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Henry, Portrait d'Un Serial Killer - John McNaughton

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MessageSujet: Henry, Portrait d'Un Serial Killer - John McNaughton   Dim 24 Mai - 18:41



Titre original : Henry, Portrait of A Serial Killer

Titre français : Henry, Portrait d'Un Tueur en Série

Réalisateur : John McNaughton

Scénario : Richard Fire & John McNaughton

Photographie : Charlie Lieberman

Musique : Ken Hale, Steven A. Jones & Robert McNaughton

Genre : A défininir

Producteurs : Malik & Ali B. Waleed, Lisa Dedmond, Steven A. Jones & John McNaughton

Société de distribution : Greycat

Pays d'Origine : USA - 5 janvier 1990 - Classé X -  La sortie était prévue en 1986 mais, compte tenu de sa violence, le film dut patienter quatre ans.

Sortie en France : ? - Interdit aux moins de 16 ans

Durée : 83 mn / Couleur

Audio : anglais, français

Sous-titres : français

Sous-titres pour malentendants : néant

Distribution : Michael Rooker (Henry) - Tom Towles (Otis) - Tracy Arnold (Becky) - Mary Demas & Kristin Finger (Deux prostituées, victimes de Henry) - Anne Bartoletti (La serveuse) - Ray Atherton (Fence) - Kurt Naebig (L'acheteur de marijuana)



Si je n'avais pas été accompagnée pour cette projection, je n'aurais pas accepté d'essayer à nouveau de voir ce film, cette fois-ci jusqu'à sa fin. La scène où Henry et Otis se repassent l'un de leurs meurtres filmée sur une cassette est à vomir. Non qu'elle soit voyeuriste en son principe : McNaughton fait ici un constat et des criminels qui se délectent à revoir ainsi leurs crimes existent bien. Sans aller jusqu'au crime absolu, voyez tous les scandales avec ces ados qui, de nos jours, filment des agressions sur leurs portables et dont certains ont la sottise d'en faire "profiter" tout le Net ...

Mais, une fois ce cap franchi - finalement, le metteur en scène ne s'attarde pas et on ne le regrettera pas à moins d'être complètement tordu dans sa tête - on arrive tant bien que mal jusqu'au bout de ce film à la durée assez raisonnable (83 minutes seulement). C'est le film le plus linéaire que j'ai jamais vu et son titre, franchement, même s'il est accrocheur, constitue un lamentable contre-sens : il devrait en réalité se sous-titrer : "Portrait du Besoin de Tuer."

Ah ! oui, très important Malgré tout ce que vous pourrez lire ici et là et dans toutes les langues que vous connaissez, si les prénoms des protagonistes du trio central sont bel et bien inspirés de l'affaire Henry Lee Lucas & Ottis Toole, il n'y a rien de commun entre l'histoire de ces deux monstres (patiemment fabriqués, il est vrai, avec l'aide de leurs parents, qu'il s'agisse de la mère abusive du premier et de la soeur et des oncles tout aussi abusifs du second)  et le film "Henry." Sauf, bien sûr, la soif de tuer pour se sentir exister.

John McNaughton - qui a réalisera plus tard "Sexcrimes" - nous offre ici la feuille de température de la pulsion de meurtre chez un individu sur qui nous n'aurons aucune sans indication, qui ne se livrera à aucune introspection et qui n'évoquera que faiblement son enfance. Certes, Henry Lee Lucas, pas plus qu'Ottis Toole, n'a jamais brillé par un QI hors normes et une tendance, fût-elle guidée par le narcissisme le plus pur, à vouloir "savoir pourquoi." Mais le "Henry" du film, s'il parle une seule fois de sa mère abusive et qu'il reconnaît avoir tuée (quoiqu'il mente visiblement sur la façon dont il l'a tuée, ce qui, bien sûr, laisse à penser que, si ça se trouve, il raconte des bobards sur sa mère et sur son enfance martyre, d'autant qu'il cherche alors à attirer la pitié de Becky), n'a pas cet oeil de verre dont souffrait Lucas et, s'il a subi des coups dans son enfance, il n'en est pas ressorti avec ce visage carrément assymétrique dont Lucas avait tellement honte. En lieu et place, les traits plutôt plaisants de Michael Rooker, dont c'était là le premier grand rôle, avec une voix timide et douce (celle de Jean-Pierre Leroux pour la VF), de bonnes manières et une froideur d'autant plus atroce que, on le sent bien, le personnage a lui-même peur d'aller voir ce qu'elle cache.

