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Fric-Frac - Maurice Lehmann & Claude Autant-Lara

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MessageSujet: Fric-Frac - Maurice Lehmann & Claude Autant-Lara   Jeu 18 Juin - 18:54



Titre original : Fric-Frac

Réalisateur : Maurice Lehmann & Claude Autant-Lara (même si celui-ci n'est crédité qu'en qualité de "conseiller technique)

Scénario : Michel Duran, d'après la pièce éponyme d'Edouard Bourdet, créée en 1936

Dialogues : Michel Duran

Conseiller pour l'argot : Fernand Trignol

Photographie : Louis Née, Armand Thirard, Roger Arrignon & Roger Fellous

Montage : Victoria Mercanton, Lola Barache & Roger Mercanton

Son : Robert Ivonnet - Son monophonique

Décors : René Renoux

Musique : Casimir Oberfeld - Editions Royalty

Script-girl : Ghyslaine Auboin

Photographe de plateau : Roger Corbeau

Régie : Darvey

Genre : Comédie

Directeur de Production : L. Bréton

Production : Maurice Lehmann

Société de distribution : Les Distributeurs Français / CCFC (Compagnie Commerciale Française de Cinématographie), Solaris Distribution (France), SND / Les Classiques Français SNC (Société Nouvelle de Cinématographie), M6 Vidéo (France)

Pays d'Origine : France - 15 juin 1939

Durée : 120 (ou 105) mn / N & B - Tous Publics

Audio : français

Sous-titres : néant

Sous-titres pour malentendants : néant

Distribution : Fernandel (Marcel, employé de la bijouterie Mercandieu) - Arletty (Loulou, maîtresse de Tintin et associée de Jo-les-Bras-Coupés) - Michel Simon (Jo-les-Bras-Coupés, ainsi surnommé parce qu'il n'aime pas se fatiguer) - Hélène Robert (Renée Mercandieu, amoureuse de Marcel) - Marcel Vallée (Le bijoutier Mercandieu) - Jacques Varennes (Tintin, le "protecteur" de Loulou, actuellement sous les verrous) - Andrex (P'tit Louis, un truand) - Rivers-Cadet (Gégène, complice occasionnel de Loulou et de Jo)  - René Génin (M. Blain, le comptable de la bijouterie)  - Génia Vaury (La Grande Marie)  - Robert Mercier (Le livreur) - Henri Charrett (Le joueur de bonneteau, à l'hippodrome de Longchamp)  - Titys (Charles, le serveur, dans le restaurant habituel de Marcel)  Clairjane, Eugène Stuber, Huguette Meunier, Frédéric Mariotti, Manuel Gary, Claire Darcas, André Raymond, Maurice Lagrenée [à confirmer], Sarah Rafale et Fernand Flament (Divers figurants et silhouettes)



"Fric-Frac", c'est avant tout un florilège de dialogues argotiques du plus haut niveau - Trignol était expert en la matière - dits par des comédiens de génie (ne me dites pas que Fernandel, Arletty et Michel Simon n'avaient pas de génie parce que, si vous osez le dire, c'est bien simple : et avec mon pied au c ... en prime), dont deux d'entre eux (Fernandel et Michel Simon) ne pouvaient littéralement pas se supporter, le premier ne comprenant rien aux bafouillements de "ce Suisse", lequel Suisse prenait un malin plaisir à bafouiller trois fois plus. En 1936, Arletty et Michel Simon avaient créé la pièce de Bourdet, qui fut un énorme succès, en compagnie de Victor Boucher, dans le rôle de Marcel. Entre Boucher et Simon, tout allait bien. Mais il se trouve que, en 1938, ce que nous appellerions aujourd'hui le "Top 10" des meilleurs acteurs français était sorti avec Jean Gabin, intouchable, en première ligne, suivi de Fernandel (très "bankable" même s'il tournait souvent de vrais nanars) ... et, bon dernier, Michel Simon. Je ne vous en dis pas plus : vous avez compris.

La tradition raconte que, lors de la fameuse scène où Marcel rencontre Loulou et Jo, aux courses, Jo / Michel Simon, armé d'un authentique journal de courses, commença à en donner des coups sur l'occiput du Marseillais - qui se trouvait devant lui, mais au rang inférieur - et que, très bientôt, la situation s'envenima à un point tel qu'Arletty et Autant-Lara durent s'en mêler pour séparer les belligérants.

