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Le Livre Noir des Serial Killers - Stéphane Bourgoin

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Masques de Venise
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MessageSujet: Le Livre Noir des Serial Killers - Stéphane Bourgoin   Dim 17 Mai - 18:41



ISBN : 9782246661917

Extraits


Il s'agit probablement du meilleur ouvrage jamais publié par son auteur. Prévenons tout de suite les amateurs de livres ne dépassant pas quatre-vingt pages : nous en avons ici près de six-cent-quinze, et en grand format. Bourgoin traite, dans l'ordre, de Peter Kürten, d'Albert DeSalvo, d'Arthur Shawcross, de Jeffrey Dahmer, de Henry Lee Lucas, d'Otis Toole, d'Edmund Kemper et de Gary Ridgway. Comme on le voit, les USA l'emportent haut la main puisque seul Kürten, "le Vampire de Düsseldorf", est européen.

Nous ne nous étendrons pas sur le fait que les USA semblent dominer en ce domaine des plus noirs qu'est le monde des tueurs en série. La notion de "tueur en série" a été longuement combattue en Europe et en particulier en France. Ces monstres-là, nous n'en avions pas chez nous . Pourtant, si l'on se reporte aux crimes de Joseph Vacher (surnommé "le Tueur de Bergers") par exemple, à la fin du XIXème siècle, on sait bien que les tueurs en série ont toujours sévi. Encore plus loin dans le temps et rien que sur le territoire français, l'exemplaire Gilles de Rais et la très énigmatique "Bête du Gévaudan" qui a certainement abrité, sous sa peau cuirassée, un ou même plusieurs psychopathes - vous en connaissez beaucoup, vous, des "loups" qui prennent le soin de remettre bien en place les vêtements et le bonnet de leurs victimes ? ... . Avec le XXème siècle, nous avons eu un Michel Fourniret, tueur qui a largement profité de l'incroyable laxisme de l'espace Schengen, le "routard du crime" qu'est Francis Heaulme ... sans oublier tous ceux qui ne se sont pas fait prendre. Peut-être - peut-être - vu l'étendue de leur pays, les USA demeurent-ils en tête de ce classement de mauvais goût mais, si tel est le cas, l'on peut se demander ce qu'il se passe alors en Chine ou en Russie ... En Irak, en Lybie, en Syrie, torturer et tuer en série est devenu un acte religieux absous d'avance - mais ceci est une autre histoire ... Je n'écris pas ceci pour enfoncer le clou d'un combat qui m'est cher : je l'écris simplement parce qu'il n'y a aucune différence entre les pulsions auxquelles - sous l'empire de certaines drogues, d'après ce qu'affirment certains - s'abandonnent les massacreurs du Moyen-Orient et celles des tueurs en série "classiques." L'une des constantes demeure d'ailleurs, nul ne pourra le nier, la haine de la femme.

Disons-le sans fard, aux tueurs cités en dernier, nous préférons cependant de beaucoup les authentiques "tueurs en série", ceux qui, à quelques rares exceptions près (comme le "Fils de Sam", toujours aux USA), n'ont jamais cherché à se réfugier derrière Dieu ou Diable pour motiver leurs actes. Il est vrai que, lorsqu'ils se retrouvent emprisonnés, ils se tournent tous (ou presque) vers la religion mais après tout, tueurs ou pas, ils restent tributaires des spectacles de télé-évangélistes comme des talk-shows odieusement stupides de leur mère-patrie . Il est vrai aussi que rares sont ceux qui affrontèrent la chaise électrique, la pendaison ou l'injection létale avec courage et en assumant leurs actes. Beaucoup d'entre eux eurent d'ailleurs le privilège de voir leur peine commuée en détention à vie car le FBI avait décidé qu'"étudier" ces cas particuliers de la nature humaine pouvait, à la longue, leur en apprendre beaucoup plus que de les envoyer ad patres.

