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La Charrette Fantôme - Julien Duvivier

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Masques de Venise
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MessageSujet: La Charrette Fantôme - Julien Duvivier   Lun 8 Juin - 19:53



Titre original : La Charrette Fantôme

Réalisateur : Julien Duvivier

Assisant-Réalisateur : Pierre Duvivier

Scénario & Adaptation : Julien Duvivier, d'après le roman de Selma Lagerlöf intitulé "Le Charretier de la Mort"

Dialogues : Alexandre Arnoux

Images : Jules Krüger, assisté de Lucien Joulin

Script-girl : Madeleine Lefèvre

Montage : Jean Feyle, assisté de L. Bognart

Photographe de plateau : Henri Pecqueux

Son : Michel Courmes

Décors : Jacques Krauss & André Trébuchet

Maquillage : Tourjanski

Musique : Jacques Ibert

Régisseur général : Demasure

Régisseur ensemblier : Klein

Genre : Drame fantastique

Directeur de Production : Jean Lévy-Strauss

Production : Transcontinental Films - Columbia Pictures (France)

Pays d'Origine : France - 14 février 1940 même si le film, réalisé en 1938, avait été sélectionné pour la première édition du Festival de Cannes, en 39 - édition qui mourut à peine née

Durée : 93 mn / N & B

Audio : français

Sous-titres : néant

Sous-titres pour malentendants : néant

Distribution : Pierre Fresnay (David Holm) - Louis Jouvet (Georges, dit "l'Etudiant", son ami) - Micheline Francey (Soeur Edith, de l'Armée du Salut) - Marie Bell (Maria Holm) - Ariane Borg (Suzanne) - Marie-Hélène Dasté (La prostituée) - Andrée Méry (La vieille repentie) - Mila Parély (Anna)  - Valentine Tessier (La capitaine Anderson)  - Madame Lherbay (La vieille femme qui meurt)  - Génia Vaury & Suzanne Morlot (Deux salutistes) - Robert Le Vigan (Le père Martin, ancien médecin)  - René Génin (Le Père Eternel)  Alexandre Rignault (L'assassin de Georges)  - Pierre Palau (M. Benoît, salutiste) - Jean Mercanton (Pierre Holm) - Henri Nassiet (Gustave, qui devient salutiste par amour pour Soeur Edith) - Philippe Richard (Le patron du cabaret) - Georges Mauloy (Le pasteur) - Jean Joffre (Le Gardien de prison)
- Marcel Pérès, Edouard Francomme, Frédéric O'Brady (Trois clients du cabaret) - Jean Claudio, Michel François, Jean Buquet (Les enfants de David Holm) - Jean Sylvain, Jean Paredès et Eugène Yvernès (Trois salutistes) - Marguerite de Morlaye (La riche bourgeoise à qui Georges demande de l'argent) - Lucie Kieffer (Une prostituée) - Marcel Chabrier (Un figurant)


Ah ! Julien Duvivier ! J'en vois déjà qui font la grimace ... Par ignorance sans doute. Ou alors ils confondent avec quelqu'un d'autre. Parce que "Pépé le Moko", avec Gabin et cet interminable escalier qui descend vers la casbah d'Alger et mène le héros droit à la Mort, le désenchanté "Un Carnet de Bal" et bien entendu "La Belle Equipe", film pour lequel on créa une seconde fin parce que la première était jugée trop noire, tout ça, c'est Duvivier. Alors, la mémoire vous revient ? Non ?  Et si j'ajoute, après-guerre, "Panique", l'adaptation noircissime des "Fiançailles de M. Hire" de Georges Simenon ? Toujours rien ?  Ne me dites pas que "Marie-Octobre", ce titre-là au moins, avec Danielle Darrieux, Paul Meurisse, Reggiani et tant d'autres, vous laisse aussi indifférent ? Et "Voici le temps des assassins", avec la toute jeune Danièle Delorme ?

Eh ! bien, ce n'est pas grave.  Nous reverrons nos classiques. Au besoin, nous les découvrirons. Cette rubrique est faite pour ça, pas vrai ?

Chez Duvivier, cinéaste qui ne brille ni par son optimisme, ni par sa joie de vivre - il sera pourtant le réalisateur des deux premiers "Don Camillo", mais oui ! Wink - "La Charrette Fantôme" se singularise par son atmosphère qui frôle l'abîme toujours très controversé des bons sentiments (l'argument central, c'est l'amour d'une jeune salutiste, Soeur Edith / Micheline Francey, envers un ivrogne qui se veut athée, mauvais en tout et irrémédiablement irrécupérable, David Holm / Pierre Fresnay. Elle parvient à le remettre dans le droit chemin  mais elle meurt de tuberculose - et bien sûr, chaste et pure) mais qui enveloppe aussi l'ensemble d'une atmosphère fantastique tout à fait originale, peut-être parce que Duvivier avait vu le film éponyme de Victor Sjöström, tourné par ce dernier en 1920.

