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Spider - David Cronenberg

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Masques de Venise
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MessageSujet: Spider - David Cronenberg   Dim 1 Mar - 19:18



Titre original : Spider

Titre français : Spider

Réalisateur : David Cronenberg

Scénario :  Patrick McGrath, d'après son roman éponyme

Direction de la photographie : Peter Suschitzky

Montage : Ronald Sanders

Décors : Andrew Sanders

Costumes : Denise Cronenberg

Musique : Howard Shore

Genre : Thriller / Fantastique

Studios : Metropolitan Filmexeport

Pays d'Origine : Canada - 13 décembre 2002


Sortie en France : Festival de Cannes : 21 mai 2002

Durée : 98 mn

Audio : anglais, français

Sous-titres : français

Sous-titres pour malentendants : néant

Distribution : Ralph Fiennes (Dennis "Spider" Cleg) - Bradley Hall (Dennis "Spider" Cleg enfant) - Miranda Richardson (Mrs Cleg, mère de Dennis / Yvonne) - Gabriel Byrne (Bill Cleg, père de Dennis) - Lynn Redgrave (Mrs Wilkinson, la gouvernante de la pension) - John Neville (Terrence) - Gary Reineke (Freddy) - Philip Craig (John) - Cliff Saunders (Bob) - Sarah Stockbridge (Gladys) - Arthur Whybrow (Ernie)



Toujours très délicat de faire une fiche sur Cronenberg scratch . "Spider" est l'un de ses films les plus "classiques". Il y étudie un cas singulièrement touchant et inquiétant de schizophrénie en la personne de Dennis Cleg, que sa mère avait pris l'habitude, quand il était enfant, parce qu'il était très adroit de ses mains au jeu dit "de l'élastique", de surnommer "Spider" - "l'Araignée" en anglais. Parmi les fans du cinéaste, ce film réveille bien sûr le souvenir de "Faux-Semblants", où le trouble mental se partageait au moins entre deux jumeaux. Ici, la dualité existe toujours mais elle se tapit au creux d'un seul cerveau, en tous cas physique.

Comédien capable de tenir à peu près n'importe quel rôle et inoubliable Lord Voldemort dans la saga "Harry Potter" Nyarknyarknyark , Ralph Fiennes impressionne par la façon, à la fois hagarde, précise, pointilleuse et angoissée, dont il rend le caractère de Dennis Cleg lorsque celui-ci sort de l'hôpital psychiatrique pour tenter une réinsertion dans la société par le biais d'une pension "spécialisée" tenue par la peu amène Mrs Wilkinson. La souffrance du personnage ne fait aucun doute et nous laisse à penser que, de toutes façons, il n'est pas encore "guéri", si tant est qu'on puisse jamais guérir de la schizophrénie. Il est vrai que, avec un traitement assez lourd, certains cas peuvent connaître une existence un tant soit peu dans les normes mais il leur faut être réguliers et assidus. De plus, la souffrance demeure car enfin, on a bien le droit de se demander : "Pourquoi cette maladie m'atteint-elle, moi ? Qu'ai-je fait pour hériter ce gène déficient ?"

Mais cela, c'est le cas banal. Celui de Dennis Cleg est bien plus complexe. Cleg ne s'est pas remis de la mort de sa mère, disparue quand il n'avait pas encore douze ans. Il croit toujours, ou s'imagine croire - Cronenberg joue avec nous pendant toute la durée de ce film dont il ne faut pas rater un seul instant - que son père, Bill, est responsable de la mort de sa mère, qu'il aurait tuée pour pouvoir se remarier avec une prostituée, Yvonne. Mais un doute commence à le ronger et c'est probablement ce doute, ainsi qu'un comportement relativement correct à l'hôpital, qui ont poussé les médecins à tenter l'expérience de la réinsertion.

Expérience que Dennis va mettre à profit pour essayer, avec les pauvres moyens d'un esprit défaillant et surtout double, de découvrir enfin la vérité. Sa mère est morte. Cela, c'est certain. Mais est-ce réellement son père qui l'a tuée ? N'y a-t-il pas une autre explication ? ...