Sur les cas cités ici, Kürten fut décapité à la hache et force est d'admettre qu'il ne trembla pas devant le billot ; Albert DeSalvo fut poignardé dans sa cellule par un co-détenu ; Shawcross, condamné à vie, mourut en prison d'une crise cardiaque ; Jeffrey Dahmer, condamné à 957 ans de prison, fut battu à mort par un prisonnier persuadé qu'il était Dieu ; Henry Lee Lucas, dont la peine de mort avait été commuée en détention à vie par George W. Bush, alors gouverneur du Texas, décéda également d'une crise cardiaque, comme Shawcross, dans sa cellule ; Otis Elwood Toole, dont la peine de mort avait été, elle aussi, commuée en détention à vie, fut par contre rattrapé par une maladie opportuniste du foie liée au Sida ; Edmund Kemper est toujours en vie et se consacre, dans sa prison, à la mise en braille et à la diffusion de livres pour les aveugles ; Gary Ridgway, lui aussi, est encore vivant, au pénitencier de Walla Walla, surveillé 24 h sur 24 pour sa propre sécurité mais, à notre connaissance, il continue à faire ce qu'il a fait toute sa vie : ne se préoccuper que de lui-même.

Cette fiche sera un peu spéciale en ce sens que nous allons consacrer un message à chacun des cas répertoriés par Bourgoin. Nous vous disons donc : à suivre !

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Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
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MessageSujet: Re: Le Livre Noir des Serial Killers - Stéphane Bourgoin   Dim 17 Mai - 19:36

La partie réservée à Peter Kürten est, avec celles traitant de l'Etrangleur de Boston, de Jeffrey Dahmer et d'Edmund Kemper, l'une des plus intéressantes du lot. On notera, bien sûr, que, sur les quatre assassins cités ici, trois (Kürten, Dahmer et Kemper) possèdent des QI très élevés alors que celui de DeSalvo est nettement plus faible. Mais DeSalvo se sent si mal au fond de lui qu'il parvient à éveiller une sorte d'autodidactisme qui lui permet de s'essayer de s'analyser. En revanche, si l'on sent tout de même une souffrance certaine chez Dahmer, Kemper et DeSalvo, Kürten ne paraît pas en éprouver. Ou alors, il la cache très bien ... Mais une chose est sûre : autant que les enquêteurs qui l'entourent, le "Vampire de Düsseldorf" veut savoir pourquoi et comment il est devenu ainsi.

Kürten, en effet, doute - comme beaucoup d'entre nous d'ailleurs - qu'on naisse "tueur en série." Peut-être, admet-il, existe-t-il des prédispositions chez certains individus mais cela, estime-t-il, ne suffit pas. Très moderne, Kürten, qui n'eut pas une enfance joyeuse mais ne cherche pas à se réfugier derrière elle, soulignons-le, affirme que l'entourage et l'enfance font beaucoup dans le développement du futur tueur. Quand on lit son témoignage, que Bourgoin nous restitue presque dans sa totalité, on en arrive à une conclusion que nous pouvons partager même si Kürten ne va pas jusqu'à s'exprimer dans ces termes : il faudrait passer un permis pour devenir parent - ne devraient pas avoir d'enfants tous ceux qui ne voient en l'enfant qu'un objet.

Cette impression produit son petit effet car, qu'on le veuille ou non, elle nous amène bel et bien à songer que cette pensée de Kürten, outre sa logique évidente, révèle en lui certains sentiments dont il s'affirmait pourtant totalement dépourvu. Certes, il n'a pas hésité à s'attaquer à des enfants mais il a tué aussi des femmes adultes et même un homme. Tout cela, pour voir le sang couler et surtout pour la jouissance de tuer. Jouissance que, avec une honnêteté déconcertante, il finit par rattacher très vite à l'acte sexuel. (Au tout début de sa confession, il ne parle néanmoins que du sang qui coule mais on comprend vite que l'auto-analyse l'entraîne dans ses filets et que, poussé par une curiosité ma foi bien légitime puisqu'il est le principal intéressé dans l'affaire avec ses malheureuses victimes, il veut comprendre.)

A-t-il compris et l'avons-nous compris ? Oui et non. Kürten reconnaît que la pulsion sexuelle, une pulsion violente et irrépressible, est ici en jeu. Mais, tout en la cernant, il ne réussit pas - et nous non plus - à en démêler tous les noeuds, à savoir le principal : pourquoi lier automatiquement Eros et Thanatos - et seulement dans des circonstances précises ? Car, vous vous en doutez, Kürten était marié et, si l'on excepte ses infidélités, c'était même un bon mari. Sa femme n'eut jamais à souffrir de sa perversion sexuelle et, afin qu'elle ne restât pas dans le besoin après sa mort, ce fut lui qui la poussa à le dénoncer aux autorités en tant que "Vampire de Düsseldorf."

