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Les Diaboliques - Henri-Georges Clouzot

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MessageSujet: Les Diaboliques - Henri-Georges Clouzot   Jeu 28 Mai - 18:43



Titre original : Les Diaboliques

Réalisateur : Henri-Georges Clouzot

Scénario & Adaptation : Henri-Georges Clouzot, d'après le roman "Celle Qui N'Etait Plus" de Pierre Boileau & Thomas Narcejac

Dialogues : Henri-Georges Clouzot, Jérôme Geronimi, René Masson et Frédéric Grendel

Photographie : Armand Thirard

Montage : Madeleine Gug

Son : William-Robert Sivel - Son monophonique - Système ARTEC

Décors : Léon Barsacq

Costumes : Carven

Musique : Georges Van Parys (Editions Choudens)

Producteurs : Henri-Georges Clouzot & Georges Lourau

Société de Production : Vera Films - Filmsonor

Société de distribution : Cinedis, Ariane Distribution (1993), Les Acacias (1996), Tamasa Distribution (années 2000), René Chateau Vidéo (DVD 2000), Dear Films (Italie), Kino Tnternational (USA), Ciné Vog Films (Belgique), Helsinkin-Filmi (Finlande), TF1 International (Ventes internationales)

Genre : Drame / Thriller

Pays d'Origine : France - 29 janvier 1955 - Interdit aux moins de 16 ans

Reprises en France : 3 février 1993 et 30 octobre 1996 - Tous publics

Durée : 114 mn / N & B

Audio : français

Sous-titres : néant

Sous-titres pour malentendants : français

Distribution : Simone Signoret (Nicole Horner, maîtresse de Michel Delassalle) - Vera Clouzot (Christina Delassalle, épouse de Michel) - Paul Meurisse (Michel Delassalle) - Charles Vanel (Le commissaire à la retraite Alfred Fichet) - Pierre Larquey (M. Drain, l'un des enseignants de l'Institut Delassalle) - Michel Serrault (M. Raymond, un autre enseignant) - Jean Brochard (M. Plantiveau, le concierge de l'Institut) - Noël Roquevert (M. Herboux, le locataire râleur de Nicole, à Niort)  - Georges Chamarat (Dr Loisy, cardiologue)  - Thérèse Dorny (Mme Herboux)  - Aminda Montserrat (Mme Plantiveau) - Madeleine Suffel (La dégraisseuse)  - Jean Témerson (Le garçon d'hôtel)  Jacques Hilling (L'employé de l'Institut médico-légal)  - Robert Dalban (Le pompiste) - Jacques Varennes La Dr Bridoux) - Georges Poujouly (Soudieu, un élève) - Yves-Marie Maurin (L'éléve Moynet) - Jean Lefebvre (Robert, un deuxième-classe ivre) - Camille Guérini (Le photographe)
- Henri Coutet & Christian Brocard (Les employés de la Morgue qui amènent le corps du noyé de la Seine) - Henri Humbert (L'élève Patard) - Michel Dumur (L'élève Ritberger) - Jean-Pierre Bonnefou (L'élève Gascuel) - Roberto Acon Rodrigo (Le petit Joselito, autre élève de l'Institut) - Jean Clarieux(Le chauffeur de taxi) - Jimmy Urbain et Jean-Philippe Smet (Deux élèves de l'institut - Non crédités)

   

La première fois que j'ai vu "Les Diaboliques", la scène dans laquelle Michel Delassalle/Paul Meurisse se relève dans la baignoire de son épouse m'avait vraiment épouvantée. J'étais assez jeune - huit ou dix ans, je pense - et c'était une toute autre époque télévisuelle . Cette scène, c'est aussi celle que des critiques pincés ne cessent, la bouche en cul-de-poule, de reprocher encore et toujours à Clouzot sous prétexte qu'elle appartiendrait au genre "Grand-Guignol." Peut-être n'ont-ils pas tout-à-fait tort. Mais n'empêche que, Grand Guignol ou pas, elle continue à faire son petit effet, cette scène ... affraid

