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Le Nom de la Rose - Jean-Jacques Annaud

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MessageSujet: Le Nom de la Rose - Jean-Jacques Annaud   Ven 17 Avr - 19:41



Titre original : Il Nome de la Rosa

Titre français : Le Nom de la Rose

Titre international : The Name of The Rose

Réalisateur : Jean-Jacques Annaud

Scénario : Andrew Birkin, Gérard Brach, Howard Franklin & Alain Godard, d'après le roman éponyme d'Umberto Eco

Distribution des Rôles : Gianni Arduini, Dominique Besnehard, Celestia Fox, David Rubin, Sabine Schroth & Lynn Stalmaster

Direction de la photographie : Tonino Delli Colli

Montage : James Seitz

Décors : Dante Ferretti

Costumes : Gabriella Pescucci

Musique : James Horner

Genre : Thriller sur trame historique

Production : Bernd Eichinger et Bernd Schaefers - Franco Cristaldi & Alexandre Mnouchkine (co-producteurs) - Jake Eberts & Thomas Schühly (Producteurs délégués) - Pierre Hébey & Herman Weigel (Producteurs associés)

Studios : Acteurs Auteurs Associés (France) - 20th Century Fox (USA) et Constantin Film (Allemagne)

Pays d'Origine : Italie - 17 octobre 1986


Sortie en France : 17 décembre 1986

Durée : 131 mn

Audio : anglais, français

Sous-titres : français

Sous-titres pour malentendants : néant

Distribution : Sean Connery (Guillaume de Baskerville) - Christian Slater (Adso de Melk) - Michael Lonsdale (L'Abbé) -[b]F. Murray Abraham (Bernardo Gui) - Helmut Qualtinger (Remiggio de Voragine) - Elya Baskin (Severin de Sant'Emmerano) - Volker Pretchel (Malachie de Hildesheim) - Feodor Chaliapin (Jorge de Burgos) - William Hickey (Ubertin de Casale) - Michael Habeck (Bérenger d'Arundel) - Urs Althaus (Venantius de Salvemec) - Valentina Vargas (La jeune paysanne) - Ron Perlman (Salvatore) - Leopoldo Trieste (Michel de Cesene) - Franco Valobra (Jerôme de Kaffa) - Vernon Dobtcheff (Hughes de Newcastle)
- Donald O'Brien (Pietro d'Assisi)[/b] - Andrew Birkin (Cuthbert de Winchester) - Lucien Bodard (cardinal Bertrand du Pogetto)  - Peter Birling (Jean d'Annaux)[/b] - Dwight Weist, post-synchronisé par Claude Rich (la voix d'Adso devenu vieux)


Est-ce un hasard si j'établis ce soir la fiche de cet excellent film de Jean-Jacques Annaud ? Oui. C'était son tour, tout simplement (et à ceux qui s'affirmeraient tout étonnés de n'avoir pas encore vu ici la fiche de "La Leçon de Piano", toujours au DVDrama-module, je réponds tout simplement que je n'ai pas encore retrouvé le DVD ! ) Le hasard seul a également voulu que j'utilise aujourd'hui beaucoup sur ce forum le mot "chrétien." Car "Le Nom de la Rose", "palimpseste", comme a tenu à le souligner son réalisateur, d'une oeuvre littéraire proprement géniale, dont le thème n'est autre que la confiscation du savoir par une certaine élite, doublée de l'imposition de la dictature au nom d'une religion qui s'occupait alors beaucoup trop du temporel et pas assez du spirituel - "Le Nom de la Rose" trouve le moyen d'être à la fois une critique et un hymne non seulement à la Chrétienté (l'action se situe bien avant la Réforme et il n'y a pas encore de protestants) mais aussi aux racines originelles, essentiellement indo-européennes et fatalement chrétiennes, de l'Europe. Qui, tant sur le plan littéraire avec Eco que sur le plan cinématographique, avec Annaud, osera le nier ? :non:

