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Le Génie du Mal - Richard Fleisher

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MessageSujet: Le Génie du Mal - Richard Fleisher   Mer 13 Mai - 20:43



Titre original : Compulsion

Titre français : Le Génie du Mal

Réalisateur : Richard Fleisher

Scénario : Richard Murphy & Meyer Levin, d'après le roman éponyme de ce dernier (paru chez Phoebus sous le titre "Crime")

Dialogues : Tullio Pinelli avec une adaptation française de Raymond Queneau

Direction de la photographie : William C. Mellor

Montage : William Reynolds

Décors : Elie Benneche & Walter M. Scott

Costumes : Charles Le Maire & Adele Palmer

Musique : Lionel Newman

Genre : Thriller

Production : Richard D. Zanuck

Studios : Darryl F. Zanuck Productions

Société de distribution : Twentieth Century Fox

Pays d'Origine : USA - 1er avril 1959

Sortie en France : 13 mai 1959

Durée : 103 mn

Audio : anglais, français

Sous-titres : français

Sous-titres pour malentendants : néant

Distribution : Orson Welles (Jonathan Wilk) - Diane Varsi (Ruth Evans) - Dean Stockwell (Judd Steiner) -Bradford Dillman (Artie Straus) - E. G. Marshall (Harold Horn) - Martin Milner (Sid Brooks) - Richard Anderson (Max Steiner) - Robert F. Simon (Lieutenant Johnson) - Ed Binns (Tom Daly)  - Robert Burton (M. Straus)  - Wilton Graff (M. Steiner)  - Louise Lorimer (Mrs Straus)  - Gavin McLeod (Padua)  - Ina Balin (Rôle coupé au montage)  - Acteurs non crédités : Peter Brocco (Albert, le chauffeur des Steiner)  - Dayton Lummis (Dr Allwyn)


Basé sur un roman écrit par Meyer Levin, journaliste et écrivain qui avait été le condisciple de Nathan Leopold et Richard Loeb, brillants et riches étudiants en droit de Chicago, lesquels, le 21 mai 1924, enlevèrent et assassinèrent de sang-froid le petit Bobby Franks, "Le Génie du Mal" se veut, comme le livre, un plaidoyer vibrant contre la peine de mort. Ce qui donne à Orson Welles l'occasion de se livrer à une extraordinaire prestation dans le rôle de l'avocat de la défense, Clarence Darrow, rebaptisé Jonathan Wilk pour les besoins du livre et du film. Il faut dire que, quand on lit et relit le final du plaidoyer de Darrow-Wilk en faveur de la prison à vie comme peine infligée aux deux assassins, on ne peut que se sentir touché par la rigueur et la justesse et la générosité de ses paroles. Malheureusement, bien de l'eau a coulé sous les ponts depuis lors, et nous savons tous que, si le désir de soustraire à la mort des assassins ignobles sous prétexte que leur exécution ne ramènera en rien leurs victimes, est au départ des plus honorables, il a été récupéré par des "angélistes" à tous crins et a engendré nombre de dérives, dont nous voyons quelques beaux exemples en France et en Europe. C'est un peu comme ces Droits de l'homme tant vantés qui nous offre, comme "droitsdelhommistes" actuels, à peu près n'importe qui et surtout des salauds corrompus jusqu'à la moëlle. Mais passons : réservons ce débat au "Nouveau Coin de MDV."

Revenons plutôt à nos deux jeunes loups déglingués et voyons quels étaient les mobiles de ces assassins de 19 et 18 ans, tous deux pourvus, en particulier Judd Steiner [= Leopold], d'un QI de génie ?

Rien de moins que commettre le "crime parfait" et, par dessus tout, prouver l'existence de "surhommes" possédant des "surcerveaux", bref, appliquer certaines théories, il est vrai assez détournées par sa soeur dans l'édition intégrale de ses oeuvres, du philosophe Nietzsche. L'ironie de l'Histoire veut que, quelques dix ans plus tard, les nationaux-socialistes d'Hitler reprendront le thème à leur compte et à grande échelle, poursuivant implacablement ces "sous-hommes" qu'étaient pour eux les Juifs et les Slaves. Or, Judd Steiner [= Leopold] et Artie Straus [= Richard Loeb] sont tous deux juifs.

Pas plus dans la réalité que dans la fiction, rien ne se passe comme le souhaitent ces deux brillantes intelligences, malheureusement totalement immatures sur le plan du Quotient Emotionnel, ce qui est le lot, rappelons-le, de beaucoup de tueurs, en série ou pas. Nous vous laissons le plaisir de découvrir les péripéties du film et, pourquoi pas ? du roman, dont les secondes parties, tant dans un cas que dans un autre, sont surtout des scènes de prétoire. Avec les quelques paroles échangées par les deux jeunes assassins avec l'homme qui leur a pourtant sauvé la vie, le film se fait plus noir que le roman - mais peut-être cette escarmouche est-elle plus proche de la réaction des véritables criminels à la fin de leur procès. Signalons toutefois à sa décharge que Judd [= Nathan Leopold] s'est, en quelque sorte, "racheté" en prison, aidant ses compagnons de geôle et investissant sa profonde intelligence dans des activités humanitaires. Il faut ajouter qu'il était assez intelligent pour suivre une bonne psychothérapie et essayer d'élever son QE. Condamné à quatre-vingt-dix-neuf ans de prison, comme son complice, il devait mourir en 1971 alors que Straus [= Loeb] fut assassiné alors qu'il purgeait sa peine, en 1936.