Affirmer que "Les Diaboliques" est un film noir, méchant, affreux et ... machiavélique, c'est une litote. D'abord, chez Clouzot, tout est toujours noir. Nous sommes, de plus, en 1954 et on ne peut pas dire que les années aient adouci la vision pessimiste du monde qui était celle du cinéaste. Avec le roman de Boileau-Narcejac, il a certes trouvé à qui parler mais son coup de génie, qui fera de ce roman (déjà dénué de toute compassion et aussi diabolique en son genre que le film qu'il inspirera) "son" oeuvre à lui, Clouzot, c'est de retourner de fond en comble la situation originelle. Il faut bien dire que le lesbianisme était encore un problème assez délicat à traiter à l'époque au cinéma. Cependant, le cinéaste l'avait pourtant, évoqué, de façon discrète mais continue, dans "Quai des Orfèvres" en peignant les sentiments qu'éprouve Simone Renant envers Suzy Delair. Dans "Les Diaboliques", pas de discrétion, l'hétérosexualité reprend ses droits mais, plus que par pudeur, c'est sans doute parce que Clouzot avait perçu l'énorme potentiel de ce retournement de l'intrigue originelle. Et cela nous donne ce film oppressant, dominé par un trio d'acteurs que j'estime aussi remarquable l'un que l'autre. Je me permets cette remarque car, dans ses mémoires, "Les Eperons de la Liberté", Paul Meurisse met fortement en doute le talent de Vera Clouzot, qui n'aurait eu le rôle de Christina que parce qu'elle était alors l'épouse du metteur-en-scène. Meurisse se place d'emblée à part, avec Simone Signoret (remarquable, comme toujours, c'est vrai) : mais ne serait-ce pas parce que tous deux ont suivi le chemin classique des cours d'art dramatique (pour Signoret) et du music-hall (pour Meurisse qui, né dans la bonne bourgeoisie, commença néanmoins par le droit) ? Vera Clouzot, elle, n'était évidemment pas "de leur monde" (mais elle avait tout de même travaillé avec Jouvet, soulignons-le, qui ne passait pas pour un metteur-en-scène particulièrement tendre et laxiste ) et ne deviendrait jamais pensionnaire de la Comédie-Française (comme Meurisse) pas plus, heureusement pour elle , qu'elle ne terminera ses jours en icône pseudo-gauchiste et alcoolique, auprès d'un Montand super-star et tout fringant qui, lui, se prenait pour le bras droit de Dieu-Mitterrand  ...

On peut comprendre le point de vue de Meurisse mais, en dépit de l'admiration qu'on porte à cet acteur au jeu presque toujours hors-norme en raison de son flegme et de son élégance naturels, on ne manque pas de le trouver ici injuste. Vera Clouzot joue une Christina Delassalle parfaite : timide, apeurée, secrète aussi (car il fut une époque où, toute ancienne pensionnaire de couvent qu'elle fût, elle a connu des ébats torrides, et probablement plus ou moins sado-masochistes, entre les bras de celui qu'elle continue à appeler "Miguel"), à la fois très fragile (sa maladie cardiaque) et très forte (le cran ne lui manque que pour tuer son mari et encore est-ce parce qu'elle l'aime toujours), intelligente aussi mais pas assez mauvaise pour saisir la profondeur du machiavélisme du couple formé par Signoret et Meurisse.

