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Scanners - David Cronenberg

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MessageSujet: Scanners - David Cronenberg   Mar 27 Jan - 19:26




Titre original : Scanners

Titre français : Scanners

Réalisateur : David Cronenberg

Scénario :  David Cronenberg

Photographie : Mark Irwin

Montage : Ronald Sanders

Effets Spéciaux : Gary Zeller

Maquillage : Dick Smith

Musique : Howard Shore

Genre : Horreur

Studios : Pathé

Pays d'Origine : Canada - 16 janvier 1981

Date de Sortie En France : 8 avril 1981 1981

Durée : 103 mn

Audio : anglais, français

Sous-titres : français

Sous-titres pour malentendants : néant

Rôles Principaux : Jennifer O'Neill (Kim Obrist) - Stephen Lack (Cameron Vale) - Michael Ironside (Darryl Revok) - Lawrence Dane (Keller) - Robert Silvermann (Benjamin Pierce) - Asam Ludwig (Arno Crostic) - Patrick McGoohan (Professeur Ruth)

Alors, là, les amis, c'est du punch, de l'exaltant, du génial !    Vous vous en doutez, Cronenberg avait à l'époque déjà fait ses premières armes avec des films comme "Frissons" en 1975, "Rage" et surtout "Chromosome 3", sorti pour sa part en 1979 et qui reste une référence pour tous les Cronenbergophiles. Pour ce cinéaste atypique, 1981 sera une année décisive, celle de son premier grand succès commercial et ce succès, eh ! oui, c'est "Scanners." Comme on le voit, la manie des étiquettes qui afflige toutes les professions le définit comme un film d'horreur mais vous commettriez une très lourde erreur si vous acceptiez de ramener David Cronenberg et son oeuvre au seul genre de l'horreur. Si l'on évoque "Faux-Semblants" par exemple, qui donne la vedette à un Jeremy Irons exceptionnellement mis en scène en 1988, on comprend bien que Cronenberg ne s'en tient pas à l'horreur, qu'il veut la dépasser ou plutôt la transcender. "eXistenZ", en 1999, avec un Jude Law tout aussi remarquable, traite pour sa part des problèmes éventuels posés par la réalité virtuelle et, en se sens, relève plus de la S. F. que de l'épouvante. Et rappelons que, en 1991, le cinéaste canadien avait adapté, de façon il est vrai très libre , "Le Festin Nu" de Burroughs. L'anecdote raconte que, quand on dit à l'écrivain le nom du cinéaste qui allait faire le film, il répondit simplement : "Ah ! Cronenberg ? La tête qui explose ..."

La tête qui explose est et restera à jamais l'une des images marquantes de "Scanners." (Mais si vous vous attendez à du gore soigneusement dégoulinant, vous serez déçu. A sa façon, Cronenberg est un minimaliste et s'il est exact qu'il y a beaucoup de sang qui coule dans "Scanners", les têtes qui y explosent ou se fendent en deux y sont rares.) Mais il lui fallait un effet choc, un effet surtout qui révélait d'un coup à un spectateur peut-être sceptique (la scène se place au tout début du film)  le pouvoir de l'un des deux Frères-Scanners - les deux premiers jamais créés, les prototypes en quelque sorte - pouvoir absolument démentiel.

Le scénario, pour tout dire, est proprement démoniaque puisque le bon Pr Ruth (éternel Patrick McGoohan drunken drunken , à jamais "Le Prisonnier" de notre enfance,) qui veille sur le scanner enfin retrouvé Cameron Vale et pousse celui-ci à abattre Darryl Revok (le scanner responsable de cette tête explosée qui plut tellement à William Burroughs), est aussi (mais il ne va pas s'en vanter auprès d'eux, vous vous en doutez ) le père des deux hommes. Ce faux démiurge, mais grand scientifique, avait en effet créé, dans les années cinquante, un produit nommé "éphémérol" et destiné au départ à réduire la douleur des contractions de l'accouchement - comment ne pas penser à la Thalidomide ? Ce produit, il n'hésita pas à l'expérimenter - sans le lui dire, bien sûr - sur sa propre femme, laquelle accoucha successivement de deux fils, l'un aux yeux noirs (le futur Darryl) et l'autre aux yeux bleus (le futur Cameron). Les enfants étaient beaux, bien portants, très intelligents l'un et l'autre mais difficiles à tenir. Très vite, on découvrit l'effet secondaire du produit : dès le stade foetal, les fils du Pr Ruth avaient développé une sorte de téléphathie prodigieuse qui leur permettait de suggérer à n'importe qui de faire ce qu'ils désiraient mais qui leur faisait aussi entendre tout ce que pensaient les gens qu'ils croisaient. (On comprend que, dans de telles conditions, des gamins de trois-quatre ans aient commencé à se comporter bizarrement). La sanction tomba, implacable, au nom de la Science : on sépara les deux enfants - l'un, celui qu'on avait baptisé Cameron, fut mis "en réserve" et programmé pour se noyer dans la foule et se clochardiser, et l'autre fut placé sous observation dans un hôpital psychiatrique.

