Nota Bene

Nota Bene

Nota Bene : La Qualité, Non La Quantité - Forum Atypique Pour & Par la Littérature - Le Forum Que Vous N'Oublierez Pas De Sitôt - Histoire & Cinéma Sont Aussi Sur Nos Etagères - Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés - Extrémistes & Trolls S'Abstenir
 
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  ÉvènementsÉvènements  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

 

Günter Grass, ancien Waffen-SS...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Auteur Message
Julie
Grande Prêtresse du Livre
Grande Prêtresse du Livre
avatar

Féminin
Verseau Coq
Nombre de messages : 3712
Age : 37
Localisation : Paris/Bretagne
Emploi : En chasse
Loisirs : Lecture, cinéma, musique et découvertes en général
Date d'inscription : 31/03/2006

MessageSujet: Günter Grass, ancien Waffen-SS...   Mer 16 Aoû - 21:08

C'est ici :

http://fr.news.yahoo.com/12082006/202/l-intellectuel-de-gauche-gunter-grass-enrole-dans-les-waffen.html

Ca fait réfléchir, et pas seulement dans le sens : "Zut, lui aussi a été un salaud." Se posent aussi les questions de la repentance ou de son absence (Il semblerait que Grass ne se soit pas rendu compte de la gravité de la chose sur le moment : il avait dix-sept ans et le terme "SS" n'était pas porteur de toutes les connotations atroces qu'il a pour nous maintenant, mais aujourd'hui le mot qui revient le plus dans sa bouche est celui de "honte"), de la distinction homme/oeuvre, du fait d'être contraint et forcé à faire quelque chose qui s'avère criminel au fur et à mesure que le temps passe (quoiqu'il faille noter qu'il n'a jamais, au sein des Waffen-SS, tiré avec une arme). Va-t-on lui laisser son prix Nobel ? Moi, j'avoue que cette "révélation" (en fait son appartenance aux SS était connue depuis 1945) me fait me poser bien des questions...
_________________
En-dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En-dedans, il fait trop noir pour y lire. (Groucho Marx)

Le travail est la malédiction des classes buveuses. (Oscar Wilde)

http://www.peripheries.net/


Dernière édition par le Mer 23 Aoû - 9:43, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Thomas
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...
Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...
avatar

Masculin
Taureau Dragon
Nombre de messages : 9040
Age : 42
Localisation : Paris
Emploi : Passionnant mais indescriptible...
Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
Date d'inscription : 04/04/2006

MessageSujet: Re: Günter Grass, ancien Waffen-SS...   Jeu 17 Aoû - 10:16

Pour ce qui est du prix Nobel, j'ai lu ce matin que le comité avait indiqué qu'il ne pouvait retirer le prix, que sa décision était irrévocable.

Quant à savoir ce qu'ils auraient fait s'ils avaient eu la possibilité de le retirer, c'est une toute autre question !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.google.fr
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 65549
Age : 58
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Re: Günter Grass, ancien Waffen-SS...   Jeu 17 Aoû - 16:04

Excellent post et des plus intéressants, Julie !

Si Grass est né en 1927 et a postulé pour la marine à l'âge de 15 ans, on obtient l'année 1942. Cela fait plus de dix ans que la propagande nazie (à tous les égards, je ne parle pas seulement de ce qui fut adopté comme "solution finale" envers les races dites "inférieures") marchait à fond grâce, notamment, aux formidables efforts de Joseph Goebbels.

Que Grass ait subi, comme bon nombre d'Allemands bien plus âgés que lui, les effets de cette propagande me semble non seulement vrai mais aussi inéluctable.

