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Another Country : Histoire d'Une Trahison - Marek Kanievska

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Masques de Venise
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MessageSujet: Another Country : Histoire d'Une Trahison - Marek Kanievska   Dim 21 Juin - 19:54



Titre original : Another Country

Titre français : Another Country : Histoire d'Une Trahison

Réalisateur : Marek Kanievska

Scénario : Julian Mitchell, d'après sa pièce éponyme

Photographie : Peter Biziou (Prix de la Meilleure Contribution Artistique pour ce film, à Cannes, en 1984)

Montage : Gerry Hambling

Costumes : Penny Rose

Décors : Brian Morris

Musique : Michael Storey

Genre : Drame

Production : Alan Marshall & Robert Fox

Sociétés de production : Virgin, Goldcrest Films, NFFC & Eastern Counties Newspaper Ltd

Sociétés de distribution : Twentieh-Century-Fox (Royaume-Uni) - Orion Classics (USA)

Pays d'Origine : Royaume-Uni - 29 juin 1984

Sortie en France : 9 janvier 1985

Durée : 90 mn / Couleur - Son Dolby - 35 mm

Audio : anglais, français

Sous-titres : néant

Sous-titres pour malentendants : néant


Distribution : Rupert Everett (Guy Bennett) - Colin Firth (Tommy Judd) - Michael Jenn (Barclay) - Robert Addie (Delalay) - Rupert Wainwright (Donald Devenish) - Tristan Oliver (Fowler) - Cary Elwes (James Harcourt) - Frederick Alexander (Jim Menzies)  - Adrian Ross Magenty (Wharton)  - Geoffrey Bateman (Ievgueni)  - Philip Dupuy (Martineau) - Jeffrey Wickham (Arthur)



Même si le personnage de Guy Bennett, interprété par un Rupert Everett parfois un peu trop théâtral, s'inspire vaguement de celui de Guy Burgess, l'un des "Five Magnificent" de Cambridge qui trahit son pays pour l'URSS où il fut d'ailleurs obligé de se réfugier lorsque furent découvertes ses activités, on peut douter que Colin Firth / Tommy Judd, qui joue dans le film dès le début le marxiste convaincu, soit l'équivalent du célèbre Kim Philby, que Burgess recruta pour le KGB et dont le père, grand orientaliste et diplomate, "inventa", hélas pour le monde entier, et on le voit bien aujourd'hui, "Ibn Seoud" et la dynastie saoudienne actuelle. A la limite, s'il fallait vraiment chercher un ressemblance entre le personnage de Tommy et un modèle quelconque, ce serait avec un condisciple qui compta beaucoup pour Burgess et fut tué, comme ambulancier, pendant la Guerre civile espagnole, Julian Bell (par ailleurs neveu de Virginia Woolf).

Donc, d'emblée, si vous recherchez dans "Another Country", qu'il s'agisse de la pièce ou du film, une histoire plus ou moins exacte des "Cinq de Cambridge", renoncez d'office à visionner ce film. Les racines historiques, si elles existent, sont très vagues. Ce ne sont même que des prétextes quasi évanescents pour permettre à un spectateur en émoi de se glisser dans le monde très particulier, très fermé et horriblement snob des rejetons des grandes familles britanniques et y assister aux rituels de la cruauté sociale qui y règne, laquelle inciterait à l'homosexualité n'importe quel jeune garçon débarquant là-dedans et normalement constitué.

Guy Bennett soutient cependant qu'il savait "ce qu'il était" dès ses dix ans. C'est possible et les relations qu'il entretient avec sa mère et plus encore avec son beau-père vont bel et bien en ce sens. Cette certitude l'a-t-elle encouragé dans sa révolte systématique contre l'ordre établi ? Peut-être était-ce pour lui une manière de s'affirmer : cette aisance jouée, ce je-m-en-foutisme résolu ont fini par devenir des réalités alors que, au départ, ils n'étaient que des techniques de survie au milieu d'un monde qui n'acceptait ni l'homosexualité, ni le scandale. (Rappelons que l'homosexualité sera punie en Grande-Bretagne jusqu'au début des années soixante, ce qui est d'autant plus curieux et plus tartufien que le système scolaire de l'élite ne peut que la favoriser ... ) Néanmoins, tout au long du film, jusqu'au moment où il réalise que la porte des hauts postes diplomatiques lui est désormais fermée, Bennett entend tout de même profiter de ce système qui le refuse - en tous cas s'il en fait trop. S'il ne se démarque pas officiellement, il est clair que le système, si mauvais qu'il soit, fermera les yeux et le laissera vivre sa vie.

