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Le Silence des Agneaux - Jonathan Demme

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MessageSujet: Le Silence des Agneaux - Jonathan Demme   Sam 16 Mai - 19:19



Titre original : The Silence of the Lambs

Titre français : Le Silence des Agneaux

Réalisateur : Jonathan Demme

Assistants-Réalisateurs : Ronald M. Bozman, Gina Leonetti, Kyle McCarthy & Steve Rose

Scénario : Ted Tally, d'après le roman éponyme de Thomas Harris

Direction artistique : Tim Galvin

Direction de la photographie : Tak Fujimoto

Photographe de Plateau : Ken Regan

Cadrages : Tony C. Jannelli, Bruce MacCallumile

Montage : Craig McKay

Son : John Fundus & Skip Lievsay

Décors : Kristi Rea & Karen O'Hara

Costumes : Colleen Atwood

Maquillages : Carl Fullerton, Neal Martz & Allen Weisinger

Coiffure : Allan d'Angerio

Musique : Howard Shore

Genre : Thriller

Production : Kenneth Utt, Edward Saxon & Ronald M. Bozmanm

Société de production et de distribution : Orion Pictures Corporation

Pays d'Origine : USA - 30 janvier 1991

Sortie en France : 10 avril 1991  - Interdit aux moins de 16 ans

Durée : 118 mn / Couleur

Audio : anglais, français, italien

Sous-titres : anglais, français, italien, néerlandais

Sous-titres pour malentendants : néant

Distribution : Jodie Foster (Clarice Starling) - Anthony Hopkins (Dr Hannibal Lecter) - Scott Glenn (Jack Crawford) - Ted Levine (Jamie Gumb / Buffalo Bill) - Anthony Heald (Dr Frédéric Chilton) - Diane Baker (La sénatrice Ruth Martin) - Kasi Lemmons (Ardelia Mapp, meilleure amie de Clarice au FBI) - Brooke Smith (Katherine Martin) - Frankie Faison (Barney, infirmier préféré de Lecter)  - Chris Isaak (Le commandant du SWAT à Memphis)  - Lawrence T. Wrens (Agent Burrows)  - Dan Butler (Paul Krendler) - Charles Napier (Le lieutenant Boyle, à Memphis)  - Paul Lazar (Dr Pilcher)  -  Roger Corman (Hayden Burke, chef du FBI)  - George A. Romero - Non crédité (Un agent du FBI à Memphis) - Don Brockett (Le psychopathe amical) - Stuart Rudin (Miggs) - Masha Skorobogatov (Clarice enfant) - Brent Hinley (L'officier Murray) - Pete McNamara (Shérif Perkins)



L'un des rares films que j'ai beau voir et revoir et qui m'angoisse toujours autant affraid . Il faut bien dire que ce film est un chef-d'oeuvre, l'un de ces moments de grâce cinématographique, dont j'ai déjà parlé pour "La Strada" de Fellini, où toute une équipe respire, transpire, aime, tremble et oeuvre comme un seul homme. C'est l'un de ces films qu'on ne visionne pas mais où l'on franchit l'écran afin de s'intégrer soi-même à l'histoire.

Avec "Vol Au-Dessus d'Un Nid de Coucous", de Miloš Forman, sorti en 1975 et le bien plus vieux, bien plus gai mais tout aussi merveilleux, dans le genre comique, "New-York-Miami" de Frank Capra, "Le Silence des Agneaux" est le seul film qui puisse se targuer d'avoir jamais abattu sur la table hollywoodienne la quinte majeure des Oscars, pour une fois bien mérités : meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleure actrice et meilleur scénario adapté. On notera que, si Jodie Foster, toujours très juste et naturelle, comme à son habitude, avec ici, en prime, une post-synchronisation superbe de Micky Sebastian, occupe la scène presque tout le temps, Anthony Hopkins, en dépit de l'impression qu'il nous en donne, ne dispose en tout et pour tout que de seize minutes pour nous faire accepter le Dr Lecter. Reconnaissons-le : il le rend immortel et si présent, si pesant, si angoissant et en même temps si fascinant qu'on sent partout son ombre, même quand il n'y est pas. C'est le privilège du grand acteur face à un personnage archétypal puisque Lecter, qui le contestera ? Mr. Green , à peine né dans "Dragon Rouge", entre de plain-pied dans la vaste et ébouriffante famille des archétypes littéraires ... et filmographiques. Wink

