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Le Masque du Démon - Mario Bava

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Masques de Venise
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MessageSujet: Le Masque du Démon - Mario Bava   Jeu 29 Jan - 22:46



Titre original : La Maschera del Demonio

Titre français : Le Masque du Démon

Réalisateur : Mario Bava

Scénario :  Ennio de Concini et Mario Serandrei, d'après la nouvelle "Vij" de Gogol

Photographie : Mario Bava

Montage : Mario Serandrei

Musique : Roberto Nicolosi

Genre : Fantastique / Horreur

Studios : Titanus

Format : Noir & Blanc - Mono

Pays d'Origine : Italie - 1961

Durée : 87 mn

Audio : anglais, français

Sous-titres : néant

Sous-titres pour malentendants : néant

Rôles Principaux : Barbara Steele (Katia Vajda / Princesse Asa Vajda) - John Richardson (Dr Andrej Gorobec) - Andrea Checchi (Dr Thomas Kruvajan) - Ivo Garrani (Prince Vajda) - Arturo Dominici (Igor Javutich / Javuto) - Enrico Olivieri (Prince Constantiou Vajda, frère de Katia) - Antonio Pierferedici (Le Pope) - Tino Bianchi (Ivan) - Clara Bindi (L'Aubergiste) - Le narrateur (non crédité, doublé par Jean-Claude Michel)


J'apprends avec vous que ce film est tiré de la nouvelle fantastique "Vij" de Gogol, avec laquelle, franchement, je ne lui vois aucun rapport - ou alors, comme le chantait Ouvrard, "j'ai la mémoire qui flanche ... . Il n'en reste pas moins que le film de Bava - le premier où il fut crédité pour la première fois en tant que seul réalisateur, dit-on - constitue une belle réussite, dans le genre fantastique de l'époque, c'est à dire plus gothique que franchement horrifique. En fait, ce "Masque du Démon" tient aussi un peu du giallo, un genre propre au cinéma italien et dont Mario Bava et Dario Argento furent les maîtres incontestés.

Qu'est-ce que le giallo ? Tout d'abord, le nom ne concerne que les romans policiers. Au cinéma, le genre va par contre imbriquer le policier, l'horreur et ... l'érotisme. Bava en "accouchera" officiellement avec un film réalisé en 1964, "Six Femmes Pour L'Assassin" dont nous parlerons peut-être un jour, qui sait ? Wink Mais "Le Masque du Démon" ne retient que l'horreur, et encore une horreur très gothique dont certaines scènes, comme celle du somptueux carrosse venant chercher le Dr Gorobec pour le conduire chez les Vajda, évoquent l'Expressionnisme allemand et rendent un bel hommage à Murnau, et l'érotisme, un érotisme sado-masochiste auquel reviendra Bava avec "Le Corps et le Fouet", en 1963.

Pour le public d'aujourd'hui, surtout les jeunes, un film de ce genre prête à sourire, quand encore les plus irrespectueux ne le qualifient pas carrément de "nanar." Bon, d'accord, l'interprétation est loin d'être exceptionnelle - on remarque cependant l'inquiétante beauté et la présence incontestable de Barbara Steele, actrice-fétiche du cinéma d'horreur de cette époque et, précisons-le, actrice d'origine britannique - on la croit souvent à tort italienne parce qu'elle fit l'essentiel de sa carrière au pays de Dante. (Signalons au passage qu'on peut l'admirer également dans des films dits d'"auteurs" comme le "8 1/2" de Fellini, où elle interprète Gloria Morin, en 1963 et "La Petite" de Louis Malle, en 1978, où elle tient le rôle de Joséphine.) Côté masculin, par contre, c'est très moyen et, messieurs, croyez bien que c'est sans sexisme du tout que j'écris cela.  A la limite, Arturo Dominici, dans le rôle du prince Javutich, amant de la princesse Asa, s'en tire pas mal mais il joue le rôle d'un "méchant", vampire, sorcier vendu à Satan et, avec un pareil pedigree, on comprendra qu'il ait eu la partie belle.

Mais si l'on accepte de visionner "Le Masque du Démon" sans a priori, en se rappelant que Bava fut l'un des noms majeurs du cinéma italien, notamment dans le peplum et dans l'épouvante, on ne peut que s'incliner devant la maîtrise du noir et blanc, la façon dont les ombres et les lumières, sans autre maquillage mais avec certains filtres, parviennent à convulser le visage de Steele à ses derniers moments, et cet instinct authentiquement gothique qui caractérisait le réalisateur. Un gothique pareil, on ne le retrouve guère que dans l'Expressionnisme allemand (mais en moins appuyé, en moins stylisé aussi) ou alors dans cet hommage admirable, là encore à Murnau et à son "Nosferatu", que l'on doit à Werner Herzog, avec Adjani et l'inoubliable et inoublié Klaus Kinski. Et peut-être aussi dans la version que Coppola a donnée de "Dracula." Ce don, on l'a ou on ne l'a pas. Bava le possédait à un très haut degré et savait le traduire au cinéma. La scène d'ouverture, où Asa la Sorcière se voit appliquer "le Masque du Démon" - le principe de "la Vierge de Fer" mais cantonné au visage - avant de mourir brûlée vive auprès du corps de son amant, le prince Javutich, qui a lui-même subi le supplice, est d'un érotisme, d'une brutalité - j'irai même jusqu'à écrire d'une crudité dans le sadisme - qui rappelleront immanquablement aux amateurs littéraires les plus belles pages du "Moine" de Lewis. Mario Bava, voilà un réalisateur qui, sans problème, eût pu, à mon sens, adapter "Le Moine" au cinéma sans trahir le gothique du roman, c'est-à-dire sans le faire sombrer dans le ridicule.

