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Quai des Orfèvres - Henri-Georges Clouzot

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MessageSujet: Quai des Orfèvres - Henri-Georges Clouzot   Jeu 4 Juin - 19:43



Titre original : Quai des Orfèvres

Réalisateur : Henri-Georges Clouzot

Assisant-Réalisateur : Serge Vallin

Scénario : Henri-Georges Clouzot & Jean Ferry, d'après le roman "Légitime Défense" de Stanislas-André Steeman

Dialogues : Henri-Georges Clouzot

Images : Armand Thirard

Opérateur : Louis Née

Montage : Charles Breitneiche

Photographe de plateau : Henri Pecqueux

Son : William-Robert Sivel - Son monophonique

Décors : Max Douy

Musique : Francis Lopez & Albert Lasry

Lyrics : André Hornez & Francis Lopez

Chansons : "Avec Son Tralala" et "Danse Avec Moi", interprétées par Suzy Delair

Genre : Drame / Policier

Production : Majestic Films

Société de distribution : Corona (à la création) - Ciné-France (de nos jours)

Pays d'Origine : France - 3 octobre 1947

Durée : 105 mn / N & B

Audio : français

Sous-titres : néant

Sous-titres pour malentendants : néant

Bonus : interview de Clouzot, Simone Renant, Suzy Delair et Bernard Blier par Armand Panigel - 1971 - "Au Cinéma Ce Soir"

Distribution :  Louis Jouvet(Inspecteur-Chef Adjoint Antoine) - Suzy Delair (Marguerite Chauffournier, dite Jenny Lamour, épouse de Maurice Martineau) - Bernard Blier (Maurice Martineau) - Simone Renant (Dora Monnier, la photographe) - Charles Dullin (Georges Brignon, homme d'affaires et pornographe) - Jeanne Fusier-Gir (Pâquerette, la dame du vestiaire à l'Eden) - Pierre Larquey (Emile Lefort, le chauffeur de taxi) - Raymond Bussières (Albert, le truand arrêté)  - Robert Dalban (Paulo, ferrailleur et braqueur)  - Claudine Dupuis (Manon, la prostituée qui tente de remonter le moral de Martineau en prison)  - Gilberte Géniat (La concierge des Martineau) - Dora Doll (Léa, la petite amie de Paulo)  - Annette Poivre (Madeleine, la standardiste)  Joëlle Bernard (Ginette, la chanteuse réaliste)  - René Blancard (Le commissaire principal de la P. J.) - Jean Daurand  (Inspecteur Picard) - Paul Demange (L'inspecteur qui arrête Albert) - Bob Ingarao & Charles Lavialle  (Deux inspecteurs) - Charles Blavette (Poitevin, l'employé) - François Joux (Officier de Police Faillard)
- Léo Lapara (Inspecteur Marchetti) - Jean Sinoël (Le vieux journaliste qui a connu Bonnot et Landru) - Henri Arius (Leopardi, auteur-compositeur marseillais) - Jacques Grétillat (Auguste, de l'Agence artistique) - Jean Dunot (Nitram, le chanteur comique qui répète) - Jean Hebey (L'excentrique dans les couloirs de l'Eden) - Gabriel Gobin (Le patron du café) - Fernand René (Mareuil, le patron de l'Eden) - Georges Pally (Poiret, le régisseur de l'Eden) - Charles Vissières (Fallourd, ancien chanteur) - Henri Niel (L'inspecteur à la dinde de Noël) - André Numès Fils (L'Inspecteur-comptable) - Franck Maurice (L'inspecteur Dietrichj) - René Lacourt (Un serveur de café) - Michel Seldow (Valtone, le prestidigitateur de l'Eden) - Jean Sylvère (L'inspecteur au sapin de Noël) - Rafaël Patorni (L'inspecteur au bistrot) - Palmyre Levasseur, Marcel Rouzé, Paul Temps, Claire Olivier, Christian Marquand, Yvonne Claudie, Edouard Francomme, Guy Rapp, Sacha Tarride (Figurants divers) - - L'Orchestre tzigane de Paul Toscano (Dans son propre rôle)


Pour certains, "Quai des Orfèvres" est le film le plus "optimiste" de Clouzot. C'est vrai que, à la fin d'un scénario riche en rebondissements (et qui n'a rien à voir avec le roman de Steeman), tout est bien qui finit bien, sauf pour le coupable et pour le personnage de Dora Monnier, à qui un Antoine/Jouvet époustouflant de vérité lance à un certain moment : "Je vous aime bien parce que vous êtes un type dans mon genre : vous n'aurez jamais de succès avec les femmes." A l'époque, même dit par une pointure comme Jouvet, il fallait oser : Clouzot l'a fait.


