Nota Bene

Nota Bene

Nota Bene : La Qualité, Non La Quantité - Forum Atypique Pour & Par la Littérature - Le Forum Que Vous N'Oublierez Pas De Sitôt - Histoire & Cinéma Sont Aussi Sur Nos Etagères - Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés - Extrémistes & Trolls S'Abstenir
 
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

 

L'Etrangleur de Boston - Richard Fleisher

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Auteur Message
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 60538
Age : 57
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: L'Etrangleur de Boston - Richard Fleisher   Jeu 14 Mai - 18:54




Titre original : The Boston Strangler

Titre français : L'Etrangleur de Boston

Réalisateur : Richard Fleisher

Scénario : Edward Anhalt, d'après le roman de Gerold Frank (paru au Livre de Poche)

Direction artistique : Richard Day & Jack Martin Smith

Direction de la photographie : Richard H. Kline

Montage : Marion Rothman

Costumes : Travilla

Musique : Lionel Newman

Genre : Thriller

Production : James Cresson & Robert Fryer

Société de production : Twentieth Century Fox

Pays d'Origine : USA - 16 octobre 1968

Sortie en France : ?

Durée : 116 mn

Audio : anglais, français

Sous-titres : français

Sous-titres pour malentendants : néant

Distribution : Tony Curtis (Albert DeSalvo) - Henry Fonda (John S. Bottomly) - George Kennedy (Détective Philip DiNatale) -Mike Kellin (Julian Soshnick) - Hurd Hatfield (Terence Huntley) - Jeff Corey (John Asgeirsson) - Sally Kellerman (Diane Cluny) - William Marshall (Edward W. Brooke) - George Voscovec (Peter Hurkos)  - Leora Dana (Mary Bottomly)  - Carolyn Conwell (Irmgard DeSalvo)  - Jeanne Cooper (Cloe)  - Austin Willis (Dr Nagy)  - Lara Lindsay (Bobbie Eden)  -  Eve Collyer (Ellen Ridgeway / Martha Ridgeway pour la VF)  - Tim Herbert (Cedric) - Shelley Burton (David Parker) - Matt Bennett (Harold Robin) - Gwyda Donhowe (Alice Oakville) - George Furth (Lyonel Brumley) - William Hickey (Eugene T. O'Rourke) - Alex Rocco (Le détective dans l'appartement de la dixième victime) - Enid Markey (Edna)



Tourné sans aucun sensationnalisme - aucun viol n'est montré, contrairement à ce qui se passerait de nos jours  - sans occulter pour autant le face-à-face capitale entre la seule jeune femme qui échappera au tueur en parvenant, bien que déjà attachée aux montants du lit, à le mordre à la main, "L'Etrangleur de Boston" est considéré comme l'un des meilleurs films, sinon le meilleur de Richard Fleisher, en tous cas dans le genre thriller.

Bien que s'inspirant de l'ouvrage peut-être le plus documenté jamais écrit à ce jour sur l'Affaire DeSalvo ("L'Etrangleur de Boston" de Gerold Frank, que vous pouvez vous procurer dans son texte intégral au Livre de Poche et chez les bouquinistes d'occasion) et reprenant en partie le parcours documentaire effectué par l'écrivain, le film n'en adopte pas moins comme conclusion la certitude absolue que DeSalvo était bel et bien l'Etrangleur. Gerold Frank, lui, comme Bourgoin dans son "Livre Noir des Serial Killers" (dont nous produirons bientôt la fiche dans notre rubrique "Grandes Affairs Criminelles") , évoque cependant un autre suspect de choix, George Nassar. Il faut savoir en effet que, contrairement à l'impression donnée par le film de Fleisher, DeSalvo ne fut pas arrêté parce qu'on le soupçonnait d'être l'Etrangleur mais parce qu'il avait avoué ne faire qu'un avec un autre déviant sexuel, surnommé "L'Homme Vert", lequel frappait à la porte des femmes, se faisait passer pour un agent en quête de mannequins, prenait leurs mensurations et filait ensuite en leur promettant de les recontacter. Mis en cellule avec George Nassar, DeSalvo aurait commencé par se vanter de ses nombreuses prouesses sexuelles puis, devant l'indifférence vaguement désabusée de Nassar, d'évoquer les meurtres de l'Etrangleur. Nassar, cherchant à négocier un accord avec le procureur pour sa propre condamnation, en aurait parlé à son avocat et, de fil en aiguille, Albert DeSalvo aurait été enfin interrogé, puis inculpé pour le titre douteux qu'il affirmait posséder : l'Etrangleur de Boston.