Le problème tourmente Kürten parce qu'il est illogique. Et le "Vampire de Düsseldorf" avait un faible naturel pour la logique. Or, cette logique qui n'est pas ici au rendez-vous - peut-être se doute-t-il qu'elle est bel et bien présente à la première place dans son Inconscient mais, aux rares moments où il pourrait avoir accès à elle, c'est-à-dire pendant ses crimes, il est trop absorbé par ses actes pour y réfléchir - le tourmente beaucoup. Plus que l'horreur de ses crimes, son absence le rend imparfait, différent, malade, anormal. Il ne va pas jusqu'à prétendre que, s'il pouvait la retrouver, il redeviendrait un homme comme les autres. Non, Kürten est beaucoup trop intelligent et bien trop complexe pour cela. Mais l'on perçoit bien qu'il tirerait une sorte d'apaisement d'avoir agi avec logique.

Comprendre le mécanisme de mort qui le pousse. Peter Kürten est l'un des premiers tueurs en série à avoir cherché sincèrement à le faire. Sa confession s'achève sur un échec mais il n'en reste pas moins vrai que ce document nous reste précieux. Si narcissique qu'il ait été - comme la plupart de ses semblables dans le crime - Kürten joue aussi franc jeu qu'il peut. Il n'a plus rien à perdre, il sait qu'il va être décapité, il sait que ses crimes méritent cette punition : mais ce qu'il continue à ignorer, ou alors à n'envisager que de manière très floue, et nous avec lui, c'est la raison exacte, profonde, occulte de ces actes qui le conduisent à la hache du bourreau. Et cela, il ne l'accepte pas.

Sur le plan purement affectif, Peter Kürten ne nous émeut pas. Mais on ne peut s'empêcher de plaindre cette intelligence corrompue, déviée, qui, jusqu'au bout et bien qu'il soit pour elle bien trop tard, recherche la solution - une solution qui ne le justifiera pas mais qui lui permettra de mieux se comprendre. (A suivre ...)



Peter Kürten, le "Vampire de Düsseldorf", 26 mai 1883 / 2 juillet 1931 - Pour une fois, il est sans moustache

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MessageSujet: L'Etrangleur de Boston (I)   Ven 22 Mai - 19:35

L'Affaire dite de l'Etrangleur de Boston fut l'une des plus médiatisées et des plus inquiétantes qui secoua l'Amérique des années soixante. Elle se déroula au tout début de la décennie, entre 1962 et 1964 et l'Etrangleur allait se montrer suffisamment narcissique pour tuer le jour même où la ville en deuil rendait hommage à son enfant, lui-même assassiné par un (et vraisemblablement deux) tueur(s) inconnu(s), John Fitzgerald Kennedy. C'était là un acte "héneaurme", comme un gigantesque soufflet expédié par le mystérieux Etrangleur à la face non seulement de la ville où il sévissait mais, en ces circonstances, à celle du monde entier.

Là aussi, Stephane Bourgoin préfère laisser la parole au principal intéressé, celui qui fut assassiné dans sa cellule par un co-détenu et qui avait été jugé et reconnu comme étant le seul et vrai Etrangleur de Boston, Albert DeSalvo. DeSalvo, on s'en rend compte très vite au-delà la traduction des aveux qu'il laissa, est à dix mille lieues de l'intelligence aiguë, brillante, incisive d'un Peter Kürten. Mais là où il rejoint Kürten - et là où il parvient à émouvoir, en dépit de son incroyable égocentrisme - c'est lorsqu'il tente, à sa manière très pataude, de "savoir pourquoi." DeSalvo est un infirme sexuel, un homme qui, d'après ce qu'en disait sa propre épouse, ne mentait pas quand il affirmait avoir besoin de faire cinq à six fois l'amour par jour. Mais pareille pulsion est évidemment hors-limites et si DeSalvo, tout jeune homme, la considère encore comme relativement "normale" et comme une espèce d'avantage, de supériorité, il va, avec le temps, s'apercevoir qu'elle est aussi pour lui un véritable esclavage.

Aucun examen n'ayant jamais été pratiqué sur DeSalvo, on ne peut affirmer qu'il souffrait, par exemple, d'un déséquilibre hormonal. Mais, examen ou pas, cette pulsion était là et il fallait bien qu'il la gérât . Evidemment, il tenta de le faire par les moyens habituels mais il lui en fallait toujours plus. Lors de son service militaire en Allemagne, il commet un ou deux actes qui auraient dû attirer l'attention puisque des enfants y étaient mêlés. Mais la chance semble veiller au grain : la mère des enfants, qui ne veut pas de scandale, ne porte pas plainte.