Bref, pas plus qu'il ne pouvait souffrir Louis Jouvet (avec qui il avait joué au théâtre cependant mais qui trouvait que Simon tirait un peut trop la couverture à lui, le "Suisse", comme aurait dit Fernandel, pensant exactement la même chose de l'interprète de Mosca dans "Volpone"), Michel Simon ne put supporter Fernandel, qui le lui rendit bien. En excellents professionnels l'un comme l'autre, ils offrent pourtant au spectateur des scènes impeccables - et impayables - notamment une scène d'ivresse où le personnage de Jo, complètement conquis par celui de Marcel, est littéralement aux petits soins pour lui, au point de ne pas trop lui serrer les poignets avec la corde afin qu'il ait plus de facilités pour s'échapper dès que Loulou / Arletty aura tourné le dos ...

Plus jamais Fernandel ne devait jouer avec Michel Simon
. Et, comme le dit si bien Arletty dans ses mémoires, c'est vraiment dommage. Car les deux comédiens sont de la même trempe, dans un genre tout à fait différent. Entre eux deux, gracieuse et délicieusement canaille, Arletty nous restitue un parler parigot qu'on regrette bien de ne plus entendre dans nos rues surchargées de clandestins. Marcel, petit employé tranquille et modeste, tombe amoureux fou de la belle Loulou mais elle n'a d'yeux que pour son Tintin, pour l'instant en prison. Elle continue à lui envoyer de l'argent, tout l'argent qu'elle peut mais, fatalement, avec un Jo-les-Bras-Coupés comme associé, elle ne peut pas en envoyer des masses. La bijouterie Mercandieu, où travaille ce Marcel qui l'adore, semble donc à la fine mouche une excellente occasion de se faire un peu d'oseille ...

C'est là le thème central de la pièce comme du film. Les répliques et les scènes s'enchaînent sous la houlette non de Maurice Lehmann, qui tient ici surtout le rôle de producteur, mais de Claude Autant-Lara, lequel n'a pas encore signé le film qui le rendra célèbre, "Douce", avec Odette Joyeux. Et Autant-Lara, c'est un  grand, un très grand du cinéma français de l'entre-deux guerres - et un champion de l'humour noir. Nous y reviendrons avec "L'Auberge Rouge", film où Fernandel tient la vedette auprès de Françoise Rosay et Carette. Sans oublier l'étincelante "Traversée de Paris", un véritable joyau de férocité.

L'action se déroule sans aucune anicroche. On "aère" un peu la pièce de Bourdet avec la scène de la promenade en vélo, le dimanche, et surtout, on n'arrête pas de parler argot ... ou alors un français très pur. Ainsi, cet extrait célèbre - si célèbre qu'il est passé sur la page Wikipédia du film :

"— Loulou : Hé Jo, entends ça !
— Loulou à Marcel : Allez-y !
— Marcel répète sa fameuse phrase : J'eusse préféré que vous vinssiez seule.
— Loulou à Jo : Tu t'rends compte !
— Marcel : Mais c'est français !
— Loulou : A qui qu'vous voulez faire croire ça ! Vous nous prenez pour des caves ?"


Fermez les yeux, imaginez les trois comédiens, autour d'une table de restaurant, en train de débiter leurs répliques, chacun avec son accent très particulier ... et vous avez tout l'esprit de "Fric-Frac" : une qualité sans faille, un humour permanent, fondé sur le contraste entre les personnages et le milieu d'où ils viennent, une imagination débridée, de la tendresse aussi (car Loulou n'est pas si mauvaise fille que ça) et, je le répète, de très grands comédiens dirigés par un maître.

Que demander de plus pour passer une bonne soirée ? Le film n'a pas pris une ride, je puis vous l'assurer. Pour ceux qui ne l'ont jamais vu, il est à découvrir. Pour tout cinéphile, il est à ranger sur ses étagères, entre, par exemple, "Le Jour Se Lève", de Duvivier (qui est très triste et bénéficie d'un scénario génial) et "Rafaël le Tatoué", de Christian-Jaque (dont le scénario laisse à désirer mais où Fernandel est irrésistible).

Un jour viendra où les cinéastes de la Nouvelle Vague s'en prendront sauvagement à tout ce passé glorieux - ils en reviendront, d'ailleurs mais, quand on est jeune et qu'on veut se faire remarquer, que voulez-vous ... Mais croyez-moi, de nos jours, on peut parfaitement aimer "Fric-Frac" et "Le Boucher" de Chabrol, pourtant à l'opposé l'un de l'autre : dans l'un comme dans l'autre cas, c'est du cinéma de très grande qualité - et la qualité, sur Nota Bene, ça nous connaît !

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MessageSujet: Re: Fric-Frac - Maurice Lehmann & Claude Autant-Lara   Jeu 18 Juin - 20:10

C'est le genre de film que je peux regarder 150 fois sans m'en lasser !
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Fric-Frac - Maurice Lehmann & Claude Autant-Lara

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