Richard Fleisher fait, dans son film, la partie belle non seulement à Welles, grandiose comme à l'accoutumée mais sans cabotinage inutile, mais aussi à ses deux co-vedettes, Dean Stockwell dans le rôle de Judd et Bradford Dillman dans celui d'Artie. (Si vous regardez la version post-sychronisée, il est probable que les plus âgés d'entre vous trouveront une bizarre ressemblance entre Dillman et Martin Landau, ressemblance accentuée par une voix qu'il leur semblera reconnaître : non, ce n'est pas Jacques Thébault, doubleur attitré de Landau, mais Michel Roux qui, lui, fut le doubleur de Tony Curtis ! ) Les deux comédiens - Stockwell, vous le retrouverez bien plus tard dans le rôle d'Al, l'hologramme de la série TV "Code Quantum"  - donnent une interprétation fascinante des deux assassins dont l'homosexualité est évidemment, époque oblige, suggérée en paroles mais jamais montrée. Visiblement, ils ont planché sur l'opposition entre les deux caractères : Judd, l'étudiant sérieux, brillant, mais replié sur lui-même, qui n'a jamais eu d'autre ami qu'Artie parce que celui-ci était le seul capable de s'élever sans problème à son niveau ; et Artie, l'extraverti quasi clownesque, avec quelque chose du gamin infernal dont on sait qu'il finira mal presque dès le berceau, lui aussi très intelligent, un tantinet snobinard (plus que Judd qui ne reconnaît de véritable importance qu'à l'intelligence), et toujours prêt à se mettre en avant. Pour les experts, le premier souffre d'une forte tendance paranoïaque alors que le second est nettement schizophrène. Curieusement, s'ils sont capables de manifester des émotions, troubles mais sincères l'un envers l'autre (il existe un rapport de forces certain en parallèle de l'admiration et de l'amour / haine réciproques), on sent très vite qu'Artie est le manipulateur - ce qui est d'autant plus curieux que, dans leur "couple", il semble bien que ce soit lui qui ait tenu le rôle passif - et fait de Judd sa marionnette. Il faudra ses aveux - et l'effondrement qu'il entraîne, en les faisant, de l'image de lui que conservait Judd - pour que ce dernier se révolte et accuse à son tour.

De façon générale, confrontés au monde "normal" et malgré les efforts qu'ils y font pour se maintenir à flots - et pour dissimuler leur homosexualité - Judd et Artie restent froids comme la banquise, totalement bloqués, avec une peur épouvantable à l'idée d'avancer, peur que, pour éviter de regarder leurs faiblesses en ace, ils tentent de travestir en mépris des autres parce que, justement, ils sont supérieurs aux autres. L'émotionnel, chez eux, est brimé par l'intellect, seule fonction qu'ils ont l'impression de maîtriser et qui leur a permis, très jeunes, de se protéger des autres. Dans le fond, soyons honnêtes lol! , peut-être Artie, au début, n'était-il qu'un enfant un peu plus taquin que les autres et qu'une affection intense et un soutien familial permanent eussent réussi à maintenir dans certaines limites. De son côté, il est clair que Judd, s'il n'a, comme Artie, jamais manqué de rien sur le plan matériel, n'a pas réussi à panser les blessures familiales. La froideur qu'il manifeste, cette intellectualisation à outrance de phénomènes qui ressortissent en fait de l'émotionnel, cache une hyper-sensibilité que parvient d'ailleurs à entrevoir Ruth, la seule jeune fille dont il paraît plus ou moins amoureux - comme l'a aussi saisie l'auteur du roman, Meyer Levin, et comme Fleisher s'est attaché à la nous la faire miroiter dans la scène du viol avorté de Ruth.

Sans être un chef-d'oeuvre, "Le Génie du Mal" a le mérite de mettre en lumière une affaire criminelle qui provoqua en son temps une grosse émotion et qui fit s'affronter pour la énième fois partisans et contempteurs de la peine de mort. La seconde moitié du film se déroulant, par la force des choses, dans un tribunal, ralentit un peu l'action et insiste plus sur la réflexion que soulève en nous ce cas bien étrange.

Fallait-il pendre les deux jeunes gens ? Fallait-il les enfermer à vie ? De nous jours, que ferait le juge ?

Cela dit, on peut préférer la première partie du film, avec l'étincelant ballet de Stockwell et Dillman, contrepoint parfait à l'interprétation, habile certes et imposante, mais évidemment plus massive, moins déchaînée, d'Orson Welles.

Dans les deux cas, il faut voir "Le Génie du Mal" qui croyait peut-être régler certaines questions d'ordre moral mais qui, aujourd'hui, ne fait que nous en reposer de nouvelles - et bien plus compliquées qu'elles ne l'étaient en 1959.

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