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L'Auberge Rouge - Claude Autant-Lara

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MessageSujet: L'Auberge Rouge - Claude Autant-Lara   Lun 29 Juin - 19:36



Titre original : L'Auberge Rouge

Réalisateur : Claude Autant-Lara

Scénario : Jean Aurenche, Pierre Bost & Claude Autant-Lara

Dialogues : Jean Aurenche & Pierre Bost

Photographie : André Bac

Montage : Madeleine Gug

Son : Jean Lebreton - Son monophonique

Décors : Max Douy

Musique : René Cloërec - Complainte chantée par Yves Montand

Costumes : Jacques Cottin & Jean André

Genre : Comédie dramatique

Directeur de Production : Simon Schiffrin

Production : Joseph Zielinski - Memmon Films

Société de distribution : Cocinor (Comptoir Cinématographique du Nord)

Pays d'Origine : France - 19 octobre 1951

Durée : 95 mn / N & B - Tous Publics

Audio : français

Sous-titres : néant

Sous-titres pour malentendants : néant

Distribution : Fernandel (Le moine) - Françoise Rosay (Marie Martin, l'épouse de l'aubergiste) - Julien Carette (Pierre Martin, l'aubergiste de Peyrebeille) - Marie-Claire Olivia (Mathilde Martin, la fille des aubergistes) - Jacques Charron (Rodolphe, le voyageur galant) - Nane Germon (Melle Elisa, sa conquête) - Andrée Vialla (Caroline, marquise de La Roche de Glun) - Didier d'Yd (Jeannou, le novice)  - Lud Germain (Fétiche, le serviteur noir des aubergistes)  - Grégoire Aslan (Barbeuf, le voyageur plaisantin)  - Jean-Roger Caussimon (Lord Darwin, voyageur et joueur invétéré) - René Lefèvre-Bel, Manuel Gary & André Cheff (Les gendarmes)  - Robert Berri (Le cocher de la diligence)  - André Dalibert (Le bûcheron)



C'est à l'issue du tournage que Fernandel, qui ne semble pas avoir saisi les intentions violemment anticléricales (et même carrément sceptiques) du scénario quand il le lut pour la première fois, se brouilla avec Autant-Lara, cinéaste qui, avec cette "Auberge Rouge", fournit pourtant à son génie l'un de ses rôles les plus marquants. En effet, Fernandel était bon catholique - ce qui n'est pas un tort - et il n'entendait pas qu'on se moquât de la religion, fût-ce avec talent. Car cette comédie noire est en fait, si on la regarde bien, la matérialisation cinématographique du célèbre : "Les Voies du Seigneur sont impénétrables." En effet, sauvés par le pauvre moine joué par Fernandel de la fin horrible que leur concoctait le couple d'aubergistes (une Françoise Rosay impériale et un Julien Carette suspicieux et trépignant à la moindre contrariété), les voyageurs remontent dans leur berline et reprennent la route. Ils passent sur un pont dont l'aubergiste avait fait scier les poutres "au cas où ..." et c'est le grand plongeon - et même le plongeon final car, par ces températures hivernales (il y a de la neige partout), bien minces sont les chances pour les malheureux de s'en sortir. Jubilant d'ironie, Autant-Lara, avec la complicité d'Aurenche et Bost, nous indique donc que le Seigneur n'a sauvé les voyageurs de la hache et du marteau des Martin que pour les faire mourir par hypothermie mais il ne nous indique pas la raison de cette préférence. D'aucuns vous diront que c'est le Diable qui, finalement, l'a emporté dans la lutte - cela peut arriver  Demonangebalançoire - mais ou Fernandel n'avait pas songé à cette lecture du film, ou il la jugeait encore plus inadmissible que l'autre . N'oublions pas non plus que Fernandel fut un "Don Camillo" inoubliable - et laissons-le aller en paix.  preach

Mais il est bien dommage qu'un si grand comédien n'ait plus tourné avec un tel cinéaste noluck . Qu'on se rappelle le comique Bourvil - et le non moins comique Louis de Funès - dans "La Traversée de Paris", film qui date de cinq ans plus tard, et l'on partagera cette déception. De nos jours, on le voit bien, ce n'est pas l'anticléricalisme qui fait le mécréant irrécupérable mais évidemment, en 1951, il est logique que Fernandel (lequel était né tout de même en 1903) n'ait pas envisagé la question comme nous l'envisageons aujourd'hui. petitange