L'histoire du Charretier de la Mort est très connue dans les milieux scandinaves ... et celtes. Sous les glaces nordiques ou dans les brumes qui viennent de l'Atlantique, l'une des variantes de la légende veut que celui (ou celle) qui meurt au dernier coup de minuit, le 31 décembre, devienne le Charretier pour l'année nouvelle. (Dans l'autre version, le Charretier est toujours le même.) L'apparence et le nombre des chevaux tirant la fameuse charrette sont aussi sujets à variations mais la seule chose sur laquelle tout le monde s'entend, c'est que ladite charrette fait un bruit infernal et que quiconque l'entend est sûr de mourir dans les prochains jours.

Cette légende, Georges / Louis Jouvet, un clochard surnommé "l'Etudiant" par tous les autres parce que, incontestablement, il a fait des études et appartient par la naissance à un certain milieu, en a souvent entendu parler. Et, chose assez peu compréhensible, cet homme qui ne croit ni en Dieu ni en Diable , cet homme qui, en pleine connaissance de cause, a entraîné dans l'alcool un David Holm / Pierre Fresnay aigri par l'idée que sa santé lui interdisait à l'avenir son métier de souffleur de verre, cet homme a une peur obsessionnelle de mourir au dernier coup de minuit, un 31 décembre, et de devenir, à son tour et pour un an, le Charretier de la Mort.

... Bon, vous l'avez compris : c'est ce qui va arriver . Je vous passe les détails parce ce qu'il y a pas mal de bagarres, de soupes distribuées par l'Armée du Salut et de cantiques, sans oublier une neige que, en Bretagne, nous n'hésiterions pas à qualifier de "torrentielle."

Exit alors Georges / Louis Jouvet, et pour un assez long moment. La scène est laissée tout entière à un Pierre Fresnay magistral qui prouve que, du Marius de Pagnol à l'un des "Vieux de la Vieille" de René Fallet, sans oublier le froid et glacial - en tous cas en apparence - Dr Germain du "Corbeau" et l'élégant M. Wens de "L'Assassin Habite Au 21", sans oublier non plus le malheureux Brissot, devenu la proie du démon dans "La Main du Diable", il pouvait absolument tout jouer et sur tous les registres . A ses côtés, une Micheline Francey émouvante, radieuse mais qui n'appuie pas sur le côté "sainte" de son personnage, ce qui, à notre avis, n'a pas dû être facile. Un clochard qui a toujours le droit d'exercer sous le nom de Dr Martin, interprété, comme toujours génialement, par Robert Le Vigan, vient les rejoindre, le temps de confirmer à Soeur Edith / Micheline Francey qu'elle n'en a plus pour longtemps. Des tas de choses se passent, Fresnay boit de plus en plus, brutalise sa femme et ses enfants, finit en prison, en sort pour trouver sa femme envolée avec les petits, boit de plus belle, brutalise cette fois la pauvre Soeur Edith ...

Et puis, et puis, que voulez-vous, avec tout ça, un an, c'est vite passé et, fatalement, le 31 décembre s'amène, comme il en a l'habitude après chaque solstice d'hiver. David Holm, qui traîne toujours sous les ponts, reçoit un mauvais coup et décède au dernier coup de minuit.

Réapparaît alors Georges / Jouvet mais, contrairement à David, qui n'a vraiment pas profité de l'année passée pour tirer des leçons de ses errements, notre Charretier de la Mort a beaucoup progressé. Un peu comme dans "Un Conte de Noël" de Dickens, Georges permet à David d'assister à la mort d'Edith et, à celle-ci, de voir à ses derniers instants celui à qui elle avait donné rendez-vous, l'année précédente, justement pour le 31 décembre suivant. Bien sûr, David répugne à endosser la charge de Charretier de la Mort. Mais Georges y a pensé et, par amitié pour lui et aussi parce qu'il se sent toujours responsable de l'avoir entraîné dans l'alcool, accepte de reprendre le joug pour un an encore. Au passage, il ramène l'âme de David au bercail, c'est-à-dire dans son corps mortel, mais sous condition tacite qu'il fasse ses preuves dans l'année. Sinon, tout sera à recommencer.

Présenté comme ça, on se dit : "Quel mélo !" Mais quand on voit le film ...  drunken drunken

