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Margin Call - J. C. Chandor

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Masques de Venise
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MessageSujet: Margin Call - J. C. Chandor   Ven 12 Juin - 20:09



Titre original : Margin Call

Titre français : Margin Call (ou Marge de Manoeuvre, au Québec)

Réalisateur : J. C. Chandor (Jeffrey McDonald Chandor)

Scénario : J. C. Chandor

Direction artistique : John Paino

Photographie : Frank G. DeMarco

Montage : Pete Beaudreau

Costumes : Caroline Duncan

Décors : Robert Covelman

Musique : Nathan Larson

Genre : Drame

Production : Robert Ogden Barnum, Michael Benayora, Neal Dodson, Joe Jenckes, Corey Moosa & Zachary Quinto

Sociétés de production : Before The Door Pictures, Benayora Pictures, Margin Call, Sakonnet Capital Partners & Washington Square Films

Sociétés de distribution : Roadside Attractions (USA) - ARP Sélection (France)

Pays d'Origine : USA - 25 janvier 2011 au Festival de Sundance, puis le 21 octobre 2011 pour la sortie nationale

Sortie en France : 2 mai 2012

Durée : 109 mn / Couleur - Son Dolby Numérique - 35 mm

Audio : anglais, français

Sous-titres : français

Sous-titres pour malentendants : français

Société de Doublage Pour La Version Française : Cinéphase

Directeur artistique : Régis Reuilhac

Distribution : Kevin Spacey (Sam Rogers) - Paul Bettany (Will Emerson) - Jeremy Irons (John Tuld) - Zachary Quinto (Peter Sullivan) - Penn Badgley (Seth Bregman) - Simon Baker (Jared Cohen) - Demi Moore (Sarah Robertson) - Stanley Tucci (Eric Dale)  - Aasif Mandvi (Ramesh Shah)  - Ashley Williams (Heather Burke)  - Susan Blackwell (Lauren Bratberg) - Peter Y. Kim (Timothy Singh)



Il faut signaler que "Margin Call", premier long métrage du réalisateur J. C. Chandor, a tout de même reçu le Prix Robert Altman 2012 et le Premier Prix du 4ème Festival du Film Policier à Beaune, en France. C'est dire que, malgré un tout petit budget, 3 500 000 dollars seulement et des comédiens qui ne sont pas tous connus en France et / ou en Europe, ce film, inspiré de l'effondrement de Lehman Brothers (ce n'est pas un hasard si le PDG de la boîte, interprété par Jeremy Irons, s'appelle John Tuld : le CEO de Lehmann Brothers se nommait pour sa part Richard Fuld), est une vraie réussite.

Peut-être d'ailleurs parce que Chandor a misé sur la réapparition de l'humain chez tous ces traders et directeurs et directeurs de directeurs. Pari difficile car la profession n'est plus en odeur de sainteté, loin de là. N'empêche que, au-delà du cynisme de mise dans ce milieu des finances, la plupart des personnages, devant la catastrophe qui s'annonce non seulement pour eux mais aussi pour des épargnants bien plus modestes, se sentent mal, très mal. Sam Rogers, superbement interprété par Kevin Spacey, garde son sang-froid mais, bien que voulant, comme il le dit, "rester fidèle à la compagnie", n'hésite pas à manifester nettement son opposition à l'idée de vendre tous ces actifs qui vont conduire l'entreprise à la faillite. Paul Bettany / Will Emerson, Zachary Quinto (également producteur) / Peter Sullivan, Stanley Tucci, une fois de plus épatant dans son rôle de faux cynique blasé d'Eric Dale, et même Demi Moore / Sarah Robertson, à partir du moment où, bien qu'elle ait été l'une des premières à mettre les Hautes Instances en garde, comprend qu'on va la licencier parce qu'il faut bien un bouc-émissaire, tous finissent par retirer leurs cravates, desserrer leurs cols de chemises et défaire leur chignon sévère (pour Demi Moore, seule femme d'affaires du groupe) afin de se rappeler en paix non seulement qu'ils sont humains mais que, dehors, dans l'immense New-York endormi et plus loin encore, dans toutes les bourses du monde, dès le lendemain, 9 h, leur Compagnie va déchaîner une véritable catastrophe. Oh ! pas tout de suite ! Mais pour midi, tout le monde saura. Et, pour midi, combien se seront suicidés ? 