Si DeSalvo, comme il le reconnaissait volontiers, n'était pas une lumière, il n'était tout de même pas idiot   . Tombé sincèrement amoureux d'une jeune Allemande, Irmgard Berck, il se dit que le mariage peut régler définitivement son problème. Mais là, la chance ne suit pas : la toute jeune épouse d'Albert comprend très mal son besoin excessif de sexe. On est tout de même dans les années cinquante et la contraception n'est pas encore à l'ordre du jour.

Parce que, comble du malheur, tant pour Albert que pour sa femme et pour les futures victimes de l'Etrangleur, le premier enfant des DeSalvo, la petite Judy, naît avec un handicap pelvien qui l'empêche de se déplacer correctement. Tout le monde le reconnaît : loin de se détourner de l'enfant handicapée, ainsi que l'eussent fait tant de pères, DeSalvo fait au contraire tout ce qu'il peut pour aider sa fille, pour améliorer ses conditions de vie et s'occuper d'elle. Il est très doux, très patient, la console lorsque la souffrance imposée par les appareils orthopédiques l'emporte sur son courage d'enfant. Avec ça, avec ça, il travaille dur pour nourrir sa famille. En bref, il se montre aussi bon père que bon époux mais la pauvre Irmgard, la mère qui n'était déjà peut-être pas par nature très portée sur le sexe (ou à qui DeSalvo n'avait peut-être pas su faire découvrir les jouissances physiques), vit désormais dans la crainte, que tout le monde comprend (y compris d'ailleurs Albert), d'avoir un autre enfant handicapé. De fait, elle finit par donner naissance à un fils, Michael, chez qui tout se révèle normal. L'angoisse demeure, cependant et Irmgard se défend du sexe marital en le taxant de saleté, de honte et de péché ...

De plus en plus frustré et souffrant de la sensation de plus en plus nette d'être "rejeté" malgré tout ce qu'il peut faire de bien, se sentant, au moment de l'acte sexuel, méprisé, "comme un animal", dira-t-il, par la femme qu'il continue à aimer, DeSalvo apaise la colère qu'il sent croître et embellir au plus profond de lui-même en devenant "le Mesureur." C'est l'époque où il sonne aux appartements ornés de noms féminins et annonce qu'il vient faire des travaux au nom du gérant. Comme il a du bagou et, à défaut des traits réguliers d'un Tony Curtis, possède néanmoins un charme certain, il réussit très souvent à prendre les mensurations des jeunes femmes qui lui plaisent en leur faisant miroiter une amie à lui qui rechercherait des mannequins pour son agence. Parfois, cela se termine au lit. Parfois, on en reste aux simples attouchements. Mais, dans les deux cas, il semble que DeSalvo s'en soit toujours allé heureux et apaisé. Il semble aussi que jamais le Mesureur ne se soit adonné à la violence.

Finalement, le 7 mars 1961, Albert DeSalvo est pris en flagrant délit alors qu'il essaie de s'introduire dans un appartement. Il ne fait pas grandes difficultés pour avouer aux policiers qu'il est "le Mesureur." C'est alors que les inspecteurs en charge du cas s'aperçoivent, non sans surprise, que le petit Monsieur-Tout-Le-Monde qu'ils ont devant eux a souvent été arrêté, même dans l'adolescence, mais toujours pour des délits mineurs pour lesquels il a toujours bénéficié de peines avec sursis. Aux policiers qui le trouvent dans l'ensemble plutôt "sympa", DeSalvo confesse de son plein gré que "quelque chose ne tourne pas rond" chez lui et réclame des soins. Les médecins qui l'examinent avant le procès qui va l'envoyer pour dix-huit mois en prison sont d'ailleurs d'accord avec lui et estiment même que sa personnalité présente des traits schizoïdes.

Malgré cela, au lieu de l'envoyer dans un établissement où il aurait pu bénéficier d'une psychothérapie, l'Etat l'expédie ... en prison.

