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Montaigne

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MessageSujet: Montaigne   Montaigne Icon_minitimeJeu 26 Mai - 11:06

Puisque le personnage apparaît dans la rubrique jeu autant en parler un peu.

"Pour juger des choses grandes et haultes, il faut un'ame de mesme, autrement nous leur attribuons le vice qui est le nostre." Essais, I, XIV

Cela donne le ton. Il ne s’agit pas ici de juger l’œuvre de Montaigne et encore moins sa vie. Il fait partie de ces auteurs que les professeurs de français prennent plaisir à "gaver" les lycéens. Et trop souvent ceux-ci en sont dégoûtés. Alors que Montaigne est un auteur fascinant, qui est très agréable à lire malgré le style un peu difficile vu son ancienneté. Personnellement, je trouve que cela donne un coté chantant plus que charmant à la lecture (un peu italien d’ailleurs Wink ).

Michel Eyquem de Montaigne est né en 1533 à Montaigne dans le Bordelais. Son père est un noble de la région, et Michel Eyquem prend rapidement le nom de leur domaine : Montaigne.

Il est très tôt éduqué dans le respect des lettres classiques : "sans art, sans livre, sans grammaire ou précepte, sans fouet et sans larmes, j’avais appris du latin, tout aussi pur que mon maître d’école le savait", Essais, I, XXVI

Il part ensuite faire des études de droit à Bordeaux où il devient magistrat. C’est dans cette vile qu’il fait la rencontre de Etienne de La Boétie. Montaigne entre au parlement de Bordeaux et aura toute sa vie une grande influence politique dans la région. Après la mort de la Boétie en 1563, il prend du recul avec la vie politique et à la mort de son père en 1568, il s’installe dans le domaine familial dont il a hérité. Il fait construire sa "librairie" (entendre sa bibliothèque) dans l’une des tours de son château qui contient ses propres ouvrages et tous ceux que la Boétie lui avait légués.

C’est alors que Montaigne commence à rédiger ses Essais. En 1578, une première version de l’ouvrage est disponible. En 1592, la dernière et quatrième édition est réalisée à titre posthume, l’année de la mort de Montaigne.

En dehors des Essais, de Voyage en Italie et des écrits officiels (Montaigne fut maire de Bordeaux à plusieurs reprises), on ne sait pas grand-chose du personnage. On ne sait pas ce qui l’a poussé à mener une vie marginale d’ermite dans son château. On suppose cependant qu’il fut diplomate pour Henri III et Henri IV.


Les Essais sont une forme littéraire unique. Il ne s’agit pas d’une autobiographie, ni de mémoires. C’est un recueil des réflexions intimes de l’auteur. La richesse des Essais de Montaigne repose dans les mises à jour. C’est un ouvrage qui a été écrit sur toute une vie et les éditions successives mettent en évidence l’évolution du personnage.
Ainsi, au cours de la lecture des Essais, on va se trouver face à un Montaigne Stoïcien puis Epicurien et enfin Sceptique. Les Essais commence par un dialogue entre Montaigne et les Anciens (Plutarque, Sénèque…).
Montaigne reprend leurs idées et en disserte, d’accord ou non. Il va ensuite enrichir les réflexions avec ses propres pensées et observations. La première grande partie des réflexions porte sur le fait que les gens ont une vision étroite des choses en se complaisent dans cette étroitesse. Montaigne utilise la gastronomie pour illustrer son propos.
La quête ultime de Montaigne est de comprendre les autres et le monde extérieur. Cependant, on remarque que c’est lui-même lui-même qu'il recherche à travers ses écrits. Le fait d’écrire lui renvoie ses pensées et par là même agit sur lui. Les spécialistes de Montaigne nomment cela l’écriture consubstantielle : le livre est la production du moi et simultanément rejaillit sur le moi qui le forge.

C'est là que réside l'intérêt pour Montaigne. Sa manière de s'interroger et de rechercher des réponses à ses intérrogations est très moderne. Il a de plus des questions qui sont encore actuelles.