Le côté positif, ouvert, humain, généreux du christianisme se retrouve en Guillaume de Baskerville, homme qui a beaucoup vécu et qui fut même inquisiteur avant de subir les foudres de l'Ordre ... et de rétracter le jugement, pourtant intègre, qu'il avait émis. S'il échappa ainsi à la torture et au bûcher, Frère Guillaume ne s'est jamais vraiment remis de ce jour où il capitula devant la Peur et sombra dans la Lâcheté abjecte. Homme d'une intelligence redoutable et supérieure à la moyenne, il a pour refuge, outre l'ordre des Franciscains, féru de pauvreté, ce qui nous sert de même de refuge à vous et à moi sur ce forum : les livres. (Mais nul doute que, s'il les avait connus l'un et l'autre, Baskerville n'eût hautement apprécié le cinéma et la télévision de qualités. :gorgedéployée: ) Baskerville présente également un petit côté qu'on a tendance, à son époque, à qualifier d'"hérétique" mais qui n'est que de l'anticonformisme bien vécu et systématique.

Auprès de lui, celui à qui il passera le flambeau : le jeune Adso de Melk, capable de céder à la chair, certes, mais capable aussi de témoigner compassion et amour, deux qualités qui n'ont pas de prix.

Et, de l'autre côté, magnifiquement doublé par un François Chaumette que nul n'a oublié, je pense, parmi les amateurs de théâtre et d'émissions télévisées haut de gamme drunken drunken , l'ancien "collègue" en l'Inquisition de Frère Guillaume, Bernardo Gui. Disons-le tout de suite, si Umberto Eco a su dégager et mettre en valeur les nuances du personnage, Annaud et les producteurs ont opté pour un manichéisme assez trivial qu'on doit regretter. Non que j'apprécie les inquisiteurs mais j'ai un faible pour la complexité et l'intégrité et, à sa manière, tout comme Frère Guillaume dans "Le Nom de la Rose" ou  Juan Ginés de Sepúlveda dans "La Controverse de Valladolid" (de Jean-Claude Carrière), le terrible Bernardo Gui, en dépit de ses oeillères, se pose parfois des questions auxquelles l'horreur seule de tomber un jour dans les flammes de l'Enfer - ainsi qu'un parti-pris résolu de servir l'autorité suprême d'Avignon, à l'époque le pape Jean XXII, élu grâce aux bons offices des derniers Capétiens directs - l'empêche d'apporter des réponses qu'il connaît pourtant tout au fond de son coeur.

On peut aussi déplorer cette mort spectaculaire et quasi hollywoodienne qui lui est infligée par les scénaristes, mort dont il n'est fait nulle mention dans le roman et pour cause puisque, si mes souvenirs sont bons, Gui finit ses jours de manière très paisible. Mais enfin, le "méchant" est ainsi puni et tout rendre dans l'ordre - ouf, les producteurs sont contents, et les spectateurs-lambda aussi !

Dans la même foulée, bien que ce soit un plaisir de constater que, dans le film, la petite paysanne échappe au bûcher, on doit rappeler qu'il n'en est rien dans le roman.

Toutefois, au-delà de l'Inquisition, et si obsédé de bûchers que se révèle Bernardo Gui, le véritable "Grand Méchant" dans l'affaire, et ceci aussi bien dans le film que dans le livre (mais, dans le roman, c'est évidemment bien plus net), c'est Jorge de Burgos. Dans le film, il est le doyen de l'abbaye - ce qui n'est pas tout à fait vrai dans le roman mais ce n'est qu'un point de détail, donc, passons. A demi aveugle, très instruit mais aussi profondément aigri et profondément jaloux du pouvoir qu'il détient par ses connaissances, Jorge fait une fixation sur le rire dont Aristote ne dit pas précisément qu'il est "le propre de l'homme" (il faudra attendre Rabelais, je pense, pour cette formulation) mais auquel le philosophe grec attache une grande importance, de même qu'à la comédie et ce que nous appelons aujourd'hui l'humour. Jorge de Burgos veut interdire le rire à l'être humain tout comme il veut lui interdire la gaieté, la satire et l'esprit critique, volontiers insolent. Le vieux moine sait bien que celui qui a les rieurs de son côté a déjà à moitié gagné la partie. Il sait que le Rire est une liberté.

Donc, pas de rire. Pas d'insolence. Pas de critique.  down

Rien que l'orthodoxie la plus rigide. L'intégrisme le plus cruel.

Que voulez-vous ? N'y en a-t-il pas encore, de nos jours, des intégristes qui s'imaginent qu'en interdisant le papier et les crayons et en massacrant les dessinateurs, ils tueront la liberté d'expression ? N'y en a-t-il pas encore, parmi nous, qui cherchent à imposer des lois liberticides en s'imaginant que, de par leur position élevée dans la société, ils maîtriseront l'énorme brasier qu'ils ont commencé à allumer ?