D'abord, il y a un Jouvet aussi crédible en clochard athée et méprisant qu'en Charretier de la Mort qui a compris bien des choses. Ensuite, Fresnay parvient à se maintenir avec grâce sur le fil de ses délires d'ivrognerie et de violence, ne tombant jamais dans l'excès (ce qui ne veut pas dire qu'il ne le frôle pas parfois) et révélant un personnage attachant mais dont le caractère buté et surtout orgueilleux n'en finit pas de lui jouer de bien tristes tours. Vient ensuite une Micheline Francey qui, elle non plus, nous l'avons déjà dit, ne force pas : tout est dans la nuance et Duvivier, c'était clair, voulait de la simplicité, du naturel. Quant aux seconds rôles de l'époque - enfin, Marie Bell, qui joue la femme de Holm, était tout de même une vedette - nous commençons à les connaître. Robert Le Vigan, avec cette pointe de folie et de génie que la pellicule, où qu'il soit et quoi qu'il fasse, révèle toujours en lui ; René Génin, avec sa bouille épanouie et sa naïveté bon enfant qui fait qu'il sera, dans "L'Assassin Habite Au 21", la première victime de M. Durand que découvrira le spectateur ; Palau - oui, l'immonde petit "homme noir" de "La Main du Diable"  :rigoltourne: - ici en salutiste boute-en-train de première main ; Alexandre Rignault, avec sa gueule de brute qui lui valut presque toujours ou des rôles d'assassins, ou des rôles de ... brutes : eux aussi jouent avec mille nuances afin de démontrer que, contrairement à ce qu'il se passerait dans un vrai mélo, le Bien et le Mal ne sont jamais séparés mais toujours entrelacés au sein de l'être humain. Seulement, parfois, il arrive que l'enlacement soit plus passionné ou, au contraire, plus mou ...

Quant aux scènes de la charrette fantôme, ces surimpressions qui rappellent à la fois Méliès et effectivement le film de Sjöström, avec la bande-sonore qui va avec, il s'agit, à mon sens - mais il est peut-être faussé car tout le monde sait combien j'aime le fantastique et les différentes façons de le restituer, que ce soit dans un livre, dans un film, ou dans une toile Laughing - des scènes les plus marquantes. Surtout si l'on tient compte des moyens techniques de l'époque. Oh ! aujourd'hui, vous auriez une charrette fantôme plus délabrée que nature, avec tous ses détails piqués au petit point ! Et vous auriez la couleur, bien sûr ! Et je ne dis rien de tous les effets spéciaux que pourraient en tirer les laboratoires spécialisés !

... Mais vous n'auriez pas cette poésie, cette étrangeté, ce mystère, cette oppression subtile que Duvivier, Jules Krüger et ses assistants (car il en eut deux, je crois et non un seul comme ci-dessus rapporté) sont parvenus à créer plus en suggérant qu'en montrant. En effet, on n'aperçoit la charrette en son entier qu'une seule fois, et encore pas en gros plan. Duvivier se focalise sur les roues, des roues énormes, comme surélevées, qui passent et repassent devant nous tandis que les protagonistes affolés du film se contentent de les entendre - sauf Fresnay à la fin. Comme tant d'autres, Duvivier avait retenu les leçons du cinéma allemand des années vingt. Mais il y mêle ces brumes, cette douceur impalpable, cet onirisme qui vient, de façon générale, du muet aussi bien européen qu'américain et dont Fritz Lang avait donné une version aussi curieuse que déstabilisante dans son "Liliom" de 1934, film français dont Charles Boyer et Madeleine Ozeray étaient les vedettes (et dont nous reparlerons sans doute).

Assez mal accueilli à sa sortie - il est vrai que les Français avaient autre chose à penser et que le thème du film n'est pas des plus réjouissants - "La Charrette Fantôme" mérite d'être découvert ou redécouvert. Personnellement, je ne l'avais jusqu'ici jamais vu qu'au ciné-club - celui de la Troisième chaîne, il me semble, ou alors chez Claude-Jean Philippe. Et il me tardait de le revoir. Je n'ai pas été déçue. Et c'est pour cela que je vous conseille vivement de vous faire votre propre idée sur la question en le visionnant au moins une fois. Evidemment, il faut aimer un peu le fantastique, être capable de replacer un scénario et son film dans le contexte de leur époque, apprécier les numéros d'acteurs et avoir conscience que le cinéma ne se borne pas aux Etats-Unis d'Amérique.

Le cinéma est universel. Et il y a mieux. Ce ne sont pas les Ricains qui l'ont inventé, non : ce sont deux ingénieurs français, les frères Louis et Auguste Lumière. Quant à tous ces beaux trucages qui devaient donner naissance, bien plus tard, à ces "effets spéciaux" que nous admirons tant, eh ! bien, c'est encore à un Français qu'on les doit. Il s'appelait Georges Méliès et il les découvrit, par hasard. Il avait ses studios à Montreuil, près de Paris.

Charles Trenet chantait jadis : "Moi, j'aime le music-hall ..." et il évoquait là un art lui aussi universel. Eh ! bien, moi, je chanterais bien : "Moi, j'aime le cinéma ..." Avec les livres, en ce monde, c'est lui qui m'a offert le plus, comme ça, sans que je lui demande rien, en passant par la petite lucarne magique qu'est la télévision et qui, elle aussi, jadis, m'a beaucoup donné. lol!

Alors, il fallait bien que je lui dédie une rubrique où je n'évoque pas que les derniers succès du box-office américain et les derniers flops lamentables de l'actuel cinéma français - une rubrique où l'on parle vraiment ciné-club, en somme  ...  

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