Que ce soit bien clair : le Dr Lecter est une pure fiction, qui repose cependant sur des bases réelles. Harris a déclaré s'être inspiré, pour le façonner, du personnage, on ne peut plus énigmatique, du Monstre de Florence (ce qu'il accentue très nettement et à sa manière dans le troisième volet de la tétralogie : "Hannibal", dont une partie de l'action se situe dans cette ville) et, ce qui est plus curieux car ce tueur-là était un pédophile patenté, ce que n'est pas et n'a jamais été Lecter, de l'ignoble Albert Fish. Sociopathe parfait, d'un QI évidemment supérieur à la moyenne, ayant vécu une enfance traumatisante dont Harris ne donnera la clef que bien plus tard, Lecter n'est pas censé, avec de telles caractéristiques, posséder une sexualité normale. L'écrivain comme les réalisateurs (Demme pour "Le Silence ..." et un Ridley Scott malheureusement brimé par la puritaine Amérique pour "Hannibal") laisse pourtant clairement entendre qu'elle l'est et, aussi bien dans le film de Demme que dans le roman, Crawford joue autant sur l'apparence physique de Clarice Starling que sur son caractère, qui allie intelligence, sensibilité et sang-froid, pour "séduire" en quelque sorte le Dr Lecter. Cette relation, platonique dans "Le Silence des Agneaux" et qui deviendra effective dans le roman "Hannibal" (mais non pas dans le film de Scott, hélas ! Sniffsniff ), est-elle possible chez un tueur en série de cette carrure ? Certains affirment que oui, d'autres disent qu'il s'agit là d'une escroquerie éhontée. Une chose est sûre : dans "Le Silence ..." filmé comme dans le roman, Lecter reconnaît en Clarice un être de sa trempe. Et c'est pour cela qu'il l'aide. La fameuse scène des deux index qui se touchent entre les barreaux, lorsque Clarice récupère le dossier que lui tend le prisonnier, évoquera, en tous cas pour n'importe quel amateur d'art, le plafond de la Sixtine et la création d'Adam par Dieu le Père - ce père que Clarice recherche depuis qu'il est mort alors qu'elle n'avait que huit ou dix ans, l'abandonnant aux dures lois de l'orphelinat. La comparaison est osée mais l'on peut penser que, dès ce second tome de la tétralogie d'Hannibal Lecter, Thomas Harris ruminait déjà le choix définitif de Clarice qui devient sans l'ombre d'un doute, à la fin d'"Hannibal", la compagne de Lecter.

Pour le personnage de "Buffalo Bill", interprété par cet acteur de composition absolument exceptionnel qu'est Ted Levine - vous ne vous rappelez pas Wesson, l'un des deux gardes du corps complètement abrutis qui en veulent à Flubber et à son créateur, Robin Williams, dans la version Disney ? Si ? Eh ! bien, c'est lui . De même, le personnage de Warden, dans "Shutter Island", c'est encore et toujours lui. Impressionnant, hein ?   Dans "Le Silence ...", il eût été légitime de lui offrir l'oscar du meilleur second rôle mais il faut dire que, dans "Le Silence ...", il est encore un "débutant" ... - Harris a retenu Ed Gein (pour tout ce qui a trait à l'obsession de la peau), l'ignoble Gary Heidnick qui capturait des "esclaves sexuelles" et les enfermait dans des cellules et ... dans un puits, et bien entendu la technique d'approche de Ted Bundy qui n'hésitait pas à solliciter l'aide des jeunes femmes qui l'intéressaient parce qu'il avait soi-disant un bras dans le plâtre ou n'avait pas assez de force pour accomplir tel ou tel acte.