Qu'il ait ignoré ce que représentait la SS à l'époque me paraît par contre sujet à caution - peut-être pas en ce qui concerne les Totenkopf, il faudrait vérifier les dates et je ne suis pas tout à fait certaine quant à moi que la population allemande ait connu de bout en bout ce qu'il se passait dans les camps de concentration (Cf. à ce propos l'excellent livre de Robert Merle, "La Mort est mon métier", un ouvrage sobre, effarant et qu'il faut lire, d'autant qu'il le rédigea à une époque où s'attaquer à ce problème n'était pas chose aisée) - mais la SS symbolisait le guerrier pur et sanguinaire, une espèce d'"idéal", si l'on veut : tuer et se faire tuer pour le Führer.

Pour nous, qui savons, il est bien difficile de comprendre comment Hitler a pu exercer un tel ascendant sur un pays et sur un peuple. Si sa puissance a pris naissance dans une République de Weimar qui était tout de même bien pourrie, s'il a usé d'un opportunisme remarquable et à su s'appuyer au bon moment notamment sur les puissances d'argent, tout cela ne suffit pas à expliquer le phénomène.

On peut juger Hitler, on peut juger Goebbels, on peut en juger ainsi toute une foule d'hommes (et de femmes) qui avaient tout de même commencé à préparer leur nouveau projet pour l'Allemagne dès les années 20.

Mais peut-on juger aussi facilement un tout jeune homme de 17 ans que seule l'hémorragie de soldats subie à l'époque sur le front de l'Est notamment a pu autoriser à entrer avec une telle facilité dans la Waffen-SS ? Un jeune homme pour qui Hitler, la Wermacht et la S.S. étaient des héros ? Un jeune homme qui avait dû entendre ses aînés célébrer le grand projet du Führer et des siens de déporter tous les Juifs non dans des camps de concentration mais à Madagascar ?

On lui reprochera son "anti-sémitisme" sans doute. Ce à quoi je répondrai, avec toute le respect que l'on doit à la nation polonaise, que celle-ci n'a pas attendu l'apparition d'Hitler pour manifester des tendances nettement anti-judaïques.

Par la suite, Grass a-t-il défendu l'idéologie de l'extrême-droite ? Il me semble qu'il s'est plutôt placé à gauche - pour compenser, sans doute. Le voici qui, à 78 ans, plus proche de la Mort que de ses lecteurs désormais, il admet avoir été un Waffen-SS - l'un de ceux de l'écroulement du Reich.

Pour soulager sa conscience ? Mais cela prouverait déjà qu'il en a une. Ensuite, la conscience, c'est entre Dieu et soi que ça se passe, surtout à cet âge-là. Grass n'a pas grand chose à gagner là-dedans en notre bas-monde.

Et puis, une fois encore, je pose la question : pourquoi évite-t-on d'évoquer les Juifs qui collaborèrent avec les Nazis - et qui trahirent donc leur peuple ? Ils ont existé eux aussi.

Or, dans cette période de "repentance", rien n'est dit à ce sujet. Je rappelle une fois de plus qu'Hannah Arendt se vit elle-même qualifier de tous les noms parce qu'elle avait osé les évoquer.

En quoi l'acte de Gunther Grass serait-il plus condamnable que celui des collaborateurs juifs de l'UGIF dont on ne peut dire certainement qu'ils avaient été embrigadés et fanatisés - par exemple ?


Pour la Waffen-SS : http://fr.wikipedia.org/wiki/Waffen_SS

Pour l'UGIF : http://perso.orange.fr/d-d.natanson/Baur.htm
_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges


Dernière édition par le Jeu 17 Aoû - 16:36, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 65549
Age : 58
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Re: Günter Grass, ancien Waffen-SS...   Jeu 17 Aoû - 16:16

Je reproduis ici in texto le point de vue d'Hannah Arendt sur la collaboration des institutions juives avec les Nazis :

Citation :
A propos de la collaboration de Juifs à la Shoah,
Le point de vue d'Hannah Arendt

Extraits de "Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal"

Folio Histoire, Gallimard, 1997


" Les magistrats [au cours du procès d'Eichmann en 1962] firent deux allusions à la coopération. Le juge Yitzak Raveh arracha à un témoin récalcitrant l'aveu selon lequel la " police du ghetto " avait été " un instrument entre les mains des assassins " et " la politique du Judenrat était de coopérer avec les nazis ". Le juge Halevi découvrit, en procédant au contre-interrogatoire d'Eichmann, que les nazis considéraient la coopération des Juifs comme la pierre angulaire de leur politique juive. Mais personne ne demanda pourquoi les Juifs avaient collaboré.

