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Possession - Andrzej Żuławski

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Masques de Venise
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MessageSujet: Possession - Andrzej Żuławski   Sam 24 Jan - 15:22




Titre original : Possession

Titre français : Possession

Réalisateur : Andrzej Żuławski

Scénario :  Andrzej Żuławski & Frederic Tuten

Photographie : Bruno Nuytten

Montage : Marie-Sophie Dubus & Suzanne Lang-Willar

Costumes : Ingrid Zoré

Maquillage : Suzanne Jansen & Gregory Nicotero

Effets Spéciaux :Charles-Henri Assola, Daniel Braunschweig et Carlo Rambaldi

Musique : Andrzej Korzynski

Genre (appréciation personnelle Nota Bene) : OVNI cinématographique

Studios : TF1 Vidéo

Pays d'Origine : France - 27 mai 1981 (Festival de Cannes)

Durée : 122 mn

Audio : français

Sous-titres : néant

Sous-titres pour malentendants : néant

Rôles Principaux : Isabelle Adjani (Anna / Helen) - Sam Neill (Mark, son mari) - Margit Carstensen (Margit Gluckmeister) - Heinz Bennent (Heinrich, amant d'Anna) - Johanna Hoffer (La mère d'Heinrich) - Carl Duering (Le détective privé)


En dépit de son titre et d'un faible appel au fantastique, voire à l'horreur pure avec "le mutant" généré par Anna, "Possession" n'est pas un film d'épouvante. Certes, la publicité de l'époque en a fait des tonnes à ce sujet mais "Possession" est avant tout un film à deux niveaux, le premier symbolisé par l'effondrement dramatique et passionné d'un couple, le second par les mutations malines qu'un système totalitaire - à l'époque, le Mur de Berlin est toujours là et Andrzej Żuławski est passé clandestinement à l'ouest - peut engendrer chez un être humain.

Tourné entièrement à Berlin, avec une Isabelle Adjani toujours aussi actrice hors-série et un Sam Neill qui se montre, à notre avis, à la hauteur de son interprétation subtile, qui fait alterner folie humaine genre schizophrénie et véritable "possession" (par quoi, par qui, ce n'est pas tellement ce qui importe), "Possession" baigne dans un climat d'angoisse froide. Il inquiète mais il agace aussi car le produit, si brillant soit-il, est un hybride (nous l'avons déjà dit, c'est un exercice périlleux, que cela se passe au cinéma ou sous la plume d'un écrivain). Le réalisateur, qui vivait au même moment, paraît-il, un divorce très difficile, a souvent beaucoup de difficultés à amener son spectateur là où il veut aller et on le sent dès nos premières réactions.

"Où veut-il en venir, d'ailleurs ?", se demande-t-on. Au début, on aimerait bien une réponse. Ensuite, on s'en fout carrément. On suit, sans prendre le temps de réfléchir, après avoir vu Adjani s'offrir à une chose à mi-chemin entre un écorché à demi-éveillé de "Hellraiser" et une créature lovecraftienne, le tout assaisonné - mais très peu - d'une pointe d'"Alien." C'est à partir de là, en visualisant cette "chose" qui est trop et pas assez, on comprend, de manière très paradoxale, qu'on n'est pas dans un film d'horreur. Cela va au-delà. Cauchemar, soit mais cauchemar réel - la chaussette rose de l'un des tireurs qui abat le couple au final est, pour le spectateur qui a eu la patience de tout visionner, le signe que tout était prémédité - cauchemar comme on peut en vivre sous un régime totalitaire. Si l'onirisme est présent, cela tient surtout à la sensibilité personnelle de Żuławski. Sous la houlette d'un autre réalisateur, tout eût été plus réaliste, plus ... hum ... RDA.