Pour l'un comme pour l'autre des personnages, les mélanges sont très diffus et il va de soi que Harris n'a emprunté à ces messieurs que les détails qui l'intéressaient. De son côté, Demme a fait beaucoup pour étoffer les personnages et leur donner sa propre empreinte. Ainsi, à Anthony Hopkins, un peu perplexe - on le comprend  - devant son rôle de psychiatre cannibale, il lui dit : "Pour moi, Hannibal est un homme bon qui est devenu fou. Joue-le ainsi." Pour Levine, il créa la scène où, sur le "Goodbye Horses" de Q. Lazzarus, un titre que j'ai toujours trouvé personnellement démentiel et halluciné, un peu à la façon de certains des meilleurs titres des "Doors", "Buffalo Bill" effectue une sorte de strip-tease tout en parvenant, à la fin, à escamoter un temps ses parties génitales, présentant ainsi, si l'on excepte la poitrine, un corps qui simule celui d'une femme - son rêve, ce rêve qu'il n'atteindra jamais. Dans un genre tout à fait différent, lors de l'affrontement final entre Clarisse, perdue dans le noir complet puisque Gump, comptant sur ses lunettes à infra-rouge pour se diriger, a fait sauter le disjoncteur, l'appareil sophistiqué que porte Levine et la pose qu'il adopte dans la mort, les mains levées et recroquevillées comme des pattes d'insecte, souligne le désir de mutation qui a conduit le personnage à la folie et au meurtre ainsi que cette tendresse qu'il nourrissait envers les papillons. La lumière du jour explosant alors en raison des coups de feu de Clarice, un panneau de style japonais, représentant bien sûr des papillons sur un délicat fond bleu, se met alors, sous la brusque arrivée d'air frais, à onduler au-dessus du cadavre : tout cela compose une scène d'une beauté macabre, à la fois hallucinante et apaisante.

Si Harris utilise les mots, Demme privilégie l'image. "Le Silence des Agneaux" devient ainsi un film extrêmement visuel, où l'angoisse la plus noire (les photos des victimes de "Bill", la sombre allée de ciment au bout de laquelle, impassible dans sa cellule spéciale, le Dr Lecter attend Clarice pour leur première rencontre, les jeux de lumière passant et repassant sur Lecter et sur Clarice, et ce, à quelque moment qu'ils se rencontrent, le "garage" d'Esther Modier avec la limousine, le mannequin et la tête de Raspail sous une cloche à fromage, sans oublier le tout début du film, lorsque la jeune fille s'entraîne dans les brumes du parcours de combattant de Quantico et, bien entendu, le domaine souterrain de Jamie Gump) co-habite avec une incontestable beauté formelle, même si souvent macabre - la mise-en-scène montée par Lecter autour du cadavre de Boyle en constitue pour moi le sommet.

Et puis, il y a la musique.  Celle du Canadien Howard Shore, bien sûre, spécialiste attitré de l'univers glauque et très personnel de Cronenberg, "colle" de façon idéale à l'univers du "Silence des Agneaux." S'ajoute à cela, de manière incontestable, la chanson de Q. Lazzarus ("Goodbye Horses") que j'ai déjà citée. En contrepoint, la musique classique qu'aime à écouter Lecter alors même qu'il vient de massacrer le lieutenant Boyle et s'apprête à l'éviscérer. Et puis "American Girl", la chanson des HeartBreakers que Katherine Martin, insouciante, écoute dans sa voiture, juste avant que Gump ne la kidnappe.

Mélange là aussi subtil qui démontre combien, tout comme Lecter (qui en a conscience) et Jamie Gump (qui, lui, ne veut pas s'en rendre compte mais le perçoit tout de même, les dernières paroles qu'il adresse à Clarice avant de s'enfuir devant elle le prouvent), notre monde est capable d'engendrer le meilleur et le pire, la beauté et l'horreur, la Raison la plus stricte et la Folie la plus déjantée (mais ne seraient-elles pas soeurs, par hasard ? ) - le Bien et le Mal.

Pire, bien pire : le monde, notre monde, c'est tout cela A LA FOIS.

Ce sont des pages et des pages qu'on écrirait sur ce noir joyau de Mort et de Vie qu'est "Le Silence des Agneaux." Mieux vaut sans doute le regarder, le visionner et le revisionner. S'il angoisse, il trouve aussi le moyen, on ne sait trop comment, d'apaiser. Il est, en fait, à l'image du héros principal de Thomas Harris : Hannibal Lecter, capable du pire, comme toute le monde le sait - et encore capable du meilleur. Malgré tout.

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