Que dire du film en lui-même ? Inspiré de faits réels qui se déroulèrent en Ardèche dans les années 1830, il n'a par contre aucun rapport avec "L'Auberge Rouge", le roman de Balzac qui met en scène le père indigne de la pauvre Victorine Taillefer, la jeune héritière que Vautrin rêve de faire épouser à Rastignac. Mais l'idée centrale est d'opposer la foi - réelle bien qu'assez tordue - de Mme Martin, à la candeur du malheureux franciscain qui tombe chez elle pratiquement sans un sou mais détenteur de la puissance incommensurable qu'est celle d'entendre toute personne tenant à se confesser. L'aubergiste songe donc à passer aux aveux mais sans prendre aucun risque puisque, dans la religion catholique, le secret de la confession est inviolable.

Ce désir donne lieu à l'inénarrable scène de la grille aux châtaignes, ustensile que Fernandel et Rosay tiennent tour à tour devant leur visage comme une grille de confessional. Le comique naît aussi ici de la naïveté du moine qui, au tout début de la confession de l'aubergiste, faite à prudents demi-mots, conclut simplement que les voyageurs dont elle évoque le décès sont morts de mort naturelle. Il les plaint même, elle et son mari, de "ne pas avoir eu de chance" dans leurs débuts à l'auberge.

A partir de la confession, n'importe quel catholique, bon teint ou mécréant patenté vous le dira, Fernandel est coincé. Le secret de la confession lui interdit de prévenir un seul des voyageurs en péril et c'est par conséquent sur ses seules ressources en quelque sorte séculières qu'il doit se fonder pour les sauver. Rosay, la maligne, le savait bien mais reconnaissons que, en ce qui la concerne, elle laisserait volontiers aller le bon père si son mari, alléché par un reliquaire précieux (il me semble que c'est celui de Saint-Régis, le saint-patron local) que le moine et son novice doivent ramener au monastère, ne s'y opposait de son côté par tous les moyens.

D'ailleurs, le moine écoute sa conscience et celle-ci, impitoyable, lui souffle qu'il doit rester et sauver la bande de voyageurs, dont le moins que l'on puisse dire c'est que ses membres ne brillent guère par leur intelligence et encore moins par leur aura spirituelle down . Alors, dans un labyrinthe d'escaliers et de pièces éclairées à la chandelle et où les ombres tremblotent sur les murs à chaque vacillement de la flamme de la bougie, précédé ou suivi mais en tous cas surveillé presque en permanence par Fétiche, le domestique noir des aubergistes (mention spéciale à Lud Germain, qui joue à merveille son rôle de brave homme amoral et amateur de musique, dans le fond pas si méchant que ça mais pour qui il faut bien vivre même si cela signifie tuer autrui), Fernandel, dans sa bure de moine-mendiant, va, vient, implore le Ciel et St Régis, galope, puis cherche à gagner du temps, joue l'innocent alors que les aubergistes ne sont plus dupes, tente frénétiquement de faire tenir éveillés, pendant cette nuit cauchemaresque, les voyageurs abrutis par une tisane au pavot libéralement distribuée par Mme Martin après le souper et doit, en plus, surveiller son Jeannou de novice qui est tombé amoureux de la fille des aubergistes, Mathilde, une belle fille, il faut le dire, mais au visage si beau qu'il en devient pratiquement inexpressif (la comédienne suisse Marie-Claire Olivia, une blonde superbe dont la performance laisse cependant à désirer, si vous voulez notre avis). La jeune personne veut bien d'ailleurs qu'on tue tout le monde - oui, elle au courant du "travail" de ses parents et leur a déjà donné des coups de main, ici et là, pour "ranger" après les crimes  - mais certainement pas son Jeannou.