Que ce soient Gerold Frank, Stéphane Bourgoin et pas mal d'autres, y compris d'ailleurs dans l'équipe qui traita l'affaire de l'Etrangleur à l'époque, George Nassar, dont le QI dépassait de beaucoup celui de DeSalvo, présentait un bien meilleur "profil psychologique" pour les meurtres de l'Etrangleur de Boston. En outre, si l'on suit les affirmations de DeSalvo, on constate que, d'agressions sexuelles dites "mineures" puisqu'il y eut attouchements mais jamais viols et encore moins tentatives de strangulation - celles du "Mesureur", prototype de l'"Homme Vert", lequel appliquait la même méthode pour séduire les femmes et prendre leurs "mesures" - l'homme passe au viol et au meurtre, d'abord de femmes âgées, puis de jeunes femmes, avant de "se calmer" (?) et de retomber dans ses manies habituelles, qui excluent et ont toujours exclu toute violence : celles du "Mesureur", devenu entretemps "l'Homme Vert" pour la presse. Ce parcours, s'il est vrai, est proprement atypique dans le monde des tueurs en série. La violence de ceux-ci va crescendo - rares, bien rares sont ceux qui ne l'admettent pas, par un reste de gêne ou de pudeur (?) ou, tout simplement, parce que, pour eux, la violence est normale. Ce qui fait que jamais, si l'on excepte DeSalvo et si l'on s'en tient à son histoire, on n'a vu, de mémoire de profiler du FBI ou de simple policier de terrain, le crime disparaître d'un seul coup et l'homme se remettre au viol en laissant la vie à ses victimes.

Si DeSalvo n'a pas menti, s'il ne faisait vraiment qu'un avec l'Etrangleur de Boston, on peut - et l'on doit - regretter que, malgré ses nombreuses requêtes en ce sens, requêtes qui sont indiscutables, l'Administration américaine l'ait toujours maintenu en prison au lieu de le faire bénéficier de soins qui l'auraient certainement aidé et du même coup, permis à des médecins et des profilers d'examiner un cas tout à fait unique. Albert DeSalvo sera finalement assassiné par un co-détenu en 1973 et, tout comme George Nassar, lui-même décédé, emportera sa vérité dans la tombe.

Richard Fleisher, s'il nous fait découvrir les points importants de l'enquête en une sorte de "film-documentaire" qui occupe la première partie de l'intrigue, a opté pour la culpabilité absolue de DeSalvo, ainsi que pour un trouble mental proche de la schizophrénie. Ce qui explique entre autres que, chez la jeune femme qui parvient à le mordre, la concentration du tueur vole en éclats devant un petit miroir où il s'aperçoit en pleine action. Spectacle qu'il ne peut supporter et qui le pousse en partie à s'enfuir après avoir eu bien du mal à libérer sa main blessée.

Autant que la conviction de Fleisher et sa volonté délibérée d'entrer dans la tête d'un tueur à l'identité fragmentée - il utilisera d'ailleurs, pour souligner la brutalité de l'histoire, son aspect démentiel et la panique qui sévit à Boston pendant les meurtres de l'Etrangleur, un procédé de tournage qui divise souvent l'écran en plusieurs cases, mêlant ainsi les récits et faisant croître, chez le spectateur, un véritable tourbillon de malaise qui le déstabilise plus d'une fois - l'interprétation de Tony Curtis dans le rôle de DeSalvo demeure le point fort du film. Abonné aux rôles de jeunes premiers tragiques ("Les Vikings" du même Richard Fleisher, avec son épouse à la ville, Janet Leigh, et Kirk Douglas comme partenaires) ou comiques (le mémorable "Certains L'Aiment Chaud", de Billy Wilder, avec Jack Lemmon et Marilyn), le comédien nous offre ici un jeu saisissant de vérité, dont l'intensité n'a d'égale, à mon humble avis, que celle de Perkins dans le "Psychose" d'Hitchcock, ou encore celle d'Anthony Hopkins, lequel donne vie pour nous à un psychopathe avéré et lui aussi atypique, le Dr Lecter, dans l'immortel "Silence des Agneaux" de Jonathan Demme.

Même au quotidien, DeSalvo incarné par Curtis reste un être un peu à part, aux traits réguliers certes mais aux yeux étranges. Ce qui ne l'empêche pas visiblement d'aimer et sa femme et ses enfants. (Signalons que le cinéaste fait l'impasse sur le handicap de l'aînée, Judy, qui aurait eu cependant une très grande importance pour DeSalvo, père sur ce plan admirable car il s'occupait de l'enfant avec tendresse et patience. Tout comme il "ignore" la mésentente sexuelle existant entre les époux DeSalvo. Selon ses propres dires, DeSalvo aurait été capable de faire l'amour six fois par jour. Sa femme n'en pouvait plus et, bien sûr, on peut aussi la comprendre, elle redoutait la naissance d'un nouvel enfant handicapé. Dans des lettres qu'il lui écrivit de sa prison, DeSalvo lui reproche, en termes voilés car, inexplicablement, il continue à aimer sa femme, cette "froideur" qui, selon lui, a joué également dans sa folie meurtrière.)

