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Knock - Guy Lefranc

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MessageSujet: Knock - Guy Lefranc   Mer 24 Juin - 18:21



Titre original : Knock

Réalisateur : Guy Lefranc

Assistants-Réalisateurs : Maurice Delbez & Michel Mombailly

Directeur Artistique : Louis Jouvet

Scénario : Georges Neveux, d'après la pièce éponyme de Jules Romains

Dialogues : Jules Romains

Photographie : Claude Renoir, Andreas Winding & Roger Tellier

Opérateur : Gilbert Chain

Montage : Louisette Hautecoeur & Denise Natot

Photographe de plateau : Roger Corbeau

Son : Jean Rieul - Son monophonique

Maquillage : Serge Gléboff et Jacqueline Coulant

Décors : Robert Clavel, Jacques Douy et Jacques d'Ovidio

Costumes : Rosine Delamare

Musique : Paul Misraki

Script-girl : Nicole Benard

Régisseur : Jean Mottet

Genre : Comédie

Producteur: Jacques Roitfeld (France)

Directeur de Production : Léon Canel

Société de distribution : Sirius

Pays d'Origine : France - 21 mars 1951

Durée : 98 mn / N & B - 35 mm

Audio : français

Sous-titres : néant

Sous-titres pour malentendants : néant

Distribution : Louis Jouvet (Dr Knock) - Jean Brochard (Dr Parpalaid) - Pierre Renoir (Le pharmacien Mousquet) - Pierre Bertin (L'instituteur Bernard) - Marguerite Pierry (Mme Pons, la dame en violet) - Jean Carmet (Le patient qui se reconvertit par la suite en homme de salle) - Yves Deniaud (Le Tambour de ville) - Mireille Perrey (Mme Rémy)  - Jane Marken (Mme Parpalaid)  - Geneviève Morel (La dame en noir)  - Bernadette Lange (Mariette) - André Dalibert (Un patient) - Pierre Duncan (Le livreur)
- Paul Faivre (Le maire, Michalon) - Jean Sylvain (Le chauffeur des Parpalaid) - Madeleine Barbulée (Une infirmière) - Louis de Funès (Le patient tout heureux d'avoir perdu 100g) - Jacques Monod (Le premier trombone, M. Albos) - Claire Olivier (Mme Mousquet) - Marius David (Un figurant)


Malgré quelques scènes tournées en extérieur à Neauphle-le-Château, "Knock" demeure du théâtre en boîte. La chose n'est pas dépourvue de charme, surtout si elle est menée tambour battant par un Louis Jouvet au cynisme froid et réjouissant et par un Jean Brochard certes moins connu mais qui, en tous cas à la fin du film, symbolise (bien timidement mais enfin l'effort est là) une bonne conscience qui fait mine de se révolter avant de sombrer à son tour dans l'arrivisme le plus outrancier.

L'histoire, tirée d'une pièce à succès de Jules Romains, est archiconnue. Le Dr Parpalaid, petit médecin provincial sans aucune ambition et qui attend la Saint-Michel pour se faire payer par ses patients, a vendu sa clientèle pour ainsi dire par correspondance à un collègue issu d'une autre ville, le Dr Knock. Il espère aussi lui vendre son automobile, un vieux tacot dont il ne cesse de vanter les charmes et avantages supposés jusqu'à ce que la voiture s'arrête sans autre forme de procès au beau milieu du chemin et que Knock/Jouvet prenne ses valises pour grimper sans cérémonie dans le premier camion qui s'arrête, laissant les Parpalaid et leur chauffeur en plan. C'est dire que, au début, on plaint un peu le Dr Knock qui, reconnaissons-le, s'est fait avoir par son collègue Parpalaid. Mais n'ayez crainte : à la fin de la pièce, la situation aura viré de fond en comble.

Car le Dr Knock n'a pas que des idées : il a aussi des méthodes et les applique sans aucun état d'âme. Il commence par sonder la fertilité du terrain en proposant une visite gratuite dès le lundi qui suit son entrée en fonction. Gratuit !  Le mot magique pour les campagnards, villageois et autres curieux qui s'amassent illico à sa porte. Il les reçoit tous, ne les fait certes pas payer mais, avec son sens unique de la psychologie, réussit à les renvoyer tous se mettre au lit, persuadés qu'ils couvent quelque chose de plus ou moins grave. Même les deux joyeux pochetrons du coin, il parvient à les impressionner tant et si bien qu'ils émergent de son cabinet tout flageolants et proprement terrorisés, en une retraite lamentable qui accroît considérablement la renommée de Knock aux yeux des patients qui attendent.

