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La Grande Lessive (!) - Jean-Pierre Mocky

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MessageSujet: La Grande Lessive (!) - Jean-Pierre Mocky   Mer 15 Juil - 20:10



Titre original : La Grande Lessive (!)

Réalisateur : Jean-Pierre Mocky

Scénario : Jean-Pierre Mocky, Alain Moury & Claude Pennec

Photographie : Marcel Weiss

Montage : Marguerite Renoir

Son : René Sarazin - Son monophonique

Décors : Pierre Tyberghein

Musique : François de Roubaix (Editions Hortensia)

Costumes : Irénée Martin - Louis Féraud (pour Karyn Balm)

Maquillages : Louis Dor

Genre : Comédie

Production : Jean-Pierre Mocky & Georges Cheyko

Société de Production : Balzac-Film, Méditerranée-Cinéma & Firmament-Films-Productions

Société de distribution : Rank/Oceanic Films

Pays d'Origine : France - 15 novembre 1968

Durée : 100 mn / Couleurs (Eastman)

Audio : français

Sous-titres : néant

Sous-titres pour malentendants : néant

Distribution : Bourvil (Armand Saint-Just, le professeur de Lettres) - Francis Blanche (Dr Loupiac) - Roland Dubillard (Missenard, le professeur de gym) - Jean Tissier (Benjamin) - Michael Lonsdale, crédité sous le prénom "Michel" (M. Delaroque) - R. J. Chauffard (Le commissaire Aiglefin) - Alix Mahieux(Mme Delaroque) - Marcel Pérès (L'inspecteur Toilu)  - Jean-Claude Rémoleux (L'inspecteur Barbic)  - Jean Poiret (Jean-Michel Lavalette, PDG de la Télévision française)  - Karyn Balm (Mélanie) - Philippe Castelli (Tamanoir)  - Rudy Lenoir (Le chef des Agents techniques)  - Roger Lumont (Le restaurateur auvergnat) - Luc Andrieux (Le chauffeur du fourgon de police) - Renée Gardès (Le domestique des Delaroque) - Edith Ker (Le domestique de Lavalette) - Roger Legris (Loupiac Père) - Philippe Brizard (Le réparateur télé) - Micha Bayard (La concierge) - André Numès Fils (Le proviseur) - Henri Poirier (Le gérant de l'immeuble) - Albert Pilette (Emile Futane) - Simone Duhart (Le chef de la chorale) - René Fleur (L'Inspecteur d'Académie) - Jo Labarrère (Le coiffeur) - Christian Chevreuse, Claude Legros, Claudine Berg, Jacqueline Fontaine, Jean-Claude Michot (Divers locataires) - Igor-Raymond Tycka (Le locataire au bandeau noir) - Jean-Marie Richier (Le livreur) - Roland Malet, Marius Gaidon (Deux agents de police) - Emile Riandreys (Un inspecteur de police) - Agostino Vasco-Castro (Un agent technique) - Pierre Benedetti (Maurice Bernard) - Jean Radou (Un agent du commissariat) - Antoine Mayor (L'employé du lycée) - Raphaël Delpard (Le professeur d'anglais) - Georges Bruce (L'officier de marine) - Daniel Crohem (L'Homme au gros chien) - Luc Delhumeau (Inspecteur Dubois) - Pierre Durou (Le facteur) - Jean-Michel Molé (Bouligre)



Réalisateur résolument anticonformiste et louchant fortement vers l'anarchie la plus pure, Jean-Pierre Mocky est certainement l'un des cinéastes-OVNI les plus grands et aussi les plus mésestimés du cinéma français. Inégal - mais quel est le créateur qui ne l'est pas ?  - provocateur qui sombre parfois dans le mauvais goût et qui, en outre, aime à en éclabousser bien tout le monde autour de lui , auteur tout bonnement génial dans ses moments de grâce, anticlérical forcené qui garde tout au fond de lui le goût secret et humble du spirituel le plus authentique, Attila cinématographique des idées reçues, scénariste tantôt inspiré, tantôt à vous faire grincer des dents, dialoguiste amoureux fou de l'absurde, formidable directeur d'acteurs eux-mêmes formidables (au sens hugolien du terme dans les deux cas pour "formidable", s'il vous plaît ), il est l'auteur d'une oeuvre qui ne peut laisser indifférent quiconque s'intéresse un tant soit peu au cinéma, et j'écris bien au cinéma dans sa totalité même si l'univers de Mocky est, par excellence, typiquement français, au point d'en sembler (mais d'en sembler seulement ) carrément franchouillard.

