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La Maison du Diable - Robert Wise

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Masques de Venise
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MessageSujet: La Maison du Diable - Robert Wise   Jeu 9 Avr - 19:46



Titre original : The Haunting

Titre français : La Maison du Diable

Réalisateur : Robert Wise

Scénario : Nelson Gidding, d'après le roman "The Haunting of Hill House" de Shirley Jackson

Direction artistique : Elliot Scott

Direction de la photographie : Davis Boulton

Montage : Ernest Walter

Décors : Elliot Scott

Costumes : Mary Quant

Musique : Humphrey Searle

Genre : Horreur / Thriller

Production : Robert Wise (non crédité) et Denis Johnson en tant que producteur associé

Studios : MGM

Pays d'Origine : USA - 18 septembre 1963


Sortie en France : 4 mars 1964 - Interdit aux moins de 13 ans

Durée : 112 mn

Audio : anglais, français

Sous-titres : français, anglais, espagnol

Sous-titres pour malentendants : néant

Distribution : Julie Harris (Eleanor "Nell" Lance) - Claire Bloom (Théodora, dite "Théo") - Richard Johnson (le professeur John Markway) - Russ Tamblyn (Luke Sanderson) - Fay Compton (Mrs Sanderson) - Valentine Dyall (Mr Dudley) - Rosalie Crutchley (Mrs Dudley) - Lois Maxwell (Claire Markway) - Diane Clare (Carrie Fredericks) - Ronald Adam (Eldridge Harper)



Bon, la chose est indiscutable : nous sommes ici devant un chef-d'oeuvre . Et même l'un des films préférés de Stephen King, tiré de l'un de ses romans favoris. Vous n'allez pas me dire que King ne s'y connaît pas, tout de même ? 👻 Mais, se serait-il permis d'affirmer tout le contraire que, pour moi, cela ne changerait rien : "The Haunting", de Robert Wise, est l'un des meilleurs films d'épouvante qui aient jamais été réalisés.

On notera que, à l'exception du personnage, beaucoup plus excentrique dans le roman, de Mrs Markway et de la découverte des vêtements recouverts de sang par Théo dans sa chambre, le scénario colle pratiquement sur tous les points avec l'oeuvre de Shirley Jackson. Chez l'écrivain, une lecture à deux niveaux est toujours possible et elle suggère beaucoup, voire énormément - cf. la scène où Théo et Eleanor se trouvent "poursuivies" dans le parc par quelque chose et où Théo lance à Nell : "Surtout, ne te retourne pas."

Dans le film, tout, absolument tout est suggéré. On ne "voit" jamais rien ni personne et le seul effet spécial est celui de la porte qu'ébranle une mystérieuse entité. Wise a également choisi de tourner en noir et blanc et dans des paysages anglais. Il se montre par contre un peu plus explicite que Jackson en ce qui concerne le lesbianisme de Théo, personnage ambigu qui, tour à tour, rassure et exaspère la pauvre Nell. A l'époque, bien sûr, le personnage lesbien était toujours plus ou moins "négatif", c'était même une prédatrice. Cet aspect n'apparaît pas chez Théo dont on peut dire seulement qu'elle a parfois un sale caractère mais qui est en même temps une personne sur qui l'on peut toujours compter.

Si Théodora est têtue, on perçoit également de l'obstination chez Nell, laquelle n'est peut-être pas, tout-à-fait, la "petite fille fragile et exploitée" que nous présente le début du film. Exploitée par sa soeur et sa mère, oui, elle l'a certainement été - et elle l'est encore. Mais cela ne l'empêche pas de partir à l'aventure avec la voiture dont elle est, avec sa soeur, la co-propriétaire, et ceci en dépit de tout ce que peuvent lui dire et sa soeur, et son beau-frère. Dès le début, Wise et son scénariste nous font plonger avec un grand naturel dans l'univers mental de Nell et nous nous apercevons très vite qu'elle est dotée pour le moins d'une nature rêveuse qui aime flirter avec l'irréel, cultivant les fantasmes et les histoires qu'elle invente sur elle-même. Réaction de défense, on peut le croire, contre la vie étriquée et exténuante qu'elle a menée dès l'enfance mais qui va faire d'elle une proie rêvée pour Hill House.

