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L'Âne Rouge - Georges Simenon

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Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
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Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: L'Âne Rouge - Georges Simenon   Jeu 4 Juin - 17:16



ISBN : 9782258093553

Notre Opinion
Personnages



Citation :
[...] ... Cholet ne connaissait personne et tout le monde l'appelait par son nom. Layard, le patron, se précipitait vers la porte, car il avait entendu marcher sur le trottoir. Des gens entraient, trois hommes cette fois, qui venaient de bien dîner.

- "Mes seigneurs et mes seigneuses, vous allez avoir le plaisir d'entendre notre bon camarade Doyen, des principaux cabarets de Montmartre, dans ses éblouissantes créations."

Le vieux chanta, d'une voix sépulcrale. Jean Cholet s'était installé à la table de Lulu, qui collait l'enveloppe de sa lettre et qui lui lançait à la dérobée des regards curieux.

- "Une menthe verte ? demanda la patronne.

- J'aimerais mieux autre chose.

- Un petit cherry ?"

Il faisait très chaud. Des clients entrèrent. Layard pilotait chaque nouveau venu en débitant des plaisanteries sur son compte et, quand il revenait à sa place, il adressait à Cholet une oeillade complice. Ainsi le jeune homme qui, la veille, avait mis pour la première fois les pieds à L'Âne Rouge, était déjà considéré comme un vieil ami de la maison. Il était assis à la table des artistes. On l'appelait par son nom. Après le tour de chant de Doyen, le pianiste s'approcha à son tour, tendit la main.

- "Ca va ? J'ai rapporté la gabardine."

Il avait le visage blafard, les yeux cernés, les lèvres décolorées et, du haut de l'estrade, quand ses doigts couraient sur les touches, il regardait les clients avec une hautaine indifférence.

- "Quart Vichy !" commanda-t-il.

Il n'avait pas fallu plus d'une demi-heure pour remplir la salle. Les gens parlaient fort. Les femmes riaient. Le piano reprenait ses ritournelles.

- "Notre gracieuse divette, Lulu d'Artois, va nous dire ... Au fait, que vas-tu nous dire, petite ?"

Elle n'était pas jolie, mais elle avait un air gentil, timide, un peu morose. Contre toute attente, le cherry avait fait disparaître les dernières traces du malaise de Cholet qui en commanda un autre, pour s'aider à trouver ce qu'il était venu chercher, car il était déçu. L'atmosphère était la même que la veille. De la soie rose tamisait les lumières et la salle baignait dans une pénombre moelleuse. Le cherry était sur la table, avec ses pailles blondes. Lulu quittait l'estrade au milieu des applaudissements et venait se rasseoir près de lui.

- "Vous connaissez Speelman ? lui demanda-t-il.

- Bien sûr. J'ai travaillé avec lui pendant deux ans." ... [...]

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."

Albert Samain

Celui qui n'a pas fait tout ce qu'il pouvait faire n'a rien fait.
Charles Pathé


La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.
Jean Hougron



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MessageSujet: Re: L'Âne Rouge - Georges Simenon   Jeu 4 Juin - 17:38

Citation :
[...] ... Il fit demi-tour, car il venait de dépasser la vitrine d'un armurier. Il y avait un hibou empaillé à l'étalage, des fusils, des revolvers. Il entra.

- "Donnez-moi un browning.

- Un vrai browning de Herstal ?"

Il avait tout l'argent de la maison dans sa poche, maintenant qu'il était le maître !

- "Chargez-le."

Et il sourit de l'effroi de l'armurier.
Dans la rue, il grommelait des syllabes à voix haute. Il passa encore une fois devant La Gazette, où l'on devait savoir la vérité. Ils étaient venus à l'enterrement quand même !

Plus loin, il s'arrêta net au bord du trottoir, comme si son élan eût été coupé, ou son souffle trop court. Les gens passaient dans sa tête comme des fourmis, sans but, sans raison.

Heureusement qu'il y avait un bistro !

- "Un cognac, un grand !"


Il voyait le Trianon, les affiches, Speelman qui escortait le corbillard, Layard qui, lui, était vraiment derrière, avec sa veste de velours, sa lavallière, sa gueule fatiguée.

- "Encore un !"

Il toussa, laissa tomber une liasse de billets et faillit tomber lui-même en se baissant pour les ramasser.

- "Bonsoir, fils !"

Il avait mal partout. Il sortit du bar sans savoir comment et presque sans transition il se trouva devant L'Âne Rouge dont il poussa la porte du pied et de la main. La patronne, qui faisait des comptes, releva la tête.

- "Vous ! ..."

Elle du comprendre du premier coup d'oeil, car elle eut peur.

- "Qu'est-ce que vous prenez ? Attendez ..."

Il entendait des voix à côté, dans la cuisine où on mangeait. Il reconnaissait celle de Speelman. Mais, pour le rejoindre, il devait faire un détour, lever la planche mobile du bar.

Avait-il l'air d'un fou ? Comme la patronne pénétrait en courant dans la cuisine, il tira son revolver de sa poche tandis que Layard se montrait, essayait de sourire.

- "C'est vous ? Dites donc ! j'y étais, hier, et ...

- Où est Speelman ?"

L'escalier était tout près, séparé de la salle par une cloison et on entendait des pas pressés. Jean souleva la planche. Layard n'ose pas intervenir, se contenta de crier :

- "Dis donc ..."

Ses yeux n'avaient jamais été aussi plombés.

La maison puait les choux.

Dans l'escalier, Jean hurla :

- "Speelman !"

Il l'imaginait, en habit, fuyant devant lui, et il riait silencieusement. Une porte s'ouvrit et se ferma dans la pénombre du couloir. Jean se mit à courir.

- "Speelman !"

Sa tête brûlait. Il secoua la porte.

- "Speelman, nom de Dieu !" ... [...]

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