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L'Antre de la Folie - John Carpenter

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MessageSujet: L'Antre de la Folie - John Carpenter   Lun 26 Jan - 18:59




Titre original : John Carpenter's In The Mouth Of Madness

Titre français : L'Antre de la Folie

Réalisateur : John Carpenter

Scénario :  Michael De Luca

Photographie : Gary B. Kibbe

Montage : Edward A. Warshilka

Décors : Jeff Ginn

Costumes : Robin Michel Bush

Musique : John Carpenter & Jim Lang

Genre : Horreur

Studios : Metropolitan Video

Pays d'Origine : USA - 3 février 1995

Durée : 95 mn

Audio : anglais, français

Sous-titres : français

Sous-titres pour malentendants : néant

Rôles Principaux : Sam Neill (John Trent) - Jürgen Prochnow (Sutter Cane) - David Warner (Dr Wrenn) - Charlton Heston (Jackson Harglow) - Julie Carmen (Linda Styles) - John Glover (Sapperstein) - Frances Bay (Mrs Pickman) - Hayden Christensen (Le petit porteur de journaux) - Kevin Zegers (Un enfant)

Echec commercial de grande qualité, "L'Antre de la Folie" est le troisième et dernier volet de la trilogie commencée par Carpenter avec "The Thing" et poursuivie avec "Prince des Ténèbres" - pour lequel je vais devoir entreprendre de plus grandes fouilles si je veux le retrouver. Au contraire de "The Thing" mais dans la droite ligne de "Prince des Ténèbres", "L'Antre de la Folie", bien que réalisant une boucle impeccable, n'en reste pas moins l'un des films les plus énigmatiques de son auteur. On notera cependant que Carpenter est à ce jour le seul réalisateur à avoir tenté de reproduire avec un minimum de crédibilité l'univers lovecraftien. "L'Antre de la Folie" fait en effet peu appel aux effets gore, tentation qui rôde toujours autour de celles et ceux qui veulent adapter Lovecraft. Si les écrivains ou les simples illustrateurs n'ont guère de mal à se fondre dans l'univers du Solitaire de Providence, les cinéastes, travaillant sur des images animées et sonores, se promènent perpétuellement sur la ligne du rasoir lorsque vient pour eux le moment de "révéler" les Grands Anciens et les dieux comme Cthulhu ou encore Nyarlatotep. Les images imprimées dans l'esprit par la lecture de Lovecraft incitent bel et bien au gore alors qu'elles relèvent d'une espèce de gothique science-fictionnel. Cinéaste, maquilleur, costumier, responsable des effets spéciaux sont donc prêts à vendre leur âme pour en faire un max alors que le mieux, avec l'univers lovecraftien, est de s'en tenir à la suggestion et à des "entre-visions" basiques et rapides.

Ce qui frappe dans le film de Carpenter, qui fonde son intrigue sur l'interpénétration de la réalité et de l'univers cauchemaresque d'un écrivain de romans d'horreur qui a, au choix, perdu la tête ou découvert - et maîtrisé - le "Secret" des Grands Anciens, c'est la sobriété du ton adopté pour traiter le sujet. Il y a vraiment très peu d'"horreur" dans les scènes censées se dérouler à Hobb's End, création de l'écrivain Sutter Cane, que celui-ci serait parvenu, grâce aux Grands Anciens et à divers démons, à recréer en brique et en pierre. Rien à voir avec les descriptions poisseuses et atrocement réalistes que donne Lovecraft dans ses nouvelles des villes inventées comme Dunwich ou encore Arkham. A la limite, on penserait mieux à l'univers bien sage - en tous cas, au début du livre - d'une ville imaginée par Stephen King. Carpenter, c'est certain, s'est appuyé sur le fonds thématique, extrêmement riche dans les deux cas, des deux créateurs. J'y ajouterai, pour ma part, une touche de Richard Matheson touche peut-être inconsciente mais qui éclate à la fin du film, quand John Trent, interprété par Sam Neill, se rend dans un cinéma déserté et se prend à rire devant le film qui passe et qui n'est, en fait, que celui que nous venons de voir. Ce procédé de "boucle bouclée" est typique de Matheson alors que Lovecraft l'ignorait avec superbe et que King y a rarement recours, sauf dans quelques unes de ses nouvelles.

Très peu d'"horreur" aussi dans le reste du film. La seule chose qui, pour le spectateur, laisse à penser qu'elle est bien présente réside dans  une sensation croissante de décalage entre le personnage de Trent et le reste de notre réalité. Trent est le symbole même de la rationalité, de la Raison s'opposant à toute fantaisie, à tout "truc" magique et encore plus sûrement à toute intrusion d'une autre dimension, quelle qu'elle soit, dans la nôtre. Neill tient superbement son rôle, s'entêtant, s'entêtant encore, répétant à l'envi que tout a une explication logique et, plus important, que cela DOIT être. Parce que.

Carpenter, par le biais de Sutter Cane, qui représente tout de même, ne l'oublions pas, avant tout l'Imagination déchaînée, adopte le parti opposé. Tout est possible sauf ce que nous nommons habituellement raison. La folie, les massacres à répétition, le Mal dans toute sa gloire, voilà ce qu'est en fait la Réalité. Peu importe, dans le fond, que les créatures de Lovecraft, les souvenirs de King ou encore les reflets de Matheson se réunissent pour accoucher de l'idée de base du film : pour Carpenter, le Mal était là avant eux. Bien avant. Et notre monde n'en est qu'un reflet. Simplement, nous nous refusons à le voir, quand nous détournons la tête pour ne pas voir un pauvre type pris à parti par une bande de voyous et que nous ne nous risquons même pas à décrocher le téléphone pour prévenir des policiers il est vrai superdébordés, ou encore quand nous acceptons sans broncher de voir défiler dans les rues de nos capitales, pour défendre en fait la bien-pensance et le mensonge et certes pas la liberté d'expression, plus de la moitié des dictateurs du monde où nous vivons.