Surgit alors l'idée, celle-là vaudevillesque, de marier les jeunes amoureux. Consulté, le moine Fernandel tombe des nues mais, aussi rusé en son genre que Mme Martin, il donne son accord à une condition : il dira la messe et il faudra réveiller les voyageurs car il n'est pas question, pour un mariage, d'une messe basse. D'ailleurs, à une messe basse, il y a tout de même des assistants. Là-dessus, comme de juste, éruption pétaradante du volcan Martin / Carette, que sa femme et sa fille apaisent.

Pendant ce temps-là, l'heure a tourné, et elle continue . Comme vous vous en doutez, Fernandel n'est pas en reste quand il s'agit de faire traîner la cérémonie en longueur et, chaque fois que Martin perd patience, il lui objecte toujours une raison excellente, dont celle des alliances. Hein ? Les alliances ? On n'a jamais vu un mariage sans alliances ! Sur ce plan, l'aubergiste, bien qu'assassin patenté, est obligé de s'incliner. Dieu (ou Diable) merci, sa femme va chercher toutes les alliances qu'elle a enlevées à toutes les victimes qui sont passées par son auberge - et ça en fait un paquet, vous pouvez m'en croire ! affraid

Finalement, le salut se pointe à l'aurore qui, c'est bien connu, chasse les démons et autres lémures . Apparaissent en effet deux gendarmes, remorquant le petit singe qui appartenait au joueur d'orgue de barbarie qui fut la dernière victime des Martin - juste avant l'arrivée de la diligence pour être exact. La suite n'est plus à raconter : vous pouvez l'imaginer ...

A cela près que, nous l'avons déjà dit, Claude Autant-Lara a opté, avec malice, pour une fin machiavélique dont on comprend qu'elle fasse fuir le malheureux Fernandel. Mais cela ne nous empêche en rien de rire tout au long du film - et même à la fin  - devant ce chef-d'oeuvre d'humour noir, aux éclairages remarquables et aux dialogues dignes de la finale d'un tournoi de tennis entre deux grands champions, avec des comédiens qui assument pleinement leurs personnages - un Jacques Charron tout mince, en séducteur, un Caussimon plus flegmatique qu'un Anglais authentique, un Coco Aslan à la tête de lutin facétieux et une Andrée Vialla qu'il faut saluer tout particulièrement tant elle joue avec conviction un personnage débordant d'orgueil et de sottise. Le couple d'amoureux est certes un peu mièvre - un peu beaucoup, même,  pour reprendre une expression familière - lui ayant l'air d'un parfait "ravi" mais elle, avec sa glaçante beauté et son peu de talent, laissant parfois s'allumer dans ses yeux d'inquiétants éclairs de psychopathie. (Vous me direz, avec de tels parents ... Mr.Red ) Lud Germain, nous l'avons déjà salué : il joue avec finesse et le scénario, intelligent, a su lui éviter pièges et préjugés éventuels. Ses échanges de regards avec Fernandel, qu'il soupçonne à bon droit, constituent quelques uns des moments les plus comiques du film car Germain, tout comme son illustre comparse, joue "d'homme à homme", l'un assurant sa qualité d'assassin suspicieux et l'autre, sa nature de moine désemparé mais bien décidé à faire triompher le Ciel . Une excellente note aussi pour André Dalibert, le bûcheron qui a partagé la diligence avec les voyageurs mais qui, sans le sou, s'est vu illico rejeté dans la neige par le père Martin, ce qui, en fait, lui a sauvé la vie et lui permet de signaler aux gendarmes qu'il rencontre que le petit singe appartient au joueur d'orgue de barbarie, aperçu en dernier à l'auberge de Peyrebeille ... Presque un bûcheront de conte de fées, en somme. Wink

Il est vraiment curieux de constater que, après avoir ri tout son saoul (et jamais jaune) pendant le film, on éteint son lecteur en prenant brutalement conscience de la noirceur presque insupportable de l'intrigue.
Autant-Lara aimait le noir, c'est sûr. D'ailleurs, il nous en donnera bientôt une nouvelle preuve, elle aussi fondée sur des faits réels mais dont la fin demeure quand même plus optimiste, avec la merveilleuse, la splendide, l'éclatante "Traversée de Paris." Mais chut et bonne soirée : de ce chef-d'oeuvre-là, nous parlerons un autre jour ...

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