A moins que le spectateur n'ait tort, que ce ne soit sa vision à lui qui se révèle déformée.
C'est peut-être d'une réelle affection que se prend pour Nell le mystérieux et inquiétant castel. Les coups aux portes, les bruits de pas pesants, les souffles légers qui se lèvent çà et là alors que toutes les portes sont bien closes, la main qui tient celle de la jeune fille alors que, croyant dormir dans son lit, avec Théo, elle se trouve en fait sur un petit divan, l'horrible groupe de statues dans l'espèce de jardin d'hiver, les odeurs répugnantes - celle d'une chambre de malade - qu'Eleanor croit percevoir dans la bibliothèque où s'est pendue jadis la jeune dame de compagnie à laquelle elle finit par s'identifier, la disparition incompréhensible quoique temporaire de Mrs Markway (qui avait choisi de dormir dans la Nursery), le "coeur glacial" de la maison, dans le couloir donnant justement en plein sur la Nursery, autant de points qui effraient et posent question au spectateur. Mais il est derrière son écran, lui, bien tranquille, devant une réalité que le cinéma lui-même, ne serait-ce que par les angles choisis pour filmer par le réalisateur et son directeur de la photographie, sans oublier quelques effets rajoutés par là-dessus, a déjà largement déformée. Peut-être est-ce lui qui voit et perçoit mal. Peut-être la maison, s'étant découvert bien des points communs dans sa solitude avec celle, sociale et familiale, d'Eleanor, a-t-elle décidé de l'adopter.

Tout simplement.

Tout, dans le roman comme dans le film, est une question de point de vue : Théo, qui peut "lire" assez facilement la pensée d'autrui, ne dissimule-t-elle pas certaines choses ? Markway est-il vraiment "clair" dans sa relation avec Nell qui, très vite, se sent attirée par lui sur le plan affectif et, si oui, pourquoi ne lui avoue-t-il pas qu'il est marié ? Consciemment ou non, est-il prêt à la "sacrifier" à la réussite de son "expérience" avec Hill House ? Luke, sans complexes et assez mufle quand il s'y met, est peut-être le plus sincère parce que, en tous cas, au départ, il ne croit pas à la réalité des phénomènes. Mais il aime bien boire ... et jouer, flirter surtout avec Théo. Il a, certes, un petit côté antipathique mais c'est pourtant lui qui, à la fin, propose de raser le castel et d'y semer du sel ...

Quant à Eleanor, elle s'était déjà inventé une autre vie, avant même d'arriver sur les lieux. Elle ne dissimule que parce qu'elle a peur d'être rejetée. La maison en joue, comme elle joue de son sentiment de culpabilité face à la mort de sa mère - épisode qui rappelle bizarrement celui de la jeune dame de compagnie allant batifoler dans le parc et laissant la vieille Miss Abigail Crain, impotente, à la merci de son infarctus.

Peut-on dire que la maison dissimule ? Dès l'arrivée de celui qui a ordonné sa construction pourtant, elle semble abattre ses cartes et la première Mrs Crain meurt dans un accident de voiture parce que les chevaux de sa calèche se sont emballés pour une obscure raison. Son sang baptise ainsi la maison ... Les relations entre le père veuf et sa fille, Abigail, sont, on le conçoit sans peine à la lecture du livre "édifiant" réalisé par Crain lui-même pour la petite, des plus malsaines et expliqueraient sans peine les pleurs d'enfant que Nell entend, cette fameuse nuit où elle s'imagine tenir la main de Théo alors que, en réalité ... Et puis, il y a le suicide de la dame de compagnie, qui avait hérité du castel lors de la mort d'Abigail et qui l'estimait hanté ... Sans oublier les locataires occasionnels qui, selon Mrs Sanderson, la propriétaire, ne restent jamais plus de deux ou trois jours ...

Si la maison dissimule, le fait-elle pour attaquer ou pour se défendre ?

Tel quel, le film fascine par tout ce qu'il montre et encore plus par tout ce qu'il sous-entend. En ce sens, ce qui est plutôt rare au cinéma, on peut parler de symbiose avec le roman. L'esprit original du livre n'est pas détourné - Wise y avait pensé pourtant au tout début, on le lit sur la page Wikipédia anglaise consacrée à "The Haunting" - mais au contraire, l'image et le son viennent le soutenir et lui donner une dimension supplémentaire. Pour ce qui est des comédiens, ils sont minutieusement dirigés - ce qui n'a pas dû être simple, à notre avis. Quant à l'atmosphère et aux décors intérieurs, ils sont ... parfaits.

Bref, un film qu'il faut connaître et revisionner de temps à autre. Rappelons qu'un remake en a été fait en 1999 (je crois), sous le titre "Hantise." Une véritable horreur qui trouve le moyen de terminer l'action par une ... "happy end." Shirley Jackson et Robert Wise ont dû s'en retourner dans leurs tombes. Donc, vous avez compris, n'est-ce pas ?


"Hantise - 1999" : Non !

"La Maison du Diable - 1963" : Oui !

Un oui franc et massif !
👏

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