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La Chanson de Roland

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Masques de Venise
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MessageSujet: La Chanson de Roland   Sam 13 Juin - 17:39

"La Chanson de Roland", dont vous pourrez trouver de très nombreux extraits sur le post de Lydia, dans la rubrique "Littérature Médiévale" , est sans conteste la plus ancienne et la plus belle de nos chansons de geste. On la date volontiers du XIIème siècle mais on n'a pu en prendre vraiment connaissance qu'en 1837, avec la publication du "Manuscrit d'Oxford", ouvrage dont la conception remonte à 1170 environ.

Sur un plan strictement technique, "La Chanson de Roland", ce sont 4 002 décasyllabes répartis en 291 laisses (ou strophes) inégales, le tout rédigé en dialecte anglo-normand. Selon certaines hypothèses, le texte original aurait pu être écrit dans autre dialecte et transposé, par la suite, en anglo-normand. Mais il n'existe aucune preuve véritable appuyant cette thèse.

"La Chanson de Roland", c'est aussi un événement historique réel mais en fait de peu d'importance. On ne sait trop pourquoi il a frappé l'imagination des poètes mais une constatation s'impose : ce fut le coup de massue , après lequel les versificateurs virent tant d'étoiles qu'ils en remplirent un maximum de feuilles de parchemin, enjolivant les événements avec ce délice sans pareil que seuls connaissent ceux qui écrivent drunken drunken .

Côté faits purs et durs, il est d'usage de s'en tenir à la "Vita Caroli", la première biographie connue de Charlemagne, rédigée par Eginhard (ou Einhard), par ailleurs connu pour être l'un des initiateurs de l'oeuvre scolaire et de la renaissance intellectuelle qui marque le IXème siècle. Or donc, le jeune Charles, roi des Francs et alors âgé de trente-six ans, s'était allié à certaines tribus arabes qui, selon l'habitude des Maures de l'époque (tradition semble-t-il pieusement conservée à travers les siècles par leurs descendants et ceci, jusqu'à nos jours nucléaires ) étaient fort occupés à guerroyer contre des Arabo-musulmans rivaux. C'est donc pour aider certains chefs maures que, au printemps 778, Charlemagne franchit les Pyrénées. Il soumit Pampelune, pourtant ville chrétienne, et planta ses tentes devant Saragosse pour un siège qu'il imaginait assez long. Mais ne voilà-t-il pas que les Saxons, toujours perfides Mr. Green , profitent de son absence pour attaquer son royaume où se lève également une révolte en Aquitaine. Voilà Charles bien ennuyé et contraint de lever le siège de Saragosse. Sur le chemin du retour, il rase Pampelune (ce dont il aurait pu s'abstenir down ) et, avec ses troupes, s'engage à nouveau dans les défilés et les cols des Pyrénées. C'est dans l'un de ces défilés que, le 15 août 778, son arrière-garde se fait surprendre par des montagnards basques - et donc chrétiens eux aussi. Massacre et pillage s'ensuivent et les Basques détalent au plus vite, en toute impunité. Parmi les victimes les plus notables, on relève le nom de Roland, comte de la marche de Bretagne.

Point barre. En principe, les jeux sont joués, les dés jetés et l'Histoire s'arrête là. C'était sans compter sans la Poésie.

Il faudra trois siècles aux différents poètes et versificateurs que fascine curieusement ce qui reste pourtant une défaite des Francs, pour retrousser leurs manches et aiguiser leurs plumes. Sans vergogne aucune, ils reprennent un matériau certes historique mais qui manque pas mal de gloire et de panache et ils entreprennent d'y transformer tout ce qui ne leur plaît pas. Du coup, Roland le Preux y devient le propre neveu d'un Charlemagne désormais âgé de deux-cents ans (et quand j'écris "deux-cents", c'est "deux-cents"  ), et apparaît à ses côtés un personnage que l'Histoire, elle, ne connaît en rien  : Olivier, son ami le plus proche et son compagnon d'armes. L'expédition christiano-mauresque contre d'autres Maures se mue en une très sainte Croisade, qui dure d'ailleurs depuis déjà sept ans. Les montagnards basques s'éclipsent au profit d'une armée de 400 000 cavaliers sarrasins et, si ceux-ci triomphent, c'est grâce à la trahison du propre beau-père de Roland, Ganelon. Mais pour les Maures, ce n'est que partie remise : furieux, Charlemagne fait demi-tour et écrase littéralement leur armée. Comme il se doit, l'infâme Ganelon est puni.