Si Mocky démolit et piétine avec rage, avec jouissance, c'est qu'il veut reconstruire avec autant de bruit et de fureur. Rien que pour cette volonté-là, on devrait tout lui pardonner. Avec ça, son humour, toujours féroce et sarcastique, ne l'empêche pas, comme dans cette "Grande Lessive (!)" - ne jamais oublier le (!) : il y tient beaucoup parce que, selon lui, ça rend le titre un peu moins idiot, et il a bien raison !  - de se montrer tout simplement visionnaire. Car que découvrons-nous à l'oeuvre, dans ce film, si ce n'est les premiers tentacules d'une Télévision que les annonceurs publicitaires et l'intoxication sportive et plus encore journalistique n'ont pas encore rendue-toute puissante. Telle quelle, "La Grande Lessive (!)" nous annonce ces lendemains qui ne chantent plus du tout et que nous connaissons aujourd'hui sur le bout des doigts : la pub, partout et de plus en plus stupide et envahissante ; les émissions en "prime-time" qui font de l'audimat mais ne rapportent rien à l'intellect ; un abâtardissement progressif et systématiquement recherché, dont la caricature du générique, avec sa ronde de téléspectateurs de tous âges s'éveillant, vivant, mangeant, s'endormant littéralement devant leur "poste", ne constituait que le prémice de cet écran éternellement ouvert, éternellement déblatérant, éternellement chantant, éternellement flashant, que nous voyons (et entendons) chez telle ou telle de nos connaissances ; bref, l'avenir de la télévision française (et mondiale) en tant que source de "divertissement" (s'il existe quelque divertissement à chercher bêtement le prix exact d'un objet qu'on est censé rapporter chez soi si l'on y parvient ou encore à écouter et à voir Benjamin Castaldi nous commenter la journée de la famille Un-Tel dans un jeu d'un crétinisme rare ) et non plus de culture.

Forçant le trait comme à son habitude, Mocky, en cette fin des années soixante, gomme volontairement les réussites culturelles de celle qui s'appelait encore l'ORTF et il ne pressent pas encore la nostalgie que, bien plus tard, nous, les enfants émerveillés de cette époque, nous éprouverons envers cette face de la télévision qu'il prend bien soin de nous dissimuler. Lui, ce qu'il nous dépeint, c'est le sombre revers de la médaille, avec un Jean Poiret / Lavalette qui veut bien empoisonner la France entière sous ses productions de mauvaise qualité mais interdit à ses propres enfants de regarder la télévision "lorsque Papa n'y est pas." Et Mocky d'opposer, avec jubilation, un Bourvil / Saint-Just (gageons que ce patronyme, qui fut aussi celui de l'Archange de la Terreur, ne fut pas choisi par hasard) et un Poiret / Lavalette qui, dans le fond, l'un dans son petit appartement d'enseignant célibataire, l'autre dans son somptueux hôtel particulier avec jacuzzi et tutti quanti, partagent en fait sur la télévision, que l'un veut détruire parce qu'il ruine son enseignement alors que l'autre entend bien la faire entrer dans tous les foyers parce qu'elle assure sa fortune, une seule et même opinion.

La seule différence entre Lavalette et nos "hommes de télévision" actuels, c'est que ceux-ci ne contrôlent plus les programmes regardés par leurs enfants ...  Mr.Red Quant aux Saint-Just, ma foi, ceux-là n'ont pas renoncé : ils ont simplement pris d'autres masques et adopté d'autres techniques. Plus d'orages magnétiques sur les toits de Paris et d'ailleurs. Simplement une éducation faite à grand renfort de magnétoscopes et de lecteurs DVD ou Blue-Ray : la technologie la plus fine au service de l'éducation. Car si, à l'époque de "Télé-Dimanche" et du fameux "carré blanc" (lequel était d'ailleurs rectangulaire Mr. Green ), le brave Bourvil / Saint-Just part en croisade contre la télévision parce qu'il en a plus qu'assez de voir ses élèves s'endormir sur leurs cahiers, de nos jours, les parents, surtout les parents d'adolescents, surveilleraient plutôt la nuit les ordinateurs de leurs enfants. Pour les programmes télévisés, de deux choses l'une : ou on les laisse tout regarder, les chers petits, ou alors, on leur apprend à choisir leurs programmes et on leur apprend aussi que oui, il a existé une télévision en Noir et Blanc qui ne passait pas son temps à ne raconter que des fadaises et qu'on peut en trouver la preuve en se passant tel ou tel DVD ... ou - là, le piège est purement diabolique  - en allant visionner la chose sur YouTube !