Henry se précipitant au secours de Becky, que son frère Otis, complètement saoul, tente de violer, fait pourtant preuve d'empathie. C'est d'ailleurs la seule et unique fois où, dans ce film crépusculaire et glacé, le masque du personnage se craquèle un instant. Evidemment, Henry tue Otis, autant parce qu'il aime tuer que parce qu'il ne peut pas faire autrement, mais ce qui vous laisse sur le cul, si vous me passez cette expression triviale, c'est que, après s'être débarrassé du cadavre et avoir emmené Becky avec lui à l'hôtel, il tue aussi la jeune femme - probablement parce que, une fois de plus et malgré les faibles espoirs qu'il nourrissait en ce sens, il n'a pu avoir avec elle de relations sexuelles normales.

A moins qu'il ne l'ait tué pour tuer ...

En ce qui concerne l'homosexualité qui a existé entre Henry Lee Lucas et Ottis Toole, le réalisateur et le scénariste ont choisi de la laisser au magasin des accessoires. Ils la suggèrent parfois mais l'on songe souvent que, avec l'innocente Becky au milieu, nous avons surtout là un prototype de ménage à trois très, très amoché.

Film dur, absolument sans pitié, comme son rôle-titre, "Henry" se situe à mi-chemin d'un film documentaire, tourné "la caméra sur l'épaule", comme on le fera beaucoup par la suite, et de la fiction totale. Certains le tiennent pour un chef-d'oeuvre, d'autres pour un nanar risible . Une chose est sûre : pour un film tourné en 1986, il surprend et l'on comprend qu'il ait choqué la censure et causé un véritable casse-tête à ceux qui avaient la tâche de lui coller une étiquette.

Mon impression personnelle reste très mitigée. Ce que j'ai vu, ce dont je me souviendrai, c'est le désir de tuer pour tuer. En ce sens , c'est cette pulsion, que flics, experts et tueurs un peu plus intelligents que les autres cherchent en vain à définir, que le film, sans doute en raison de la froideur remarquable de Rooker et du talent de McNaughton, appuyés par un scénario je le répète linéaire et quasi minimaliste, est parvenu à saisir. Elle règne sur la pellicule d'un bout à l'autre, on ne sent qu'elle et, avec un tout petit effort d'imagination, on la voit : glaciale, implacable, ne se posant aucune question, ignorant même ce qu'est une question. Avec un naturel prodigieux, elle évolue parmi les acteurs mais il n'y a pas à barguigner : malgré le talent des comédiens en présence et l'intensité de leur jeu, l'héroïne du film, la vraie, la seule, c'est elle : la Pulsion de Tuer Pour Tuer.

J'ignore si je parviens à me faire bien comprendre de ceux qui me lisent. Serai-je plus claire si j'ajoute que jamais je n'ai vu une telle curiosité. En effet, quand vous regardez des massacres aux informations télévisées, vous savez qu'il n'y a pas trucage, vous sentez une horreur qui est réelle même si loin de vous. Si vous allez fouiner sur le Net parmi les bandes-vidéos réalisées par des "chasseurs de fantômes", vous pensez au contraire (et peut-être à tort Wink ), que tout n'est que trucages. Mais quand vous visionnez "Henry" de McNaughton, vous vous rendez compte - et avec quel malaise !    - que le cinéaste a bel et bien capturé sur sa pellicule un esprit, celui du Meurtre pour le Meurtre, et qu'il n'y a aucun trucage : cet esprit est bien là, réel, alors que tout le reste n'est que fiction - si vous en doutez, voyez le générique .

Je n'étonnerai personne en précisant que je ne conseille pas ce film aux âmes sensibles - même s'il existe bien plus gore. Quant à ceux qui, pour une raison ou pour l'autre, recherchent un film sur Lucas & Toole, ceux-là peuvent, eux aussi, passer leur chemin : si l'on excepte les prénoms, répétons-le, "Henry" n'a rien à voir avec leur histoire.

Ce qui m'ennuie et même m'attriste, je l'avoue - mais peut-être est-ce un bien, finalement  Mr.Red - c'est que beaucoup n'auront pas conscience de ce que John McNaughton est parvenu à emprisonner sur sa pellicule. Dommage ou non ?  Je ne sais pas. Mieux vaut peut-être, dans des cas de ce genre, être un "beauf" qui ne sent ni ne voit rien. Ou un sceptique. Ou un être complètement insensible à la magie du cinéma. Ce dernier a sa magie noire, lui aussi : il ne faut pas l'oublier Nyarknyarknyark et "Henry", qu'on le conspue ou qu'on l'admire, qu'on ricane en le visionnant ou qu'on éteigne son lecteur dès les premières images, "Henry", si plat, si morne qu'il puisse paraître à certains moments, "Henry" porte sur lui l'empreinte des démons les plus sulfureux du Septième Art - lesquels ne sont pas toujours ceux qui font le plus parler d'eux ou qui réclament à cor et à cris un "Exorciste".

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