John Carpenter est un cynique mais il a encore la foi en un monde meilleur. La seule arme dont il dispose pour lutter contre ce Mal qu'il voit s'interposer partout - ce n'est pas un hasard si "Prince des Ténèbres" se déroule dans une église désaffectée et si des croix renversées apparaissent dans le repaire de Sutter Cane et ce n'est pas non plus un hasard si Mike Myers, qui aurait dû mourir de sa chute dans "Halloween", s'évapore on ne sait trop où pour devenir, comme le dit Donal Pleasance, "le Croquemitaine" - c'est son imagination personnelle, son profond génie. Que sa carrière ait été émaillée de lamentables échecs commerciaux ne signifie pas autre chose que le désir d'un seul niveau de lecture, si possible pas très compliqué ou en tous cas "classique", de la majeure partie des amateurs de films d'horreur. Ceux-ci exigent du sang, des massacres, de la peur mais à la seule idée que, derrière toute cette hémoglobine répandue par le scénario, se puissent dissimuler des questions plus profondes, qui touchent au spirituel en passant par le surnaturel de bon ton cher aux producteurs de films, ils hurlent au loup et se sauvent. La meute entière des chiens de Tindalos ne parviendrait pas à les faire déguerpir avec une telle rapidité.  

C'est là l'obstacle quasi éternel sur lequel viennent buter John Carpenter et son oeuvre dans son ensemble. Le cinéaste est un peu, dans un autre genre et dans une autre discipline, comme un Simenon en qui, longtemps, on ne vit qu'un auteur de romans policiers alors que ses "Maigret" dépassent presque tous, et de très loin, le genre (que, d'ailleurs, ce serait une erreur grossière de sous-estimer). Au cinéma comme en littérature, les genres semblent constituer une multitude de langues, très diverses dans leurs formes, mais qui tendent toutes à permettre la communication universelle sur des sujets qui ne se réfèrent pas obligatoirement au terrain qui leur a donné naissance.

Ainsi, plus on avance dans l'oeuvre de John Carpenter, plus on découvre qu'il se positionne, en conscience ou non, au-delà de son genre de prédilection. Il y a du cosmique, de l'universel, chez Carpenter. Pour le comprendre, il faut faire un effort beaucoup plus important que devant une oeuvre filmique de ... Marguerite Duras, mettons Wink . Ou, si vous préférez, il faut rentrer dans son raisonnement et son univers comme vous pouvez vous voir contraints, un jour ou l'autre, de rentrer dans ceux d'un autiste. Dans certains cas - "Halloween" bien sûr mais aussi "Christine" ou "The Thing" - le processus est relativement simple parce que le cinéaste utilise encore pour une bonne part notre langage habituel. Mais avec des films comme "L'Antre de la Folie", il faut se projeter carrément en chute libre et tomber, je l'ai déjà dit hier au soir (je pense), dans un discours qui, au premier abord, nous apparaît ou trop banal, ou carrément incompréhensible. On se demande où Carpenter veut en venir. Il faut prendre son mal en patience et, sans se lasser, comme pour un casse-tête qui intrigue, séduit et agace, se passer et se repasser le film incriminé. Et c'est alors seulement qu'on accède pleinement à l'univers de Carpenter et que l'on discerne une logique qui vaut bien la nôtre. Le plus amusant, c'est que nous autres, lecteurs émérites de prose ou de poésie, nous l'avons souvent fait pour un auteur aimé mais qui nous semblait bizarre, peu facile d'accès ou, au contraire, un romancier trop populaire, trop productif. Mais la Littérature, cela reste quelque chose de sacré - sauf pour les ignares, les beaufs et les intégristes.  Bad Bad Tandis que le Cinéma, soit : il a produit pas mal de chefs-d'oeuvre mais il n'a pas atteint, même de nos jours et en dépit des efforts de certains, à une dignité similaire.

Mais je m'égare, je m'égare ...  Et j'oublie "L'Antre de la Folie", l'un des films les plus réalistes de Carpenter et en même temps l'un des plus abstrus. Son thème : un agent d'assurances - Sam Neill - est chargé de retrouver un écrivain (Jürgen Prochnow, dont ce fut, je crois, le dernier rôle) évanoui dans la nature avec son prochain manuscrit. Il part donc en quête, en compagnie de la directrice d'édition de l'écrivain (Julie Carmen) et tous deux finissent par atterrir dans une petite ville trop tranquille où, effectivement, ils retrouvent l'auteur. Mais celui-ci n'est pas seul. Ou alors il a sombré dans la folie. Ou bien c'est l'agent d'assurances. Ou l'éditeur.

Ou alors vous, moi - les spectateurs. Nyarknyarknyark

Quelle importance ? La boucle est bouclée : on peut se repasser le film - ou un autre. De John Carpenter ou pas. C'est vous qui choisissez - mais vous auriez bien tort de vous refuser à mieux connaître ce cinéaste véritablement hors du commun.

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Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
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