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Le Moyen-Âge : Victime d'Une Fausse Réputation de Barbarie ?

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Masques de Venise
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MessageSujet: Le Moyen-Âge : Victime d'Une Fausse Réputation de Barbarie ?   Mer 13 Mai - 19:07

La Renaissance, qui en est pourtant la fille aînée, le XVIIème, puis le XVIIIème siècles ont renié, avec un ensemble arrogant, ce Moyen-Âge sans lequel, qu'ils l'admettent ou non, aucun d'eux n'eût pu développer ses richesses. Pour le XVIème comme pour le XVIIème, cette période, il est vrai bien longue , n'est qu'une mise en sommeil de l'intelligence et de l'art. Les beautés que nous trouvons au style gothique, la simplicité épurée (quoique parfois un peu balourde) du roman, ces deux siècles détournent obstinément le regard quand ils sont contraints de les croiser. Quant au XVIIIème, siècle des Lumières si longtemps hautain et dont notre Education nationale actuelle paraît bien vouloir se débarrasser - ni vu, ni connu, passez muscade ... :clégal: , il ne retient du Moyen-Âge que l'ardeur particulière de sa foi pour mieux la qualifier de sectaire et de fanatique sur à peu près tous les plans. En outre, et assez curieusement, bien que pamphlets divers et oeuvres libertines se soient succédées à ces différentes époques, sous le manteau ou au grand jour, le Moyen-Âge est, paraît-il, "grossier" (mais, si le Moyen-Âge est "grossier", que dire de certaines pages de Rabelais, homme de la Renaissance s'il en est ?  ) et il convient de faire, en passant devant cet individu édenté et vulgaire, toujours prêt à éclater d'un gros rire à la moindre réflexion un tantinet salace, une moue bien dégoûtée.

Ayant survécu, non sans mal, à l'immense tempête révolutionnaire et aux foudres de la Déesse Raison, Chateaubriand et le début du XIXème siècle redécouvrent avec délices la foi, l'art et l'âme même du Moyen-Âge. A la suite de l'auteur des inimitables "Mémoires d'Outre-Tombe", qui s'extasie devant la splendeur du gothique et ce qu'il nomme "le merveilleux chrétien", la jeune génération des Romantiques se rue furieusement vers "cette mer de poésie" que, selon le mot d'Hugo, représente le Moyen-Âge. Mieux et nettement plus étonnant : les historiens, eux aussi, font volte-face.

A partir de là, le mouvement est enclenché, qui conduira à une étude approfondie et impartiale - enfin, disons que des efforts notoires sont accomplis pour atteindre à l'impartialité  Wink - du Moyen-Âge. Certes, tout le monde n'est pas d'accord : il y a les partisans de l'extase absolue et ceux du scepticisme ricanant. Mais le Moyen-Âge a repris sa place sur le grand podium chronologique de notre Histoire. C'est déjà ça.

Comprenons-le bien : ceux qui n'évoquent cette période que comme une longue nuit sinistre, tout comme ceux qui découvrent un chef-d'oeuvre à chaque page de manuscrit ou à toute gargouille de cathédrale les guettant, résignée, dans un coin de la petite église du coin, sont autant dans leurs torts les uns que les autres. Si le Moyen-Âge possède une caractéristique certaine, c'est sa longueur. Et qui dit longueur dans le temps, dit automatiquement des hauts et des bas. De fait, nul ne le niera, crises et renaissances se succèdent en attendant la grande Renaissance de l'Humanisme et du XVIème siècle.

Pour la langue française comme pour notre littérature, le Moyen-Âge, c'est l'enfance, voire l'adolescence. En tête s'avancent la littérature épique et la littérature courtoise. Puis s'ouvre le XIIIème siècle, connu aussi comme "le siècle de Saint-Louis", qui marque un fabuleux essor de notre littérature : le champenois Rutebeuf, "Le Roman de La Rose" de Guillaume de Lorris et Jean de Meun(g), les multiples fabliaux, bien sûr ... Le siècle suivant nous donnera au moins la "Vie de Saint-Louis" par Jean de Joinville, l'un de ses fidèles compagnons, sans oublier celle rédigée par Guillaume de Saint-Pathus, qui fut le confesseur de l'épouse de Louis IX. Enfin, avec le XVème siècle, si la fin se profile, au moins le fait-elle en beauté : "Le Vrai Mystère de la Passion" d'Arnoul Gréban, "La Farce de Maître Pathelin", les poèmes de Charles d'Orléans, les "Mémoires" de Phlippe de Commynes et cette véritable tête-brûlée de François Villon, qui vit le gibet de bien près et en tira d'ailleurs des vers admirables.

Que penser, aujourd'hui, du Moyen-Âge ? On peut ne pas être d'accord avec son système sociétal, avec ses bûchers et ses chasses aux sorcières, avec ses représentations trop nombreuses d'un Dieu qu'il faut aimer mais dont il faut aussi redouter la colère - avec l'expression trop ardente, et en cela bien dangereuse si l'on tombe sur des fanatiques, de sa foi extraordinaire. Mais en dépit de ses défauts, le Moyen-Âge a, tâche ô combien difficile, assuré la liaison entre les Grands Ancêtres de l'Antiquité gréco-latine et la Renaissance. Parfois, les ponts se rompaient, le temps d'une invasion, le temps d'une ou de deux guerres. Mais toujours, les hommes du Moyen-Âge trouvaient le moyen de s'emparer à nouveau du fil tout emberlificoté des Arts sous toutes leurs formes afin d'en défaire les noeuds et de poursuivre leur chemin dans un monde bien plus dur et tout aussi labyrinthique qu'aujourd'hui. D'abord timides et patauds, ils se sont enhardis, ont créé et revendiqué leurs propres formes artistiques autour d'une langue unifiée - et le détail est important !   Mr. Green - et de leurs propres textes fictionnels. S'ils ont beaucoup copié et recopié les Anciens, sauvegardant au passage un héritage inestimable, ils ont aussi appris à s'en démarquer avant de transmettre le flambeau à une Renaissance qui leur fut bien ingrate.

Et n'oublions surtout pas : le sentiment national français naît au Moyen-Âge . Rien que pour cela, il mérite de reprendre son rang, l'un des plus importants, dans notre Histoire. Notamment littéraire. Alors, si vous êtes prêts, partons à la découverte de cette littérature médiévale, dont vous avez déjà un bon aperçu dans la rubrique initiée par Lydia - rubrique que l'on trouve rarement, sauf dans les forums spécialisés.

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