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L'Assassin Habite Au 21 - Henri-Georges Clouzot

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MessageSujet: L'Assassin Habite Au 21 - Henri-Georges Clouzot   Mer 20 Mai - 18:26



Titre original : L'Assassin Habite Au 21

Réalisateur : Henri-Georges Clouzot

Scénario & Adaptation : Henri-Georges Clouzot et Stanislas-André Steeman, d'après son roman éponyme

Dialogues : Henri-Georges Clouzot

Images : Armand Thirard

Montage : Christian Gaudin

Son : William Robert Sivel - Sur Wide Rande System Electric

Décors : André Andrejew

Musique : Maurice Yvain

Genre : Policier

Production : Alfred Greven - Continental Films

Société de distribution : Films Sonores Tobis (France) - Mage Films (USA)

Pays d'Origine : France - 7 août 1942

Durée : 84 mn / N & B - Son Mono

Audio : français

Sous-titres : néant

Sous-titres pour malentendants : néant

Distribution : Pierre Fresnay (Commissaire Wenceslas Vorobeïtchik, dit M. Wens / Pasteur Robert Lester) - Suzy Delair (Mila Malou, sa maîtresse) - Jean Tissier (Pr Lalah-Poor, le Fakir) - Pierre Larquey (Mr Collin, l'artisan) - Noël Roquevert (Dr Théodore Linz, ancien médecin de la Coloniale) - Odette Talazac (Mme Point, tenancière de la pension "Les Mimosas") - Marc Natol (Armand, le valet de chambre) - Louis Florencie (Commissaire divisionnaire Monet, supérieur immédiat de M. Wens)  - André Gabriello (L'agent Prussot, qui arrête Turlot sur son réverbère)  - Huguette Vivier (Vania, l'infirmière de Kid Robert)  - Raymond Bussières (Turlot, le demi-sel qui a découvert les cartes de visite de M. Durand) - Maximilienne (Melle Cuq, la "vraie jeune fille", pensionnaire elle aussi des "Mimosas")  - Jean Despeaux (Kid Robert, l'ancien boxeur devenu aveugle)  - René Génin (Alfred, le clochard qui a gagné à la loterie)  - Sylvette Saugé (La "poule" du bistrot qui s'intéresse à Alfred dès qu'elle a vu ses billets) - René Blancard (Un inspecteur) - Marcel Péres (Ballandieux, un autre inspecteur) - Léon Belières (M. Christophe, l'imprésario) - Lucien Blondeau (Edouard, le Préfet de police) - Antoine Balpêtré (Albert, le ministre de l'Intérieur)
- Léon Larives (Le patron du bistrot) - Paul Barge (Le garçon du bistrot) - Gustave Gallet (Le directeur de la Police judiciaire) - Guy Sioux (Bob Destirac, le journaliste assassiné) - Maurice Marceau (Un client du bistrot) - André Varennes (Le brigadier de gendarmerie) - Henri Vilbert (L'agent qui se fait cracher sur ses chaussures par un M. Wens cherchant à sauver sa peau) - Maurice Salabert (Un agent) - Albert Malbert (Le chauffeur de taxi) - Martial Rèbe (Le caissier assassiné sur le chantier) - Daniel Gélin (Un inspecteur lors de l'arrestation finale) - Evelyne Séjourné (Juliette, la femme de chambre de M. Wens) - Géo Forster (Un figurant)


Si l'on fait abstraction de l'astuce de la solution finale, le film de Clouzot n'a pas grand chose à voir avec le roman éponyme du Belge Stanislas-André Steeman, que nous vous recommandons chaudement de lire dès que vous en trouverez le temps Wink . C'est l'un des premiers romans policiers où, dans le dernier tiers, l'auteur lance un appel à son lecteur en lui stipulant qu'il a toutes les cartes en mains et que, en bonne logique, il doit avoir trouvé qui est le coupable. L'action, en outre, se situe à Londres, M. Durand s'appelle Mr Smith et M. Wens, que Steeman créa détective privé et non membre reconnu des forces de l'ordre, n'apparaît pas dans ce roman. C'est l'un des pensionnaires, Mr Crabtree, qui découvre le pot-aux-roses et manque de périr pour cela. De même, vous vous en doutez, s'il n'y a pas de M. Wens, il n'y a pas de Mila Malou . Ce personnage fut imaginé par le réalisateur qui voulait offrir un rôle à sa petite amie d'alors, Suzy Delair.

J'aimerais m'arrêter sur cette actrice, qui est en général excellente dans par exemple "Quai des Orfèvres", du même Clouzot ou dans "Pattes Blanches", le très beau film de Jean Grémillon avec Paul Bernard. Si on ne peut dénier à la comédienne une authentique nature comique, elle n'est pourtant jamais aussi bonne que dans le tragique, voire le sordide. En outre, dans "L'Assassin ...", j'estime personnellement que, à certains moments, que ce soit de son propre chef ou sur les indications de Clouzot, elle "surjoue" à mort, peut-être dans le but d'introduire un semblant de gaieté dans cet univers profondément noir que le metteur en scène crée dès son premier long-métrage avec la complicité d'acteurs de la trempe de Roquevert, Larquey, Jean Tissier (merveilleux, impressionnant Lalah-Poor), Maximilienne, etc ...