Car le gothique, qui naît à peu près avec le Romantisme, est outrancier, excessif, exagéré, incroyable. En littérature, c'est parfois imbuvable et il faut s'accrocher, surtout dans les dialogues. Mais au cinéma, cela rend très bien, à la condition cependant essentielle que le réalisateur et le scénariste aient l'âme quelque peu gothique - ainsi, le sketch "Metzengerstein", dans le film "Histoires Extraordinaires", sketch dû à Roger Vadim, mettant en scène son épouse de l'époque, Jane Fonda, aux côtés de son propre frère Peter, bien que tiré de la nouvelle éponyme de Poe, n'a rien de gothique : c'est du Vadim, c'est tout. En revanche, dans "Le Masque du Démon", les décors, le jeu de Steele, qu'elle interprète Asa la Sorcière ou Katia, son innocente descendante, et bien entendu l'intrigue sont profondément marqués au coin du gothique. Bouche bée, le spectateur qui n'a connu jusque là que l'éclatante splendeur, pleine de violence, insidieuse ou déclarée, de l'horreur "moderne" (John Carpenter, c'était couru d'avance mais aussi Wes Craven, autre "grand" du genre ), le "gore à tous prix" d'un Tobe Hooper ("Massacre à la Tronçonneuse"), la surenchère tragi-comique (surtout comique  ) dans l'hémoglobine de la série "Vendredi 13" et toute la foule de films de seconde zone qui encombrent de nos jours le genre Epouvante et Horreur (avec, d'ailleurs, de temps à autre, des films qui savent se démarquer par l'originalité comme le lointain "Ascenseur" de nos amis néerlandais par exemple, à la fin des années soixante-dix), oui, ce spectateur-là se demande s'il rêve ou s'il est bien éveillé. L'histoire est classique, elle aligne une série de clichés mais la réalisation est soignée et, à certains moments, carrément somptueuse. C'est ici que prend place la fameuse scène du carrosse fantôme où ledit spectateur, pour peu qu'il ait quelque lettres en matière de cinéphilie, verra passer l'ombre de Nosferatu et celle de Murnau sans oublier, en arrière-plan, le fameux encart : "Et, quand il eut franchit le pont, les spectres vinrent à sa rencontre ..." Nyarknyarknyark

Quoi de plus gothique, si ce n'est Poe en littérature et Argento au cinéma ? Et tout ça, en noir et blanc. A voir cela, on comprend mieux le mot de Charles Chaplin quand il affirmait que le cinéma était mort avec le parlant. Mot excessif sans doute et pourtant, il y a là-dedans un peu de vérité. De même que nous préférerions aujourd'hui voir parfois un peu moins de couleurs et d'effets spéciaux et un peu plus de sobriété et, même, pourquoi pas ? de noir et blanc.

Un petit mot quand même sur le thème : au XVIIème siècle, la princesse Asa Vajda et son amant, le prince Javutich, sont brûlés vifs comme sorciers après avoir subi le supplice du "Masque du Démon." Si le corps de Javutich est enterré en terre non consacrée, la famille Vajda réclame celui d'Asa mais prend la précaution de l'inhumer sous une lourde dalle possédant, à hauteur du visage, une petite fenêtre. Juste au dessus, une croix. Ainsi, si la sorcière se réveille - elle a lancé avant sa mort une spectaculaire malédiction - sera-t-elle tenue en respect. Deux siècles plus tard, deux médecins se rendant à un congrès passent par la forêt des Vajda, visitent le caveau et, comme l'un d'entre eux se voit attaqué par une chauve-souris, il tire son pistolet, tue la bête mais brise aussi la vitre et la croix. Homme de science avant tout, il ne se gêne pas pour retirer le fameux masque et constate, non sans étonnement, que le visage de la morte est relativement bien conservé ... Sortie de son sommeil, Asa appelle en esprit Javutich à se lever pour la rejoindre et la servir. Son but : s'emparer du corps de Katia et revivre ainsi à travers elle ...

Voilà, en gros, ce qu'est "Le Masque du Démon" de Mario Bava. Vous le voyez, c'est archi-classique et cela le resterait s'il n'y avait pas ce noir et blanc fabuleux, qui métamorphose tout et tous - et qui, oui, qui modernise paradoxalement l'intrigue - et aussi cet esprit gothique, incrusté dans la pellicule comme il l'est dans "Le Moine" ... ou dans les gargouilles de Notre-Dame, à Paris. Un film sans prétention, certes, mais qui prouvera aux initiés que votre DVDthèque est de qualité.

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