Ce qui nous amène tout naturellement à cette réflexion : les convictions politiques de Bennett sont loin d'être claires, en tous cas jusqu'à cette "rupture", cette "trahison" qui le contraint à accepter sans rien dire six coups de verge d'un condisciple qu'il déteste et méprise parce que, en fait, on le menace de dénoncer son jeune amant, qui fait partie d'une autre maison si, de son côté, afin d'éviter "la punition" qu'il s'est attirée, il s'en va tout raconter au Doyen. Certes, il sympathise avec Tommy Judd, qui se déclare d'ailleurs plus ou moins communiste et appartient, semble-t-il, à l'espèce des élèves sérieux : ceux qui préfèrent étudier que faire la fête. Judd, lui, est un homme de convictions - il croit tout ce que raconte la propagande stalinienne, il vénère Lénine, il est ce qu'ont été certains jeunes gens en cette époque que douze ou treize ans à peine séparaient de la Révolution d'Octobre et qui voyaient monter, de l'autre côté, le totalitarisme national-socialiste. Judd est en fait un idéaliste - ce que n'ont jamais été, à notre sens, ni Burgess, ni Philby ni McLean. La preuve, c'est qu'il n'hésite pas à aller "au charbon" quand éclate la Guerre d'Espagne et qui sait, après tout, s'il est bien mort d'une balle franquiste ou d'une balle républicaine ? Car, on ne le dira jamais assez, Staline et le KGB ont certainement fait plus de ravages chez les Républicains espagnols et leurs Brigades internationales que Franco et toutes ses troupes.

Quand survient la trahison - l'authentique trahison d'ailleurs des condisciples de sa maison et ce n'est pas beau, tout ce déballage de linge sale  - la réaction de Bennett est une réaction de dégoût mais aussi de vengeance. Mais l'idéalisme, là-dedans ... J'ai eu beau chercher, je n'en ai vu nulle trace. Pas plus qu'au tout début du film, lorsqu'on voit Bennett chez lui, bien plus âgé, en Russie, avec son jeune amant qui lui sert aussi plus ou moins d'infirmier. Evidemment, si l'on se plonge dans la vie de son "modèle" (si je puis dire), peut-être trouverait-on plus d'idéalisme et moins d'envie furieuse de nuire à un système auquel il appartenait par la naissance pour la seule raison que celui-ci l'a impitoyablement écarté du festin dès lors qu'il a lui-même essayé d'en faire chanter quelques membres. Mais vous m'excuserez : je n'en suis pas convaincue , d'autant que Burgess devait faire des pieds et des mains pour revenir se faire inhumer en Grande-Bretagne, aux côtés de sa mère.

La romance homosexuelle est discrète, précisons-le, sans scènes de sexe exagérées. Les deux comédiens principaux - dont les personnages, par contre, ne sont pas amants - jouent en parfait accord et l'on sent bien que, pour Bennett, Judd est une sorte de garde-fou, plus en raison de son bon sens, de son sérieux aussi que de ses lectures marxistes. Le personnage de Barclay, si jeune qu'il soit, est tout bonnement répugnant et l'homosexualité - enfin, on peut parler ici de pédophilie - larvée qu'on perçoit dans sa relation avec le petit Wharton fera certainement beaucoup plus réfléchir que les envolées, furieuses ou railleuses, de Bennett.

L'image est très belle et convient parfaitement à un scénario que j'estime personnellement un peu trop mou, un peu trop flou aussi. Le côté historique et politique eût donné plus de poids au film - plus d'équilibre aussi. Mais enfin, mon intérêt pour l'Histoire et la politique m'influencent sans nul doute. Wink

Enfin, en ce qui concerne le titre et ceci n'est encore là que mon avis personnel, "Another Country" fait surtout allusion non à l'URSS et à un pays de justice sociale sans précédent mais bel et bien à un monde, tout à fait utopique, où chacun pourrait vivre comme il l'entend sa sexualité à condition, toutefois, qu'elle ne nuise pas à autrui.

Un film gracieux, romantique même, porté par des comédiens qui assurent en dépit de dialogues assez faibles, une photographie splendide et un tantinet de critique sociale, oui ... Peut-être un nouveau visionnage s'impose-t-il. Mais je vous avoue que, pour l'instant, je n'en ai nulle envie.

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