Détenu modèle, Albert en sort au bout de onze mois seulement. Nous sommes en avril 1962. Il retrouve facilement un emploi car, quand ne s'éveille en lui aucune personnalité négative, il plaît à tout un chacun, y compris aux patrons qui, casier judiciaire ou pas, acceptent de l'embaucher avec d'autant plus de facilité que, question travail, DeSalvo assure et se montre bon camarade.

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MessageSujet: Re: Le Livre Noir des Serial Killers - Stéphane Bourgoin   Ven 29 Mai - 19:05

C'est entre le 14 juin 1962, soit deux mois environ après la sortie de prison de DeSalvo, et le 4 janvier 1964, que se manifeste à Boston celui qu'on surnommera "L'Etrangleur." Il va commettre treize assassinats, certains accompagnés de viols qui ne sont jamais "directs" mais toujours accomplis avec un objet. Les corps sont abandonnés dans des postures particulièrement dégradantes. Bien entendu, la police veille au grain pour que ne filtre aucun de ces détails que, avec les inspecteurs sur l'affaire, l'assassin est le seul à connaître.

Ces crimes déstabilisants, qui créent une authentique psychose dans la ville, se répartissent eux-mêmes, de façon assez incompréhensible, en deux catégories. Le tueur s'attaque tout d'abord à une série de femmes âgées - l'une avait plus de quatre-vingts ans - avant de passer, du jour au lendemain peut-on dire, à des jeunes femmes plus proches des vingt ans que de la trentaine. Les policiers sont complètement perdus (au point même de faire appel au medium néerlandais Peter Hurkos) car le modus operandi - les noeuds surtout de l'"Etrangleur", qui sont comme une sorte de signature - reste le même. A cela près que, plus on avance sans le savoir faire la fin de la série de meurtres, la colère et la violence du tueur (violence toujours post-mortem semble-t-il) s'en vont crescendo. Mais cette croissance dans le déchaînement de la pulsion est pour ainsi dire classique. Le tueur en série, quel qu'il soit, se sent à la fois bien plus puissant que la société, cherche par conséquent à la provoquer de plus en plus et, parfois en parallèle, veut également, mais inconsciemment, se faire arrêter car il a compris qu'il lui faut de plus en plus d'adrénaline et de sang pour parvenir à la jouissance - et pour apaiser son "manque", quel qu'il soit.

C'est, en somme, l'éternelle histoire de tout drogué : à chaque fix, la dose doit être plus importante.

Aussi brusquement qu'ils avaient débuté, les assassinats s'arrêtent sans que les policiers aient beaucoup avancé. Diverses hypothèses sont lancées : le tueur s'est peut-être fait prendre pour autre chose et croupit dans quelque pénitencier ; ou bien, il est malade et connaît une hospitalisation, en centre psychiatrique ou pas ; ou alors, il s'est suicidé ; ou, qui sait ? il est tombé sur plus malin que lui qui l'a abattu sans juger utile d'en prévenir les autorités ...

Selon le livre de Bourgoin et les avis d'experts qui y sont rapportés, l'"Etrangleur" serait, on ne sait trop comment, parvenu à reprendre le contrôle de lui-même. Plus d'étranglement, plus d'assassinat. Une sorte de semi-guérison. Semi parce que DeSalvo reprend ses activités de "Mesureur" mais, cette fois-ci, entre par effraction chez les femmes, les attache, et les viole. Puis il s'en va, mais sans les tuer. Sa combinaison de travail, toujours de couleur verte, lui vaudra le surnom de "L'Homme Vert." En octobre 1964, il est coincé en flagrant délit d'effraction et interrogé. Mais c'est en temps qu'"Homme Vert" qu'il est arrêté. La police ne fait pas encore le lien entre lui et l'"Etrangleur." Non seulement parce que Albert n'est fiché que comme petit délinquant (dans sa jeunesse), puis comme délinquant sexuel, mais aussi parce qu'un tel parcours ne paraît pas compatible avec la violence des crimes de l'"Etrangleur." Même si l'on est bien loin d'étudier encore les caractéristiques des "tueurs en série", une "évolution" de ce genre, chez l'un d'entre eux, est tout à fait atypique. En bonne logique, DeSalvo n'aurait jamais dû - ni pu - "cesser" d'être l'"Etrangleur" pour se métamorphoser en "Homme Vert." Il aurait dû tuer et tuer encore. En ce sens, si l'on ose écrire la chose, il se serait comporté comme la norme des serial killers.

