Nota Bene

Nota Bene

Nota Bene : La Qualité, Non La Quantité - Forum Atypique Pour & Par la Littérature - Le Forum Que Vous N'Oublierez Pas De Sitôt - Histoire & Cinéma Sont Aussi Sur Nos Etagères - Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés - Extrémistes & Trolls S'Abstenir
 
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  ÉvènementsÉvènements  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

 

La Chanson de Roland : Un Poème Moral

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Auteur Message
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 65585
Age : 58
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: La Chanson de Roland : Un Poème Moral   Lun 17 Aoû - 17:53

Avant que ne vienne pour lui la Mort, Roland évoque, avec tendresse et fierté, tout à la fois "doulce France, les hommes de son lignage et bien sûr Charlemagne, son seigneur, qui l'a nourri." Ces sentiments, sans lesquels nul ne saurait se targuer d'être un "parfait chevalier", se retrouveront quelques siècles plus tard dans l'univers cornélien qui, selon Voltaire constitue "l'école de la grandeur d'Âme"."

L'honneur, un mot hélas ! bien oublié, aujourd'hui, tient ici le premier rôle :

1) l'honneur féodal tout d'abord, qui subordonne toutes les actions au service du suzerain et que Roland définit dans quelques formules admirables (notamment à la laisse 88). Soulignons d'ailleurs que Ganelon lui-même s'y sent tenu (21 et 22). Fût-ce quand la Mort les appelle, tous, sans exception, dédient leur dernière pensée à leur suzerain et, s'ils luttent contre les païens, c'est bien avant tout pour les soumettre à Charles. Face à eux, Carolus Magnus, le suzerain et Empereur, s'il a une conscience aiguë de ses droits, reconnaît volontiers que ses chevaliers lui sacrifient leur vie. Ce qu'il reprochera à Ganelon, plus peut-être que la mort de Roland, laquelle, pourtant, le touche singulièrement, c'est sa trahison à son endroit, indigne de tout seigneur féodal ayant prêté serment devant Dieu ;

2) vient ensuite l'honneur familial qui rend l'homme (et la femme d'ailleurs) solidaire de son lignage, de son clan. La parentèle de Roland prend évidemment fait et cause pour lui (laisses 63, 84 et 85) mais juge tout à fait normal que, face à eux, les parents et défenseurs de Ganelon, dont Pinabel, défendent de leur côté le membre de leur famille même si celui-cil s'est rendu coupable de haute trahison. Et c'est d'ailleurs pour satisfaire à la tradition que Thierry, parent de Roland, accepte de se battre contre Ganelon, sur ordre il est vrai de Charlemagne ;

3) en terre étrangère, apparaît l'honneur national : Roland, il n'y a pas à barguigner, c'est la France et ses compagnons, des Francs de France.  On discerne ici l'une des premières apparition du patriotisme dans notre littérature. Pour beaucoup, le poète anonyme, avec ce rappel de l'"Amour pour Doulce France", tente d'affermir le sentiment, encore asses obscur à l'époque, de "la Terre des Aïeux" ;

4) enfin, côté franc comme côté maure, la piété est à l'image de la bravoure. Charles tient à la fois un rôle impérial et de chef de guerre, et un rôle sacerdotal. Si Olivier, Roland et tant d'autres se recommandent à Dieu et vénèrent reliques et épées, on peut penser que, de l'autre côté, l'ennemi, lui aussi, confie son âme à son Dieu. Les chevaliers occidentaux veulent bien sûr étendre la Chrétienté tandis que, dans l'autre camp, les Maures verraient bien progresser l'islam.  Signalons au passage qu'une certaine estime peut naître entre des combattants ennemis, comme entre Charlemagne et Marsile ou encore l'Empereur et le vieil émir Baligant, que le Franc serait fier de compter parmi ses amis si seulement l'ancêtre acceptait de se convertir.

Tout là-haut, silencieux mais bien présent, Dieu veille et surveille et c'est à Son intervention que Thierry, en si mauvaise posture devant Pinabel, parvient à retourner la situation.

Mais ce qui caractérise à jamais notre Chanson de Roland, et que nous ne retrouverons jamais si éclatante, si parfaite, dans les autres chansons de geste, c'est l'alliance toute naturelle qui se fait ici entre l'étude psychologique et la grandeur épique. La spiritualité, ici, est sans égale. D'ailleurs, les moeurs dépeints sont moins rudes et l'idéal chevaleresque, d'une pureté sans faille. A croire que les épopées qui suivront enregistreront, lentement mais inéluctablement, la triste dégradation de la rigueur féodale, dégradation à laquelle tentera de résister un temps l'esprit courtois.

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges


Dernière édition par Masques de Venise le Lun 17 Aoû - 18:00, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 65585
Age : 58
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Re: La Chanson de Roland : Un Poème Moral   Lun 17 Aoû - 17:59


Le combat de Thierry, écuyer de Roland, avec Pinabel, champion du clan de Ganelon

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/

La Chanson de Roland : Un Poème Moral

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum: Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Nota Bene :: LANGUE ET LITTERATURE FRANÇAISE : HISTOIRE & EVOLUTION :: Histoire de la Littérature Au Moyen-Âge -