Nota Bene

Nota Bene

Nota Bene : La Qualité, Non La Quantité - Forum Atypique Pour & Par la Littérature - Le Forum Que Vous N'Oublierez Pas De Sitôt - Histoire & Cinéma Sont Aussi Sur Nos Etagères - Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés - Extrémistes & Trolls S'Abstenir
 
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

 

Christine - John Carpenter

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Auteur Message
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 60648
Age : 57
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Christine - John Carpenter   Dim 8 Fév - 19:00





Titre original : John Carpenter's Christine

Titre français : Christine

Réalisateur : John Carpenter

Scénario :  Bill Phillips, d'après le roman éponyme de Stephen King

Photographie : Donald M. Morgan

Montage : Marion Rothman

Décors : Daniel A. Lomino

Costumes : Darryl Levine

Musique : John Carpenter & Alan Howarth

Genre : Horreur

Studios : Columbia Pictures

Pays d'Origine : USA - 9 décembre 1983

Sortie en France : 25 janvier 1984

Durée : 111 mn

Audio : allemand, anglais, français

Sous-titres : allemand, français, anglais, danois, finnois, grec, espagnol, hébreu, hindi, hongrois, islandais, italien, néerlandais, norvégien, portugais, polonais, suédois, tchèque, turc, arabe

Sous-titres pour malentendants : néant

Rôles Principaux : Ketih Gordon (Arnold "Arnie" Cunningham) - John Stockwell (Dennis Guilder) - Alexandra Paul (Leigh Cabot) - Robert Prosky (Will Darnell) - Harry Dean Stanton (Rudolph Junkins) - Christine Belford (Regina Cunningham) - Robert Blossom (George LeBay) - William Ostrander (Clarence "Buddy" Repperton) - Malcolm Danare (Peter "Moochie" Welch) - David Spielberg (M. Casey, professeur de mécanique) - Steven Tash (Richard "Richie" Trewlaney) - Stuart Charnot (Donald "Don" Vandenberg) - Robert Darnell (Michael Cunningham) - Kelly Preston (Roseanne) - Richard Collier (Pepper Boyd) - Mark Poppel (Chuck) - John Madden (Lui-même) - Plusieurs Plymouth Fury 1958 (Christine, Plymouth Fury 1958)


Bien. On l'a prétendu et reprétendu : Carpenter n'était pas chaud, chaud, chaud pour adapter le roman de Stephen King. D'ailleurs, c'est bien à visionner la "Christine de John Carpenter" que nous invite le titre original. Alors, certes, des différences, il y en a, même si, dans les grandes lignes, Carpenter et Bill Phillips ont respecté l'essentiel de l'intrigue, d'ailleurs impeccablement linéaire, du roman. Les "raccourcis" habituels, en tous cas les plus importants, sont la fusion entre le personnage maléfique de Roland LeBay (qui, dans le roman, est le possesseur de la voiture et la vend à Arnie) et celui de son frère, George (un frère un peu plus minable puisque si, dans le film, il ne paie pas de mine, dans le roman, il professe dans une université), l'absence totale des parents de Dennis (les scènes avec ceux-ci ont leur importance dans le roman car elles réconfortent plus ou moins Dennis, perdu devant les changements de personnalité enregistrés peu à peu chez son meilleur ami) et l'effacement des trafics divers (cigarettes ou coke) qu'Arnie prend l'habitude d'effectuer pour Darnell.

Mais la différence majeure entre l'opus écrit et l'opus filmique, bien évidemment, c'est la focalisation apportée par Carpenter sur la relation exclusive entre Arnie et Christine. Dans la fameuse scène où elle se reconstitue devant lui ("Ok, show-me !" lui dit-il avec l'air d'un homme assistant à un strip-tease particulièrement éblouissant), le cinéaste insiste au maximum sur ce rapport charnel, sexuel, qui existe bel et bien entre Arnie et Christine. Disparus, les cadavres en décomposition - et si dénués de tout romantisme  - installés soit à côté d'Arnie, soit à l'arrière de la voiture, dans le roman de King. Oubliée, l'emprise d'outre-Mort que Roland LeBay continue à exercer sur Arnie. Tout ce qu'il peut y avoir de gore dans le roman de King a été gommé avec le plus grand soin. Carpenter fait dans le discret, joue surtout sur les éclairages et probablement le maquillage de Keith Gordon dans le rôle d'Arnie. Et, bien entendu, il demande à l'acteur de faire passer l'essentiel du changement de personnalité d'Arnie par son jeu, un jeu raisonnable, cohérent, sans roulements d'yeux ni bave aux lèvres.

On doit l'admettre, s'il n'a pas fait une carrière exceptionnelle comme comédien (et on peut le regretter), Gordon (qui fut le réalisateur des "Dexter" de 2006 à 2010), est ici remarquable. Il n'a que son visage, son corps et bien sûr sa voix pour exprimer la mutation progressive et épouvantable de son personnage et il en use à fond mais sans une seule fausse note. On le voit non pas rajeunir mais abandonner l'acné, les lunettes, la timidité maladive, les inhibitions sans nombre (notamment sexuelles) d'un tout jeune homme de la fin des années soixante-dix pour adopter l'aisance, l'allure de félin, l'assurance sans failles et la façon de s'habiller et de se mouvoir de l'un de ces "rebels without a cause" immortalisés par Nicholas Ray, Dean et bien sûr Brando. Toute la révolte, tout le danger aussi  - sans oublier toute la sexualité en pleine maturation - que pouvaient représenter, aux yeux d'une génération dépassée, les adolescents des années cinquante, il les fait revivre en incarnant Arnie Cunningham deuxième manière. Dans le film de Carpenter, Arnie ne devient pas Roland D. LeBay : il devient tout simplement Arnie-Hyde, celui qu'ont peut-être façonné sans le savoir des parents beaucoup trop possessifs et directifs.