Le film a-t-il vieilli ? Oui et non. Il date de 1981, une époque où l'on supposait que le Rideau de Fer pouvait tomber sous l'effet de la rouille bolchevique mais où l'on ne pensait pas encore que cela se produirait huit ans plus tard. Andrzej Żuławski nous représente donc un totalitarisme encore efficace même s'il a pris de l'âge et du ventre. C'est le totalitarisme de notre jeunesse, un totalitarisme, j'allais dire, "normal", issu pour l'essentiel de Yalta. Les régimes totalitaires d'Amérique du Sud, d'obédience "droitiste", ne valaient pas mieux mais c'était une autre histoire puisque tout le monde savait que les USA, qui combattaient le totalitarisme de l'Est, y mettaient sournoisement la main et les finances. De toutes façons, Żuławski était polonais et dépeignait, en bonne logique, ce que lui-même avait vécu.

Le totalitarisme rend fou, on le sait bien et on le voit aujourd'hui jusque dans sa forme pseudo-religieuse
. Saine dans la première partie de sa vie, Anna est peu à peu "contaminée", au point de tomber dans une folie qui ressemble beaucoup à la possession pure et simple. De tout cela émergera un double, une autre Anna, qui viendra présenter à son mari mourant, le "double" qu'elle lui a concocté à force de meurtres et qui est son parfait jumeau. Mais ce nouveau couple devrait être soumis au système, intégralement. Or, le réalisateur envoie tout promener en révélant que les agents de ce système suivent le couple depuis les débuts et n'ont aucun scrupule à les abattre. Le "double" de Mark est alors envoyé pour "s'occuper" d'Helen, l'institutrice qui ressemblait tant à Anna et dont Mark N° 1 était un peu amoureux. La scène finale, qui révèle une Helen terrorisée chez elle, avec la silhouette du "double" de Mark derrière sa porte, termine le film sur une note paroxystique de très mauvais augure pour les personnages - mais aussi pour nous, spectateurs. Le totalitarisme ne meurt jamais, c'est en fait le message que veut nous faire passer Andrzej Żuławski. Méfiez-vous, il est derrière votre porte, derrière vos proches ...

Evidemment, à cette lecture du film, qui est loin d'être parfaite, je l'admets, vous pouvez préférer une Anna possédée par on ne sait quelle entité qui a décidé de vivre à ses côtés, en couple avec elle. Pour ce faire, elle doit assassiner son époux puisque l'entité revêtira les traits et le corps de celui-ci. La mort d'Anna laisse ensuite le démon, quel qu'il soit, libre d'aller posséder qui il veut.

Dans les deux cas, de toutes façons, le Mal est là et se répand. Partout.

Quelle lecture choisir ? Encore n'est-ce que les deux plus simples, bien séparées l'une de l'autre, que je vous ai présentées. On peut les entremêler et cela donne alors une troisième lecture et, pourquoi pas, une quatrième, etc, etc ...

L'intrigue risque donc de décevoir les spectateurs avides d'horreur, un peu comme un polar présenté comme "le successeur du "Silence des Agneaux" décevra fatalement ceux qui l'achètent pour cette raison. L'interprétation, qui valut à Isabelle Adjani un certain nombre de prix, notamment à Cannes, est par contre extraordinaire. Par la suite, la comédienne avouera regretter d'avoir fait ce film car il l'a beaucoup marquée et elle ne s'est rendue compte de cela que bien plus tard. Adjani a toujours joué de façon très intense - qu'on aime ou pas le personnage public, on ne peut nier son immense talent. Dans "Possession", elle est sublime, parvenant à faire peur non seulement avec un couteau - ça, c'est très facile  - mais aussi par les seules expressions de son visage, sans maquillage spécial, sans grimaces, sans aucun effet gore. Ce qui montre combien elle est entrée dans son personnage, au pire moment de la folie ou de la possession de celui-ci - avec tous les risques que cela implique pour la sensibilité du comédien.

En résumé, si vous cherchez de l'horreur ou de l'épouvante surnaturelles, passez votre chemin. Si vous voulez par contre un film plus intellectuel, à plusieurs niveaux de lecture et pour qui l'épouvante n'est qu'une touche infime de l'intrigue, si vous aimez aussi Adjani et le talent très particulier d'Andrzej Żuławski, alors, visionnez "Possession", film d'une incontestable élégance, d'une grande intelligence mais au scénario si alambiqué qu'il peut lasser, voire demeurer complètement ou en tous cas partiellement incompréhensible.

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