Certes, M. Hausner [le procureur] posait, régulièrement, la question : " Pourquoi ne vous êtes-vous pas révoltés ? " à tous les témoins, exception faite pour les résistants dont les propos semblaient tout naturels à ceux qui ne savaient rien de l'histoire. Mais cette question était destinée à couvrir l'autre, celle qu'on ne posait pas. De sorte que les réponses qu'obtint M. Hausner à sa question — question à laquelle nul ne pouvait répondre — ne correspondaient pas, il s'en faut , à " la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ".

Il était vrai que le peuple juif dans son ensemble n'était pas organisé, qu'il ne possédait ni territoire, ni gouvernement, ni armée; qu'à l'heure où il en avait le plus besoin, il n'avait pas de gouvernement en exil qui le représentât auprès des Alliés (dirigée par le Dr Weizmann, l'Agence juive pour la Palestine n'était qu'un misérable substitut), pas de caches d'armes, pas de jeunes bénéficiant d'une formation militaire. Mais ce n'est pas toute la vérité. Toute la vérité, c 'est qu'il existait des organisations de communautés juives, des organisations d'assistance sociale à 1'échelle nationale et internationale. Partout où il y avait des Juifs, il y avait des responsables juifs, reconnus comme tels, et ces responsables, à de très rares exceptions près, collaborèrent, d'une façon ou d'une autre, pour une raison ou une autre, avec les nazis.

Toute la vérité, c'est que, si le peuple juif avait vraiment été désorganisé et sans chefs, le chaos aurait régné, et beaucoup de misère aussi, mais le nombre des victimes n'aurait pas atteint quatre et demi à six millions. (Selon les calculs de Freudiger [un témoin], cinquante pour cent des Juifs auraient pu se sauver s'ils n'avaient pas suivi les instructions des Conseils juifs. Ce chiffre est évidemment approximatif. Il cadre cependant avec ceux, dignes de confiance, que nous possédons pour la Hollande; je les dois au Dr L. de Jong, directeur de l'Institut néerlandais pour la documentation sur la guerre.

Aux PaysBas, les Joodsche Raad, comme tous les organismes officiels, devinrent très vite " les instruments des nazis ". Cent trois mille Juifs furent déportés dans les camps de la mort et cinq mille environ gagnèrent Theresienstadt grâce à l'intermédiaire habituel, le Conseil juif. Cinq cent dix-neuf Juifs seulement revinrent des camps de la mort. Par contre, on compte dix mille survivants sur les vingt mille ou vingt-cinq mille Juifs, dont ceux des Conseils juifs, qui échappèrent aux nazis et passèrent dans la clandestinité. Il s'agit donc, une fois de plus, de quarante à cinquante pour cent. La plupart des Juifs envoyés à Theresienstadt purent regagner la Hollande.)

J'ai insisté sur ce chapitre de l'histoire, que le procès de Jérusalem ne mit pas en lumière - ou, du moins, pas dans ses dimensions véritables parce qu'il montre à quel point les nazis provoquèrent l'effondrement moral de la société européenne respectable — non seulement en Allemagne mais dans presque tous les pays, non seulement chez les bourreaux mais aussi chez les victimes. […]