Pour d'autres, "Quai des Orfèvres", c'est avant tout une chanson, très coquinement interprétée par Suzy Delair : "Avec son tralala." La mélodie sert d'ailleurs de thème central au générique et contribue à donner au film un petit air de légèreté et d'aisance bohème qui réussit parfois à faire oublier le profond réalisme, le populisme (il faudra attendre bien des années avant que ce terme ne soit marqué du sceau de l'infamie par des imbéciles que je ne citerai pas ici mais que tout le monde connaît ) même et la noirceur, toujours présente chez le réalisateur, de l'ensemble.

Pour d'autre encore, qui m'agacent ceux-là profondément , "Quai des Orfèvres", c'est un Bernard Blier jeune et bien plus mince qu'à l'habitude même si, par sa morphologie, il annonce clairement qu'il appartient à l'espèce des ronds. "Oh ! Bernard Blier a été mince !" Eh ! bien, oui, bande d'andouilles : vous vous imaginiez peut-être qu'il était né tel qu'on le voit dans les films dialogués par Audiard ? On ne vous a jamais dit que le jour où les andouilles voleront justement, vous serez, pour le moins, chefs d'escadrille ? Non, jamais ? ... Eh ! bien, maintenant, c'est fait.

Enfin, pour tout cinéphile qui se respecte, "Quai des Orfèvres" est un excellent film, celui qui remit Clouzot "en selle" après le passage à vide que lui avaient imposé les donneurs de leçon de la Libération, ces "résistants de la Trente-Sixième Heure" qui lui enviaient surtout son génie. C'est aussi l'une des meilleures interprétations cinématographiques de Louis Jouvet qui déclara un jour de Clouzot : "Ce type-là, il est un peu comme Dickens." Un créateur d'univers, un créateur de personnages qu'on n'oublie pas de sitôt. Oh ! les "grands rôles", bien sûr, on cite leurs noms tout de suite : Jouvet, un Dullin qui, si brève que soit son apparition, campe un Brignon absolument répugnant et pourtant non dénué d'humour, Blier qui avait encore tout son avenir devant lui, Suzy Delair qui joue ici de manière très naturelle, peut-être parce que, finalement, il y avait en elle une fibre dramatique que "L'Assassin Habite Au 21", du même Clouzot, ne lui avait pas permis de faire jouer comme elle en joue ici, à la fois coquette, Parisienne gavroche, femme fatale et femme tout court, et bien entendu une Simone Renant superbe, toute en retenue et en nuances qui exprime, aussi clairement qu'on pouvait le faire à l'époque, son lesbianisme.

Quant aux grands "seconds rôles" ... Comment oublier Raymond Bussières, toujours prêt à la ramener dans ses personnages d'ouvrier syndiqué ou de truand décontracté ? Ou Pierre Larquey, si émouvant et si tragique dans le rôle du chauffeur de taxi qui a "chargé" Simone Renant mais, ne voulant pas la dénoncer, nie formellement reconnaître qui que ce soit lors du "tapissage" organisé par un Antoine/Jouvet qui se montre alors subtilement odieux en lui enlevant son permis de conduire qui date de ... 1910 et en ajoutant, cynique : "Vous direz ça à votre femme et à vos trois enfants" ? Et Sinoël, en vieux routard du journalisme, qui a suivi l'Affaire de la Bande à Bonnot et était aux premières loges pour le procès de Landru ? Mais si, vous connaissez Sinoël  ! Le gardien de prison qui favorise les baisers entre un Jean-Pierre Aumont sous les verrous et une Nadine Vogel amoureuse qui vient aussi lui demander des "idées"' pour Felix Chapel, dans le "Drôle de Drame" de Carné, c'est Sinoël. Et si vous aimez le cinéma français des années trente, quarante, voire cinquante, vous avez encore vu, revu et archi-revu Sinoël . C'était une époque où le nom de l'acteur, fût-il un "petit rôle", suffisait. On les reconnaissait, eux aussi. Jeanne Fusier-Gir, par exemple, la dame qui tient le vestiaire de l'"Eden", eh ! bien, c'est la mercière qui, dans "Le Corbeau" , retire sa clientèle au Dr Germain, injustement accusé ... Jeanne Fusier-Gir ? Vous êtes sûr que ça ne vous dit rien ? Mais c'est pas vrai ? Vous venez tout juste d'arrêter vos petits pots pour bébés ou quoi ? ... Croyez-moi : il est temps de vous cultiver un peu !

Je pourrais citer encore Paul Demange. Ou encore Jean Daurand. Ah ! Daurand ! Celui-là, vous le connaissez, j'en suis sûre, même si vous n'aviez que six ans dans les années soixante ! C'est l'inspecteur qui accompagne partout Raymond Souplex dans "Les Cinq Dernières Minutes." Vous n'en revenez pas ?  Eh ! bien, tant pis : c'est comme ça : vous pouvez vérifier ! Mais vous savez, être un bon, un vrai cinéphile, ce n'est pas seulement s'extasier sur tel ou tel plan de tel ou tel metteur en scène, c'est aussi prendre tellement de plaisir à l'interprétation de tel ou tel comédien, si humble soit-il, que cette interprétation, vous la gardez à jamais dans votre esprit, dans votre coeur ... et ce comédien, vous le suivez, vous le reconnaissez partout : sa voix, son allure, ses tics ...