A l'extérieur, DeSalvo conserve un visage normal et une attitude aimable jusqu'à ce sonne pour lui l'heure où, selon les médecins, sa personnalité positive passe le relais à l'Etrangleur. Fleisher le filme une fois, une seule, alors qu'il enserre une jeune femme pour l'étrangler. Gros plan sur le visage de Curtis : impassible, sauf un cillement d'yeux et puis, derrière, le vide - c'est comme si, effectivement, le DeSalvo que tout le monde, lui le premier, connaît bien s'absentait. Les scènes finales également, ces longs plans face à face avec un Henry Fonda qui, dans le rôle de Bottomly, tente, peu à peu, de faire remonter à la mémoire de De Salvo l'existence de son Double, sont très impressionnantes. D'autant qu'elles se déroulent dans un décor blanc, pour ainsi dire éclatant. Puis vient le moment où la mutation s'effectue une fois de plus sous nos yeux mais dans des circonstances vraiment épouvantables puisque DeSalvo reçoit alors la visite de son épouse et de sa petite fille. D'une poussée formidable, Fleisher projette un spectateur qu'il a méticuleusement préparé au choc dans le cerveau du schizophrène. Celui-ci voit d'abord rapetisser, puis "s'éloigner" la silhouette de sa femme avant de, lentement, posément, se diriger vers elle et tenter de l'étrangler. Le film s'achève sur un Curtis-DeSalvo à qui la mémoire vient de revenir et qui se fige, à jamais tapi dans l'angle de cette salle si blanche, à jamais livré à ses démons.

On rappellera pour les amateurs que la scène où DeSalvo-Curtis, aiguillonné par Bottomly-Fonda, mime l'un de ses crimes fut d'abord tournée par Curtis avec une comédienne. Après une bonne dizaine de jours, il était fin prêt pour vivre la scène tout seul, sans l'aide de sa partenaire. C'est, sans aucun doute, l'un des sommets du film - et de son interprétation.

En dépit des privautés prises avec l'histoire réelle, le film de Fleisher est un chef-d'oeuvre. Il ne magnifie pas son personnage-titre, il ne lui cherche pas d'excuses - l'impasse est faite également sur l'enfance de DeSalvo, qui fut loin d'être rose - il dépeint la folie, le vide, la perversion, nommez-le comme vous voulez, qui peut, dans certains cas, amener un homme à se comporter comme un monstre. Car, sur ce point, Fleisher est fidèle à l'ensemble des conclusions sur l'Affaire de l'Etrangleur de Boston : DeSalvo était bel et bien atteint d'un dysfonctionnement réel de la personnalité et, bien qu'il eût souvent demandé de l'aide (notamment lorsqu'on l'arrêta en sa qualité de "Mesureur", c'est-à-dire avant les meurtres de Boston), aucun juge, aucune institution n'a voulu lui tendre la main. Même condamné pour les treize assassinats de Boston, il ne recevra pas de soins. Il s'évadera même une fois pour attirer l'attention et réclamer ces soins, avant de se livrer de lui-même. Mais là non plus, la société n'a pas jugé utile de répondre aux angoisses qu'il éprouvait. Il est déjà difficile pour quelqu'un possédant une intelligence supérieure et se trouvant dans le même cas, de comprendre ce qui l'a fait agir : pour DeSalvo, c'était carrément impossible.

En ce sens, on peut plaindre DeSalvo autant que ses victimes. Mais on ne peut l'absoudre, cela va sans dire.

Quoi qu'il en soit et sauf si vous êtes un amateur forcené de gore, procurez-vous "L'Etrangleur de Boston" de Richard Fleisher (il existe un remake qui date de 2006, je ne l'ai pas vu mais je doute qu'il arrive à la cheville de l'original ) et visionnez-le. Vous verrez : c'est un grand film. Tout simplement. Et aussi un film-culte car, s'il ne fit pas un "flop" complet à sa sortie, le public de l'époque ne comprit pas la portée de l'image fragmentée et se détourna avec horreur d'un Tony Curtis prodigieux mais qu'il refusait de voir en violeur et tueur de femmes. Ce ne fut qu'avec l'aide du Temps, ce grand artiste, que "L'Etrangleur de Boston" de Richard Fleisher devait devenir un incontournable pour tout cinéphile. Eh ! oui, Saturne l'Implacable adoucit et révèle bien des choses ...

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé


La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron



https://www.notabeneculturelitteraire.com/
http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/

L'Etrangleur de Boston - Richard Fleisher

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum: Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Nota Bene :: CINEMA, DVD, TELEVISION & C° :: Ciné-Club & DVD -