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Ouvre Les Yeux - Alejandro Amenábar

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Masques de Venise
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MessageSujet: Ouvre Les Yeux - Alejandro Amenábar   Mer 15 Avr - 18:58



Titre original : Abre Los Ojos

Titre français : Ouvre les Yeux

Réalisateur : Alejandro Amenábar

Scénario : Alejandro Amenábar & Mateo Gil

Direction artistique : Wolfgang Burmann

Direction de la photographie : Hans Burmann

Montage : María Elena Sáinz de Rozas

Musique : Alejandro Amenábar & Mariano Marín

Genre :  Drame / Romance / Thriller psychologique / Science-fiction

Production : Fernando Bovaira, José Luis Cuerda avec Ana Amigo, Andrea Occhipinti, Alain Sarde en tant que producteurs associés

Studios : Canal+ España, Las Producciones del Escorpión S.L., Les Films Alain Sarde, Lucky Red, Sociedad General de Televisión (Sogetel)

Pays d'Origine : Espagne - 10 décembre 1997


Sortie en France : 18 novembre 1998 - Interdit aux moins de 13 ans

Durée : 117 mn

Audio : espagnol, français

Sous-titres : français

Sous-titres pour malentendants : néant

Distribution : Eduardo Noriega (César, l'homme défiguré) - Fele Martinez (Pelayo, son ami) - Penelope Cruz (Sofía, sa nouvelle conquête) - Chete Lera (Antonio, le psychiatre) - Najwa Nimri (Nuria, l'ex de César) - Gérard Barray (Serge Duvernois, représentant de "Life Extension") - Jorge de Juan (Le responsable de Life Extension) - Joserra Cadiñanos (Le gardien de prison) - Miguel Palenzuela (Le commissaire) - Pedro Miguel Martínez (Le médecin-chef)






Ce film, qui fournit à Hollywood l'occasion de l'inénarrable remake "Vanilla Sky" avec le non moins inénarrable Tom Cruise, comporte beaucoup d'éléments qui s'inspirent directement du roman "Le Temps Incertain", du Français Michel Jeury, dont le nom n'est pas crédité. D'autres font évidemment songer à "Ubik", l'incontournable roman de Philip K. Dick. Bref, on est dans une forme de S. F. qui joue à la fois sur le temps, les rêves et la prolongation artificielle de la Vie.

Comme presque toujours, le film original est de beaucoup supérieur au remake qui suivit ou aux quelques films qui s'inspirèrent plus ou moins du scénario d'"Ouvre Les Yeux." On en sort, je ne vous le cache pas, un peu déstabilisé, en se demandant vaguement si c'est du lard ou du cochon (comme je n'ai jamais moi-même très bien compris le sens de cette expression, je puis me la permettre car elle révèle bien la perplexité dans laquelle m'a laissée tout d'abord le film d'Amenábar). A la fin du film, une question nous torture : sur quoi, sur qui, en quel monde, vont se rouvrir les yeux du héros ? La boucle est en effet bouclée et la phrase du début : "Ouvre les yeux ..." se retrouve à la fin, prononcée dans les mêmes termes et dans le même contexte : une obscurité absolue.

Le thème : César, un homme jeune, très séduisant et très fortuné - il est l'héritier d'une chaîne de restaurants - commence à trouver sa compagne du moment, Nuria, un peu trop collante. A la soirée qu'il donne pour son anniversaire, il rencontre Sofía, condisciple de son ami Pelayo à l'Université. Il tombe instantanément amoureux et, en compagnie de sa nouvelle conquête, fuit la réception ainsi que l'arrivée intempestive de Nuria. Le couple passe une excellente soirée chez la jeune femme mais sans rien de physique. L'ennui, c'est que, lorsque César sort au petit matin, il tombe sur Nuria, dans sa décapotable rouge, qui lui propose de le ramener. Après un, puis deux refus, comme la jeune femme insinue qu'il a peur d'elle, César cède à son orgueil et monte dans la voiture. Nuria met le turbo et tout finit en un accident spectaculaire qui tue la jeune femme et défigure César.


Au bout de multiples opérations chirurgicales aussi douloureuses que coûteuses, César tente de renouer avec Sofía mais, pour une raison qu'elle n'exprime jamais, celle-ci ne parvient pas à dépasser sa répugnance devant les traits désormais déformés de son ancien amoureux.  :ehben:   (Et pourtant, croyez-moi, à côté de Freddy, César, même défiguré, est pratiquement un Apollon ! ) Plus malheureux que Job dans ses malheurs bibliques, le pauvre garçon s'enferme de plus en plus sur lui-même. Jusqu'au jour où des médecins, aussi enthousiastes qu'ils étaient sans espoir la veille encore, le rappellent pour lui dire que tout va bien et qu'ils vont pouvoir lui rendre son visage d'antan. Du coup, tout l'amour de Sofía remonte en la demoiselle et c'est là que ...

... les hallucinations de César-Au-Visage-Comme-Avant commencent. Visage normal, visage défiguré, une Sofía qu'il étreint et qui se transforme en Nuria tout en prétendant toujours être Sofía, c'en est trop pour ce César revenu à la normalité - du moins le croit-il même si le spectateur se méfie un tantinet. Il ...