[…] Il apparaît dans le témoignage du pasteur Grüber lui-même, qu'il cherchait moins à "atténuer la souffrance" qu'à l'épargner à quelques-uns, membres des catégories établies et reconnues antérieurement par les nazis eux-mêmes. Les Juifs allemands avaient admis ces catégories sans protester, et cela depuis le commencement. Ce commencement était aussi celui de l'effondrement moral de la bonne société juive : l'on admettait que certains fussent privilégiés — les Juifs allemands mais pas les Juifs Polonais ; les anciens combattants et les Juifs décorés mais pas les Juifs ordinaires ; les familles dont les ancêtres étaient nés en Allemagne mais pas les citoyens ayant récemment opté pour la nationalité allemande, etc. Puisque aujourd'hui l'on présuppose généralement l'existence d'une loi de la nature selon laquelle toute personne doit, face au désastre, renoncer à sa dignité, il est peut-être utile de rappeler que le gouvernement français proposa les mêmes privilèges aux anciens combattants juifs français, et que ces derniers répondirent : " Nous déclarons solennellement que nous renonçons à toute faveur exceptionnelle que nous vaudrait notre statut d'anciens combattants " [American Jewish Yearbook, 1945]. Inutile d'ajouter que les nazis eux-mêmes ne prirent jamais au sérieux ces " distinctions " : à leurs yeux, un Juif était un Juif ; mais les catégories jouèrent, jusqu'à la fin, un certain rôle : celui de dissiper le malaise au sein de la population allemande, en créant l'illusion que seuls étaient déportés les Juifs polonais, seuls ceux qui s'étaient dérobés au service militaire, etc. Ceux qui désiraient garder les yeux ouverts devaient comprendre dès le début que l'" on avait coutume de faire quelques exceptions qui prouvaient la règle ", comme dit Louis de Jong.

L'on admettait donc qu'il existât des catégories privilégiées. Mais ce n'était pas le pire. Plus désastreux encore, d'un point de vue moral, était le fait que toute personne requérant, pour elle-même, un traitement de faveur, reconnaissait implicitement la règle. Mais cet aspect de la question semble avoir échappé à ces " hommes bons ", Juifs et chrétiens, qui s'affairaient autour de tant de " cas d'espèce " pouvant faire l'objet d'une " exception ".

Le rapport Kastner est la preuve flagrante que les Juifs eux-mêmes avaient fini par admettre ce mode de sélection des victimes de la Solution finale. La guerre terminée, Kastner s'enorgueillissait encore d'avoir réussi à sauver des " Juifs éminents " — catégorie officiellement introduite par les nazis en 1942 comme s'il allait sans dire qu'un Juif célèbre avait le droit de vivre alors qu'un Juif ordinaire l'avait moins, ou ne l'avait pas. A en croire Kastner, " il avait fallu, pour prendre une telle responsabilité [aider les nazis à sélectionner, dans la masse anonyme, quelques " célébrités "] plus de courage que pour affronter la mort ". Les Juifs et les chrétiens qui plaidaient en faveur des " cas d'espèce " n'étaient donc pas conscients d'être des complices involontaires. Mais leur reconnaissance implicite de la règle, qui signifiait la mort pour tous les cas " ordinaires ", devait être d'un grand secours aux assassins. Ils devaient penser, eux, qu'étant sollicités pour des traitements de faveur qu'ils accordaient du reste de temps à autre, ils gagnaient la reconnaissance des intéressés et persuadaient leurs adversaires que ce qu'ils faisaient était légal.