Vous avez compris : avant même d'aller voir Knock, tout villageois en âge de penser va se sentir malade et s'il venait à l'esprit de Knock le Malin de renvoyer un seul de ces demandeurs non d'asile mais de maladie sans une seule ligne d'ordonnance, il est à peu près certain qu'il perdrait toute sa clientèle.  Cool
La clientèle en effet, désormais, il n'en manque pas. Elle déboule de partout, elle déborde de l'hôpital, du cabinet médical et forme un flot si continu que le médecin est obligé de passer une sorte de pacte avec l'hôtellerie du coin pour qu'on y accueille ses "malades." :rigoltourne:

Cela en arrive à un tel point que, trois mois plus tard, venu encaisser le premier versement de Knock, un Dr Parpalaid qui, désormais, végète à Lyon, se voit refuser sèchement une chambre par l'hôtelière qui, jadis, était si aimable avec lui. Bien entendu, Knock, avec une ironie tranquille, lui fait les honneurs de ses anciens quartiers. Au début, Parpalaid se laisse emporter par sa conscience qui lui souffle que son confrère fait triompher non pas la médecine mais l'opportunisme. Puis, alléché comme le renard de la fable mais beaucoup moins doué que lui, il propose un "échange" : Knock reprendrait sa clientèle de Lyon - c'est à dire deux pelés et un tondu - en échange de cette toute nouvelle manne. Tollé général : l'hôtelière, le pharmacien, le maire s'y mettent tous.

En définitive, Parpalaid finit par se voir proposer une chambre mais à condition qu'il prenne sa température puisque, visiblement sous le choc  - on le serait à moins - il est diagnostiqué comme couvant quelque chose par son illustre successeur.

De médecin diplômé, le Dr Parpalaid n'est plus qu'un simple malade comme les autres.

Comme la pièce, le film est d'un cynisme absolu et des plus réalistes. Si l'auteur a poussé la logique de son histoire jusqu'à l'extrême, force est de constater que le résultat n'est pas si absurde que cela. Voyez aujourd'hui le triomphe du charlatanisme dans certaines opérations de chirurgie esthétique, la mode des "by-passes" où, dans une évolution savamment graduée, l'obèse finit par se voir proposer ni plus ni moins qu'une mutilation de la moitié de son estomac et, tout dernièrement, ce remède-miracle contre l'arthrose que des visiteurs médicaux, des médecins sans conscience et des pharmaciens tout aussi intéressés tentent d'imposer aux personnes âgées en leur garantissant un miracle qui, physiquement, est de toutes façons impossible, la dégradation de l'os soumis à l'arthrose, maladie aux racines génétiques, pratiquement dès le ventre de la mère, étant programmée bien avant que l'individu ne commence à en ressentir les premiers effets.

Taillé, dirait-on, dans le marbre de la statue d'Hippocrate lui-même, les cheveux bien lissés, les lunettes terriblement sérieuses et sans humour, Louis Jouvet nous campe un Dr Knock tout bonnement génial. De temps à autre, derrière les verres de ses lunettes, une étincelle sadique s'allume et, dans sa voix au phrasé inoubliable, un léger tremblement de jouissance fait réaliser au spectateur que, d'"escroqué" en puissance qu'il était au tout début du film, il est devenu l'Escroc par excellence. Qu'il soit réellement diplômé en médecine n'y change rien . Quant à Jean Brochard, tout d'abord très agaçant dans son rôle de petit docteur qui cherche à rouler un confrère parce qu'il se croit plus malin que lui, il réussit l'exploit, dans les scènes finales, d'éveiller dans le spectateur disons-le un peu prévenu contre lui tout un éventail de sentiments qui vont de l'amusement dans le style "Bien fait pour lui !" à la franche pitié, lorsque lui aussi se soumet à l'emprise terrible du Dr Knock, en passant par l'effarement lorsqu'on découvre le sien devant la "réussite" de son confrère et un dédain certain quand on l'entend s'humilier jusqu'à la possibilité d'une "échange" ...

L'ensemble est statique, la mise-en-scène demeure malgré tout sans imagination cinématographique. Mais l'on sait ce que Jouvet pensait du cinéma et son influence, en tant que directeur artistique, a certainement pesé sur la réalisation. En revanche, le spectacle, au sens théâtral du terme, est parfait et la scène-fétiche, entre un Jouvet / Knock et une Geneviève Morel / La paysanne en noir dont chacun cherche à avoir le dernier mot, est un régal. La scène avec Marguerite Pierry, en parfaite écervelée excentrique, la vaut presque. Quant à celle où les deux joyeux lurons viennent se gausser de Knock et sortent pratiquement sur les genoux de son cabinet, avec ordre sévère d'aller tout de suite se mettre au lit, elle est inénarrable.

Une fois de plus, tout repose sur les acteurs et aussi sur un texte solide, avec des dialogues qui font mouche à tous les coups. Il faut dire que Guy Lefranc, avec ou sans assistants-réalisateurs, n'a pas laissé un grand nom dans le Dictionnaire des Cinéastes français. Au contraire, par exemple, d'un Christian-Jaque qui, répétons-le, était un artisan peut-être sans grande imagination mais qui était suffisamment doué et aimait suffisamment ce qu'il faisait pour, parfois, "allumer le feu Wink ."

Quoi qu'il en soit, visionner "Knock" de Guy Lefranc, avec Jouvet et Brochard, est une excellente idée. On passe un bon moment et, curieusement, les pensées dérivent et en viennent à notre époque et à certains "triomphes de la Médecine" que Knock n'eût certainement pas reniés ...

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