On aura beau dire, mais ça vous a quand même un peu plus d'allure, non ? thumleft

Par la magie de leur imagination, les poètes ont fait, d'un simple combat d'arrière-garde du VIIIème siècle, une véritable épopée qui exalte les sentiments des Français des XIème et XIIème siècles : une foi sans partage, enthousiaste, absolue, tout d'abord ; puis, l'amour des combats épiques et des exploits chevaleresques, le tout sur fond d'honneur féodal. Plus important encore, s'esquisse ici, l'"amour de la Doulce France." Embryonnaire peut-être mais bien réel, le sentiment national est là et nul ne pourra plus faire comme s'il n'existait pas. Oh ! certains s'y essaieront dans les siècles qui suivront, on le déclarera même mort mainte et mainte fois ... mais toujours, il renaîtra, plus fort et comme enrichi par les coups que ses ennemis et contempteurs lui auront portés.

Mais revenons-en à notre "Chanson de Roland" et cherchons à comprendre cette transmutation du fer sanglant de l'Histoire en l'or fulgurant de l'Epopée.

Nota Bene : Cf. aussi nos ébauches ici et ici.

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Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

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Dernière édition par Masques de Venise le Sam 13 Juin - 19:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Chanson de Roland   Sam 13 Juin - 18:34

Eh ! bien, sur cette question, deux écoles s'affrontent.  Confused

La première nous a donné la "théorie des Cantilènes." Elle fut très en faveur au milieu du XIXème siècle grâce, en particulier, au médiéviste et philologue romaniste français Gaston Paris.  Elle se fondait sur des idées très générales quant à la manière dont s'étaient formées les épopées. Nombre de ces idées avaient été développées par nos amis allemands, entre autres par le philologue Friedrich August Wolf, le premier à avancer que "L'Iliade" et "L'Odyssée" étaient une compilation de divers poèmes. En d'autres termes, à l'origine de toute épopée, à quelque civilisation qu'elle appartienne, se trouverait une floraison de courts poèmes antérieurs, imaginés sur le vif par l'âme populaire, dans l'émotion créée aussi bien par les victoires que par les défaites. Evidemment, dans ces poèmes, la réalité aurait déjà subi une distorsion, un nid parfait pour la légende et le mythe. Par la suite, d'authentiques poètes professionnels auraient tenté de rassembler et surtout d'organiser ces fragments spontanés pour les fondre dans une grande oeuvre marquée par l'élégance, la puissance et la cohérence.

Ainsi, sous Charlemagne, ce seraient ses propres soldats qui, au gré de leurs batailles, auraient imaginé des poésies rudes et assez mal dégrossies sans doute, mais qui exaltaient déjà la vaillance et les hauts faits de tel ou tel bras droit de l'Empereur. Transmis oralement de l'un à l'autre et de champ de bataille en ville apaisée, ces poèmes primitifs connaissent eux-mêmes certaines mutations pour ainsi dire incontrôlables : la trahison d'un Ganelon imaginaire et l'attaque des Sarrasins valent tout de même bien mieux qu'un troupeau de Basques chrétiens s'en prenant à l'arrière-garde d'une armée elle aussi chrétienne.

Enfin, vient le temps des jongleurs. Ceux-là sont des poètes de métier et ce sont eux qui vont rattacher ces histoires l'une à l'autre, leur donner un axe central et les ordonner en un plan bien défini. Cahin-caha, nous avons atteint la fin du XIème et le tout début du XIIème siècle : l'Epopée émerge lentement des ondes de la Poésie, avec pour marraines Clio et Erato.