YouTube, j'ai essayé : c'est pro-pre-ment im-pa-ra-ble ! André Saint-Just en serait tombé raide d'admiration ! En fait d'orage magnétique, ça vous décape une cervelle d'enfant ou d'ado en moins de deux secondes ! En quelque sorte, c'est le serpent-qui-se-mord-la-queue, la grotesque télévision poubelle rattrapée, largement dépassée - et cruellement passée à tabac - par la Vraie Télévision .

Oh ! je ne dis pas que, pour les faire lire, ces chers petits anges, il ne faille encore fournir beaucoup d'efforts  mais tenez, prenez les fables de La Fontaine. Sournoisement, vous leur fourrez sous le nez la version Queneau de "La Cigale & La Fourmi" et alors, là, mes amis ... quel succès !  :singe: Et en plus, on peut la lire sur ordinateur, cette fable, c'est-y pas beau, ça, je vous le demande ? Ne reste plus qu'un pas à franchir : annoncer que Raymond Queneau est également disponible en édition de papier. Mais la curiosité mène à tout : depuis le Jardin d'Eden, qui ne le sait pas ?

Oui, comme vous pouvez le constater non sans fierté, les Saint-Just se sont adaptés - et c'est heureux car c'est grâce à eux que, en dépit de tous les efforts d'un certain nombre de personnes , la Culture survit. Encore et toujours.

"La Grande Lessive (!)", par exemple, c'est un grand morceau de Culture. Jean-Pierre Mocky, désormais plus qu'octogénaire et que nous saluons au passage, serait sans doute surpris de notre audace mais c'est ainsi : son professeur de Lettres qui entreprend, avec l'aide de Missenard, son collègue en sport, de répandre sur les antennes télévisées parisiennes un liquide concocté par le toujours sémillant Jean Tissier / Benjamin, et qui a pour but d'empêcher la réception de la télévision tant honnie et abrutissante  ; leur rencontre avec le d'abord maître-chanteur Dr Loupiac - Francis Blanche en dentiste obsédé sexuel  - qui se transforme, au fil des scènes, en complice avide de "passer à la télévision" lorsqu'ils se feront coincer  :youpiiiii: ; le tohu-bohu invraisemblable, et digne de Mack Sennett, orchestré à leur poursuite par toute la maréchaussée de Paris  ; leurs "planques" incroyables dont celle, la plus incroyable de toutes, chez une sorte de chef du protocole du Général, complètement accro à l'alcool - le chef du protocole, par le Général, cela va de soi  ; le cynisme artistiquement filé d'un Poiret / Lavalette devant qui un Jean-Marie Messier fait bien piètre figure  👎 ; le rythme enlevé de l'intrigue, les dialogues qui relèvent de la partie de ping-pong ; le jeu des comédiens, bien sûr et, planant sur tout cela, l'esprit hautement vengeur de l'Anarchie dans toute sa gloire, eh ! bien, je mets n'importe qui ici au défi de prouver que ce n'est pas de la Culture.

Une Culture qui, admettons-le tout de même car il nous faut être honnêtes, doit beaucoup à la "lucarne magique" chantée par Cocteau, lequel, lui, n'imaginait déjà que les bons côté de l'invention. Que voulez-vous, c'est le privilège des poètes ... :chatchante:

Mais qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse  (comme nous glisserait probablement M. Delaroque / Michael Lonsdale entre deux "gargarismes" au whisky)  : avec "La Grande Lessive (!)" de Mocky, vous avez l'ivresse dans un flacon - la télévision de jadis - dont nous sommes désormais nostalgiques. La Culture, ou plutôt une partie de NOTRE CULTURE à notre disposition. A repasser en boucle et encore en boucle en se disant que, par-delà les jours de colère et de tristesse, cette Culture - LA NÔTRE - vaincra toujours.

_________________
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Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
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