Quelle différence avec Jorge de Burgos ? AUCUNE. Ah ! si ! Mais comment ai-je pu l'oublier ne fût-ce que le temps d'un paragraphe !  Jorge régnait sur l'abbaye du "Nom de la Rose" - car c'est lui le seul, le véritable maître de ces lieux - en 1327 et, bien sûr, il était chrétien, un chrétien des plus sinistres (il y en avait, il y en a encore, je l'admets bien volontiers, je ne veux pas de coreligionnaires "purs" : pire, je me méfie d'eux ) et qui représente ici le pire côté de ce qui hante toute religion (ou qui se veut telle) : le fondamentalisme et l'intolérance. Mais il est aussi, ne nous y trompons pas, une figure d'autorité, une figure de Pouvoir persuadée - avec quelle arrogance !  - de sa suprématie et qui, de ce fait, se croit tout permis envers les autres, ces autres, ces petits, ces miteux, ces ... - je vous laisse compléter, ne vous étonnez pas si vous pensez à des "s" par exemple et à des "d" ... - qu'il méprise et n'a jamais cessé de vouloir écraser et laisser dans l'ignorance, se donnant ainsi une importance que n'a en fait jamais eue  et que ne parviendra jamais à conquérir son petit ego étriqué.

Le voir brûler, Jorge de Burgos, ça me fait toujours plaisir .
Non seulement parce qu'il symbolise, avec un redoutable talent, tout ce que la vie m'a appris à haïr depuis l'enfance mais aussi parce qu'il n'hésite pas à abandonner aux flammes les livres qu'il prétend tant aimer. "Puisque je dois mourir, vous ne les aurez pas !" Raisonnement profondément égoïste de cet obsédé religieux auprès duquel le cynisme politique d'un Bernardo Gui - en fait à l'Abbaye dans le seul but d'y faire échouer la rencontre entre les Franciscains et les délégués d'Avignon - a au moins le mérite d'une relative franchise - toujours dans le livre, il est vrai. Là-dedans, émouvant en diable - puis-je oser ? :talkingdevil: - Frère Guillaume risque sa vie pour en préserver quelques uns et songez qu'il a dû faire un choix précipité et que, à cette époque, un livre "normal" pesait très lourd ...

Je n'irai pas plus loin. Je vous dirai seulement : Lisez "Le Nom de la Rose" d'Umberto Eco. A haute voix car il est assez ardu. Cela dit, à l'intention des néophytes, je précise qu'il a des allures de thriller médiéval qui risquent assez de les séduire et de les faire le dévorer en trois ou quatre jours sans même qu'ils s'en aperçoivent . Et, après, regardez "Le Nom de la Rose" de Jean-Jacques Annaud. Il se peut que vous soyez un peu déçus malgré l'interprétation passionnée de Connery et de Murray Abraham, malgré celle, toute en subtilité et en réalisme, de ce comédien extraordinaire qu'est Ron Perlman et la perfection absolue et émouvante que Christian Slater apporte à son rôle. (Mais enfin, vous savez, quand on a lu le livre qui a inspiré un film avant de visionner ce même film, il est rare qu'on ne soit pas déçu.  Wink ) En outre, Jean-Jacques Annaud annonce, dès le départ, qu'il s'agit de son "interprétation" personnelle du roman auquel, dans l'ensemble, compte tenu de son budget, de son équipe et aussi de l'intérêt qu'il portait à l'aspect "policier" de l'histoire, il se tient assez fidèlement, ne s'inclinant que devant les "simplifications" nécessaires : pas de longues tirades littéraires, une action qui prime, un manichéisme regrettable mais en général de mise pour sauvegarder la confiance des producteurs. On ne saurait donc l'accuser d'avoir triché.

Lisez, visionnez. Et que ces deux oeuvres, chacune à sa manière, vous incitent à vous poser des questions, et encore des questions. Ces questions pour lesquelles Jorge de Burgos eût été capable de vous assassiner sans aucun remords mais que Guillaume de Baskerville vous eût par contre encouragés à vous poser - et à poser un maximum autour de vous.

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Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
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