Belle et même exquise théorie. Elle n'a qu'un seul défaut : tout n'y est qu'hypothèses car, hélas ! nous n'avons conservé aucune preuve tangible de ces textes et fragments divers qui auraient non seulement précédé l'Epopée elle-même mais encore auraient présidé à sa naissance ... Certes, il y a bien les Cantilènes dont Charlemagne, dit-on, était assez friand - il en aurait même composé certaines What the fuck ?!? . Mais celles qui nous ont été conservées, qu'il s'agisse de la Cantilène de Saint-Faron ou de la Cantilène de Sainte-Eulalie forment un tout. Peut-être ces quelques textes ont-il pu inspirer certaines chansons de geste mais cela reste à prouver ...

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MessageSujet: Re: La Chanson de Roland   Sam 13 Juin - 19:31

La seconde théorie, dite "théorie des Légendes Epiques", nous la devons à un autre philologue romaniste français (d'origine bretonne, d'ailleurs ) : Joseph Bédier. En parallèle, il enseigna  la littérature française du Moyen-Âge et nous offrit, en 1921, une traduction, en français moderne, de notre "Chanson de Roland." Dix ans plus tôt à peu près, Bédier avait attiré l'attention des spécialistes sur un fait qu'il trouvait curieux - et prometteur - à savoir le rapport, apparemment étroit, entre beaucoup de lieux cités dans les Chansons de geste et les étapes des grands pèlerinages qui attiraient les fidèles du XIème siècle : de Paris à St-Jacques-de-Compostelle, de Paris à Rome, de Paris à Jérusalem ...

Poursuivant son raisonnement, Bédier suppose alors que, dans les abbayes et les divers sanctuaires qui leur donnaient asile au cours de leur long et rude périple, lesdits pèlerins tombaient tout naturellement sur les souvenirs des héros des siècles passés. VIIIème, IXème, Xème siècles : tous revivaient devant eux avec leurs sarcophages hautains, leurs bas-reliefs parfois bien érodés, leurs inscriptions mystérieuses ou énigmatiques, leurs vies de saints et de saintes en latin. Dans cette version, ce sont les moines et les clercs qui enjolivent tous ces précieux souvenirs, pour le plus grand plaisir de leurs hôtes de passage, aussi naïfs qu'émerveillés. Ainsi, les frères n'hésitent pas, après moult réticences Mr. Green , à exhiber des reliques prétendues saintes mais trop souvent forgées hélas ! de toutes pièces afin de piquer la curiosité et de susciter la vénération. Ayant repris leur route, c'est au tour des pèlerins éblouis de s'exalter sur les merveilles qu'ils ont vues, poussant ainsi certaines personnes qu'ils croisent à aller constater de visu ou à répéter après eux les récits qu'ils leur font avec un enthousiasme sincère. Et de leur côté, l'imagination humaine étant ce qu'elle est, l'on peut penser qu'ils rajoutent eux-mêmes un petit détail par-ci, un petit fait par-là, quand ils n'incluent pas tout simplement dans leur histoire, consciemment ou non, une affirmation ou une brève tirade qu'ils ont entendues lors d'un autre pèlerinage.

C'est dans ce milieu de pélerinage et de sainteté que, selon Joseph Bédier et ses partisans, se forme, au XIème siècle, le matériau épique qui va donner naissance à la Chanson de geste.

En regardant bien (et sans jeu de mots stupide ), la théorie tient assez bien la route. Avant 1100 par exemple, sur la route qui va de Blaye à Compostelle, on parle déjà de Charlemagne comme d'un héros et de Roland, comme d'un martyr. A Blaye, les pèlerins et les guerriers qui vont se battre en Espagne vont s'agenouiller sur la tombe de Roland. Quant au célèbre olifant du preux, nul n'ignore qu'il fut pieusement recueilli par la communauté de Saint-Seurin de Bordeaux, où peut le voir qui le demande. A Ronceveaux, ce n'est sans doute pas comme à Lourdes de nos jours  mais enfin, l'on peut songer, sans se montrer trop mauvaises langues, que les moines s'attachent à entretenir, voire à susciter légendes et traditions. Peu à peu, dans l'imagination enfiévrée de tous ces gens dont beaucoup sont des Croisés, Roland et ses compagnons se transforment en chevaliers du XIIème siècle, leurs frères en l'honneur féodal et en la guerre aux infidèles. L'ancien allié de quelques Maures qui se battaient contre d'autres Arabes, Charlemagne, devient le soldat de Dieu, parfaitement conscient de la mission héroïque dévolue à son Empire - à la France. Et les histoires et les légendes de trottiner et de courir ainsi jusqu'à ce qu'un ou plusieurs poètes les arrêtent pour les rassembler, les ordonner et façonner en un seul texte ce poème épique de génie qu'est "La Chanson de Roland".