Le pasteur Grüber et le tribunal de Jérusalem avaient d'ailleurs tort de supposer que les demandes d'exemptions étaient déposées par les seuls adversaires du régime. Au contraire : à l'origine du ghetto de Theresienstadt, créé spécialement pour les catégories privilégiées, se trouvaient de nombreuses demandes provenant d'un peu partout. (Heydrich le dit explicitement, au cours de la conférence de Wannsee.) Plus tard Theresienstadt devint une vitrine pour visiteurs étrangers et contribua ainsi à leurrer le monde extérieur. Mais à l'origine ce n'était pas sa raison d'être. Le " décongestionnement " atroce dont fit l'objet ce " paradis " — " aussi différent des autres camps que le jour l'est de la nuit ", remarqua très justement Eichmann — était une nécessité : c'est qu'il n'y avait jamais assez de place pour tous les privilégiés. Et nous savons, grâce aux directives d'Ernst Kaltenbrunner, chef du R.S.H.A., que " l'on prenait soin de ne pas déporter les Juifs ayant des connaissances ou des relations de marque dans le monde extérieur ". Les Juifs moins " éminents " étaient, en d'autres termes, constamment sacrifiés à ceux dont la disparition à l'Est pouvait entraîner des enquêtes déplaisantes. Les " relations dans le monde extérieur " ne se trouvaient pas nécessairement à l'étranger. Selon Himmler, " il y a quatre-vingts millions de bons Allemands, et chacun a son Juif honnête. Tous les autres sont des cochons, mais celui-là est de premier ordre " (Hilberg). On dit que Hitler lui-même aurait connu non moins de trois cent quarante " Juifs de premier ordre " à qui il aurait accordé soit le statut d'Allemands (les assimilant ainsi entièrement), soit les privilèges réservés aux demi-Juifs. […] Quand des personnes " éminentes " intervenaient en faveur des Juifs " éminents ", elles obtenaient généralement ce qu'elles voulaient. Ainsi Sven Hedin, ardent admirateur de Hitler, intervint en faveur d'un géographe connu, un certain professeur Philippsohn de Bonn, qui " vivait à Theresienstadt dans des conditions indignes ". Dans une lettre adressée à Hitler, Hedin l'avertissait que " son attitude envers l'Allemagne dépendrait du sort de Philippsohn " ; l'on attribua aussitôt à Philippsohn un logement plus " digne ".

Cette notion de Juifs " éminents " est, aujourd'hui encore, très répandue en Allemagne. On n'y parle plus des vétérans de guerre ni des autres groupes privilégiés, mais on y déplore encore le sombre destin de Juifs " célèbres " à l'exclusion de tous les autres. Plus d'un Allemand, dans l'élite culturelle surtout, regrette encore publiquement que l'Allemagne ait obligé Einstein à faire ses bagages, mais on n'admet nullement que c'était un crime bien plus grand d'avoir tué le petit Hans Cohn du coin, même si le petit Cohn n'était pas un génie. "

Hannah Arendt

Ce texte est également lisible ici : http://assoc.orange.fr/d-d.natanson/savoir.htm
_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 65549
Age : 58
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Re: Günter Grass, ancien Waffen-SS...   Jeu 17 Aoû - 16:36

Grass est un grand écrivain, on ne peut le nier. Contrairement à Céline, autre grand écrivain - et pour autant que je le sache - il n'a jamais fait l'apologie de la supériorité ethnique d'une nation sur une autre. Il a haï la guerre peut-être parce qu'il avait conscience de ce qu'elle aurait pu faire de lui si ...

On notera que la "nouvelle" parvient une fois de plus alors que la "repentance" bat son plein et aussi (mais j'ai peut-être mauvais esprit) alors qu'Israel s'en donne à coeur joie au Liban. La "repentance", je ne supporte plus, je le répète, non parce que je suis contre le repentir mais parce que je nie farouchement l'angélisme dont certains veulent se parer alors qu'ils ne valent pas mieux que les autres.

Et ça fait trop longtemps que ça dure : je ne suis née qu'en 1960. Je veux bien qu'on me dise qu'il y a eu un maréchal Pétain et un Pierre Laval ... mais je veux aussi qu'on me parle des Résistants et de Charles de Gaulle. Je veux bien qu'on me parle des "lois françaises contre les juifs" mais je veux aussi qu'on évoque tous ces Auvergnats, tous ces Bretons, tous ces "Goyim", tous ces "zazous" - eh ! oui ! - qui, en France, osèrent arborer l'étoile jaune avec "Auvergnat", "Breton" ou "Goy" marqué dessus uniquement pour narguer le gouvernement de Vichy et la Gestapo.