Toute la puissance du film - et sans doute une bonne part de la déception de Stephen King à son visionnage - repose sur ce postulat : ce n'est plus Rolanf LeBay qui "possède" Arnie, c'est Christine, et elle seule. Au final, Arnie ne dit pas non plus à Dennis, le beau gosse impeccable, le winner dans toute sa gloire un peu molle : "Aide-moi à échapper à LeBay". Non, pas de repentir, pas d'excuses-bidon pour Carpenter : en un geste sublime de génie, le cinéaste fait Arnie caresser une dernière fois - et avec une exquise sensualité - le chevron de Christine. Les phares de celle-ci s'éteignent lorsque la vie quitte Arnie - signe de deuil ? signe d'amour ? perte de l'énergie vitale, se gausseront les mauvaises langues ? ... - mais elle se reprend vite, animée par une rage de vengeance qui la fait se tourner tout d'abord vers Leigh, dont elle a toujours été jalouse, puis vers Dennis.

Bon, alors oui, en principe, je sais et je n'en doutais pas - vous non plus, j'espère sinon vous n'avez aucun sens moral   - comme l'exigent justement la morale et les convenances, Dennis le Beau Mec (doublé par cet imbécile de Lambert Wilson) et Leigh la Lycéenne Radieuse, réussissent à vaincre Christine l'Odieux Objet du Démon & du Sexe. Mais le spectateur reste sceptique ... D'autant plus sceptique que, pour le générique de fin, Carpenter a la malice de faire se déchaîner, à fond la caisse, le merveilleux et démoniaque "Bad to the Bone" de George Thorogood et The Destroyers - thème qui trouve ses sources chez Muddy Waters et qui fut repris notamment dans "Terminator2" et dans pas mal d'autres films.

Ecoutez un peu quand le serveur sera libre - vous entendrez combien c'est GE-NI-AL ! :


Je le répète au point de le radoter, Carpenter a toujours attaché une très grande importance à la bande musicale de ses films. Mais il faut rappeler ici que le roman "Christine" débute chacun de ses chapitres par une citation d'une chanson rock des années cinquante, très souvent à connotation sexuelle - je me suis laissé dire que ces emprunts ont d'ailleurs coûté un max à l'éditeur de King. Dans le livre comme dans le film, la radio de Christine ne joue que des airs de ces années-là - et ce n'est pas un hasard. Conception matérielle de l'Amérique des années cinquante au sommet de sa puissance (avant la chute vertigineuse de la guerre du Viêtnam), Christine appartient à ces années-là et, en parallèle, symbolise le Mal, qui va, vient, marque parfois une préférence pour telle ou telle incarnation mais qui demeure. Intangible. Intemporel.

Superbe scène qui symbolise peut-être encore mieux ce "Mal" qui habite Christine, la cascade (d'ailleurs très dangereuse) où l'on voit une Christine en flammes poursuivre puis écraser Buddy Repperton sur l'autoroute. Maléfique et grandiose, haletante et implacable, cette scène est l'une des plus belles du film - et de tout l'univers de Carpenter. (De façons générale, les cascades de "Christine" sont très réussies et, vous vous en doutez, pour les réaliser - certaines le furent d'ailleurs après les scènes où tournaient les acteurs - l'équipe eut besoin de plusieurs Plymouth Fury 1958. Pour ce faire, l'immense garage de Will Darnell dans le film, en fait une usine d'armement abandonnée depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, fut scindé en deux avec un côté plateau et un côté réparation des malheureuses Plymouth.)

Pour certains, "Christine" est un film mineur de son auteur. Disons que Carpenter devait ici à la fois s'opposer et s'unir à un écrivain d'horreur qu'on peut qualifier lui aussi, malgré certaines déficiences çà et là, de génial. La tâche était loin d'être facile. Carpenter s'en est magnifiquement tiré en apposant sa griffe personnelle à une oeuvre qui respecte cependant l'essentiel de ce qu'avait imaginé Stephen King. Au pire, on pourrait soutenir que seule les sépare l'accord sur l'origine de la "possession" d'Arnie. King en  tient pour son mort-vivant lui-même attiré dans ses griffes par la Christine originelle, et qui tente de "ressusciter" à travers Arnie. Carpenter retourne encore une fois à son "Mal" cosmique dont on ne sait trop d'où il vient mais dont on sait bien qu'il ne lâche jamais prise. Nyarknyarknyark

Je n'ai donc qu'un conseil à vous donner : lisez et relisez "Christine" de Stephen King - l'un de ses meilleurs livres - ET regardez et re-regardez la "Christine" de Carpenter. Au final, vous ne pourrez plus vous séparer ni de l'un dans votre bibliothèque, ni de l'autre dans votre DVDthèque. Et surtout, si vous voulez éviter ces bagarres furieuses dont, dans les deux créations, Christine possède le secret, manifestez, à l'une comme à l'autre, le même respect et la même adoration ...

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé


La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron



https://www.notabeneculturelitteraire.com/
http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/

Christine - John Carpenter

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum: Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Nota Bene :: CINEMA, DVD, TELEVISION & C° :: Ciné-Club & DVD -