à se rendre compte de ses sentiments - tombe en effet plus ou moins amoureuse de sa nouvelle "mère" qui a plutôt l'âge d'être sa soeur aînée ; Alexandra, elle, peu à peu, se met à lui rendre cet amour (mais, là, tout n'est que dialogues - au lecteur de les interpréter - et on peut vraiment croire à une relation platonique ; Piotr Alexandrovitch, le mari, lui, est amoureux de sa femme et croit que les deux femmes sont amantes alors qu'il soupçonnait déjà Alexandra Mikhaïlovna d'avoir un amant, dont le nom n'est pas révélé mais dont Nétotchka en personne a découvert par hasard une lettre enflammée dans un livre de la bibliothèque du château, où elle se fournissait en cachette de ses hôtes - rappelons-nous la mauvaise réputation des "romans" à cette époque .

A ce point ultime qui annonce ce qui sert de "fin" à "Nétotchka Nezvanova", ouvrage qui promettait pourtant énormément, on le perçoit bien, le lecteur ne sait plus très bien où il en est et encore moins où en est son héroïne - et surtout peut-être qui elle est vraiment. Il faut dire qu'elle est encore bien jeune ... Que prévoyait pour elle et son entourage un Dostoievski que le poteau d'exécution et le bagne allaient durement secouer, ce Dostoiesvki de 1849 qui, en 1860, n'est plus du tout le même homme, le sait, le sent et piaffe d'impatience à l'idée de se lancer dans des oeuvres comme "Humiliés et Offensés" qui, à partir de 1861, ouvre la série des grandes symphonies dostoievskiennes ?

Nous ne le saurons jamais. Nous avons assisté à un début, à une genèse et nous avons compris que l'auteur devait reprendre au moins les deux dernières parties de son texte. Tout au plus pouvons-nous penser que Nétotchka Nezvanova eût été bien certainement différente, à la fin du roman qui lui était consacré, si son créateur avait pu l'achever dans des conditions normales.

Mais Dostoievski, lui, que serait-il devenu, en tant qu'écrivain, s'il n'avait pas vécu l'affaire des Décabristes, la condamnation à mort et le bagne à Sakhaline ? Serait-il, aujourd'hui, notre Dostoievski ? Qui se sent, parmi nous, le courage de l'affirmer avec certitude ? ..
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MessageSujet: Le Rêve de l'Oncle, Extraits des Annales Mordassoviennes   Ven 22 Avr - 18:26



Diadouchkin son
Traduction : André Markowicz


ISBN : 9782742760927216

Extraits
Personnages


Sorti en 1859, alors que Dostoievski se remet de son éprouvante expérience au bagne d'Omsk, ce court roman n'est sans doute pas le meilleur de son auteur mais on perçoit très bien qu'il s'y refait en quelque sorte la main. Et puis, peut-être n'avait-il pas l'envie immédiate de se tourner vers la tragédie : après tout, il en sortait et avait bien le droit de souffler un peu. 

En apparence, "Le Rêve de l'Oncle"
tient un peu du théâtre, mais du théâtre comique. Et pourtant, pourtant ... Il y a, dans l'histoire de cet "oncle", pratiquement sénile mais miraculeusement riche, que Maria Alexandrovna Moskaliova, commère bourgeoise qui règne presque sans partage sur la vie mondaine de la petite ville de Mordassov, tente par tous les moyens (y compris les moins honnêtes) de marier à sa fille, Zina, laquelle monte en graine ("Elle a déjà vingt-trois ans ..." chuchotent fielleusement les autres commères du coin) quelque chose qui n'a vraiment rien de drôle. Ce vieil aristocrate, le prince Gabriel K., est littéralement mis à nu et sa réputation déchirée par Maria Alexandrovna en personne avant même qu'il n'arrive à Mordassov : il porte une perruque, il a des prothèses, c'est une espèce de poupée poudrée issue du siècle de Catherine la Grande (ou presque), il perd la tête, oublie ce qu'on vient de lui dire à la minute près, est donc plus qu'influençable - la preuve, il vit en son domaine avec une femme venue de la plèbe, du nom de Stièpanida Matviéievna, qui le mène par le bout du nez - et, sans son nom illustre et sa fortune, moins illustre mais encore plus conséquente, il ne vaudrait pas même un pet pour l'envoyer au Diable. Bref, en vérité, sans parler de son grand âge, surtout comparé aux vingt-trois ans de Zina, il est pour ainsi dire imbuvable et nul ne penserait à l'imaginer en prétendant; mieux en époux de la jeune fille sans le facteur essentiel que constitue bien sûr sa fortune personnelle mais aussi sans la volonté d'acier de la mère de la jeune fille.