A pas chancelants, tombant souvent et se relevant vaillamment, Dennis se met en quête de lui-même, de son passé, de ses souvenirs. Il écrit toute son histoire dans un petit carnet qu'il dissimule soigneusement sous le tapis de sa chambre. Mais il a beau faire, plus il y pense et plus il y a de détails qui le choquent ou qui ne lui semblent pas "coller." Cronenberg a délibérément choisi de nous présenter le Dennis adulte en témoin muet (et invisible aux autres) de sa propre enfance. Il suit pas à pas son père, "Yvonne", la prostituée et bien sûr sa mère. On pourrait même écrire qu'il les traque. Il est devant un puzzle qu'il croyait avoir complété honorablement et dont il sent brusquement qu'il n'est qu'apparence, que quelque chose de primordial, en lui, lui échappe essentiellement parce que lui-même a tout fait - et continue à tout faire - pour demeurer aveugle à l'évidence.

Amenée avec un grand art, la fin, qui justifie le slogan publicitaire du film : "Il y a pire que de perdre l'esprit : c'est de le retrouver", est à l'image de celle de tous les films de Cronenberg que j'ai pu voir jusqu'ici : glaçante, effrayante, étouffante de noirceur. Car ce n'est plus le Dennis adulte que nous voyons reprendre le chemin de l'hôpital, mais bel et bien l'enfant qu'il fut, déterminé et sans remords aucun parce que perdu dans la certitude qu'il avait raison et que son père a bel et bien tué sa mère (ce qui est faux, évidemment). Pour lui, en dépit des efforts de la partie saine de son cerveau, il n'y a plus d'espoir : la maladie l'a emporté à nouveau et l'étreint de toute la force de son cauchemar.

Une fois encore
, le spectateur est manipulé - et se laisse manipuler de bon coeur. Lui-même hésite, s'interroge, ne comprend pas, croit avoir la berlue en découvrant la ressemblance physique incontestable entre la mère de Dennis et "Yvonne", bute sur des contradictions manifestes dans le comportement du père de Dennis, tantôt une vraie brute d'ivrogne, tantôt un père et un époux plein de sensibilité, et reste accablé d'horreur lorsqu'il voit le "petit" Dennis quitter la pension Wilkinson dans l'ambulance.

En dépit de nombreux plans en extérieur, l'ambiance est glauque à souhait et ces ficelles et cordes dont aime tant à jouer Dennis, qu'il soit enfant ou adulte, symbolisent à merveille la maladie qui se tapit dans sa tête comme une monstrueuse araignée. Maintenant, qui l'a activée ? C'est une autre histoire. Nul n'ignore que la schizophrénie a ses périodes bien précises pour se déclarer chez les individus qu'elle touche. Chez Dennis, le déclic s'est probablement produit à la puberté, par la faute d'un complexe d'Oedipe non résolu. Quand il comprend que sa mère, cette icône, est aussi une femme désirée par son père et qui cherche à plaire sexuellement à celui-ci, quelque chose se casse en lui. Il refuse cette préférence manifeste - et normale - envers le père et préfère se dire que son père a tué sa mère et l'a "remplacée" par une prostituée. A partir de là, le drame peut déployer ses ailes ...

Un film qu'on ne conseillera pas à tout le monde. Sur l'instant, son effet n'est pas si perceptible que cela. Mais, une fois le lecteur éteint, c'est tout autre chose et l'on se met à cogiter ferme. L'interprétation est à la hauteur et le trio Fiennes-Richardson-Byrne, auquel on ajoutera le jeune et prometteur Bradley Hall, se renvoie la balle avec efficacité et élégance. Tout se fait en douceur dans ce film : même le meurtre véritable - et c'est bien ça qui est terrible. A voir et à revoir. Mais seulement si vous aimez Cronenberg et son univers.

A noter que le film est adapté, par l'auteur, de son roman éponyme, "Spider." Découvrir le film de Cronenberg m'a donné envie de le lire. On en reparle plus tard et dans une autre rubrique. A bientôt et bonne soirée à toutes et à tous !

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