En résumé, pour Joseph Bédier, au commencement était non le Verbe mais "la Route", où naissent, vont, viennent et s'en reviennent traditions et légendes qui seront exploitées par les poètes professionnels des XIème et XIIème siècles.

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MessageSujet: Re: La Chanson de Roland   Dim 14 Juin - 19:04

Evidemment, la théorie de Joseph Bédier semble des plus séduisantes. Hélas pour elle, le médiéviste Albert Pauphilet, à qui ses activités dans la Résistance vaudront de graves ennuis pendant l'Occupation, démontre, dès 1933, que, avant 1100, date probable de la création de la Chanson de Roland, les sanctuaires paraissent totalement indifférents à tout ce qui s'attache au preux Roland, à Ronceveaux ... et même à Charles le Grand : en tous les cas, ils n'en parlent pas et on n'y rencontre guère d'inscriptions, de transis, de gisants ou de bas-reliefs allant dans le sens de l'Epopée. Certes, les preuves qui, pour Bédier, étaient imparables, existent. Mais elles ne se manifestent qu'après l'apparition de la Chanson, tout à fait comme si c'était celle-ci qui avait incité les moines à réveiller, dans leurs monastères, le souvenir d'un Roland neveu de Charlemagne. Dans le sens inverse, cela ne fonctionne plus.

Et pour Pauphilet, il n'y a pas aucun doute. Si l'on étudie bien les faits, le poème a précédé les légendes colportées par les pèlerinages.

Episode, parmi tant d'autres, de la légende de Charlemagne, l'histoire de Roncevaux se répand plus ou moins à travers toute l'Europe, grâce entre autres aux efforts de lettrés comme Eginhard, dont nous parlions plus haut, et du savant et théologien anglais de langue latine, Alcuin. Comparable en cela à tant d'autres épopées, la Chanson de Roland que nous connaissons ne serait que le résultat final d'une longue et sinueuse élaboration artistique et l'on est en droit de se demander si le texte définitif n'a pas été précédé d'autres poèmes épiques antérieurs sur le même thème mais que le Temps ne nous a pas conservés.

La théorie de Pauphilet va se voir solidement épaulée par les travaux de l'historien médiéviste Ferdinand Lot et de son élève, Robert Fawtier. Les deux hommes prouvent que, dès le Xème siècle au plus tard, il existait des chants qui parlaient de Roland et de Ronceveaux. Ils ne nient pas le rôle important joué par les pèlerinages dans la diffusion du récit mais ils insistent sur la présence, dans le poème final, d'éléments largement antérieurs à l'ère des pèlerinages.

Voilà pourquoi, encore aujourd'hui, on s'interroge sur l'origine de la Chanson de Roland. Toutefois, l'on s'accorde en général sur un point : elle serait l'oeuvre d'un seul artiste, et d'un artiste de talent. Mais qui était-il ?

A la fin du poème, on note : "Ci falt (finit) la geste que Turoldus declinet." Seulement voilà, le "declinet" a beaucoup de sens, jugez-en : composer bien sûr - auquel cas Turoldus serait bien l'auteur du poème - mais aussi : rapporter un récit qu'on a entendu mais dont on n'est pas l'auteur, copier tout bêtement un texte et même se contenter de le réciter.  

L'auteur de La Chanson de Roland était en tous cas un homme cultivé car différents indices incitent à penser qu'il avait lu les poètes épiques latins comme Virgile et Lucain. Il avait aussi une excellente connaissance de la Bible et des rituels religieux de son temps. Et c'était aussi, la chose ne se peut contester, un professionnel de l'écriture.

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