Seuls dans l'arène à brandir haut et sans vergogne le drapeau du Requinisme financier : Jeremy Irons / Tuld et, plus encore, Simon Baker (mais si, c'est le même que dans "The Mentalist" ) / Cohen. Si Irons / Tuld sait encore faire preuve d'un certain humour qui rappelle qu'il a été humain, Baker / Cohen, lui, demeure froid, sans états d'âme, impeccable dans sa belle chemise blanche et son costume Armani (ou quelque chose comme ça) : il a sauvé sa place, n'est-ce pas ce qui compte ? Que les autres crèvent, ce n'est pas son affaire, même s'il est mouillé jusqu'au cou dans la faillite. Du moment qu'on ne peut rien retenir contre lui ...

C'est un film lent mais passionnant, qui permet aux spectateurs que nous sommes de mieux comprendre l'envers du décor financier. Tuld lui-même demande à Rogers : "Ecoutez, expliquez-moi tout ça en termes clairs. Si je me trouve à la tête de ce consortium, ce n'est pas précisément parce que je m'y connais en chiffres !" Le plus extraordinaire, c'est que nous finissons par comprendre que, dans les transactions des banques, avec les moyens technologiques actuels ... l'argent n'existe pas. Ou alors il peut être là - ou plutôt - paraître là à un certain moment et puis, abracadabra ! deux secondes plus tard, il est ailleurs - ou nulle part. L'argent, c'est le mensonge (on le sait bien depuis Faust & tutti quanti) mais les financiers américains ont mené le procédé à un si haut degré qu'on en arrive à dépasser le diabolique :talkingdevil: . Vous me direz que les financiers asiatiques n'ont pas fait mieux et c'est vrai. N'empêche que les traders et le monde de la finance sont de plus en plus sujets au vertige. Si cette affection ne touchait qu'eux, ce ne serait pas trop grave mais elle s'étend aussi aux épargnants modestes, voire très petits, à qui les merveilles de l'Internet ont fait croire également au mirage Sniffsniff .

Mais Simon Baker / Jared Cohen - à moins que ce ne soit Irons / Tuld - n'affirme-t-il pas cyniquement : "Personne ne les a poussés. Ils ont joué, ils ont perdu. Ils sont comme nous : ils veulent un maximum d'argent. Ca ne marche pas à tous les coups."

Soit. Mais même licenciés, les employés de la Compagnie s'en iront avec des parachutes - certains plus gros que d'autres, c'est vrai. Tandis que l'épargnant moyen, lui ...

On reste fasciné par la désinvolture et la facilité  avec lesquelles Lehmann Brothers - puisque c'est bien de cette banque que l'on parle ici à mots pas si couverts que ça - a joué avec son personnel et ses clients. Ses pontes ont tout simplement déclenché aux USA une crise sans précédents avant d'expédier leur infernale création d'apprentis-sorciers sur le Vieux Continent et un peu partout dans le monde. Puis ils s'en sont lavé les mains, comme une bande de Ponce Pilate au petit pied et  ... ils sont partis recommencer ailleurs.

Un excellent film, qui fait augurer le meilleur de son réalisateur. Il est vrai qu'il est ici servi par une cuvée de grands comédiens, qu'ils soient hyperconnus - comme Kevin Spacey ou Jeremy Irons - ou un peu moins (comme Stanley Tucci). Un scénario captivant, patient et ... clair - curieux à dire pour un film sur la haute finance mais oui, le scénario appelle un chat un chat et parvient aussi à provoquer chez le spectateur une réceptivité qui lui évite de juger : il se contente d'observer, d'essayer de comprendre, de décortiquer les personnalités qui se dévoilent et, s'il ne sympathise pas peut-être avec toutes, en tous cas, son empathie s'éveille.

"Margin Call" : l'un de ces bons films, sérieux et précieux, que les Etats-Unis savent encore nous expédier, depuis l'autre côté de l'Atlantique. Pas un seul effet spécial mais une interprétation de tout premier ordre et un scénario qui fait entrer le spectateur dans l'univers dépeint, lequel n'est pourtant pas très simple à appréhender. Bref, un film qui vous réconcilie avec le cinéma américain actuel. A regarder et à re-regarder. Surtout si vous aimez les sujets de ce genre. Et n'oubliez pas de suivre J. C. Chandor : après tout, il serait bon que revienne, aux USA, l'ère des grands cinéastes, ceux qui avaient le "don." Qui sait ? En voilà peut-être un ?

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