Mais au fait, que fait César ? Et le fait-il réellement ? Est-il réellement défiguré ? Ne l'est-il pas ? Rêve-t-il ? Ne rêve-t-il pas ? A-t-il passé contrat avec une compagnie de cryogénisation ? Ne l'a-t-il pas fait ? Si les questions se mêlent, le fil qu'elles suivent demeure très droit et très logique. Dans l'un ou l'autre sens.   Ce qui ne laisse pas d'ailleurs d'étonner, y compris l'amateur de S. F.


Ne reste par conséquent au spectateur qu'à sauter ou se traîner derrière César en fonction des doutes qui assaillent celui-ci. Car le pauvre garçon, de plus en plus hagard, n'a pas l'air de comprendre quoi que ce soit de plus que nous. Autour de lui - autour de nous - tout tourne et virevolte, les miroirs mentent et ne signifient plus rien, certaines images nous laissent à penser que César prend des comprimés (mais pourquoi ? Se droguerait-il par hasard ? ), d'autres (dont la scène d'ouverture, déjà) qu'il n'arrête pas de rêver. Mais, de l'origine de ces rêves, s'ils existent, nous ne savons rien. L'explication finale voudrait que, ne supportant plus son visage défiguré, César eût signé avec Life Extension pour qu'on le réveille dans un future où les progrès de la médecine seraient susceptibles de lui redonner les traits classiques qui étaient les siens. Puis, il se serait suicidé (d'où la scène des comprimés) et aurait été plongé dans une sorte de coma artificiel où il aurait rêvé, rêvé ... Et tout aurait tourné au cauchemar, ce qui aurait forcé Life Extension à intervenir. Pour se sortir de tout cela, César doit à nouveau se suicider et mourir une deuxième fois. :clégal:


On avouera que se livrer à ce petit jeu uniquement pour pouvoir "ressusciter" un jour avec le visage de ses vingt-cinq ans, c'est tout de même un peu déprimant. Sniffsniff

... Mais, attendez un peu, cette "Life Extension" existe-t-elle réellement ?  Mr. Green Ne constitue-t-elle pas, elle aussi, un nouvel aléa du rêve ... d'un malade mental, par exemple ? Mr.Red

Voilà pourquoi, jusqu'au bout, quand on entend la phrase : "Ouvre les yeux ...", toujours prononcée par une voix féminine, on est en droit de se demander à quel spectacle exactement l'on a assisté.

Si, comme nous le pensons, le but recherché était de plonger le spectateur dans un monde d'interrogations non-résolues, le travail d'Amenábar est remarquable. Eduardo Noriega sait transmettre à la caméra son détachement, son aisance de beau gosse sans complexes, puis, peu à peu, les terribles angoisses et la douleur qui ne cessent de le harceler. Penelope Cruz est très belle, comme d'habitude. Mais c'est vrai que je donnerai la mention du bizarre ET du naturel à l'actrice qui interprète Nuria, Najwa Nimri. Fele Martinez, dans le rôle du plus proche ami de César, Pelayo, est irrésistible en éternel second, résigné pratiquement depuis la maternelle à n'être que la cinquième roue du carrosse mais pourtant sincère dans son amitié. Intensité également très marquée dans l'interprétation de Chete Lera, à qui reviennent les interrogations du psychiatre. L'acteur français Gérard Barray, dont se souviendront sans problème les amateurs de films de cape et d'épée des années soixante, porte encore beau sous le complet très strict de Serge Duvernois. Enfin, signalons - pour le fun - un gardien de prison, Joserra Cadiñanos, à qui j'ai trouvé - qu'il me le pardonne, le pauvre - une incontestable ressemblance avec Manuel Valls. Ressemblance qui, je tiens à le souligner, m'a paru tout à fait dans l'ordre des choses. :rigoltourne: allgreen

Conclusion
: entre Tom Cruise et "Vanilla Sky" d'une part et Eduardo Noriega et "Ouvre Les Yeux" d'autre part, n'hésitez pas un instant : prenez le second (qui est en fait le premier.) Ce n'est pas formaté, c'est original, avec de très belles scènes oniriques dans un Madrid déserté, il y a une recherche certaine au niveau de l'histoire si ce n'est de la réalisation, bref, c'est de l'Amenábar. Ce n'est peut-être pas aussi puissant que "Les Autres", du même réalisateur (dont nous parlerons un de ces jours) mais cette originalité qu'apprécie tant le réalisateur et qui culmine justement dans "Los Otros" (qu'il put d'ailleurs réaliser après avoir vendu les droits d'"Ouvre Les Yeux" à Tom Cruise) est bel et bien présente. Vous aimez ou pas, bien sûr. C'est un certain style, une certaine imagination, une façon de voir les choses propre au génie espagnol - j'utilise bien sûr le terme "génie" dans le sens d'"esprit" d'un pays - un génie qui a prouvé, ces dernières années, surtout depuis la mort du Caudillo, qu'il pouvait exister aussi un cinéma ibérique différent de celui de Luis Buñuel - et, en particulier, un excellent cinéma d'épouvante.

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"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
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La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

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