Je veux bien que Grass ait été un Waffen-SS et donc fanatisé mais je me refuse quant à moi - et je me refuserai toujours - à le placer sur un plan similaire à celui d'un Joseph Joanovici (par exemple) - le fameux "M. Joseph", personnage ambigu s'il en est.

_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Julie
Grande Prêtresse du Livre
Grande Prêtresse du Livre
avatar

Féminin
Verseau Coq
Nombre de messages : 3712
Age : 37
Localisation : Paris/Bretagne
Emploi : En chasse
Loisirs : Lecture, cinéma, musique et découvertes en général
Date d'inscription : 31/03/2006

MessageSujet: Re: Günter Grass, ancien Waffen-SS...   Jeu 17 Aoû - 17:20

Je suis encore en train de cogiter sur tout ça, d'une part parce que je n'ai pas forcément les connaissances historiques nécessaires (Un point-clé, c'est quand même de savoir comment l'Allemand moyen percevait les SS en 1942, ce qu'il savait et ce qu'il ne savait pas. Tu as l'air de dire, MDV, qu'on savait déjà à l'époque que c'étaient de vrais guerriers qui mettaient leur vie au service du Grand Chef, la propagande devait en tout cas leur prêter une image de force purificatrice), et aussi parce que j'arrive à une conclusion complètement absurde : Günther Grass, à voir les réactions de certains, aurait peut-être mieux fait de se taire... ce qui rend caduque toute notion de repentir public pour un personnage public, ce qui n'est tout de même pas un acte anodin, et le fait qu'il se soit plus que probablement apprêté à être châtié, y compris sur le plan littéraire, en décidant d'avouer cette appartenance aux Waffen-SS (A noter qu'il semblerait qu'il s'y est retrouvé contraint et forcé, lui qui avait demandé à être incorporé dans la marine. Je me demande ce qu'il serait advenu d'un jeune Allemand qui aurait refusé de rejoindre l'unité qu'on le forçait à intégrer...). C'est absurde. Et s'il s'était tu et que c'était ressorti après sa mort, on l'aurait voué aux gémonies et traité de lâche.

Cette façon de mettre sur le même plan des gens qui ont eu des comportements douteux mais à des degrés divers et pour des raisons différentes m'exaspère (pour reprendre ton allusion à Joanovici). Dans l'Empire du Bien où nous vivons, pour reprendre l'expression de Muray, un salaud est un salaud, sans degré ni contexte, et il convient de le réduire à cela en occultant tout ce qu'il a pu faire d'autre dans sa vie et en prenant des poses de vierge effarouchée qui découvre l'existence du mal. Je condamne évidemment ce qu'a fait Grass, et ne dis pas qu'il faille l'absoudre sous prétexte qu'il est un grand écrivain. Mais il ne faut pas tout mélanger ni perdre le sens de la mesure : il a commis une erreur impardonnable, mais ça n'était pas Klaus Barbie non plus. La manipulation des masses, qui est toujours à l'oeuvre aujourd'hui d'ailleurs, devait battre son plein à l'époque. Et il ne faut pas non plus oublier que, si Céline était un pauvre type et un antisémite primaire, il a écrit de grands romans. Grass aussi a écrit de grands romans.

Sur le mécanisme de manipulation d'êtres influençables comme les adolescents, beaucoup de points s'éclairent à la lecture des Désarrois de l'élève Törless de Musil qui prend un relief particulier à côté de cette affaire...
_________________
En-dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En-dedans, il fait trop noir pour y lire. (Groucho Marx)

Le travail est la malédiction des classes buveuses. (Oscar Wilde)

http://www.peripheries.net/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 65549
Age : 58
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Re: Günter Grass, ancien Waffen-SS...   Jeu 17 Aoû - 17:28

A mon avis, vu les dates, s'il avait voulu refuser, ça se serait mal passé pour lui ... et pour sa famille. (Par contre, en 35, il n'aurait pas été pris, je pense.) Mais l'image du SS-type - les affiches de l'époque, y compris les françaises - le représentent beau, blond, grand et protecteur (ben oui, la propagande ment et Goebbels, question propagande, était vraiment doué) devait enthousiasmer tous ces jeunes.

