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La Balade Sauvage - Terrence Malick

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Masques de Venise
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MessageSujet: La Balade Sauvage - Terrence Malick   Mer 22 Avr - 19:31



Titre original : Badlands

Titre français : La Balade Sauvage

Réalisateur : Terrence Malick

Scénario : Terrence Malick

Photographie : Tak Fujimoto, Steven Larner & Brian Probyn

Montage : Robert Estrin

Costumes : Rosanna Norton

Musique : George Tipton & James Taylor pour le thème "Migration" & Erik Satie pour "Trois Morceaux en Forme de Poire"

Genre : Drame / Thriller

Production : Terrence Malick et Edward R. Pressman - Badlands Company & Jill Jakes Productions

Studios : Warner Bros

Pays d'Origine : USA - 15 octobre 1973


Sortie en France : 1975 - Interdit aux moins de 12 ans

Durée : 95 mn

Audio : anglais, français, italien

Sous-titres : français, italien, anglais, allemand, bulgare, espagnol, néerlandais, portugais

Sous-titres pour malentendants : anglais, italien

Distribution : Martin Sheen (Kit Carruthers) - Sissy Spacek (Holly Sargis) - Warren Oates (Le père de Holly) -[b]Gary Littlejohn (Le sherif) - Alan Vint (Tom, le sherif-adjoint) - Ramon Bieri (Cato) - John Carter (Mr Scarborough) - Dona Baldwin (La domestique sourde) - Charles Fitzpatrick (Jack) - Gail Threlkeld (La petite amie de Jack)


Voici un OVNI cinématographique, un objet improbable et pourtant réussi, le premier fils de l'auteur des "Moissons du Ciel", Terrence Malick. [/b]Signalons d'autre part que ce fut le film qui lança plus ou moins la carrière de Sissy Spacek et, bien sûr, celle de Martin Sheen, ici aussi jeunes l'une que l'autre. Le film passe pour s'être inspiré de la cavale de Charles Starweather et de sa petite amie, Caril Ann Fugate. Bien plus tard, et dans un style hyper-violent, ajoutant des éléments comme l'inceste imposé à la compagne du tueur et qui n'a jamais existé, semble-t-il, dans la réalité, Oliver Stone donnera sa propre adaptation de l'Affaire Starkweather-Fugate avec "Tueurs Nés."

Mais le regard de Malick est fondamentalement différent. Déjà, il occulte la fameuse tuerie des parents de l'héroïne et de sa toute petite soeur de deux ans, que Starkweather perpétra en 1958. S'il a pu s'inspirer d'un couple d'ados complètement largués et s'engageant dans un road-movie qui les mène, l'un au moins, vers la chaise électrique, il en fait deux personnages tout à fait à part. Le premier, Kit Carruthers, n'a plus de famille et se sent plus ou moins rejeté par la société. Une société qu'il essaie pourtant d'intégrer mais avec laquelle il rompt toujours car il ne parvient que très rarement à maîtriser la colère qui est en lui (et sur les origines de laquelle on ne saura jamais rien.) Celui qui va, effectivement, devenir un tueur en série, est loin d'être un paresseux et n'hésite pas à se faire éboueur par exemple. C'est un bosseur mais, constatant que, tôt ou tard, les autres ne l'acceptent pas, il finit par se lasser et par prendre la route.

Entretemps, il est tombé amoureux fou d'une adolescente qui, de son côté, n'a plus que son père - Warren Oates, peu bavard et exprimant à merveille la dureté de ce paysan du Middlewest devenu peintre de façade. Le père, bien sûr, n'aime pas voir Kit rôder autour de sa fille. Une dispute éclate entre les deux hommes et, fou de rage, Carruthers abat tout simplement Mr Sargis puisque celui-ci s'oppose à la relation qui existe entre Holly et lui-même.

Impossible désormais pour les deux amants de rester dans leur petit patelin où rien, d'ailleurs, ne les retient vraiment. Alors, ils s'en vont, comme ça, au hasard. C'est Holly qui nous raconte toute l'histoire, Holly, rêveuse et déphasée, manifestement en retrait quoique, sincèrement, elle ne paraisse pas souffrir d'addictions particulières. Kit non plus d'ailleurs, si ce n'est à la haine, à la colère. Et dans ces cas-là, s'il croit qu'on le fait marcher, il tue. Froidement et sans se poser de question.

Martin Sheen, alors au tout début d'une carrière qui compte au moins un chef-d'oeuvre - Sheen est inoubliable dans "Apocalypse Now" drunken drunken - joue avec suffisamment de naturel pour que ses poses à la James Dean - Starkweather admirait l'acteur et ne s'en cachait pas, s'appliquant à lui ressembler un maximum - en particulier celle, qui imite assez curieusement la crucifixion et que l'on trouve, si mes souvenirs ne sont pas trop vieux, dans "Géant", où Dean a son fusil à l'horizontale sur la nuque et les mains à plat, l'une sur le canon, l'autre sur la crosse, passent sans aucun problème. Le néophyte ne le saisira peut-être pas tout de suite mais cela saute aux yeux du cinéphile.

Un grand, un très grand naturel également de la part de Sissy Spacek, mi-enfantine, mi-adolescente, qui aime les livres, la musique et, on le sent bien, pour pallier la dureté de son père, a appris depuis longtemps à se construire un monde éthéré où elle se réfugie.

Et avec ça, des images, une manière de filmer la nature qui relèvent du poème pur et simple. C'est lent, c'est beau, c'est indicible et si l'on perçoit bien le rôle que tient la violence dans la personnalité de Kit Carruthers, celle-ci n'est jamais restituée "de près", encore moins de façon gore. La violence, ici, est un défaut de Carruthers, un défaut qu'on aurait dû combattre ou soigner, mais qui, pour une raison inconnue, est devenu pour ce jeune homme de vingt-cinq ans, une sorte de bouclier mental et aussi, une porte de sortie.


Si l'on peut penser qu'il est auto-destructeur, jamais on ne voit un monstre en Carruthers. Il laisse d'ailleurs partir Holly lorsque celle-ci ne veut plus le suivre, lorsque, comme elle le lui dit, "elle veut que ça s'arrête." Et il poursuit tout seul, sachant très bien que les autorités finiront par le rattraper, se soumettant par avance et donnant l'impression étrange qu'il considère s'être battu en guerrier. Nous sommes loin, très loin, du psychopathe absolument dégueulasse (désolée, il n'y a pas d'autre mot) incarné par Brad Pitt dans "Kalifornia."

Dans ces conditions, nous dira-t-on, n'y a-t-il pas de risques à ce que "La Balade Sauvage" soit tenue pour une apologie de la violence ?

Non. Pas un seul instant. La violence, je le répète, reste l'anomalie, une anomalie qui conserve ici tout son mystère. Et puis d'ailleurs, qui est le plus violent, le plus sadique ? De Kit qui agit sur la colère et l'impulsion ou du père de Holly qui, pour la "punir" d'avoir continué à fréquenter Carruthers, abat son chien sous ses yeux ? ... Tout le reste ressemblerait à la limite à une romance primitive, proche de celles qu'on pu connaître les hommes aux premiers âges.


Quand on éteint son lecteur, on le fait sur une impression de douceur, de poésie. On a quasi oublié la violence qui hante pourtant le film.


Un film à recommander à ceux qui aiment les rythmes lents et les projets anticonformistes, une forme de cinéma inhabituelle, poétique mais non "intello". Inutile par contre de le visionner si vous voulez l'histoire de Starkweather telle qu'elle s'est réellement déroulée. En tous cas, un DVD à conserver, c'est certain.
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