A ce propos d'ailleurs, le couple "diabolique" n'en fait-il pas un peu trop à la fin ? Si l'on y réfléchit attentivement, pas vraiment. Mais on a l'impression que l'arrestation des meurtriers survient trop vite et se fait, pour ainsi dire, en quatrième vitesse. Ce qui dérange un peu puisque "l'exposition" couvre, pour sa part, l'essentiel du film. Clouzot l'a-t-il senti ? Toujours est-il qu'il nous invente une "chute" teintée de fantastique - ce qui n'est pas du tout son genre - et qui nous glace peut-être encore plus que le reste du film. La mythomanie du petit Moynet, l'élève à la fronde interprété par le regretté Yves-Marie Maurin, personnellement, je n'y crois guère. Car enfin, quand sa fronde disparaît et qu'il est envoyé au piquet, selon ses dires, "par M. le Directeur", on retrouve bien la fronde en question posée à dessein sur le bureau de Christina, n'est-ce pas ? Alors, que "Mme la Directrice" soit venue la lui rendre après sa mort effective, pourquoi pas ?

Le Noir & Blanc souligne tout ce qu'il y a de lugubre, de vétuste dans les images du château de L'Etang-Laville, dans les Yvelines, qui avait été réquisitionné par les Allemands comme lieu de casernement une décennie plus tôt et où Clouzot place son "Institution Delassalle." Avec la piscine qu'il y fit creuser pour les besoins de l'intrigue et dans lequel les deux femmes jettent le corps de Michel, la nuit de leur retour au pensionnat, l'ensemble n'est-il pas propice d'ailleurs non seulement au Mal qui rôde ... mais aux évocations spectrales ? ... 👻

Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est la "chute" que je préfère dans le film mais, franchement, elle vaut le détour !
Et les Américains, dans leur remake avec Adjani et Stone, n'ont évidemment pas fait aussi terrifiant. Plus sexy, plus "hot" sans doute ... Mais la suggestion ne vaut-elle toujours pas mieux, tant dans les scènes de sexe que dans les scènes d'épouvante ?

"Mais, côté épouvante, Clouzot ne s'est pas privé !" protesterez-vous. C'est vrai : "Les Diaboliques" reste son film le plus morbide, non seulement par le détachement froid et coupant de Signoret dans le rôle de Nicole Horner, qui combine en fait le projet d'assassinat, que par les apparitions de Paul Meurisse en cadavre - sauf pour la scène dans la piscine, d'ailleurs tournée de nuit, avec les inconvénients qu'on suppose, et où le comédien fut remplacé par une doublure. Le côté sadique du personnage - qui ne se gêne guère non plus pour frapper sa maîtresse adorée et que, si ni l'un ni l'autre n'avaient fini par se faire coincer après le meurtre de Véra, il aurait, qui sait ? peut-être un jour assassinée de ses propres mains - est aussi très jouissif et l'on sent le plaisir du metteur en scène à diriger le comédien dans ces scènes où, bien vivant et sans jeu excessif, avec son visage semi-impassible et sa voix si reconnaissable, il sème la terreur aussi bien chez sa femme que chez ses enseignants et ses élèves.

Une question demeure, que je ne saurais résoudre : faut-il lire le livre avant de visionner le film ? Ou le contraire ? Bien malin qui le dira. Si vous passez d'abord par la case film en tous cas, le roman ne vous décevra pas vraiment - Boileau & Narcejac étaient des maîtres - mais vous en sortirez tout chamboulés et désormais hantés non par les ombres des assassins, à quelque sexe qu'ils appartiennent, mais justement par cette interrogation qui rappelle un peu l'histoire de la poule et de l'oeuf, voyez-vous ?

Petit détail : la "chute" de Clouzot n'est pas prévue dans le roman. Petit détail, susceptible néanmoins de faire la différence. Wink

En tous cas, surtout, surtout, regardez "Les Diaboliques", version 1954, de Clouzot : si j'osais une comparaison gastronomique, j'écrirais que nous nous trouvons là en présence d'une monstrueuse et superbe cerise, plus noire que rouge et toute juteuse, tout au haut d'une énorme forêt-noire ... Ca ne vous fait pas rêver, vous ? ... Non, vous préférez les gâteaux au carottes ?  Bon, alors, un conseil : ne songez même pas à visionner "Les Diaboliques". Quant à Boileau-Narcejac, laissez tomber aussi. Et prenez bien vos médicaments pour le coeur ...

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