Bien difficile, tout ça, Julie ... Et moi qui viens d'envoyer ma fille à la FNAC ! J'aurais dû penser à Musil : Törless aussi, je l'ai prêté ! ... Sniffsniff
_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Julie
Grande Prêtresse du Livre
Grande Prêtresse du Livre
avatar

Féminin
Verseau Coq
Nombre de messages : 3712
Age : 37
Localisation : Paris/Bretagne
Emploi : En chasse
Loisirs : Lecture, cinéma, musique et découvertes en général
Date d'inscription : 31/03/2006

MessageSujet: Re: Günter Grass, ancien Waffen-SS...   Ven 18 Aoû - 11:36

Un autre lien pour des précisions supplémentaires :

http://fr.news.yahoo.com/18082006/202/gunter-grass-je-n-ai-pris-part-aucun-crime-dans.html
_________________
En-dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En-dedans, il fait trop noir pour y lire. (Groucho Marx)

Le travail est la malédiction des classes buveuses. (Oscar Wilde)

http://www.peripheries.net/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Masques de Venise
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
Souverainiste, Patriote & Fière de l'Être !
avatar

Féminin
Verseau Rat
Nombre de messages : 65549
Age : 58
Localisation : A la pointe de la Bretagne, au bord de l'Atlantique
Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription : 06/05/2005

MessageSujet: Re: Günter Grass, ancien Waffen-SS...   Ven 18 Aoû - 12:26

Je crois Grass honnête. Il a eu un problème très jeune, avec lequel il a vécu tout le reste de sa longue existence.

En conscience, posons-nous la question suivante : si nous avions été un jeune Allemand de 15 ans à cette époque, donc ayant obligatoirement transité par les Jeunesses hitlériennes et élevé dans un idéal nationaliste qui date tout de même de Bismark et renforcé déjà au temps du Kaiser, amplifié comme on le sait par Hitler, qu'aurions-nous fait ? Surtout à une époque où notre pays s'enfonçait ? Le culte du héros, on le trouve dans tous les pays mais en Allemagne, il y eut bien sûr la saga wagnérienne - et tout le monde sait ce que la belle-fille du compositeur, Winifred, née Williams, a fait du festival de Beyreuth un hymne au Nazisme, ce qu'elle n'a d'ailleurs jamais renié.

Le hasard veut que, chez G & J, j'ai acheté "Les Femmes d'Hitler" de Guido Knopp - un livre consacré aux femmes qui, à un titre ou à un autre, jouèrent un rôle dans la vie du dictateur nazi, à l'exception notable de Geli Raubal, la fille de sa demi-soeur, que l'auteur ne cite qu'avec une extrême pudeur. (On peut se demander pourquoi car, par ses amours avec sa nièce, Hitler rappelle curieusement le comportement "sentimental" de son propre père, personnage auquel il refusa jusqu'au bout de s'identifier. Cf. à ce propos l'excellent ouvrage de Jacques Brosse : "Hitler avant Hitler.")

En dépit de son titre français, le livre est sérieux et note pas mal de détails relatifs à ce que savait - ou ne savait pas - le peuple allemand sur les méthodes utilisées par le Reich pour vaincre à tous prix. On cite notamment l'anecdote fameuse d'Henriette Von Schirach, évoquant au Berghof et dans un cercle d'intimes, le sort réservé aux Juifs en Hollande. La prise de position courageuse de la jeune femme lui valut de ne plus être invitée au "Nid d'Aigle."

Qui savait ? et quoi exactement ? Qui préférait fermer les yeux ? Dans les hautes sphères, on savait, bien sûr.

