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Drôle de Drame - Marcel Carné

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Masques de Venise
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MessageSujet: Drôle de Drame - Marcel Carné   Lun 18 Mai - 18:03



Titre original : Drôle de Drame

Réalisateur : Marcel Carné

Assistants-Réalisateurs : Pierre Prévert & Claude Walter

Scénario : Jacques Prévert d'après le roman "His First Offence" de Joseph Storer Clouston, paru en 1912

Adaptation & dialogues : Jacques Prévert

Images : Eugen Schüfftan, Louis Page & Henri Alekan

Montage : Marthe Poncin & Marthe Gottie

Son : Antoine Archimbaud - Système R. C. A. Photophone

Décors : Alexandre Trauner

Costumes : Lou Tchimoukov

Musique : Maurice Jaubert (Editions Enoch & Cie)

Genre : Comédie

Production : Edouard Corniglion-Molinier (France)

Directeur de Production : Charles David

Administration : Jean Lévy-Ferry

Société de distribution : Les Grands Films Classiques

Pays d'Origine : France - 20 octobre 1937

Durée : 105 mn / 35 mm N & B - Tirage : Pathé-Cinéma

Audio : français

Sous-titres : néant

Sous-titres pour malentendants : néant

Distribution : Françoise Rosay (Margaret Molyneux) - Michel Simon (Irwin Molyneux, professeur de botanique, alias Felix Chapel, auteur de romans policiers) - Louis Jouvet (Mgr Archibald Soper, archevêque de Bedford) - Jean-Louis Barrault (William Kramps, le "Tueur de Bouchers") - Jean-Pierre Aumont (Billy, le laitier) - Nadine Vogel (Eva, la délicieuse secrétaire d'Irwin Molyneux) - Pierre Alcover (Inspecteur Bray, de Scotland Yard) - Henri Guisol (Buffington, le journaliste alcoolique et "voyant") - Agnès Capri (La chanteuse des rues)  - René Génin (Le balayeur des rues)  - Marcel Duhamel (Le fêtard qui adore les enterrements)  - Jane Lory (La tante McPhearson) - Madeleine Suffel (Victory, la gouvernante de Mrs McPhearson)  - Jenny Burnay (Mrs Pencil, cuisinière des Molyneux)  -  Max Morise (James, leur valet de chambre)  - Anne Cariel (Elizabeth Soper, épouse de l'archevêque) - Ky Duyen(L'hôtelier chinois) - Fou Sen (Le client chinois à qui il demande d'aller chercher des fleurs pour Mrs Molyneux) - Jean Sinoël (Le gardien de prison) - Yves Deniaud, Fabien Loris, Frederic O'Brady & Robert Mercier (Les policiers en civil) - Pierre Prévert (Le crieur de journaux)
- Guy Decomble (Le maquereau) - Frank Maurice (Le père qui réprimande son fils) - Margot Capelier (La cliente du salon de thé) - Jean Marais (Le deuxième fêtard que l'on assomme pour lui prendre la fleur qu'il a à la boutonnière) - Claudine Carter, Marcel Marceau, Francis Korb et Raymond Pelissier (Figurants divers)


Cinéphiles qui passez par cette rubrique, vous rappelez-vous la joie immense qui fut la vôtre lorsque, pour la première fois, vous assistâtes, éblouis et déroutés, à la projection - probablement, si l'on excepte Tante Janik, sur petit écran - de "Drôle de Drame" ? C'était le temps où, selon les termes inventés par Cocteau, la télévision était cette "lucarne magique" par laquelle nous arrivaient de si nombreux et de si beaux rêves drunken . C'était le temps où la "TV-Poubelle" ("Nonmaisallôquoi?") n'existait pas . C'était le temps d'"Au Cinéma Ce Soir", d'Armand Panigel, émission où, à l'âge de dix ans peut-être, je découvris, émerveillée, Jouvet et Simon, Rosay et Barrault, le génial Alcover plus "chaussette à clous" (anglaises) que jamais, cette commère de René Génin se régalant des papiers illicites et pornographiques que l'évêque Soper laisse traîner dans la rue des Moyneux, ce merveilleux journaliste visionnaire (sous réserve d'un bon whisky et d'un sommeil tranquille) interprété par Henri Guisol, les crises d'hystérie de Jane Lory, en tante McPhearson, appelant à cor et à cri sa petite chienne Canada, morte le mois d'avant et cette délicieuse berceuse tremblotée par un Michel Simon/Molyneux en super forme : "Dormez, dormez, petits pigeons / Demain, les cloches de Londres vous réveilleront ..."

