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La Strada - Federico Fellini

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MessageSujet: La Strada - Federico Fellini   Sam 9 Mai - 18:48



Titre original : La Strada

Titre international : La Strada

Réalisateur : Federico Fellini

Scénario : Federico Fellini, Tullio Pinelli & Ennio Flaiano

Dialogues : Tullio Pinelli avec une adaptation française de Raymond Queneau

Direction de la photographie : Otello Martelli

Cadrage : Roberto Gerardi

Montage : Leo Cattozzo

Décors : Mario Ravasco & Brunello Rondi

Maquillage : Eligio Trani

Costumes : Margherita Marinari

Musique : Nino Rota

Son : Aldo Calpini

Genre : Drame

Production : Carlo Ponti & Dino de Laurentiis

Studios : Pont-De Laurentiis Cinematografica (Italie)

Société de distribution : Les Films du Centaure (France) - Le Théâtre du Temple (France)

Pays d'Origine : Italie - 6 septembre 1954 à la Mostra de Venise

Sortie en France : 11 mars 1955 - Tous publics

Durée : 115 mn

Audio : italien, français

Sous-titres : français

Sous-titres pour malentendants : néant

Distribution : Giuletta Masina (Gelsomina) - Anthony Quinn (Zampano) - Richard Basehart (Il Matto / Le Fou) -Aldo Silvani (Colombaioni, Monsieur Girafe) - Marcella Rovena (La veuve) - Lidia Venturini (La soeur) - Mario Passante (Le serveur) - Anna Primula (La mère de Gelsomina) - Yami Kamadeva (La prostituée)



Difficile et même, avouons-le, périlleux, d'évoquer ce qui reste comme un chef-d'oeuvre du cinéma italien et, pour certains, comme LE chef-d'oeuvre de son auteur, Federico Fellini. Nous laisserons à chacun le soin de juger selon son coeur en sachant parfaitement que beaucoup demeurent, malheureusement pour eux (si, si, nous vous plaignons, nous vous le jurons ! :bof: Mr. Green ), insensibles à l'extraordinaire beauté de cette espèce de poème tragique et inachevé, où apparaissent déjà ces images oniriques qui deviendront pour toujours la "marque" du cinéaste. Ainsi, ce cheval qui passe devant Gelsomina, abandonnée seule la nuit, sur un trottoir, tandis que Zampano est parti avec une prostituée. Ou encore ces plans si imposants de la procession de la Fête-Dieu dans la ville, se déroulant sur le thème solennel, écrasant et en même temps pompeux  preach qu'a créé pour eux Nino Rota. Et puis, bien sûr, tout ce qui entoure le Fou, depuis sa personnalité jusqu'à son costume, son balancier de funambule, son numéro. petitange Sans oublier les décors extérieurs de l'Italie des années cinquante, si désolés dans une nudité navrante qui survivra jusqu'aux années soixante (Cf. par exemple l'"Accatone" de Pasolini, son premier film) et ces incroyables décors de cirques vagabonds, de cloîtres décatis et néanmoins mystiques, et de fermes plus ou moins délabrées qui rappellent l'avant-guerre.

Sans exagération, on peut dire que tout Fellini est dans "La Strada." Lui-même ne disait-il pas que c'était le film auquel il demeurait le plus attaché, sentimentalement parlant ?

"La Strada" est l'un des plus prodigieux moments de grâce artistique que nous a donnés le cinéma. Un art qui doit tout - ou presque - aux autres arts : la musique d'abord, si importante dans "La Strada", avec un thème pour chaque personnage et l'air favori et si mélancolique de Gelsomina, une musique de cirque - et la vie n'est-elle pas un cirque, elle aussi ? - qui passe sans complexe du tragique le plus noir au comique tout bonnement sautillant lorsque l'intrigue l'exige ; la photographie, d'autant plus impressionnante que nous avons ici le noir et blanc, avec cette façon d'utiliser l'ombre et la lumière dont on sait combien elle a de valeur pour tout cinéaste et tout directeur de la photographie dignes de ce nom ; l'écriture avec des textes ici adaptés par Raymond Queneau - pourra-t-on jamais oublier la comparaison que fait le Fou de la tête de Gelsomina avec un artichaut ? - et bien, entendu, le théâtre tout court avec le jeu d'un trio d'acteurs exceptionnels :

1) Masina tout d'abord, "différente", un peu attardée mais si douce, si tendre, qui "voit" le monde tel qu'il devrait être et n'en supporte pas la laideur, et qui se découvre, en un geste touchant, devant le petit garçon malade qu'on la mène voir et qui, lui aussi, est "différent" ... Ah ! Ce brusque, cet éclatant passage du visage de l'enfant qui s'étonne et manque sourire à celui, maquillé et comme ébahi, lui aussi tributaire d'un "autre" monde, de la petite foraine ...
A la terre, ne la retient que le sentiment qui, malgré toutes les rebuffades essuyées, l'attache encore à Zampano. Et pourtant, quelque chose la lie également au Fou, qu'elle suit de peu dans la Mort. Gelsomina, la jeune attardée à tête d'artichaut est - a toujours été - à cheval entre deux mondes et quand, l'un, le terrestre, le charnel, l'abandonne, elle se réfugie dans la folie. Et dans la Mort qui la prend avec tendresse dans son sommeil, elle devient ce funambule, enfin aussi léger et aussi libre que l'air, dont nous avions observé, avec mépris pour certains et avec des rires et tant de moquerie pour d'autres, les pas hésitants et lourds que lui autorisait seulement, et encore avec parcimonie, une terre qui la rejetait.