Dernière édition par le Jeu 26 Mai - 13:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Montaigne   Montaigne Icon_minitimeJeu 26 Mai - 11:47

C'est icy un livre de bonne foy, lecteur. Il t'advertit dès l'entrée, que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privée : je n'y ay eu nulle considération de ton service, ny de ma gloire : mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. Je l'ay voué à la commodité particuliere de mes parens et amis : à ce que m'ayans perdu (ce qu'ils ont à faire bien tost) ils y puissent retrouver aucuns traits de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entiere et plus vifve, la connoissance qu'ils ont eu de moy. Si c'eust esté pour rechercher la faveur du monde, je me fusse paré mieux paré et me presanterois en une marche estudiée. Je veus qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moy que je peins. Mes defauts s'y liront au vif, mes imperfections et ma forme naïfve, autant que la reverence publique me l'a permis. Que si j'eusse esté entre ces nations qu'on dict vivre encore sous la douce liberté des premieres loix de nature, je t'asseure que je m'y fusse tres-volontiers peint tout entier, et tout nud. Ainsi, Lecteur, je suis moy-mesme la matiere de mon livre : ce n'est pas raison que tu employes ton loisir en un subject si frivole et si vain. A Dieu donq, de Montaigne, ce premier de Mars mille cinq cens qutre vingts.

Essais Livre I - "Au lecteur"
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MessageSujet: Re: Montaigne   Montaigne Icon_minitimeJeu 26 Mai - 11:58

Montaigne Stoïcien :

Ciceron dit que Philosopher ce n'est autre chose que s'aprester à la mort. (…).

Il est incertain où la mort nous attende, attendons la par tout. La premeditation de la mort, est premeditation de la liberté. Qui a apris à mourir, il a desapris à servir. Il n'y a rien de mal en la vie, pour celuy qui a bien comprins, que la privation de la vie n'est pas mal. Le sçavoir mourir nous afranchit de toute subjection et contraincte. (…)

Il est impossible que d'arrivée nous ne sentions des piqûres de telles imaginations : mais en les maniant et repassant, au long aller, on les apprivoise sans doute : Autrement de ma part je fusse en continuelle frayeur et frénésie : Car jamais homme ne se défia tant de sa vie, jamais homme ne feit moins d'estat de sa duree. Ny la santé, que j'ay jouy jusques à present tresvigoureuse et peu souvent interrompue, ne m'en alonge l'esperance, ny les maladies ne me l'acourcissent. A chaque minute il me semble que je m'eschappe. Et me rechante sans cesse, Tout ce qui peut estre faict un autre jour, le peut estre aujourd'huy. De vray les hazards et dangiers nous approchent peu ou rien de nostre fin : Et si nous pensons, combien il en reste, sans cet accident qui semblent nous menasser le plus, de millions d'autres sur nos testes, nous trouverons que gaillars et fievreux, en la mer et en nos maisons, en la bataille et en repos elle nous est égallement pres. Nemo altero fragilior est : nemo in crastinum sui certior.

Ce que j'ay affaire avant mourir, pour l'achever tout loisir me semble court, fust ce d'une heure. Quelcun feuilletant l'autre jour mes tablettes, trouva un memoire de quelque chose, que je vouloys estre faite apres ma mort : je luy dy, comme il estoit vray, que n'estant qu'à une lieue de ma maison, et sain et gaillard, je m'estoy hasté de l'escrire là, pour ne m'asseurer point d'arriver jusques chez moy. Comme celuy, qui continuellement me couve de mes pensees, et les couche en moy : je suis à toute heure preparé environ ce que je le puis estre : et ne m'advertira de rien de nouveau la survenance de la mort. Il faut estre tousjours botté et prest à partir.

Essais Livre I - XIX Que philosopher, c'est apprendre à mourir
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MessageSujet: Re: Montaigne   Montaigne Icon_minitimeJeu 26 Mai - 12:05

Montaigne Epicurien :

Quand je dance, je dance : quand je dors, je dors. Voire, et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences estrangeres quelque partie du temps : quelque autre partie, je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude, et à moy. Nature a maternellement observé cela, que les actions qu'elle nous a enjointes pour nostre besoin, nous fussent aussi voluptueuses. Et nous y convie, non seulement par la raison, mais aussi par l'appetit : c'est injustice de corrompre ses règles.

Quand je vois, et Cæsar, et Alexandre, au plus épais de sa grande besogne, jouïr si pleinement des plaisirs humains et corporels, je ne dis pas que ce soit relascher son ame, je dis que c'est la roidir, sousmettant par vigueur de courage, à l'usage de la vie ordinaire, ces violentes occupations et laborieuses pensées. Sages, s'ils eussent creu, que c'estoit là leur ordinaire vocation, cette-cy, l'extraordinaire. Nous sommes de grands fols. Il a passé sa vie en oisiveté, disons-nous : je n'ay rien faict d'aujourd’hui. Quoy ? Avez-vous pas vescu ? C'est non seulement la fondamentale, mais la plus illustre de vos occupations. Si on m'eust mis au propre des grands maniements, j'eusse montré ce que je sçavoy faire. Avez vous su méditer et manier vostre vie ? Vous avez faict la plus grande besogne de toutes.