Cet "octave" un ton trop haut de Suzy Delair est la seule chose que, avec le temps - quand je le vis pour la première fois, toujours dans "Au Cinéma Ce Soir", d'Armand Panigel, j'étais trop jeune pour le réaliser pleinement  - je reproche à ce classique indémodable du cinéma français des années quarante. Le scénario est solide, les dialogues percutants et hargneux (tout Clouzot, quoi ), les grands rôles secondaires tout bonnement parfaits, depuis le tremblotant et lâche Pierre Larquey jusqu'au panache ironique et toujours élégant - presque princier - de Jean Tissier, sans oublier un Noël Roquevert plus ronchon que jamais. Mention spéciale également à Odette Talazac, à sa pipe et à son franc-parler sans oublier un Marc Natol qui passe plus de temps à imiter les bruits et surtout le chant des oiseaux qu'à se perdre en considérations oiseuses. Dans le rôle d'"une vraie jeune fille" qui cherche un éditeur pour ses romans, Maximilienne donne avec superbe la réplique à un Roquevert dont on ne sait trop s'il la hait vraiment ou s'il se contente de l'aiguillonner de manière sadique.

Et, bien sûr, n'oublions pas Raymond Bussières qui, du haut de son lampadaire, "enquiquine les gendarmes, là-haut, là-haut / Et la maréchaussée ..." parce qu'il se dit que seule la prison peut le protéger de la colère éventuelle d'un M. Durand furieux qu'on ait découvert ses cartes de visite dans l'un des chiffonniers mis au rebut dans le grenier de la pension "Les Mimosas."

En dépit de l'humour, toujours présent, "L'Assassin Habite au 21" est bel et bien un film noir. Certes, on n'y rencontre pas de femme fatale - au contraire de "Quai des Orfèvres" par exemple - mais l'ambiance, même si elle ne s'emmitoufle pas frileusement dans le fog londonien du roman originel, est luisante de pluie et toute sonore des pas lents, décidés, implacables d'un M. Durand qu'on n'aperçoit jamais et qui s'appuie nonchalamment sur sa canne-épée lorsqu'il traque le malheureux Alfred, sa première victime dans le film mais non dans le temps. Je n'ai pas, je l'avoue, beaucoup tilté sur la bande musicale mais alors, les éclairages, mes aïeux ! ... Ah ! C'est de l'Art pur, de l'Art magistral, surtout quand Armand Thirard joue avec les yeux si clairs de Jean Tissier !

Bien sûr, le modus operandi de M. Durand, qui tue par arme blanche, par strangulation (avec un lacet) ou encore par balle (revolver), finit par retenir l'attention du spectateur, lequel perçoit bien qu'il y a là quelque chose d'anormal, de pas trop logique. En général, c'était déjà connu à l'époque, un assassin ne recourt qu'à une seule méthode, qu'il perfectionne mais qu'il n'abandonne jamais. Et il faut bien dire que, dans la pension, on a vite fait de suspecter aussi bien Larquey que Roquevert et même le boxeur aveugle (personnage lui aussi inconnu dans le roman, si mes souvenirs sont bons). Mais, au fur et à mesure que la police coffre chacun puis, sur un nouveau meurtre signé "M. Durand", se voit contrainte de relâcher sa proie, désormais innocentée, le spectateur qui n'a aucune connaissance de l'intrigue finit par y perdre son latin. Pour un néophyte qui n'a jamais entendu parler ni de Clouzot ni de Stanislas-André Steeman, "L'Assassin habite au 21" constitue une incitation exceptionnelle à découvrir leurs univers respectifs : les deux hommes semblent avoir partagé un goût similaire pour l'humour noir et féroce et, qu'on l'admette ou non après l'avoir lu, "La Maison des Veilles", de Steeman (dont j'ignore s'il fut jamais porté à l'écran) est bien un roman sadique comme d'ailleurs, son "La Morte survit au 13 ..." ou encore "Autopsie d'un Viol."  Quant à Clouzot, n'importe quel cinéphile sait à quels sommets était capable d'atteindre ce génie qui ne recula ni devant l'Occupant (le très sobre mais terrible "Corbeau" en 43), ni devant le grand-guignol le plus sauvage ("Les Diaboliques"). Personne non plus n'oubliera "Le Salaire de la Peur", l'un des films les plus stressants qui aient jamais été réalisés et nul ne contestera que Bardot trouva l'un de ses meilleurs rôles, si ce n'est le meilleur, dans "La Vérité" du même Clouzot.

Clouzot : l'un des plus grands noms du cinéma français. Il ne vous promet que noirceur, pessimisme et férocité mais il vous garantit la qualité. Partez donc, si ce n'est déjà fait, à la découverte de "L'Assassin Habite Au 21" et vous en aurez un aperçu. Encore léger mais si prometteur ... 

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