Condamné en tant qu'"Homme Vert", DeSalvo a pour co-détenu un certain George Nassar. Celui-ci est un "dur", un vrai, au QI bien supérieur à celui de DeSalvo. Voyant qu'il ne parvient guère à l'impressionner en lui racontant ses histoires de "Mesureur" et d'"Homme Vert", Albert risque alors des allusions à "quelque chose de bien plus lourd, de bien plus sérieux." Nassar, en bon truand, pense d'abord à un braquage mais, de fil en aiguille, il en vient à se dire que l'homme dont il partage la cellule n'est autre, selon ses propres dires, que le fameux "Etrangleur de Boston." C'est en tous cas ce qu'il raconte à son avocat et ...

Albert DeSalvo reconnaîtra les treize assassinats de l'"Etrangleur" et fournira aux policiers des détails que, effectivement, seul le tueur pouvait connaître. Il réclamera aussi - pour la énième fois car, sur ce plan-là, il n'a jamais menti - qu'on l'envoie purger ses différentes peines dans un établissement bénéficiant d'un bon service psychiatrique. Il s'évadera même en 1967 avant de se rendre après quelques jours de cavale, ceci dans l'espoir d'attirer l'attention du public américain sur le fait que, justement, ces soins si chèrement et si longuement demandés, il ne les reçoit toujours pas. DeSalvo veut bien payer pour ses actes mais comme, dans un discours qui n'a jamais varié, il ne les tient pas comme plus "normaux" que nous, il veut aussi qu'on l'"aide." Hélas ! pour lui, le 25 novembre 1973, il est assassiné lors d'une rixe entre détenus et emporte donc son secret, si secret il y avait, dans la tombe.

S'il ne fait aucun doute que DeSalvo fut et le "Mesureur" et l"Homme Vert", un doute plana longtemps sur son identification avec l'"Etrangleur de Boston." Une première hypothèse veut que ce soit George Nassar le seul coupable et qu'il ait passé une sorte de pacte avec son co-détenu : celui-ci acceptait d'endosser les assassinats de l'"Etrangleur", Nassar récupérait la récompense promise pour quiconque permettrait de capturer le tueur puis donnerait une bonne partie de cette somme (considérable, il faut bien le dire) à l'épouse de DeSalvo. Un fait troublant se pose d'ailleurs ici, qui pourrait confirmer sinon cette hypothèse, en tous cas que DeSalvo n'était pas l'"Etrangleur" ou alors un "Etrangleur" parmi d'autres : la seule femme qui avait échappé à l'"Etrangleur" ne reconnut ni la silhouette, ni l'allure, ni la voix de DeSalvo ; en revanche, mise "par hasard" - c'est-à-dire sans qu'on la prévînt - de Nassar, elle se montra très troublée, surtout par sa voix.

En outre, il paraîtrait, selon certaines sources (que Bourgoin n'évoque pas et c'est pourquoi j'utilise le conditionnel car j'ai personnellement bien plus confiance dans les méthodes de Bourgoin que dans certaines pages Wikipédia, surtout lorsqu'elles sont traduites par des gens qui ont, certes, de bonnes intentions, mais ne se montrent pas assez minutieux dans leur lecture et leur compréhension du texte), qu'une analyse ADN effectuée en 2001 sur le corps de la dernière victime de l'"Etrangleur" aurait révélé les traces de deux personnes différentes. Le problème, c'est que, deux ans plus tard, un autre policier aurait fait au contraire le lien entre Albert DeSalvo et l'"oeuvre" sinistre de l'"Etrangleur" en prouvant, par l'ADN de l'un des neveux de DeSalvo, que ce dernier était au contraire présent sur les lieux du meurtre de ... la dernière victime du tueur.

Evidemment, qu'il y ait eu au moins deux "Etrangleurs de Boston" reste une possibilité. Mais pour Bourgoin, l'histoire d'Albert DeSalvo, si incroyable qu'elle puisse paraître, reste la seule probable.

Pour vous faire votre idée personnelle, lisez donc ce "Livre Noir ..." mais aussi, sur le cas si atypique de DeSalvo, le livre de Gerold Frank dont nous parlions plus haut.