Les dialogues de Clouzot sont d'ailleurs, comme d'habitude, cyniques, cinglants, à l'emporte-pièce et, du plus grand au plus humble, chacun a au moins une bonne réplique. A Pierre Larquey / Le chauffeur de taxi qui refuse d'aller voir les flics et à qui le patron du café reproche de ne pas être "un bon citoyen", Larquey répond, superbe de naturel : "Justement, je suis un bon citoyen parce que les flics, moins je les vois, mieux je me porte !" Et les échanges Antoine-Jouvet, toujours très calme, toujours très pince-sans-rire, avec une Suzy Delair / Jenny Lamour toujours aussi impétueuse ! Dullin n'a que quatre répliques, certes, mais le moins qu'on puisse dire, c'est que sa conception de la chasteté restera dans les annales cinématographiques. Sinoël est inénarrable quand il évoque ses souvenirs. Et Jouvet, encore lui, qui lance aux journalistes avides qui lui demandent où il va : "Aux fraises !" Comme nous sommes en pleine nuit du Réveillon de Noël et qu'il neige à gros flocons, on appréciera ...

S'il n'est pas le plus sombre des films de Clouzot et si l'on peut même lui trouver un petit air bon enfant - Suzy Delair, Francis Lopez et leurs chansons y sont pour quelque chose, c'est certain -  "Quai des Orfèvres" n'en porte pas moins la "marque" particulière (d'aucuns diront sadique") du réalisateur. On passera sur Bernard Blier, qu'il gifla lui-même pour montrer comment il fallait faire (mais tout le monde, ou presque, eut droit à sa gifle, paraît-il, pendant le tournage, à commencer par Suzy Delair), mais par contre, on s'arrêtera sur le même comédien, subissant, pour les besoins "réalistes" du Maître français, une authentique transfusion de sang, avec gros plans bien soignés. De nos jours, une fois le cathéter posé, ça va encore. Mais à l'époque ... Je vous laisse regarder la scène : c'est très instructif. affraid

On ignore si Clouzot demanda à Blier de se couper réellement les veines avec un verre de montre brisé. On espère que non et que les mauvaises langues ont, une fois de plus, exagéré.

Oui, alors, nous avons oublié l'intrigue. A peu près autant que Clouzot avait oublié celle, originelle, de "Légitime Défense" - livre qui, il faut le préciser, fut réédité par la suite sous le titre du film. (On pouvait même se le procurer en poche.) Disons, très brièvement, que Maurice Martineau a épousé, contre l'avis de sa famille - c'est un fils de bourgeois - la jolie et sémillante Marguerite Chauffourier, Jenny Lamour de son nom d'artiste. Le monde artistique étant ce qu'il est, Jenny a tendance à flirter, à coqueter ... Mais Maurice ne comprend pas : Maurice est jaloux. Et la coupe déborde quand Jenny accepte de déjeuner, en cabinet privé, avec l'immonde pornographe Brignon. En cette occasion, Maurice formule très clairement des menaces de mort à l'endroit du riche homme d'affaires et forcément, quand celui-ci est retrouvé mort, le malheureux se retrouve dans la liste des suspects.

Alors que c'est sa femme qui a tué le vieillard. En tous cas, elle en est persuadée.

Comme Dora, la photographe, aime Jenny sans espoir, elle est prête, de son côté, à s'accuser auprès d'Antoine/Jouvet, lequel, une fois tous ces aveux obtenus, demande simplement à ce petit trio d'arrêter de dire des bêtises parce que, contrairement à ce que tous trois s'imaginent, la victime est décédée d'un coup de revolver ... et non d'un coup de bouteille de champagne sur le crâne.

Mais alors, qui est le (ou la) coupable ? ...

Vous voyez, c'est très simple : une espèce de petit ballet tragi-comique, avec de grands moments éminemment réalistes, des personnages plus vrais que nature (l'expression fait peut-être cliché mais il n'y en a pas d'autre), une réalisation menée d'une main d'acier et des dialogues ... des dialogues comme on souhaiterait en entendre un peu plus dans le cinéma français actuel. Avant tout, donc, des dialogues intelligents et qui ne tournent pas autour du nombril d'un dialoguiste ravi et complètement narcissique.

Allez vous repasser "Quai des Orfèvres" de Clouzot : vous comprendrez mieux ce que je veux dire et vous m'en direz des nouvelles.  Wink

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