Avec le malheureux prince, avec son neveu, Paul Alexandrovitch Mozgliakov, qui l'accompagne, avec Zina, laquelle, malgré sa jeunesse, est une personne de bon sens, toute prête à se sacrifier au bénéfice de sa famille et l'un des personnages les plus intéressants du livre, Maria Alexandrovna mène ici une danse endiablée. Elle s'agite, sourit, minaude, monte plan sur plan, ment avec un aplomb formidable et semble bien tenir la situation en mains malgré les efforts de sa rivale, la femme du procureur, Anna Nikolaievna Antipova, qui voudrait bien, elle aussi, récupérer le prince à son seul bénéfice, et ceux, plus sournois, d'une parente éloignée et pauvre, Nastassia Ziablova (trente ans passés pour sa part), qui vit chez les Moskaliov. Bref, rien ne prouve qu'elle n'arriverait pas à ses fins si ...

Si Mozgliakov, plus ou moins amoureux de Zina, ne se mettait tout à coup à ruer dans les brancards (notez qu'il a ses raisons pour ça) et ne flanquait le bel échafaudage par terre en révélant à son oncle, ahuri mais peiné, toute la supercherie.

C'est vif, c'est léger, avec cependant, çà et là, ces accents dostoievskiens si sombres que nous percevions dès "Les Pauvres Gens." On s'amuse certes mais on ne peut s'empêcher de plaindre le prince et Zina, finalement tous deux honnêtes natures mais que leur âge, pour l'un comme pour l'autre, condamne le premier à pratiquement accorder sa main pour la retirer immédiatement et la seconde à approuver tacitement les mensonges de sa mère jusqu'à ce que sa nature intègre n'en puisse plus. C'est la sénilité qui fait agir le prince et l'inexpérience, l'influence familiale qui sont les moteurs des actes de Zina mais le résultat est le même. On se prend même à rêver à ce que la situation aurait pu donner si tous deux eussent été jeunes car ils semblent bel et bien partager l'un et l'autre une même conception de l'honneur ...

A lire par conséquent mais seulement si vous êtes un inconditionnel ou si vous voulez tout simplement découvrir comment se construit un écrivain de génie.
 

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MessageSujet: Le Bourg de Stepantchikovo & Sa Population, Extraits des Carnets d'un Inconnu   Jeu 12 Mai - 19:51



Selo Stépantchikovo i évo obitatli
Traduction : André Marcowicz


ISBN : 9782742730971

Extraits
Personnages



Roman souvent trop méconnu de son auteur, "Le Bourg de Stépantchikovo ..." poursuit dans la veine comique du "Rêve de l'Oncle" mais, outre qu'il fait près de trois-cent-quatre-vingts pages, les lecteurs le trouveront, au choix, soit moins, soit plus grinçant que le précédent. Enfin, cela dépend des moments car, s'il est vrai que les protagonistes majeurs des récits, qu'il s'agisse de Maria Alexandrovna dans "Le Rêve ..." et de Foma Fomitch Opiskine, dans "Le Bourg ...", appartiennent tous deux à l'espèce des Tartuffe et des donneurs de leçons, toujours prêts à se croire persécutés et / ou à tramer des complots pour parer aux persécutions dont ils se croient victimes, Opiskine est cependant nettement plus sincère que la mère éplorée rêvant de faire de sa fille, et ce, par tous moyens, une princesse mariée à un vieillard sénile.

C'est un peu comme si Dostoievski avait repris son canevas, l'avait approfondi, modifié certains détails essentiels et produit non pas une suite mais une sorte d'aboutissement particulièrement peaufiné.

Ici aussi, dès le départ, il est question de mariage, entre le narrateur et la gouvernante de son oncle, le colonel en retraite Iégor Illitch Rostaniev, lequel s'est installé en son domaine de Stépantchikovo pour y passer la fin de sa vie. Le narrateur, dont le nom nous restera toujours inconnu à la différence du prénom, Sergueï et de son diminutif, Sérioja, n'est pas mécontent de se marier et surtout de revoir son oncle et sa famille et se rend donc à Stépantchikovo où, en tous cas au domaine, il lui semble débarquer dans une véritable maison de fous.