Albert DeSalvo - Un certain charme et l'art de parler aux femmes - Fut-il le seul et unique "Etrangleur de Boston" ? En tous cas, il ne s'est jamais rétracté

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MessageSujet: Re: Le Livre Noir des Serial Killers - Stéphane Bourgoin   Ven 12 Juin - 19:01

Arthur Shawcross est probablement l'une des personnalités les plus antipathiques ici évoquées par Stéphane Bourgoin. Nous l'avons déjà dit : il existe des différences parfois stupéfiantes entre les tueurs en série. Peut-être cela revient-il pour nous, lorsque nous les percevons, à ressentir inconsciemment ceux qui sont "nés" ainsi et ceux qui, malheureusement, le sont devenus mais auraient pu avoir un destin tout à fait différent.    En tous les cas, le débat court toujours : naît-on avec l'âme d'un tueur en série ou le devient-on ? Personne n'est d'accord sur la question, que ce soient les policiers, les magistrats, les psychiatres et même pas les tueurs. :non:

Ce qui rend Shawcross antipathique pratiquement dès le début, c'est qu'il appartient à cette espèce de tueurs qui mentent systématiquement sur leur enfance.
Il répétera ainsi à des policier, perplexes mais tout de même un peu ébranlés, que sa mère - car Shawcross, c'est par contre indéniable, a, lui aussi, un réel problème avec l'image maternelle, laquelle le rabaisse toujours malgré l'amour naturel qu'il lui porte - lui avait un jour enfoncé un manche à balai dans le fondement si loin qu'il l'avait senti dans sa trachée ! Si la chose s'était effectivement passée, il est clair qu'il en eût gardé de lourdes séquelles - il en serait même peut-être mort. Sur le plan médical, la chose est donc impossible mais, sur le plan psychique, ce faux témoignage est des plus intéressants.

Second point mais là, c'est banal : Shawcross se présente toujours comme une victime. (Rarissimes sont les tueurs de ce type à admettre au moins une part de responsabilité dans ce qu'ils sont.) C'est un mythomane patenté qui, bien qu'ayant servi au Viêt-nam, n'alla jamais au front et ne put donc, en principe, assister aux horreurs qui, selon lui, l'ont "poussé" à tuer quand il revint au pays. Outre son amour-haine pour sa mère, il présente aussi les deux caractéristiques principales des tueurs en série (mais il y a des exceptions comme Charles Manson qui ne voulait même pas qu'on tuât une mygale) : la maltraitance sur animaux et la pyromanie.

Une autre caractéristique de Shawcross, qui n'est par contre aucunement typique des tueurs en série et contre laquelle il ne pouvait strictement rien, réside dans une anomalie chromosomique : il est né avec deux chromosomes Y. Dans son excellent livre sur la question, que j'ai déjà évoqué ici , Jack Olsen en fait une analyse pertinente tout en observant, évidemment, que beaucoup d'hommes se trouvent dans le même cas et n'ont jamais manifesté le désir de tuer. 

Chez Shawcross, on est pratiquement sûr à cent pour cent que, si l'histoire du chromosome Y supplémentaire est susceptible d'avoir joué (ce qui reste à prouver), ce sont surtout ses relations avec sa mère, Betsy, qui sont à l'origine de sa "vocation" de tueur. Toutes les femmes qu'il tuera, dans ce que l'on peut nommer sa seconde période d'activité, ne mesureront pas plus d'un mètre cinquante-cinq - sa mère était une femme de petite taille. Et toutes les fois qu'on essaiera d'éveiller en lui le faible frémissement de quelque corde sensible, eh ! bien, ce sera en évoquant cette Figure maternelle à la fois si aimée et si détestée qu'on l'obtiendra. L'Arthur Shawcross qui accuse sa mère de l'avoir horriblement sodomisé est en fait un petit garçon qui se venge, en inventant un mensonge énorme, de toute la douleur qu'il ressent à l'idée que sa maman ne l'a jamais aimé. Doté d'un QI malheureusement assez faible, Shawcross n'a par contre ni la lucidité, ni la subtilité d'un Edmund Kemper, pas même celles d'un Ted Bundy. Et Jeffrey Dahmer, quand il explique avec simplicité : "Je voulais seulement ne pas rester seul, vous comprenez ?", alors qu'il s'est rendu coupable d'enlèvements, de meurtres et de cannibalisme, Jeffrey Dahmer, lui aussi bien plus intelligent, parvient à exprimer beaucoup mieux que Shawcross ce Vide atroce que chacun de nous peut ressentir si sa mère se détourne de lui.