Je l'ai dit : l'intelligence n'est pas ce qui fait défaut aux deux frères. Mais Darryl, l'aîné, est aussi le plus combattif, le plus hargneux - remarquez : il y a de quoi Wink . A 15 ans,  véritablement torturé par ses "voix", il a essayé de se tirer une balle dans la tête. Mais il s'échappe du centre où son père l'a mis sous observation et entreprend avec détermination de remonter toute la filière. Quand il découvre l'identité de son géniteur, la haine le submerge - on peut penser aussi qu'elle le fait basculer dans la folie mais un scanner peut-il devenir fou ? Abattre Ruth devient pour lui essentiel. Son plan est peaufiné avec soin et mené avec lenteur, étape par étape.

Toutefois, Cronenberg reste des plus flous sur les liens de Revok avec la ConSec, la société à laquelle son père a revendu le brevet de l'éphémérol et où il est un consultant écouté. C'est ainsi que Darryl donne l'impression de diriger la production d'éphémérol mais, si tel est le cas, pourquoi a-t-il besoin, dans la société, d'un homme de main comme Keller ?

Peu importe, me dira-t-on, le point important n'est pas là. Ce point crucial, c'est évidemment la rencontre des deux frères. Darryl souhaite ardemment que son frère unisse ses forces aux siennes car, de cette façon, tous deux domineront le monde. Cameron s'y oppose avec violence et accuse son frère de se comporter ni plus ni moins comme leur père, ce père qu'il affirme pourtant haïr au plus haut degré. Cronenberg nous concocte alors un duel fraternel très impressionnant, parce que purement psychique en dépit des inquiétants effets qu'il a sur le physique des deux combattants, chacun cherchant à exterminer l'autre.

La chute est fabuleuse : il semble que Darryl ait été vaincu - son frère lui a tout bonnement "grillé" le cerveau - mais, curieusement, Darryl, de son côté, a "grillé" le corps de Cameron. Du coup, il semble que, pour survivre, l'esprit de Cameron n'ait eu d'autre solution qu'investir le corps de Darryl, lequel a, désormais, les yeux bleus ...

C'est une fin pour le moins ambiguë, une fin qui glace et laisse le spectateur dans le doute. (Enfin, personnellement, j'ai un doute, et même plusieurs. Pas vous ? Car enfin, il me semble, si l'on réfléchit bien, que l'esprit ou l'âme de Cameron soit passé dans un cerveau ... démoli ... ) A moins que les deux esprits ne soient maintenant dans le même corps ? Le changement de couleur des yeux de Darryl est-il si révélateur qu'on veut le croire ? Et si les deux esprits ont réellement fusionné, que pourront-ils diable imaginer à eux deux dans l'avenir ? Quels effets cette fusion aura-t-elle eus sur le "caractère" de chacun ? ... Les possibilités, on le voit, sont infinies.

C'est l'un des plus magnifiques résultats que Cronenberg ait donné de son obsession de la médecine lorsque celle-ci est déviée à des fins au départ peut-être salvatrices mais qui, au final, se révèlent dévastatrices. Autre thème récurrent chez le cinéaste - encore plus net dans "La Mouche" ou dans "eXistenZ" : la nature du corps humain, ce qu'on peut en faire et ce qu'on ne devrait pas lui faire. Et puis, bien sûr, le rapport entre le corps et l'esprit.

Les acteurs sont impeccables mais je décernerai pour ma part une mention spéciale à Michael Ironside - je juge Stephen Lack, le "gentil", un peu trop mou - à Patrick McGoohan ("Bonjour chez vous !" ) et à Lawrence Dane à qui revient le rôle pas très facile et fort peu sympathique de Keller, l'homme de main de Darryl.

Bon, d'accord, "Scanners" n'est pas un film à recommander aux âmes trop sensibles quoique, sincèrement, les effets d'épouvante soient très sobres et ne soient là que pour souligner les grands traits des sujets traités. Mais, pour les amateurs du genre et pour tous ceux qui, bon an, mal an, apprécient l'univers de Cronenberg, "Scanners" est incontournable. Si vous êtes dans l'un de ces deux cas, vous vous devez d'avoir ce film dans votre DVDthèque.

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