Il faut dire que, deux ans plus tôt à peu près, mon frère et moi nous étions déjà pénétrés de l'importance des Shadoks dans la vie intellectuelle française et même cosmique. J'avais huit ans à peu près, et lui quatorze, à peu près aussi. Autrement dit, nous avions de lourdes prédispositions que, j'ai le regret de le reconnaître, ne possédaient pas nos parents.   Mais n'a-t-on pas les prédispositions qu'on mérite ?

Ah ! "Drôle de Drame", avec ces éblouissants, ces scintillants, ces miroitants, ces incroyables dialogues de Prévert, largement saupoudrés de cet humour noir que j'ai toujours tant aimé : "A force d'écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver ..." Quelle beauté ! Quelle perfection ! Et entendez-vous bien, sous les grincements, les échos de l'éclat de rire qui lui a donné vie ? Cette phrase, à votre avis, combien de fois Michel Simon la bloblote-t-il, avec son talent incomparable de monstre sacré, et cette délectation indicible du grand acteur qui sait qu'il a, à sa disposition, une grande réplique ? Les avez-vous comptées ? Moi, pas encore. Excellent prétexte, par conséquent, pour nous tous, de nous re-re-re-re ... re-passer le film de Carné. Et le "duel" - en principe invisible pour le spectateur - Louis Jouvet / Michel Simon, autour du fameux canard à l'orange qu'est censée avoir préparé une Mrs Pencil qui a pourtant rendu son tablier à Margaret Molyneux ? Les deux acteurs avaient exigé qu'on leur servît du vin véritable, chacun tentant de faire chuter l'autre sur ses répliques. L'Histoire cinématographique, pudique, ne dit pas qui fut le vainqueur de ce qui est aussi la scène du célèbre et si souvent repris : "Moi, j’ai dit bizarre … bizarre ? Comme c’est étrange …Pourquoi aurais-je dit bizarre … bizarre… ?" Mais nul n'a oublié non plus la jubilation intense de Michel Simon, là feignant l'ivrognerie la plus complète, lorsque, Buffington lui ayant indiqué la présence dans une chambre de la maison d'un ... bizarre Ecossais (qui n'est autre que Bedford déguisé et revenu chercher son programme de théâtre dédicacé par une chanteuse de café-concert), se rue littéralement sur le téléphone du rez-de-chaussée pour signaler la présence de l'intrus à Scotland Yard alors qu'il sait pertinemment qu'il va déclencher un scandale énorme.

A la sortie du film, le 20 octobre 1937, à Paris, les spectateurs n'y comprirent rien, en arrivèrent à la conclusion, pour le moins ... bizarre  ... qu'on se moquait d'eux et, du coup, cassèrent les fauteuils. Eh ! oui, "Drôle de Drame", chef-d'oeuvre du cinéma français d'avant-guerre, est un authentique film-culte, en ce sens qu'il fit un four à sa sortie mais que, par la suite, il accéda aux plus hautes dignités cinéphiliques. Je me rappelle également - car j'ai presque aussi bonne mémoire que Tante Janik, qui vous transmet d'ailleurs son bonjour - que les acteurs, interrogés après la diffusion par Armand Panigel, évoquèrent les tensions gravissimes qui régnaient à l'époque en Europe, les pressions de tous genres que l'on subissait et que le rôle inquiétant et totalement moutonnier de girouette sans cervelle mais guidée par la seule soif de sang, que Carné donne à sa foule, la faisant tantôt réclamer la peau de Molyneux, puis celle de Soper, et même celle de la malheureuse Margaret avant de se rabattre (mais on ne s'inquiète pas trop pour lui Wink ) sur le lynchage d'un William Kramps des plus galants et des plus héroïques, a suscité chez les spectateurs comme une prescience de ce que la plupart de ses représentants allaient devenir sous l'Occupation. Hypothèse hardie ? Oui, si vous voulez. Mais rappelez-vous que, si elle est souvent stupide et mauvaise, la foule n'est pas dépourvue d'intuition.

Je ne vous raconterai pas l'intrigue parce que, là aussi, je veux laisser aux néophytes - ah ! petits veinards ! - le soin de la décrypter tout seuls. Qu'ils n'oublient pas cependant combien Prévert a joué avec l'image du double, combien ses dialogues sont typiques d'un Âge d'Or du cinéma français et puis, un dernier conseil, qui prend volontairement le contrepied de celui que donne à son public, au tout début du film, ce monstre d'hypocrisie qu'interprète, avec  tant de panache et de cocasserie, un Louis Jouvet qui ne crut jamais, hélas ! à la grandeur du cinéma  Sniffsniff  : "Lisez les mauvais livres écrits avec la mauvaise encre du mauvais esprit !" Le mauvais esprit, sur Nota Bene, c'est comme une marque de fabrique . Alors, faites-nous confiance : sur ce plan-là, nous ne vous donnerons que des conseils que vous ne regretterez pas.

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