Pour autant, bien sûr, si toutes celles et tous ceux qui ont eu des mères épouvantables devenaient des tueuses et des tueurs en série, on ne le répétera jamais assez, ce serait, somme toute, assez simple - et la Terre serait encore plus invivable qu'elle ne l'est.

Autre atypisme dans la "carrière" de Shawcross : il est arrêté une première fois pour le meurtre et le viol de deux enfants, un garçon et une fillette de 8 / 10 ans environ. Inculpé uniquement pour la mort et le viol de la petite, il est expédié en prison où il se conduit plutôt bien. Il n'en reste pas moins instable. Au bout de quatorze ans de prison effective sur les vingt-cinq ans auxquels il avait été condamné, il parvient à obtenir une libération sous conditionnelle pour "bonne conduite" et c'est dans un autre Etat, bien sûr, que, bien que marié très légitimement et ayant par ailleurs une maîtresse en titre, il est pris à nouveau du désir de tuer, ne s'attaquant cette fois plus qu'à des femmes. On peut parler ici encore d'atypisme parce que, en règle générale, les tueurs en série organisés - ce qu'était Shawcross - jettent, dès le départ, leur dévolu sur un certain type de proie et n'en changent pas. Un homme qui, comme Shawcross, a manifesté une forme de pédophilie dans sa jeunesse, avec assassinat de ses victimes, ne devrait pas, plusieurs années plus tard, se tourner vers des femmes, fussent-elles prostituées, pour assouvir ses penchants sexuels déviants et violents. Shawcross, pourtant, le fait.

On m'objectera que Henry Lee Lucas et Ottis Toole tuaient à peu près tout et n'importe qui mais ces deux-là restent vraiment des cas tout à fait spéciaux - nous en reparlerons plus tard. Jelisavecplaisir

Ce qui reste aussi plutôt curieux dans le cas de Shawcross - et on le sent bien, en tous cas à mon sens, dans l'écriture de Bourgoin - c'est que le personnage demeure profondément antipathique. Oui, au risque de choquer, on peut l'écrire : on peut s'attacher à la personnalité de tel ou tel criminel - ce qui ne signifie pas qu'on excuse ou qu'on justifie ses actes. Confused Mais avec Shawcross, c'est pratiquement impossible. On le suspecte d'être "né" ainsi, alors qu'on doute fort, malgré l'horreur sans nom de ses crimes personnels, que Henry Lee Lucas, de son côté, soit né plus mauvais que la moyenne. Chez Lucas, on perçoit, avant ses cinq ans, un enfant-martyr dont on ne peut s'empêcher d'avoir pitié, qui manifeste des émotions et aime les animaux. Après ses cinq ans, pour diverses raisons dont on parlera plus loin, apparaît un second Henry, celui qui va grandir en tuant. Un peu comme si le véritable Henry Lee Lucas était mort à cinq ans et non à soixante-cinq.

Chez Shawcross, on a beau faire des efforts : rien de pareil. Néanmoins, on croit cependant à la frustration qu'il éprouva toute sa vie dans ses relations avec sa mère. C'est à peu près le seul point "positif" qu'on découvre en lui. C'est peu, surtout quand on lit les lettres, pleines de ruse, qu'il adresse à sa femme alors qu'il se trouve en prison pour sa seconde série de meurtres. Si peu "malin" que semble Shawcross, il va jusqu'à tenter de s'inventer une seconde personnalité, responsable de ses actes sanglants, une sorte de possession plus ou moins démoniaque auxquelles, d'ailleurs, les psychiatres ne croiront pas.

Arthur Shawcross fut jugé coupable des meurtres des prostituées - qu'il avoua d'ailleurs sans trop de problèmes, sauf quand on lui parla de la seule Noire du lot. En novembre 1990, il fut condamné à la prison à vie (250 ans)  pour le restant de ses jours. Il devait mourir au Centre Médical d'Albany, le 20 novembre 2008, d'une banale crise cardiaque. Il laissait une fille et une petite-fille - eh ! oui, Shawcross était aussi un assez bon mari et un sacré bosseur qui n'hésitait pas à rapporter sa paie au logis familial. Pour autant qu'on le sache, il s'est toujours montré bon père et bon grand-père.

Le voici, d'ailleurs, avec sa fille et sa petite-fille - il était déjà dans un centre pénitentiaire :


_________________
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Pierre Desproges

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