Mais plus bas ?

Certains se doutaient - les Nazis s'occupèrent avant toute chose de "liquider" dans des camps les handicapés mentaux et autres "inférieurs" d'origine pourtant germanique mais "dégénérés."

Mais tous ? ...

Surtout dans la génération qui fut celle de Grass ? ... Non, là, je n'y crois pas. Il y a bien eu en France des jeunes qui trouvaient la Milice admirable.

Quelque temps après, leurs parents célébraient De Gaulle libérant Paris ...
_________________
"Mon Âme est une Infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade."  - 
Albert Samain

La France a perdu une bataille mais elle n'a pas perdu la guerre !
Charles de Gaulle


Et ce qui importait en fin de compte, c'était moins d'être vaincu que d'avoir une âme de vaincu car cela seul est sans remède.

Jean Hougron

Il y a si longtemps maintenant que j'attends mon cancer, je ne vais quand même pas partir sans lui. - Pierre Desproges

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman. - Pierre Desproges
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Julie
Grande Prêtresse du Livre
Grande Prêtresse du Livre
avatar

Féminin
Verseau Coq
Nombre de messages : 3712
Age : 37
Localisation : Paris/Bretagne
Emploi : En chasse
Loisirs : Lecture, cinéma, musique et découvertes en général
Date d'inscription : 31/03/2006

MessageSujet: Re: Günter Grass, ancien Waffen-SS...   Mer 23 Aoû - 9:43

Les Polonais et Grass commencent à se comprendre, apparemment. Tant mieux !

http://fr.news.yahoo.com/22082006/202/gunter-grass-explique-son-silence-aux-habitants-de-gdansk-sa.html
_________________
En-dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En-dedans, il fait trop noir pour y lire. (Groucho Marx)

Le travail est la malédiction des classes buveuses. (Oscar Wilde)

http://www.peripheries.net/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Julie
Grande Prêtresse du Livre
Grande Prêtresse du Livre
avatar

Féminin
Verseau Coq
Nombre de messages : 3712
Age : 37
Localisation : Paris/Bretagne
Emploi : En chasse
Loisirs : Lecture, cinéma, musique et découvertes en général
Date d'inscription : 31/03/2006

MessageSujet: Re: Günter Grass, ancien Waffen-SS...   Lun 28 Aoû - 18:00

Pour ceux que cette affaire intéresse, je signale une émission à écouter demain sur France Culture de 17h à 18h : "Du grain à moudre", sur le thème : faut-il mettre Günter Grass à l'index ?

Pour la réécouter après sa diffusion, un lien : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/grain/index.php
_________________
En-dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En-dedans, il fait trop noir pour y lire. (Groucho Marx)

Le travail est la malédiction des classes buveuses. (Oscar Wilde)

http://www.peripheries.net/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Julie
Grande Prêtresse du Livre
Grande Prêtresse du Livre
avatar

Féminin
Verseau Coq
Nombre de messages : 3712
Age : 37
Localisation : Paris/Bretagne
Emploi : En chasse
Loisirs : Lecture, cinéma, musique et découvertes en général
Date d'inscription : 31/03/2006

MessageSujet: Re: Günter Grass, ancien Waffen-SS...   Jeu 8 Fév - 21:44

Tout ça pour se rendre compte finalement que...

http://fr.news.yahoo.com/08022007/202/gunter-grass-avait-evoque-son-passe-dans-la-ss-des.html
_________________
En-dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En-dedans, il fait trop noir pour y lire. (Groucho Marx)

Le travail est la malédiction des classes buveuses. (Oscar Wilde)

http://www.peripheries.net/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Günter Grass, ancien Waffen-SS...   

Revenir en haut Aller en bas

Günter Grass, ancien Waffen-SS...

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum: Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Nota Bene :: AUTOUR DES LIVRES & DE LA LITTERATURE :: Bavardages Divers & Lecturama du Mois -