C'est que son oncle a recueilli tout d'abord sa mère, l'insupportable générale Krakhotkine, lorsque celle-ci est devenue veuve et que la bonne dame s'est amenée avec toute une petite cour de parasites qu'elle vénère et encense tous les jours que Dieu fait en recommandant à son fils de suivre leur avis en tous les domaines. Parmi la bande, Melle Perepiellitsyna, dame de compagnie de la générale et surtout ce personnage, inspiré de Tartuffe mais parlant cependant beaucoup moins religion, semi-honnête et dévoré par un complexe très net d'infériorité qu'est Foma Fomitch Opiskine, dont le but, dans la vie, est, selon ses propres dires : "de démasquer, au nom de Dieu, le monde entier dans ses ignominies."

Vous imaginez le programme et ses conséquences ...

Le colonel, homme bon mais faible, se laisse entièrement dominer par sa mère et Opiskine et se plie à tous leurs caprices en matière d'éducation, d'exploitation agricole, d'achat et de vente de serfs ... Il n'est pas jusqu'à la composition des menus ou les partitions à jouer sur lesquels Opiskine n'ait un avis toujours opposé à celui du colonel mais devant lequel s'extasient la mère de celui-ci, sa dame de compagnie et, en général, toute leur suite dont un certain Paul Siemyonitch Obnoskine, séduisant parasite de vingt-cinq ans qui, ayant besoin d'argent, va semer le scandale dans le domaine.

Le roman alterne scènes comiques, humour souvent noir et une gravité profonde qui n'est pas encore celle des grandes oeuvres de Dostoievski. Si l'on rit de sa faiblesse, on ne peut que plaindre le malheureux colonel en retraite, détester sa mégère de mère et soutenir à fond les deux enfants du colonel, Sacha (seize ans) et Illioucha (huit de moins). Ceux-ci n'en peuvent plus de voir leur père sans cesse humilié et rabaissé par Opiskine, l'un des personnages les plus curieux qu'ait créé l'auteur, en qui se mêlent un sadisme incontestable, une manque de confiance en soi (probablement en raison de ses origines), une profonde érudition et une véritable manie de faire la leçon à tout le monde sur tout et rien.

Opiskine critique toutes et tous - sauf ses rares privilégiés. A peine arrivé, Serioja lui fait mauvais effet et, pour la jeune gouvernante, Nastassia Yevgrafobna, fille du serf Yéjévikine, lui aussi humblement soumis (quoique râlant à mi-voix) au tout-puissant Opiskine, il préfèrerait de beaucoup Obnoskine, "un homme bien."

Mis à part que l'"homme bien" enlève une vieille fille fort sympathique ma foi, parce que toujours gaie, mais guère intelligente, de dix ans son aînée, Tatiana Ivanovna, dont la richesse attire la convoitise et du fils et de sa mère, Anfissa Piétrovana Obnoskina, qui faisait partie elle aussi du cercle intime de la générale Krakhotkine ...

Le scandale est indicible. Je préfère vous laisser lire ses péripéties pour vous en faire une idée exacte et, bien entendu, renverse la situation du tout au tout.

Néanmoins, tout se terminera assez bien et Opiskine, ayant rabattu un peu de sa superbe, restera l'hôte du colonel tandis que, ô surprise et coup de théâtre final, c'est Rostaniev lui-même qui finit par épouser la jolie gouvernante.

Froid, désagréable, sachant toujours tout mieux que les autres, volontiers snob et affichant une supériorité intellectuelle exaspérante mariée à une humilité réelle ou feinte, Opiskine annonce les grands personnages qui vont peupler les livres à venir. A noter que, tout comme par exemple chez le juge Porphiri (Porphyre) Pétrovitch de "Crime & Châtiment", une ambiguïté terrible caractérise Opiskine, capable de gestes nobles et bons, capable aussi de raisonner. La différence, bien sûr, c'est que le juge est en quelque sorte obligé de se montrer ambigu alors qu'Opiskine ne l'est pas. Peut-être en fait vaudrait-il mieux le rapprocher des Pavel Troussotzki et Alexei Veltchaninov du remarquable "Eternel Mari", dont l'ambiguïté foncière, au-delà la mort de la petite Lisa, a quelque chose d'infiniment plus choquant que celle du juge Porphiri Petrovitch et de celle, issue d'un navrant complexe d'infériorité soigneusement occulté, de Foma Fomitch Opiskine.

A moins d'être un inconditionnel de son auteur, vous n'avez certainement pas lu "Le Bourg de Stepantchikovo & Sa Population ..." Ce faisant, vous êtes passé à côté d'un roman qui assure la liaison entre les oeuvres du début de la carrière de Dostoievski et celles de sa maturité. Franchement, vous auriez tort de vous priver. Alors, faites un petit effort ...

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Fedor Mikhaïlovitch Dostoievski

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