Pour se montrer et exploiter, nature n'a que faire de fortune. Elle se montre egallement en tous estages : et derrière, comme sans rideau. Avez-vous su composer vos moeurs : vous avez bien plus faict que celuy qui a composé des livres. Avez vous su prendre du repos, vous avez plus faict, que celuy qui a pris des Empires et des villes. Le glorieux chef-d'oeuvre de l'homme, c'est vivre à propos.

Essais Livre III - XIII De l'expérience
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MessageSujet: Re: Montaigne   Montaigne Icon_minitimeJeu 26 Mai - 12:10

Montaigne Sceptique :

La présomption est nostre maladie naturelle et originelle. La plus calamiteuse et fragile de toutes les créatures c'est l'homme, et quant et quant, la plus orgueilleuse. Elle se sent et se voit logée icy parmi la bourbe et le fient du monde, attachée et clouée à la pire, plus morte et croupie partie de l'univers, au dernier estage du logis, et le plus esloigné de la voûte celeste, avec les animaux de la pire condition des trois : et se va plantant par imagination au dessus du cercle de la Lune, et ramenant le ciel sous ses pieds. C'est par la vanité de ceste mesme imagination qu'il s'égale à Dieu, qu'il s'attribue les conditions divines, qu'il se trie soy-mesme et sépare de la presse des autres créatures, taille les parts aux animaux ses confrères et compagnons, et leur distribue telle portion de facultez et de forces, que bon luy semble. Comment connaît il par l'effort de son intelligence, les branles internes et secrets des animaux ? Par quelle comparaison d'eux à nous conclu il la bestise qu'il leur attribue ?

Quand je me joue à ma chatte, qui sait, si elle passe son temps de moy plus que je ne fais d'elle ?

Essais livre II - XII Apologie de Raimond Sébond
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MessageSujet: Re: Montaigne   Montaigne Icon_minitimeLun 4 Fév - 14:27

Montaigne MONTAIGNE


"C’est icy un livre de bonne foy, lecteur. Il t’advertit dés l’entrée, que je ne m’y suis proposé aucune fin, que domestique et privée. Je n’y ay eu nulle consideration de ton service, ny de ma gloire. Mes forces ne sont pas capables d’un tel dessein. Je l’ay voué à la commodité particuliere de mes parens et amis : à ce que m’ayant perdu (ce qu’ils ont à faire bien tost) ils y puissent retrouver aucuns traits de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entiere et plus vifve, la connoissance qu’ils ont eu de moy. Si c’eust esté pour rechercher la faveur du monde, je me fusse mieux paré et me presanterois en une marche estudiée. Je veux qu’on m’y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c’est moy que je peins. Mes defauts s’y liront au vif, et ma forme naïfve, autant que la reverence publique me l’a permis. Que si j’eusse esté entre ces nations qu’on dict vivre encore sous la douce liberté des premieres loix de la nature, je t’asseure que je m’y fusse tres-volontiers peint tout entier, et tout nud. Ainsi, lecteur, je suis moy-mesmes la matiere de mon livre : ce n’est pas raison que tu employes ton loisir en un subject si frivole et si vain. À Dieu donq, de Montaigne, ce premier de Mars mille cinq cens quatre vins."

C'est par cet avertissement au lecteur que Montaigne entame ses fameux Essais. En écrivain maniaque, il en fera trois publications, s'efforçant de corriger ses premiers jets. Je ne sais pas s'il s'agit réellement "d'un livre de bonne foi", on peut en discuter. Ceci dit, il s'agit d'un riche témoignage de la société de son temps. En philosophe, Montaigne s'interroge sur la complexité de l'homme, notamment sur le corps et l'âme. Contrairement à la pensée de l'époque, il va s'attacher à montrer que les deux sont étroitement imbriqués. Rien n'est tabou pour lui. C'est ainsi qu'il abordera tous les thèmes : vie, mort, sexualité, désir, amitié etc...

Si je remettais en question la "bonne foi", c'est que ce texte n'est en rien objectif. Montaigne fustige souvent ses contemporains et se montre quelque peu en donneur de leçons. Ceci dit, les dites leçons sont tellement bien amenées que l'on s'y laisse prendre, pour notre plus grand plaisir.
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MessageSujet: Re: Montaigne   Montaigne Icon_minitimeLun 4 Fév - 14:30

Un extrait ici.
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MessageSujet: Re: Montaigne   Montaigne Icon_minitime

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