2) Quinn, qui dira de Fellini durant le tournage de "La Strada" : "Il m'a fait travailler sans pitié, il ne m'a fait grâce de rien, me faisant recommencer scène après scène encore et encore, jusqu'à ce qu'il ait obtenu ce qu'il voulait. En travaillant sur ce film avec Fellini, j'ai appris sur l'art de jouer, et en trois mois, bien plus que tout ce que j'avais pu apprendre jusque là. (He drove me mercilessly, making me do scene after scene over and over again until he got what he wanted. I learned more about film acting in three months with Fellini than I'd learned in all the movies I'd made before then.") En un crescendo d'une subtile délicatesse, que Fellini a su guider en lui jusqu'à son zénith, mais un crescendo non exempt de régressions flagrantes (ses brutalités envers Gelsomina, son désir de voler les nonnes qui l'ont pourtant si bien accueilli et, bien sûr, son attitude de bête fauve devant le Fou, ce Fou qui ne résiste jamais à lui jouer les tours les plus pendables mais qui le connaît peut-être mieux qu'il ne se connaît lui-même, et dont Zampano, en bon mâle bien possessif et bien jaloux, perçoit bien l'attirance envers Gelsomina), Anthony Quinn fait jaillir sous nos yeux qui n'osent y croire la Brute dans toute sa splendeur, avec son front bas, ses idées courtes, ses préoccupations primaires, son orgueil de mâle, sa lâcheté aussi ... mais sans oublier la faille qu'éveille en lui, sans d'ailleurs en avoir une conscience très nette, sa petite compagne et puis cet effondrement final, sur la plage d'Ostie, où le comédien, sans cabotinage inutile, dévoile enfin sous les étoiles la part d'humanité que Zampano se refusait à admettre.

3) Basehart enfin, pointe de cet inattendu "ménage à trois", le funambule aux ailes de carton doré tout droit jailli du surréalisme, de la poésie parfois absurde et du grand cirque plein de rêves, de défilés de mode pour les religieux, de Casanova qui font l'amour comme des automates du XVIIIème et de poissons d'espèce indéterminée échoués, morts et pourrissants, sur le sable d'Ostie, qui constituent l'univers de Fellini. Personnage aussi clownesque que Gelsomina - au contraire de Zampano qui, lui, n'a rien de drôle car il tient le rire pour une menace dirigée contre lui - aussi fragile aussi (il n'y a qu'à comparer sa carrure avec celle de son rival), le Fou est aussi le seul des trois qui parvient non seulement à ressentir ce que chacun éprouve mais encore à l'exprimer. Sur ce point crucial, il est l'antithèse de Gelsomina et de Zampano qui, pour leur part, ressentent - et même de façon intense - mais ne réussissent pas à exprimer leurs émotions, la première parce qu'elle se sait "différente" et n'a aucune confiance en ce qu'elle est, le second parce qu'il est infiniment fruste, et méfiant, et même paranoïaque. Poète-né, sachant jouer de son cerveau mais aussi de son coeur, sachant surtout équilibrer les deux, Il Matto est un funambule de l'Âme et, à sa façon simple, avec sa manière, quasi christique, de se mettre au niveau de Gelsomina en lui parlant par paraboles, par images, c'est un visionnaire. Le Fou a compris que Gelsomina aime Zampano - même si, pas plus que le spectateur, il n'en saisit bien les raisons mais enfin, n'est-ce pas le signe de l'amour, justement ?  Le Fou comprend aussi que Zampano refuse de s'avouer qu'il éprouve pour sa compagne quelque chose qu'il n'a jamais ressenti pour aucune femme. Et le Fou sait enfin que, de son côté, car il reste homme, il est lui aussi fortement attiré, presque fasciné par Gelsomina, la candeur, la pureté qui, malgré ses vêtements miteux et ses ballerines rapiécées, sont les seuls apanages - mais quels apanages sans prix ! - dont la Vie a bien voulu l'honorer. Sans doute a-t-il discerné également chez la jeune femme son fort potentiel poétique, une nature qui s'appuie encore sur la terre mais qui ne demande qu'à s'envoler ... Et il sait bien que, jusqu'au bout, l'amour qu'elle porte à Zampano la Brute retardera son envol - sa libération ...

Moment de grâce, écrivais-je plus haut. Oui, parce que moment où le cinéaste et son équipe, par un miracle qui ne s'explique pas, atteignent à l'Universel et, ce faisant, éveillent en tout spectateur attentif - et poète - la plus mystérieuse, la plus troublante des étoiles : un bonheur surhumain, doublé d'une tristesse infinie, mais qui s'échappe, lui aussi, vers l'Infini - là où l'attend sa vraie, sa seule place.

Ne vous y trompez pas : sans "La Strada", il n'y aurait jamais eu ni "La Dolce Vita", ni "Huit-et-Demi", ni "Casanova", ni "Amarcord" ... Pensez-y bien quand vous le visionnerez et laissez-vous porter ...

... L'intrigue ? Oh ! est-ce utile d'en parler ?   "La Strada" ne se raconte pas, elle se chuchote dans le silence d'un cloître ou d'une mansarde de poète, à la lueur d'une veilleuse ou d'une vieille bougie ... Et puis, bien sûr, elle se vit : là, sur l'écran, en noir et blanc. Soixante-et-un ans et pas une ride. La poésie, la grâce, l'art, le génie sont éternels. Regardez et faites un pas, rien qu'un pas, oui, osez ce pas sur la corde tendue par le Fou: vous entrez dans "La Strada", vous rejoignez Gelsomina, Zampano et Il Matto, le Temps s'efface - vous êtes non pas dans l'Italie des années cinquante mais bel et bien dans l'Eternité. Pour cent-quinze minutes seulement. Mais quelles minutes ! ... Allez, je vous laisse ...  Wink A bientôt ... Bouquet [b]Bouquet[/b]

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
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La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

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